L'année du certif

Michel Jeury · Chapitre 10 sur 49

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L'année du certif

Chapitre 10

 

 

Mais alors, voilà les petites viole es qui se haussent vers lui sur le bout de leurs tiges et qui

lui disent doucement :

« Monsieur le sous-préfet, sentez-vous comme nous sentons bon ? » Et les sources lui font sous la mousse une musique divine ; et dans les branches, au-dessus de

sa tête, des tas de fauve es viennent lui chanter leurs plus jolis airs ; et tout le petit bois conspire pour l’empêcher de composer son discours… M. le sous-préfet, grisé de parfums, ivre de musique, essaye vainement de résister au nouveau charme qui l’envahit. Il s’accoude sur l’herbe, dégrafe son bel habit, balbutie encore deux ou trois fois.

« Messieurs et chers administrés… Messieurs et chers admi… Messieurs et chers… » Puis il envoie les administrés au diable.

Lorsque, au bout d’une heure, les gens de la sous-préfecture, inquiets de leur maître, sont

entrés dans le petit bois, ils ont vu un spectacle qui les a fait reculer d’horreur… M. le sous-préfet était couché sur le ventre dans l’herbe… Il avait mis son habit bas… et, tout en mâchonnant des viole es, M. le sous-préfet faisait des vers.

Alphonse Daudet, in Choix de lectures, cours moyen (certi cat d’études),

par A. Mironneau.

 

Le troisième jour, la èvre est tombée, et Suzon installe Niniko dans le

petit salon du rez-de-chaussée. Un peu plus tard, elle lui remet un paquet

de livres de bibliothèque, choisis par grand-père l’inspecteur dans ses

rayons.

— Tiens, dit-elle, des histoires de chien, ça t’intéressera sûrement.

Niniko choisit un livre de Jack London. Il préférerait une histoire sur

la vie et les atroces baisers. Mais sans doute est-il trop jeune pour comprendre ces choses qui lui font peur.

Il est guéri pour de bon.

Il gue e grand-père l’inspecteur qui marche dans le jardin à petits pas,

les mains derrière le dos, la tête penchée, les lèvres pincées. Suzon le

montre à Niniko , d’un signe de tête, discrètement.

— Tu vois, quand il marche dans le jardin avec cet air-là, c’est qu’il

cherche un méchant problème pour le certi cat !

Puis grand-père entre dans la salle à manger, l’observe en silence, avec

son regard spécial, lui caresse la tête et soupire. Niniko fait semblant de

somnoler, mais guigne sous ses paupières mi-closes. Il en est sûr,

maintenant, grand-père a quatre regards, les trois ordinaires et le spécial.

Niniko connaît bien le « sévère pour rire » qui sert surtout pour Suzon. Il

pré ère le « brillant-pétillant », qui se cache derrière les lune es et montre

que grand-père est content en lui-même : on dirait presque qu’il va faire

une blague. Le « regard à tout faire » est a entif, las, sincère et bon.

Grand-père le lance quelquefois par-dessus ses lune es qu’il baisse sur le

bout de son nez… Le regard spécial, ma foi, Niniko ne l’a pas vu souvent,

mais c’est bien le cas aujourd’hui. Il se pose en douceur, il a end, caresse,

il a l’air de voir en dedans. Il écoute, il pardonne…

« Est-ce que Suzon lui a répété tout ce que j’ai dit quand j’avais la

èvre ? se demande Niniko . Sûrement, elle ne lui cache rien, mais je

m’en che. Il ne m’en veut pas et il ne dira rien à papa. Et il est fâché

contre Davy, à cause du cahier volé… »

— Je te propose un tour en auto, Niniko . Un tour en auto !

Il tire ses lune es sur le bout de son nez et allume son regard numéro

deux.

— Tu permets que je t’appelle Niniko ? C’était une histoire de Guignol,

n’est-ce pas ? Ce nom me plaît bien.

