L'année du certif
Chapitre 2
Rédaction. Composez un récit sur le sujet suivant : 1. Un négrillon qui passe dans la forêt (où va-t-il ?). Il joue sans mé ance… 2. Sur l’arbre un énorme boa. Sa tête plate qui s’avance, ses anneaux qui se déroulent.
3. Un colon a vu la scène (où allait-il ?). Un coup de fusil… 4. Peur, puis joie du négrillon. Sa reconnaissance (comment la manifeste-t-il ?).
L. Dumas, Le Livre unique de français,
cours moyen. Librairie Hache e.
René, dit Niniko , se lève, bâille et s’habille en hâte. Son frère aîné,
Antoine, dit Davy, est parti en éclaireur s’assurer que papa et maman
dorment et que la voie est libre.
Les parents ont fait le « chemin de Saint-Jacques ». C’est une formule
de papa, il l’a sou ée deux ou trois fois ce soir à l’oreille de maman. La
première fois, Fofe e, la petite sœur de Davy et Niniko , les a entendus
depuis le débarras de la classe de maman. Elle a toujours l’oreille au bon
endroit pour surprendre la conversation des grandes personnes. Plus tard,
papa est revenu à la charge et René-Niniko lui-même l’a entendu. « el
beau soir pour faire le chemin de Saint-Jacques, la veille des vacances ! »
Maman n’a pas dit non.
L’hiver, quand il pleut, vente, neige, que le temps est très couvert et
qu’il n’y a pas une étoile au ciel, papa murmure sur le même ton : « Claire, ce mauvais temps me donne envie d’un chemin de Saint-Jacques, pas
toi ? »
Les enfants Fontanes sont donc tranquilles ce e nuit, du moins pour ce
qui est de papa, qui dort comme une souche après son chemin. Et maman
feint de ne rien voir, d’ignorer leurs escapades nocturnes. Ou bien elle
passe l’éponge.
Le chemin de Saint-Jacques : une écharpe d’étoiles qui s’enroule autour
du ciel par les belles nuits d’été. Papa a bien sûr une idée spéciale quand il
en parle à maman, c’est un code secret à eux, mais Niniko est trop jeune
pour tout comprendre. Il n’a que dix ans et demi, et Davy-Antoine prétend
qu’il n’est guère avancé pour son âge – à peine plus malin que Fofe e !
Tout le monde dit que la petite sœur des garçons, qui porte un prénom
catholique, Marie-Josèphe, et un autre républicain, Marianne, et qu’on
appelle le plus souvent Fofe e, est so e, très bébé et un peu innocente.
Niniko , lui, ne la trouve pas du tout demeurée, et à peu près aussi
innocente qu’un chat qui joue avec une pelote de laine… Mais il songe
amèrement : « Je suis encore plus bête qu’elle ! »
Pour l’aider à leur façon, ils s’échappent tous les trois en pleine nuit,
quand il fait beau et qu’on y voit comme en plein jour, et ils vont jouer à
l’école de Jules Verne. Ils en ont parlé à leur ami Augustin, qui étudie pour
être docteur, mais ils l’ont caché à leur père, ils lui feront la surprise plus
tard. Il est persuadé que sa petite lle n’a rien dans la cervelle et n’en
démord pas. Avec leur mère, les garçons n’abordent jamais le sujet, parce
qu’elle aurait de la peine. Alors, les voilà partis tous les trois, un peu avant
minuit, pour l’école de Jules Verne. Davy, qui a tout organisé, se sert d’un
vieux cahier de grand-père l’inspecteur, mais il ne s’en vante pas. Au fond,
l’idée, c’est grand-père qui l’a eue, autrefois.
En n, Niniko pré ère de loin l’école de Jules Verne aux « bivouacs des
stratèges », ces réunions à quatre ou cinq, où il doit écouter Davy pérorer
et pour nir se ranger à l’opinion de son frère aîné. Et puis, avec Fofe e,
on bouge !
