… Et avec votre esprit
Chapitre 56
– 56 –
– Alors ? demanda Stéphane Bador à l’agent qui venait de pénétrer dans son bureau.
– Nous avons fini par le localiser, monsieur. Il est aux Bahamas.
– Il aura été malin jusqu’au bout, celui-là ! Choisir un pays qui n’a pas d’accord d’extradition avec la France, c’est bien joué.
– Il a utilisé un passeport belge qui fait partie d’une série volée l’an dernier. Nous aurions dû…
– Ce qui est fait est fait, coupa Bador.
– Nous pouvons malgré tout faire une demande d’extradition auprès du ministère des Affaires étrangères.
Comme le directeur du Renseignement demeurait silencieux, l’agent crut bon d’ajouter :
– Je peux m’occuper de la procédure, si vous le souhaitez.
Au lieu de répondre, Bador se leva, marcha jusqu’à la fenêtre où il se plongea dans une longue réflexion, le regard perdu au loin.
– Merci. Ce sera tout, finit-il par lâcher.
Lorsque l’homme eut quitté les lieux, Bador retourna s’asseoir à son bureau, saisit ses lunettes qu’il se colla sur le nez et décrocha son téléphone.
– Passez-moi Timochenko.
Sergei Timochenko était chef de mission diplomatique à l’ambassade de Russie, en charge des affaires culturelles, et plus particulièrement de la musique classique dont il assurait la promotion en France avec zèle. Tchaïkovski, Rachmaninov et Prokofiev se seraient certainement retournés dans leur tombe s’ils avaient appris que leur musique servait de couverture à un ancien officier du KGB devenu chef du SVR en France. Timochenko aurait été bien incapable de faire la différence entre une sonate et un concerto, entre un piano et un clavecin, mais, en matière de coups tordus, il était premier violon.
Bador mit le haut-parleur.
– Mon cher Bador ! Comment allez-vous ? demanda d’un ton jovial une voix au fort accent russe déformée par l’amplificateur du téléphone.
– Je vais bien, Timochenko. J’ai appris que l’un de vos musiciens avait été victime d’un malencontreux incident à Montmorency. Croyez bien que j’en suis désolé.
– Une mauvaise rencontre, ça arrive… Que voulez-vous, tout le monde n’est pas amateur de musique. Quel dommage ! Un concertiste si talentueux…
– Dites-moi, vous serez peut-être intéressé de savoir où se trouve celui qui a gâché le récital…
– Ah oui ? Vous avez cette information ? Et me ferez-vous l’amitié de la partager avec moi ?
– Il s’appelle désormais Philippe Muelder. Il est parti faire un tour de chant aux Bahamas.
– Aux Bahamas, dites-vous ? Intéressant. Je connais justement un très bon musicien là-bas. Je suis persuadé qu’il serait tenté par un duo.
– Je savais que votre amour de la musique aurait le dernier mot. À charge de revanche ?
– À charge de revanche.
– Au revoir, Timochenko.
OceanofPDF.com