Niniko se rengorge. René ne compte pas, n’existe pas, alors vive

Niniko . Grand-père sort de son garage, au fond du jardin, la grosse

Renault Vivasix gris-vert qui est son bonheur, sa erté, le signe de sa

réussite. Une auto qui a coûté bonbon et des cents et des mille… Mais un

inspecteur, ça gagne bien, comme dit Suzon. « Conduite intérieure cinq

places, seize chevaux-vapeur, cent deux kilomètres à l’heure… mais je n’ai jamais dépassé quatre-vingt-dix-neuf kilomètres à l’heure, c’est un

principe. Tiens, si tu veux, on inventera un problème sur une auto qui

roule à telle vitesse, etc. » Niniko veut bien : inventer des problèmes,

c’est plus drôle que les chercher. Les inspecteurs ont bien de la chance.

— Et comment la trouves-tu, ma bagnole ?

Niniko se sent rougir. Papa ne perme rait pas qu’on dise « bagnole »

pour automobile, mais un inspecteur a tous les droits, puisqu’il est le chef

des maîtres d’école. Niniko considère la Vivasix. Elle fait quand même

vieux. Les Renault anciennes ont toutes les fentes du radiateur sur le côté

et en arrière du capot. On dirait des narines. Ça leur donne l’air d’une

espèce de grosse bête en colère. Les nouvelles autos ont le radiateur tout à

fait devant. C’est plus moderne.

— Elle est assez drôle, votre auto, grand-père. Elle fait penser à Jules

Verne !

— À Jules Verne ? Ah, hum, tu as raison, à Jules Verne, bien sûr.

Nous vous aimons tant, monsieur Jules Verne

Envoyez les goélands et les sternes !

 

Ils roulent vers la plaine, au sud d’Alès. Grand-père déclare qu’il en a

plein les bo es des routes de montagne.

— Toute l’année scolaire, il me faut aller visiter mes maîtres et mes

maîtresses sur leurs corniches et leurs pitons. Passe encore pour les

maîtresses… En vacances, vive la plaine !

Il se met à chanter :

Montés sur leur automobile

La colonelle et pis l’ colon

S’en allaient s’ promener à Joinville…

 

Il enchaîne aussitôt sur Nuits de Chine, nuits câlines.

Puis :

Paris

Reine du monde

Paris

C’est une blonde…

 

Niniko l’écoute, bouche bée, au bord de l’étourdissement de famille.

Puis il se détend et rit. Grand-père lâche le volant et se prend la tête à deux mains.

— Ah, on peut dire que les blondes m’ont fait rêver. Pourtant, j’ai aimé

une brune à la folie et j’en ai épousé une autre… que j’aimais un peu

moins, je l’avoue. Paix à son âme. Tes parents t’ont déjà mené au cinéma,

Niniko ?

Davy et Fofe e sont déjà allés au cinéma, à Sète, avec maman ; mais

papa ne veut pas qu’on aille au cinéma avant d’avoir le certi cat. Niniko ,

tête basse, doit convenir qu’il n’a jamais vu aucun lm. Grand-père

l’inspecteur le xe un instant de son regard spécial.

— Tu as un père têtu comme un âne rouge ! Je t’emmènerai voir David

Copper eld dès qu’il sera projeté à Alès. Pour Madame Bovary, tu es sans

doute un peu jeune. Bien que… à mon avis, garçons et lles, je le dis sans

ambages, doivent découvrir très tôt les réalités de la vie.

Madame Bovary doit être un lm sur la vie des hommes et des femmes.

Niniko voudrait demander à son grand-père si on y voit un atroce baiser,

mais il n’ose pas. D’ailleurs, l’inspecteur a déjà enfourché un autre dada.

— Je dois avouer que ton idée de faire carrière à l’armée coloniale ne

m’emballe pas outre mesure. Je ne souhaite pas que tu deviennes

instituteur, mais je crois que les colonies, c’est ni – pour parler sans

détour. L’avenir est à l’aviation. Hélène Boucher, quelle aviatrice ! Et

quelle femme, d’une rare beauté ! Et le nouvel hydravion Blériot, quelle

pureté de ligne ! Et le Couzinet Arc-en-Ciel de Mermoz, une machine du

futur ! Ah, si ma vie était à refaire, je serais pilote d’avion et j’épouserais

une rousse aux yeux verts !