Niniko descend l’escalier en silence. Papa doit pioncer comme un loir,
mais avec maman on ne peut jamais en avoir le cœur net. Niniko s’arrête
deux secondes ou une minute sur le palier du premier étage. Deux secondes ou une minute, va savoir, le temps de la nuit coule par bou ées
puis s’étale et se ge. Niniko ferme les yeux, s’emplit la tête du vaste
monde.
Après le chemin de Saint-Jacques, Claire a l’habitude de sommeiller
toute la nuit, sans jamais trouver un vrai repos. Ce soir, au lieu de
s’écrouler pour six heures la tête au creux de l’oreiller, Paul s’assoit sur le
lit, poings serrés, et s’exclame :
— Mon père est inspecteur primaire et moi je ne suis qu’un pauvre
instituteur de campagne !
Claire se recoi e, met de l’ordre dans sa toile e de nuit. Elle sourit pour
elle seule. Elle n’aime pas agiter les soucis ordinaires de la vie tout de suite
après la balade dans la Voie lactée. Il est vrai qu’elle n’a pas vu beaucoup
d’étoiles, ce soir. On dirait qu’il y en a de plus en plus dans le ciel d’été et
de moins en moins dans son ciel de lit. Elle soupire, revient sur la terre
sans trop d’e ort.
— Mon chéri, je te rappelle que tu as deux garçons.
— Ninik… René est trop écervelé pour réussir jamais l’École normale.
— Il n’est pas heureux.
— C’est un lunatique, un marchand de caprices, un minus habens. Il
s’est mis en tête de s’engager à la coloniale !
— À dix ans, un enfant ne peut savoir ce qu’il fera dans la vie.
— N’importe. La pauvre Fofe e, à huit ans et demi, tire encore la langue.
Davy, euh… Antoine seul peut s’élever au-dessus de notre condition.
L’année qui vient est capitale.
Claire renonce à discuter. Dans une école de village, le certi cat revient
tous les ans que Dieu fait. Mais l’année prochaine sera pour les Fontanes
l’année du certi cat, et elle sera longue, pleine de péripéties et d’épreuves.
Dans la chaleur cuisante de la chambre aux volets fermés par souci de
discrétion, Claire aimerait se cacher la tête sous le drap pour oublier d’un
coup le passé, le présent et l’avenir. Mais Paul, bien réveillé pour une fois,
martèle ses espérances jusqu’à plus soif.
— On commencera par le prix cantonal. Il nous le faut, chérie, il nous le
faut. À Antoine pour sa carrière… Oui, pour sa carrière, sais-tu ? Suppose
qu’il soit inspecteur, un jour, dans me ons vingt-cinq ans. Personne ne se
souviendra plus de ses notes à l’École normale ou de son rang au brevet
supérieur. Mais tout le monde se rappellera qu’il a été premier du canton
dans les années trente. Tu sais que le conseil général va sans doute o rir
un voyage à tous les lauréats du département ? Dans vingt ans, il y aura
peut-être une douzaine d’instituteurs ou d’institutrices qui diront :
« L’inspecteur Fontanes ? J’ai fait le voyage des premiers du canton avec
lui ! » Il y aura peut-être même un député, un sous-préfet, un receveur des
nances, que sais-je, moi, pour s’en souvenir. Ça crée des liens bien utiles
pour une carrière dans l’Administration. Et, chérie, pour ne rien te
cacher…, en n, je ne sais pas si je peux te le dire…
Claire noue les doigts derrière sa nuque, par-dessous ses épais cheveux
bruns. Puis elle ferme doucement les yeux.
— Tu peux le dire, mon chéri.
— Tu me promets de ne pas te moquer de moi ? Voilà. Mon père est
inspecteur primaire, à deux ans de la retraite. Il ne montera jamais plus
haut. Je rêve – ah, je rêve – de voir mon ls inspecteur d’Académie avant
de mourir. Dans quarante ans, j’en aurai presque quatre-vingts… Mais toi,
tu le verras !
Claire ouvre les yeux, pose la main sur l’épaule de son mari, qu’elle
presse gentiment.
— Je le verrai.
— Tu ne seras pas trop vieille, hein ? Et tu seras ère ?
— Je serai très ère, mon chéri. Mais j’espère bien voir René et Marie-
Josèphe heureux dans leur vie et leur travail.
