… Et avec votre esprit

Alexis Laipsker · Chapitre 44 sur 57

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… Et avec votre esprit

Chapitre 45

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Cannelle Pourson avait vainement attendu que le lieutenant de la DGSI la rappelle. Lorsqu’elle s’était entretenue avec lui au téléphone, elle avait ressenti sa détermination, elle avait apprécié la pertinence de ses questions. Et puis, un officier de la DGSI était familier des opérations d’écoutes. Elle aurait été réconfortée de pouvoir s’en remettre à cet homme.

Elle s’était déshabillée et était désormais en sous-vêtements dans son salon. Un à un, elle palpa consciencieusement chacun de ses habits sans rien trouver de suspect. Elle se rhabilla, un peu rassurée.

Après plusieurs heures, elle comprit qu’il était inutile d’attendre plus longtemps. Le lieutenant Vairne était sur répondeur, probablement en train de dormir, et il ne la rappellerait pas avant le lendemain matin. Or elle avait besoin d’aide. Maintenant. Elle décida alors de filer au commissariat. À cette heure tardive, c’était l’équipe d’astreinte, qu’elle connaissait moins. Mais elle devrait faire avec. Et vu les révélations qu’elle avait à faire, elle pourrait compter sur l’attention de tous

L’action était souvent le meilleur des remèdes, elle le savait. Aussi résolut-elle de reprendre l’initiative. La police judiciaire de Strasbourg ne pouvait rivaliser avec la DGSI, il faudrait faire avec.

Elle quitta son appartement sans même prendre le soin de se remaquiller. Puis elle sortit de son immeuble et se dirigea vers sa voiture en remontant son col.

La rue déserte et sombre était balayée par un vent froid.

Alors qu’elle cherchait la clé de sa voiture, elle l’aperçut !

La camionnette blanc et bleu était stationnée à une dizaine de mètres sur sa droite.

Son cœur se mit à battre la chamade. Elle devait prévenir les renforts, faire boucler le quartier. Au lieu de quoi elle porta la main à sa ceinture, dégaina son arme et se dirigea vers le véhicule, lentement, à demi courbée. Elle avançait vers l’arrière du véhicule, tenant fermement son arme de service à deux mains. Elle voulait profiter de l’effet de surprise. Telle une lionne à l’affût, elle comptait s’approcher suffisamment pour surgir du côté passager et braquer le ou les occupants.

Une fois à hauteur de l’habitacle, elle ralentit le pas, puis se courba davantage. Elle se mit à compter mentalement : un… deux…

Soudain, alors qu’elle était sur le point d’intervenir, elle entendit un bruit derrière elle. À peine s’était-elle retournée qu’elle reçut un violent coup à la gorge qui lui coupa le souffle. Aussitôt, son agresseur lui saisit le poignet et, avec une dextérité incroyable, la désarma d’un geste. Le second coup, au foie, la plia en deux, et elle perdit connaissance.

Lorsqu’elle reprit ses esprits, elle était allongée sur le plancher de la camionnette en marche. Elle n’était ni ligotée ni bâillonnée. Le véhicule était équipé de matériel d’écoute très perfectionné, avec des scanners de fréquences, un récepteur semblable à celui des policiers, et d’autres écrans dont elle ignorait l’usage.

Elle porta la main à son ventre et grimaça. Le coup avait été incroyablement efficace.

Un homme l’observait en silence. Il était assis sur un tabouret. Il tenait un pistolet muni d’un silencieux. Elle tenta de se redresser mais la douleur était encore vive.

– Je ne sais pas qui vous êtes, mais vous faites une énorme connerie. Je suis commissaire à la PJ de Strasb…

– Oui, je sais qui vous êtes, commissaire Pourson. J’ai appris beaucoup de choses sur vous ces derniers jours.

– Ah oui ? Et quoi, par exemple ?

– Je sais que vous avez des enfants charmants.

– Sale fils de pute ! Si tu touches à un seul cheveu de…

– Oui ? Vous ferez quoi ? Je ne crois pas que vous soyez en mesure de me menacer.

Il avait dit cela sur un ton monocorde, sans chercher à faire peur, sans sarcasme.

– Sachez que j’aurais vraiment voulu éviter cette rencontre, reprit-il. D’habitude, nous ne nous faisons pas repérer. Mais voilà, vous êtes là. Vous nous avez trouvés. Je ne sais pas comment vous avez fait. Peu importe. C’est préoccupant, je ne vous le cache pas.

– Vous êtes quoi au juste ? Une sorte d’espion, c’est ça ?

– Voilà.

– Qu’est-ce que vous voulez ?

– Cette rencontre a beau être imprévue, nous allons essayer de la rendre aussi constructive que possible. Dites-moi tout ce que vous savez à propos du docteur Axel Natrin.

À cet instant précis, Cannelle Pourson aurait tout donné pour être naïve. Elle aurait voulu croire que tout allait s’arranger, qu’en collaborant avec son ravisseur, elle serait libérée. Qu’elle devrait juste promettre d’oublier son visage, nier l’existence de cette camionnette. Malheureusement, elle était lucide. Elle comprit que, cette nuit, elle allait mourir.

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