— Pourquoi une rousse aux yeux verts, grand-père ?

— Parce que les rousses aux yeux verts n’ont pas peur de l’aventure,

souviens-t’en le moment venu, ston !

 

Grand-père l’inspecteur se trémousse derrière son volant, qu’il martèle

parfois à coups de poing, gloussant et s’escla ant, comme si des pensées

drôles, plaisantes, surprenantes lui passaient par la tête à une vitesse folle.

Niniko a l’impression que son regard rase tout juste le pare-brise et qu’il

doit à peine voir la route, ce qui ne l’empêche pas de rouler à plus de

quatre-vingts kilomètres à l’heure sur les routes blanches…

Après avoir traversé plusieurs villages en semant l’e roi parmi les

volailles ou, à l’occasion, dans un troupeau de chèvres mené par une très

petite lle et un très vieux chien, la Vivasix s’arrête assez brusquement à

l’entrée d’un bourg.

— Et voilà, dit grand-père l’inspecteur d’une voix grave, un lieu où j’ai

déclamé bien des vers quand j’étais un jeune maître, où mon cœur est

resté cloué au fronton de l’école comme une choue e sur une porte de

grange… Descendons.

Grand-père l’inspecteur entraîne son petit- ls dans une ruelle ombragée

et fraîche.

— Tu m’as gentiment souhaité mon anniversaire l’autre jour. J’aimerais

te faire toucher du doigt que je n’ai pas toujours été un vieil homme un

peu fou. Il y a… bien longtemps de ça, j’étais un jeune homme très fou. Ah

oui, je voulais te dire aussi : la seule chose importante dans la vie, c’est

l’amour. Alors, n’écoute ton cher papa que d’une oreille, ne te fais pas trop

de mauvais sang pour l’école, le certi cat, les études, ta carrière et toutes

ces choses.

« Ne t’impatiente pas. Je reviens à mon histoire. Dans ce village

exerçait, il y a bientôt quarante ans, une jeune maîtresse brune aux yeux

bleus… Je place les brunes aux yeux bleus juste après les rousses aux yeux

verts. Mais ce e brune-là était spéciale : je la me ais au-dessus de toutes

les autres. J’étais amoureux, Niniko . Tu sauras un jour ce que je veux

dire. Tu perdras la tête, tu seras heureux à en crier, tu sou riras comme un

damné. Je te conduis à mon rosier. Il est toujours là, au coin d’un pré, à

l’abri d’un mur abandonné. Il donne toujours, toute l’année, de petites

roses rouges, minuscules et très parfumées. Il est immortel. Avant de

rendre visite à Mlle Rachel, je venais cueillir quelques roses que je lui

o rais. Je faisais exprès de me piquer et, quand nos doigts se joignaient, je

tachais les siens de mon sang.

« Nous avions beaucoup d’a nités et d’idées communes, nous étions

pour l’émancipation des femmes et pour la création d’un syndicat

d’instituteurs. Mais il y avait surtout une grande a irance qui nous liait.

J’avais présenté ma demande en mariage, Mlle Rachel ne m’avait pas

encore répondu, disant qu’elle voulait me connaître mieux et me re mes sentiments à l’épreuve. Je négligeais les devoirs sacrés de ma charge pour