Paul réprime dans la pénombre un geste d’agacement.
— Moi aussi, bien sûr. Je ne me fais aucun souci pour Fofe e. Les
simplets sont toujours les plus heureux !
Claire se tourne pour dormir et se cache le visage dans les bras.
Niniko descend à pas de souris, la main sur la rampe lisse. Le
logement des maîtres comprend, au rez-de-chaussée, une cuisine-salle commune, à la paysanne, une resserre et trois ou quatre couloirs, qui vont
aux classes, à la mairie, à la cave, à la cour et à l’escalier du premier étage,
où se trouvent les chambres. On n’entend plus un bruit, à part le
craquement du plancher sous les sandales, le grincement d’un volet, la
chanson d’un grillon caché dans la resserre à légumes, le ronron du chat
Fou-Po, qui dort sur un coussin à la cuisine, les reni ements de Fofe e qui
se retient de rire, puis bâille à s’arracher les amygdales… Le silence du
monde sous la mer.
Davy et Niniko vont faire l’école de Jules Verne pour Fofe e, avec le
cahier de grand-père l’inspecteur. Ils ont commencé aux vacances de
Pâques et sont décidés à continuer tout l’été. Fofe e a presque une année
à ra raper et papa ne sait pas la prendre, alors Davy a décidé de s’occuper
d’elle et Niniko a accepté avec enthousiasme de jouer un rôle à l’école de
Jules Verne. Marianne, Marie-Josèphe Fontanes est un peu tête en l’air,
mais ses frères sont persuadés qu’en l’aidant de leur mieux elle passera le
certi cat comme tout le monde et ne déshonorera pas sa famille.
Niniko arrive au rez-de-chaussée, suit le couloir, aux boiseries claires
et odorantes, qui passe entre la classe et l’appartement. Il je e un coup
d’œil sur l’illustration du calendrier. Elle représente l’a aque du croiseur
chinois Fou-Po – qui a donné son nom au chat – par un torpilleur français
devant Fou-tcheou, en 1884. Le bateau chinois est gigantesque comme la
Chine, le bateau français tout petit, mais redoutable comme la France…
Hop, un saut, il est dans Jules Verne.
Les planches sentent l’iode, on dirait qu’elles sortent des forêts de
l’océan et qu’on a construit la maison avant-hier. Niniko lève les yeux
sur le calendrier accroché à une cloison. On est au mois du poisson-scie, le
plus beau mois de l’année, ah, si ça pouvait durer l’éternité ! Il s’approche
de la porte du fort, massive et toute bardée de fer. Il entend de nouveau
Fofe e bâiller, avec des « âââh » sans n, et Davy lui crier de se taire,
qu’elle va réveiller le gouverneur et sa famille. Davy chuchote d’une voix
de maquignon, ses messes basses font plus de bruit que la foire à Saint-
Jean. Fofe e ne peut s’empêcher de rire tout haut.
— Ça risque pas que le gouverneur et sa femme se réveillent quand ils
sont passés par le chemin de Saint-Jacques !
Niniko ronchonne en lui-même. Parle pour papa, peut-être, mais
maman se contente de faire semblant ! Fofe e l’agace quand elle veut
avoir l’air trop maligne. Il se plante devant elle, mains aux poches, et la
regarde xement.
— Tu peux causer ! Tu ne sais même pas ce que c’est que le chemin de
Saint-Jacques !
Elle lui bâille à la gure en sou ant un parfum de bonbon à la menthe.
Davy donne à son frère une bourrade dans le dos qui l’envoie contre le
portemanteau des lles.
— Te vante pas, Niniko , tu n’y connais rien, toi non plus !
