L'année du certif

Michel Jeury · Chapitre 2 sur 49

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L'année du certif

Chapitre 2

 

 

Rédaction. Composez un récit sur le sujet suivant : 1. Un négrillon qui passe dans la forêt (où va-t-il ?). Il joue sans mé ance… 2. Sur l’arbre un énorme boa. Sa tête plate qui s’avance, ses anneaux qui se déroulent.

3. Un colon a vu la scène (où allait-il ?). Un coup de fusil… 4. Peur, puis joie du négrillon. Sa reconnaissance (comment la manifeste-t-il ?).

L. Dumas, Le Livre unique de français,

cours moyen. Librairie Hache e.

 

René, dit Niniko , se lève, bâille et s’habille en hâte. Son frère aîné,

Antoine, dit Davy, est parti en éclaireur s’assurer que papa et maman

dorment et que la voie est libre.

Les parents ont fait le « chemin de Saint-Jacques ». C’est une formule

de papa, il l’a sou ée deux ou trois fois ce soir à l’oreille de maman. La

première fois, Fofe e, la petite sœur de Davy et Niniko , les a entendus

depuis le débarras de la classe de maman. Elle a toujours l’oreille au bon

endroit pour surprendre la conversation des grandes personnes. Plus tard,

papa est revenu à la charge et René-Niniko lui-même l’a entendu. « el

beau soir pour faire le chemin de Saint-Jacques, la veille des vacances ! »

Maman n’a pas dit non.

L’hiver, quand il pleut, vente, neige, que le temps est très couvert et

qu’il n’y a pas une étoile au ciel, papa murmure sur le même ton : « Claire, ce mauvais temps me donne envie d’un chemin de Saint-Jacques, pas

toi ? »

Les enfants Fontanes sont donc tranquilles ce e nuit, du moins pour ce

qui est de papa, qui dort comme une souche après son chemin. Et maman

feint de ne rien voir, d’ignorer leurs escapades nocturnes. Ou bien elle

passe l’éponge.

Le chemin de Saint-Jacques : une écharpe d’étoiles qui s’enroule autour

du ciel par les belles nuits d’été. Papa a bien sûr une idée spéciale quand il

en parle à maman, c’est un code secret à eux, mais Niniko est trop jeune

pour tout comprendre. Il n’a que dix ans et demi, et Davy-Antoine prétend

qu’il n’est guère avancé pour son âge – à peine plus malin que Fofe e !

Tout le monde dit que la petite sœur des garçons, qui porte un prénom

catholique, Marie-Josèphe, et un autre républicain, Marianne, et qu’on

appelle le plus souvent Fofe e, est so e, très bébé et un peu innocente.

Niniko , lui, ne la trouve pas du tout demeurée, et à peu près aussi

innocente qu’un chat qui joue avec une pelote de laine… Mais il songe

amèrement : « Je suis encore plus bête qu’elle ! »

Pour l’aider à leur façon, ils s’échappent tous les trois en pleine nuit,

quand il fait beau et qu’on y voit comme en plein jour, et ils vont jouer à

l’école de Jules Verne. Ils en ont parlé à leur ami Augustin, qui étudie pour

être docteur, mais ils l’ont caché à leur père, ils lui feront la surprise plus

tard. Il est persuadé que sa petite lle n’a rien dans la cervelle et n’en

démord pas. Avec leur mère, les garçons n’abordent jamais le sujet, parce

qu’elle aurait de la peine. Alors, les voilà partis tous les trois, un peu avant

minuit, pour l’école de Jules Verne. Davy, qui a tout organisé, se sert d’un

vieux cahier de grand-père l’inspecteur, mais il ne s’en vante pas. Au fond,

l’idée, c’est grand-père qui l’a eue, autrefois.

En n, Niniko pré ère de loin l’école de Jules Verne aux « bivouacs des

stratèges », ces réunions à quatre ou cinq, où il doit écouter Davy pérorer

et pour nir se ranger à l’opinion de son frère aîné. Et puis, avec Fofe e,

on bouge !

Niniko descend l’escalier en silence. Papa doit pioncer comme un loir,

mais avec maman on ne peut jamais en avoir le cœur net. Niniko s’arrête

deux secondes ou une minute sur le palier du premier étage. Deux secondes ou une minute, va savoir, le temps de la nuit coule par bou ées

puis s’étale et se ge. Niniko ferme les yeux, s’emplit la tête du vaste

monde.

 

Après le chemin de Saint-Jacques, Claire a l’habitude de sommeiller

toute la nuit, sans jamais trouver un vrai repos. Ce soir, au lieu de

s’écrouler pour six heures la tête au creux de l’oreiller, Paul s’assoit sur le

lit, poings serrés, et s’exclame :

— Mon père est inspecteur primaire et moi je ne suis qu’un pauvre

instituteur de campagne !