lui écrire des poèmes en vers de dix pieds, que je pissais à grands jets. Au

début, elle était émerveillée. Plus tard, elle me disait : « Oh, mon Georges,

je ne suis pas une bergère de roman. Tu ferais mieux de passer moins de

temps à tes vers et un peu plus à ta classe et à tes études… » Oui, car

j’avais repris mes études pour devenir inspecteur primaire. En e et, je

négligeais ma classe et mes études, pas tant à cause des poèmes, que j’étais

capable d’écrire à toute vitesse, mais plutôt en raison du temps que je

perdais à rêver aux appas de ma belle. Ah, je te jure qu’elle était jolie, ma

Rachel, de la tête aux pieds, elle me rendait fou. Je me ais donc en vers

mon adulation, ma ferveur, mon désir… Ha ! ha ! ha ! elle ne savait pas

tout. J’écrivais deux sortes de poèmes : les uns sentimentaux, honnêtes et

bienséants que je reme ais ou envoyais à ma ancée. Les autres…, les

autres, galants et licencieux, étaient pour moi seul. J’y racontais, pour

calmer mon ardeur, mes rêves et désirs les plus secrets. Ma foi, dans les

premiers je faisais rimer « iris » et « myosotis ». Dans les seconds, c’était

plutôt « cuisses » et « délices ». Je te l’ai dit, j’étais un jeune homme très

fou. Mais tu verras, tu verras… Je me souviens de quelques vers de l’école

de Jules Verne que j’avais transformés pour elle.

Envoyez vite votre sous-marin

Il est rose, joli, tout en airain

Le voyage chasse tous les chagrins…

 

« Ce poème gure d’ailleurs dans le cahier que ton frère m’a chipé.

Honte soit sur moi d’en avoir tiré ceci :

Mordre à ta bouche le fruit purpurin

Mûri en secret dans son doux écrin

Et l’amour chassera tous les chagrins !

 

« Tu ne peux pas comprendre, mon pauvre Niniko , mais ça viendra, tu

verras, tu verras. J’ai été bien puni. En fait, nous avons été bien punis tous

les deux. Le diable s’est mêlé de l’a aire, et un beau soir je me suis

trompé : j’ai remis le mauvais poème à Mlle Rachel. Comme l’impatience

me gagnait, il était assez cru, je pense. Tu es trop jeune pour comprendre,

Niniko , mais tu verras, tu verras… Mlle Rachel était féministe, « su rage e », comme on dit de nos jours. Elle a pris mes pauvres vers,

plus naïfs que méchants, pour une insulte à sa dignité.

Mûri en secret… L’amour chassera les chagrins… Niniko ne voit pas là

de quoi foue er un chat. Mais il y a le fruit purpurin. C’est un mot de

poésie, qui veut dire « très rouge ». Mlle Rachel a dû confondre avec le

purin, qui est le liquide du fumier : de la pisse de bête. Pour une maîtresse

d’école, ce n’est pas malin ! Et les histoires des grandes personnes sont

bien compliquées. En outre, celle-ci n’a pas l’air de s’arranger à la n

comme dans Le Piège d’or, de James Oliver Curwood. Niniko est très er

de recevoir les con dences de grand-père l’inspecteur, car Davy ne les

aura jamais. En même temps, il se sent très malheureux. Il soupçonne la

vie d’être un engrenage de tribulations sans n. À se demander si ça vaut

la peine de passer son certi cat !

Bien sûr, il est trop jeune pour comprendre. Alors, il essaie de tout se

rappeler pour plus tard, quand il sera sergent à la coloniale ou pilote d’un

Couzinet Arc-en-Ciel.

Grand-père poursuit son récit, d’une voix tantôt véhémente, tantôt

retenue, réduite à un sou e.

— Mlle Rachel n’a pas voulu me revoir, elle m’a renvoyé mes le res, elle

n’a accepté aucune excuse. Tu dis : bien fait pour moi ? and même

dommage… L’époque voulait ça. Six mois après, Mlle Rachel m’a écrit un

mot d’adieu, en me disant qu’elle ne se marierait jamais. Jolie comme elle

était, les propositions ne lui ont pas manqué, jusqu’à trente ans et plus.

Mais elle a tenu parole. Je crois qu’elle m’aimait.