Davy l’appelle Niniko , à cause d’une histoire d’aventures illustrée
qu’ils ont lue dans Guignol, un hebdomadaire de garçons, « L’Obsession de
Niniko », et qui passionnait René. Une façon de le me re en boîte, il le
sait, mais il aime mieux Niniko que Faon de biche, son surnom usuel. Il
fait la grimace, si e, hausse les épaules. On sait ce qu’on sait ! Mais
Niniko ne répond pas à cause de la petite, et puis Davy trouverait le
moyen de le coincer. Il marmonne à voix basse que le chemin de Saint-
Jacques mène au sixième ciel, ou peut-être au septième, il n’est pas sûr du
chi re. Pendant la guerre, papa écrivait à maman : « Je regarde le chemin
de Saint-Jacques, je pense que tu le regardes aussi et je rêve très fort de
monter au sixième ciel (ou au septième) avec toi. » Niniko l’a lu sur une
carte postale de l’album, une carte avec des étoiles brodées. C’était il y a
très longtemps, avant leur naissance à tous. Maintenant, quand papa parle
du chemin de Saint-Jacques, maman soupire puis met une casserole d’eau
à chau er sur le fourneau et prépare une éponge vinaigrée. Mais Niniko
serait bien ennuyé s’il lui fallait expliquer comment elle s’en sert plus
tard !
Fofe e suce son pouce en regardant ses frères d’un air narquois. Davy
lui tire le doigt de la bouche doucement.
— Mademoiselle Nemo ! Une jeune lle de dix-huit ans ne suce plus son
pouce !
Mlle Nemo, en réalité, n’a que neuf ans. Elle a suivi tant bien que mal le
cours élémentaire deuxième année, mais papa a refusé de la prendre dans
la grande classe à la rentrée, disant qu’elle n’avait pas, tant s’en faut, le
niveau du cours moyen. Niniko s’interroge. Elle est heureuse comme ça,
faut-il la tarabuster tout le temps pour la forcer à devenir une grande
personne avant son heure ?
Il sourit à sa petite sœur. « Fofe e, va… » and elle était petite, elle ne
savait pas prononcer son prénom, elle disait « Fofe e » pour Marie-
Josèphe, et le diminutif lui est resté. Marianne est tombée à l’eau, on ne
sait trop pourquoi. Elle essuie son pouce à son tablier, puis s’assoit sur les
tome es, tire la langue et la mordille tout en serrant sa balle de
caoutchouc dans sa poche.
— Une jeune lle de dix-huit ans peut tirer la langue ?
Davy sou e des naseaux comme un âne fourbu.
— Et tripoter sa balle ? À vous de décider, mademoiselle Nemo !
Par l’imposte, un rayon de lune glisse sur la gure de Fofe e, accroupie
sous le portemanteau, l’air d’un gros bébé perdu. Niniko se demande une
fois de plus si elle ne le fait pas exprès. Il ne sait que penser d’elle… Par
moments, il ne sait que penser de la vie et de tout. Davy les pousse tous
les deux vers la porte, qui s’ouvre presque sans grincer.
— On y va ?
— C’est moi la capitaine, décide Fofe e. On y va !
Niniko ferme la porte, les deux autres courent déjà dans la rue du
village comme des chiens lâchés. À propos de chiens, ceux du voisinage
ont l’habitude, ils ne jappent plus après les enfants, sauf le roquet du père
Dumas, mais celui-là donne de la voix pour un rien ; s’il réveille
quelqu’un, le quidam se dira : « Le cagnot du père Dumas aboie à la pleine
lune, c’est signe de ci ou de ça ! »
Davy et Fofe e s’escla ent. Ils se paient la tête de leur frère, c’est le jeu.
Davy a persuadé Fofe e qu’elle était plus sensée que Niniko quand elle
voulait. Ça, c’est plutôt l’idée d’Augustin, qui étudie pour être docteur.
« Les gars, si votre petite sœur se croit bête, son esprit ne s’éveillera pas. Il
faut lui sortir ça de la tête… » En n, voilà, ils sont dehors, ils tro ent
comme des antilopes sauvages sous le ciel des tropiques. Le clair de lune brille sur la mer, la Voie lactée enrubanne le ciel. Un cirque de montagnes,
vêtues d’une épaisse forêt de cocotiers, enserre le lagon et la plage de
sable. Une vallée profonde et noire s’enfonce vers le centre de l’île. Rien
que d’y jeter un regard, Niniko a des frissons dans le dos.