Claire se recoi e, met de l’ordre dans sa toile e de nuit. Elle sourit pour

elle seule. Elle n’aime pas agiter les soucis ordinaires de la vie tout de suite

après la balade dans la Voie lactée. Il est vrai qu’elle n’a pas vu beaucoup

d’étoiles, ce soir. On dirait qu’il y en a de plus en plus dans le ciel d’été et

de moins en moins dans son ciel de lit. Elle soupire, revient sur la terre

sans trop d’e ort.

— Mon chéri, je te rappelle que tu as deux garçons.

— Ninik… René est trop écervelé pour réussir jamais l’École normale.

— Il n’est pas heureux.

— C’est un lunatique, un marchand de caprices, un minus habens. Il

s’est mis en tête de s’engager à la coloniale !

— À dix ans, un enfant ne peut savoir ce qu’il fera dans la vie.

— N’importe. La pauvre Fofe e, à huit ans et demi, tire encore la langue.

Davy, euh… Antoine seul peut s’élever au-dessus de notre condition.

L’année qui vient est capitale.

Claire renonce à discuter. Dans une école de village, le certi cat revient

tous les ans que Dieu fait. Mais l’année prochaine sera pour les Fontanes

l’année du certi cat, et elle sera longue, pleine de péripéties et d’épreuves.

Dans la chaleur cuisante de la chambre aux volets fermés par souci de

discrétion, Claire aimerait se cacher la tête sous le drap pour oublier d’un

coup le passé, le présent et l’avenir. Mais Paul, bien réveillé pour une fois,

martèle ses espérances jusqu’à plus soif.

— On commencera par le prix cantonal. Il nous le faut, chérie, il nous le

faut. À Antoine pour sa carrière… Oui, pour sa carrière, sais-tu ? Suppose

qu’il soit inspecteur, un jour, dans me ons vingt-cinq ans. Personne ne se

souviendra plus de ses notes à l’École normale ou de son rang au brevet

supérieur. Mais tout le monde se rappellera qu’il a été premier du canton

dans les années trente. Tu sais que le conseil général va sans doute o rir

un voyage à tous les lauréats du département ? Dans vingt ans, il y aura

peut-être une douzaine d’instituteurs ou d’institutrices qui diront :

« L’inspecteur Fontanes ? J’ai fait le voyage des premiers du canton avec

lui ! » Il y aura peut-être même un député, un sous-préfet, un receveur des

nances, que sais-je, moi, pour s’en souvenir. Ça crée des liens bien utiles

pour une carrière dans l’Administration. Et, chérie, pour ne rien te

cacher…, en n, je ne sais pas si je peux te le dire…

Claire noue les doigts derrière sa nuque, par-dessous ses épais cheveux

bruns. Puis elle ferme doucement les yeux.

— Tu peux le dire, mon chéri.

— Tu me promets de ne pas te moquer de moi ? Voilà. Mon père est

inspecteur primaire, à deux ans de la retraite. Il ne montera jamais plus

haut. Je rêve – ah, je rêve – de voir mon ls inspecteur d’Académie avant

de mourir. Dans quarante ans, j’en aurai presque quatre-vingts… Mais toi,

tu le verras !

Claire ouvre les yeux, pose la main sur l’épaule de son mari, qu’elle

presse gentiment.

— Je le verrai.

— Tu ne seras pas trop vieille, hein ? Et tu seras ère ?

— Je serai très ère, mon chéri. Mais j’espère bien voir René et Marie-

Josèphe heureux dans leur vie et leur travail.

Paul réprime dans la pénombre un geste d’agacement.

— Moi aussi, bien sûr. Je ne me fais aucun souci pour Fofe e. Les

simplets sont toujours les plus heureux !

Claire se tourne pour dormir et se cache le visage dans les bras.

 

Niniko descend à pas de souris, la main sur la rampe lisse. Le

logement des maîtres comprend, au rez-de-chaussée, une cuisine-salle commune, à la paysanne, une resserre et trois ou quatre couloirs, qui vont

aux classes, à la mairie, à la cave, à la cour et à l’escalier du premier étage,

où se trouvent les chambres. On n’entend plus un bruit, à part le

craquement du plancher sous les sandales, le grincement d’un volet, la

chanson d’un grillon caché dans la resserre à légumes, le ronron du chat

Fou-Po, qui dort sur un coussin à la cuisine, les reni ements de Fofe e qui

se retient de rire, puis bâille à s’arracher les amygdales… Le silence du

monde sous la mer.