« Je l’ai revue vingt ans après, au cours d’une inspection que je ne

pouvais plus di érer. Elle avait à peine changé, toujours aussi ravissante,

piquante, adorable. Ç’a été terrible, je n’ai pas pu nir mon inspection. J’ai

pris la fuite pour ne pas me ridiculiser devant les enfants. Et, Dieu me

pardonne, Mlle Rachel m’a regardé partir avec un sourire de triomphe !

Niniko résiste à la montée des larmes. Il ne sait pas trop s’il a envie de

pleurer sur les malheurs du jeune homme qu’était grand-père, il y a

quarante ans, pour ainsi dire l’éternité, ou sur sa solitude à lui,

aujourd’hui, son inquiétude, sa peur devant les mystères de la vie qui le

cernent comme des ombres ennemies, la nuit au fond du bois.

Ils arrivent en n au rosier de grand-père. Hélas, le pauvre arbuste est

quasi recouvert par les pierres du mur qui l’abritait autrefois. La seule tige

qui sort encore de terre est aux trois quarts brûlée par la canicule. Il n’a

plus de roses, rien que des épines. À vrai dire, ce n’est pas trop la saison

des roses, et grand-père n’y a pas songé. Il secoue la tête, pose la main sur

l’épaule de Niniko .

— Bien, bien. Ma foi, hum, hum… e dirais-tu d’aller boire une

limonade fraîche au café du village, Niniko ?

Sur le chemin du retour, grand-père, qui a bu deux verres de blanc,

conduit en s’amusant, avec de grands gestes, des grimaces, des coups de

klaxon répétés pour e rayer les animaux. Il rit, s’exclame pour un rien.

Niniko s’est retiré en son for intérieur et laisse couler ses larmes.

— Tu pleures, ston ? dit grand-père. C’est d’un bon naturel. Les

femmes, vois-tu, nous sont supérieures par la grâce des larmes. J’espère

pour toi que tu garderas ton cœur d’enfant en grandissant. Si j’avais su

pleurer autrefois, je crois que Mlle Rachel aurait été bouleversée et qu’elle

m’aurait pardonné.

Il se tait, vise le milieu de la route, les mains serrées sur le volant.

Niniko ose en n poser la question qui le tourmentait depuis un moment.

— Grand-père, Mlle Rachel, c’est elle la maîtresse de Saint-Pierre-du-

Mont ?

— Ma foi, c’est elle, dit grand-père. Elle ne vit que pour son métier. C’est

une très bonne institutrice, la meilleure peut-être de l’arrondissement. Elle

ne se contente pas d’enseigner avec passion, d’apprendre aux élèves

l’orthographe, le calcul, la lecture, la rédaction et toutes les matières du

programme. Elle leur ouvre les yeux sur le monde, elle s’a ache à

développer chez tous les dons du cœur, en respectant la personnalité de

chacun. Elle prépare les enfants à la vie en même temps qu’au certi cat.

Mais nul n’est parfait et elle a gardé ses maro es d’autrefois, qui se sont

même aggravées avec l’âge. Elle est une laïque forcenée et le nom du bon

Dieu lui écorche les oreilles. Elle ne veut plus l’entendre dans sa classe. Et

puis elle est plus que jamais persuadée que les femmes sont asservies,

exploitées et persécutées par les hommes. Elle jure qu’elle méprise les

honneurs, mais elle a une terrible faiblesse. Ah, sais-tu, sais-tu ? Elle se désespère de prendre bientôt sa retraite sans avoir jamais décroché de prix

cantonal au certi cat. elle bêtise ! Ça me consolerait presque de ne pas

l’avoir épousée !

Niniko n’écoute plus son grand-père que d’une oreille. Il tripote ses

doigts pour compter, en douce, à gauche, au bord de son siège. Il a

entrepris d’inventer des vers de dix pieds. Au moins deux, un tout seul,

sans la rime, ça ne veut rien dire. Il a déjà trouvé :

La petite lle en robe d’été

Danse pieds nus dans le pré…

 

Il n’est pas sûr que la rime soit bonne. Et puis, à propos de pieds, il en

manque trois au second vers !

 

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