Les trois enfants admirent le paysage marin, éclairé d’une lueur vert-
bleu, si majestueux et si émouvant que Fofe e essuie deux larmes sur ses
joues. Puis elle s’assoit sur le sable et secoue sa tignasse châtain clair,
dénouée et embroussaillée.
— On a end le sous-marin de Jules Verne.
Davy enfonce les mains dans les poches de son pantalon trop large et
tire sur ses bretelles.
— C’est toi notre chef !
— Je suis votre princesse.
Davy approuve d’un signe de tête.
— Oka, tu es notre princesse.
Niniko s’assoit à côté d’elle, se prend la tête dans les mains et se force
à ré échir très fort. Si la petite sœur est so e et un peu demeurée, est-ce
de naissance, comme papa a l’air de le croire ? Ou est-ce la faute de papa,
comme maman a l’air de le penser quelquefois ?
Fofe e et Davy éclatent de rire ensemble, Niniko sort de ses pensées
avec un mauvais regard. Fofe e se couche par terre, bâille en fermant les
yeux, frappe dans ses paumes.
— Vous êtes sous la mer, ne respirez plus, laissez l’air entrer dans votre
peau !
Le jour, en classe ou en récréation, elle est gnangnan, butée ou cruche.
Si les copains la voyaient jouer à l’école de Jules Verne, ils n’en croiraient
pas leurs yeux.
Elle se soulève sur les coudes, tend le cou vers la mer.
— Monsieur Jules Verne, envoyez votre sous-marin. Il est rose et très
joli !
Elle récite à sa façon une poésie que Davy prétend avoir écrite pour elle,
avec trois rimes et en comptant les pieds. Mais Niniko sait bien qu’il l’a
prise dans un cahier de grand-père l’inspecteur, qu’il a chipé au grenier
d’Alès.
Nous vous aimons tant, monsieur Jules Verne,
Envoyez les goélands et les sternes !
Sans vos livres la vie serait bien terne.
Envoyez vite votre sous-marin,
Il est rose, joli, tout en airain.
Le voyage chasse tous les chagrins…
Fofe e se cache les yeux sous les paumes et enchaîne d’une voix douce
et chantante :
— La longue-vue, après avoir parcouru lentement l’horizon, s’arrêta en n
sur le point suspect, et Cyrus Smith, l’abaissant, ne prononça que ce seul
mot : Navire !
« Et, en e et, un navire était en vue de l’île Lincoln !
Davy lui a fait apprendre par cœur des passages de L’Île mystérieuse.
L’émotion brûle les veines de Niniko . Davy se racle la gorge pour cacher
son émotion. Navire ! Fofe e ne peut comprendre l’émotion qui secoue les
garçons à ce simple mot. Davy lui caresse l’épaule.
— Bien, bien, Votre Altesse. S’il vous plaît, maintenant, l’être
mystérieux, pour vos serviteurs.
Alors Fofe e déclame, sur un ton pénétré :
— Les colons étaient véritablement en droit de croire que l’être mystérieux
ne résidait pas à la surface de l’île, et alors les plus folles hypothèses
hantèrent leurs imaginations surexcitées.
Pas une faute, pas une hésitation. Davy et Niniko applaudissent leur
petite sœur. Mais Davy ne la laisse pas sou er.
— Altesse, quel être mystérieux hante l’île Lincoln ?
Et Fofe e, avec un bâillement triomphal :
— F’est le hapitaine Nemo !
Niniko s’approche doucement et vient s’agenouiller sur le sable,
devant Fofe e étendue, coudes levés, mains jointes derrière la nuque.
Davy le repousse, un doigt sur les lèvres.
— Altesse, Niniko voudrait entendre les miséricordes.
Fofe e déclame aussitôt, sans se faire prier :
— « Mes amis, dit Cyrus Smith d’une voix profondément émue, que le
Dieu de toutes les miséricordes reçoive l’âme du capitaine Nemo, notre
sauveur ! »
Ah, ces miséricordes, quel serrement de cœur ! Niniko sent ses yeux se
mouiller. Il s’en souviendra toute la vie. Il voudrait qu’on se taise un
moment pour penser au capitaine Nemo.
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