Davy et Niniko vont faire l’école de Jules Verne pour Fofe e, avec le

cahier de grand-père l’inspecteur. Ils ont commencé aux vacances de

Pâques et sont décidés à continuer tout l’été. Fofe e a presque une année

à ra raper et papa ne sait pas la prendre, alors Davy a décidé de s’occuper

d’elle et Niniko a accepté avec enthousiasme de jouer un rôle à l’école de

Jules Verne. Marianne, Marie-Josèphe Fontanes est un peu tête en l’air,

mais ses frères sont persuadés qu’en l’aidant de leur mieux elle passera le

certi cat comme tout le monde et ne déshonorera pas sa famille.

 

Niniko arrive au rez-de-chaussée, suit le couloir, aux boiseries claires

et odorantes, qui passe entre la classe et l’appartement. Il je e un coup

d’œil sur l’illustration du calendrier. Elle représente l’a aque du croiseur

chinois Fou-Po – qui a donné son nom au chat – par un torpilleur français

devant Fou-tcheou, en 1884. Le bateau chinois est gigantesque comme la

Chine, le bateau français tout petit, mais redoutable comme la France…

Hop, un saut, il est dans Jules Verne.

Les planches sentent l’iode, on dirait qu’elles sortent des forêts de

l’océan et qu’on a construit la maison avant-hier. Niniko lève les yeux

sur le calendrier accroché à une cloison. On est au mois du poisson-scie, le

plus beau mois de l’année, ah, si ça pouvait durer l’éternité ! Il s’approche

de la porte du fort, massive et toute bardée de fer. Il entend de nouveau

Fofe e bâiller, avec des « âââh » sans n, et Davy lui crier de se taire,

qu’elle va réveiller le gouverneur et sa famille. Davy chuchote d’une voix

de maquignon, ses messes basses font plus de bruit que la foire à Saint-

Jean. Fofe e ne peut s’empêcher de rire tout haut.

— Ça risque pas que le gouverneur et sa femme se réveillent quand ils

sont passés par le chemin de Saint-Jacques !

Niniko ronchonne en lui-même. Parle pour papa, peut-être, mais

maman se contente de faire semblant ! Fofe e l’agace quand elle veut

avoir l’air trop maligne. Il se plante devant elle, mains aux poches, et la

regarde xement.

— Tu peux causer ! Tu ne sais même pas ce que c’est que le chemin de

Saint-Jacques !

Elle lui bâille à la gure en sou ant un parfum de bonbon à la menthe.

Davy donne à son frère une bourrade dans le dos qui l’envoie contre le

portemanteau des lles.

— Te vante pas, Niniko , tu n’y connais rien, toi non plus !

Davy l’appelle Niniko , à cause d’une histoire d’aventures illustrée

qu’ils ont lue dans Guignol, un hebdomadaire de garçons, « L’Obsession de

Niniko », et qui passionnait René. Une façon de le me re en boîte, il le

sait, mais il aime mieux Niniko que Faon de biche, son surnom usuel. Il

fait la grimace, si e, hausse les épaules. On sait ce qu’on sait ! Mais

Niniko ne répond pas à cause de la petite, et puis Davy trouverait le

moyen de le coincer. Il marmonne à voix basse que le chemin de Saint-

Jacques mène au sixième ciel, ou peut-être au septième, il n’est pas sûr du

chi re. Pendant la guerre, papa écrivait à maman : « Je regarde le chemin

de Saint-Jacques, je pense que tu le regardes aussi et je rêve très fort de

monter au sixième ciel (ou au septième) avec toi. » Niniko l’a lu sur une

carte postale de l’album, une carte avec des étoiles brodées. C’était il y a

très longtemps, avant leur naissance à tous. Maintenant, quand papa parle

du chemin de Saint-Jacques, maman soupire puis met une casserole d’eau

à chau er sur le fourneau et prépare une éponge vinaigrée. Mais Niniko

serait bien ennuyé s’il lui fallait expliquer comment elle s’en sert plus

tard !

Fofe e suce son pouce en regardant ses frères d’un air narquois. Davy

lui tire le doigt de la bouche doucement.

— Mademoiselle Nemo ! Une jeune lle de dix-huit ans ne suce plus son

pouce !

Mlle Nemo, en réalité, n’a que neuf ans. Elle a suivi tant bien que mal le

cours élémentaire deuxième année, mais papa a refusé de la prendre dans

la grande classe à la rentrée, disant qu’elle n’avait pas, tant s’en faut, le

niveau du cours moyen. Niniko s’interroge. Elle est heureuse comme ça,

faut-il la tarabuster tout le temps pour la forcer à devenir une grande

personne avant son heure ?

Il sourit à sa petite sœur. « Fofe e, va… » and elle était petite, elle ne

savait pas prononcer son prénom, elle disait « Fofe e » pour Marie-

Josèphe, et le diminutif lui est resté. Marianne est tombée à l’eau, on ne

sait trop pourquoi. Elle essuie son pouce à son tablier, puis s’assoit sur les

tome es, tire la langue et la mordille tout en serrant sa balle de

caoutchouc dans sa poche.

— Une jeune lle de dix-huit ans peut tirer la langue ?

Davy sou e des naseaux comme un âne fourbu.

— Et tripoter sa balle ? À vous de décider, mademoiselle Nemo !

Par l’imposte, un rayon de lune glisse sur la gure de Fofe e, accroupie

sous le portemanteau, l’air d’un gros bébé perdu. Niniko se demande une

fois de plus si elle ne le fait pas exprès. Il ne sait que penser d’elle… Par

moments, il ne sait que penser de la vie et de tout. Davy les pousse tous

les deux vers la porte, qui s’ouvre presque sans grincer.

— On y va ?

— C’est moi la capitaine, décide Fofe e. On y va !

Niniko ferme la porte, les deux autres courent déjà dans la rue du

village comme des chiens lâchés. À propos de chiens, ceux du voisinage

ont l’habitude, ils ne jappent plus après les enfants, sauf le roquet du père

Dumas, mais celui-là donne de la voix pour un rien ; s’il réveille

quelqu’un, le quidam se dira : « Le cagnot du père Dumas aboie à la pleine

lune, c’est signe de ci ou de ça ! »

Davy et Fofe e s’escla ent. Ils se paient la tête de leur frère, c’est le jeu.

Davy a persuadé Fofe e qu’elle était plus sensée que Niniko quand elle

voulait. Ça, c’est plutôt l’idée d’Augustin, qui étudie pour être docteur.

« Les gars, si votre petite sœur se croit bête, son esprit ne s’éveillera pas. Il

faut lui sortir ça de la tête… » En n, voilà, ils sont dehors, ils tro ent

comme des antilopes sauvages sous le ciel des tropiques. Le clair de lune brille sur la mer, la Voie lactée enrubanne le ciel. Un cirque de montagnes,

vêtues d’une épaisse forêt de cocotiers, enserre le lagon et la plage de

sable. Une vallée profonde et noire s’enfonce vers le centre de l’île. Rien

que d’y jeter un regard, Niniko a des frissons dans le dos.

Les trois enfants admirent le paysage marin, éclairé d’une lueur vert-

bleu, si majestueux et si émouvant que Fofe e essuie deux larmes sur ses

joues. Puis elle s’assoit sur le sable et secoue sa tignasse châtain clair,

dénouée et embroussaillée.

— On a end le sous-marin de Jules Verne.

Davy enfonce les mains dans les poches de son pantalon trop large et

tire sur ses bretelles.

— C’est toi notre chef !

— Je suis votre princesse.

Davy approuve d’un signe de tête.

— Oka, tu es notre princesse.

Niniko s’assoit à côté d’elle, se prend la tête dans les mains et se force

à ré échir très fort. Si la petite sœur est so e et un peu demeurée, est-ce

de naissance, comme papa a l’air de le croire ? Ou est-ce la faute de papa,

comme maman a l’air de le penser quelquefois ?

Fofe e et Davy éclatent de rire ensemble, Niniko sort de ses pensées

avec un mauvais regard. Fofe e se couche par terre, bâille en fermant les

yeux, frappe dans ses paumes.

— Vous êtes sous la mer, ne respirez plus, laissez l’air entrer dans votre

peau !

Le jour, en classe ou en récréation, elle est gnangnan, butée ou cruche.

Si les copains la voyaient jouer à l’école de Jules Verne, ils n’en croiraient

pas leurs yeux.

Elle se soulève sur les coudes, tend le cou vers la mer.

— Monsieur Jules Verne, envoyez votre sous-marin. Il est rose et très

joli !

Elle récite à sa façon une poésie que Davy prétend avoir écrite pour elle,

avec trois rimes et en comptant les pieds. Mais Niniko sait bien qu’il l’a

prise dans un cahier de grand-père l’inspecteur, qu’il a chipé au grenier

d’Alès.

Nous vous aimons tant, monsieur Jules Verne,

Envoyez les goélands et les sternes !

Sans vos livres la vie serait bien terne.

Envoyez vite votre sous-marin,

Il est rose, joli, tout en airain.

Le voyage chasse tous les chagrins…

 

Fofe e se cache les yeux sous les paumes et enchaîne d’une voix douce

et chantante :

— La longue-vue, après avoir parcouru lentement l’horizon, s’arrêta en n

sur le point suspect, et Cyrus Smith, l’abaissant, ne prononça que ce seul

mot : Navire !

« Et, en e et, un navire était en vue de l’île Lincoln !

Davy lui a fait apprendre par cœur des passages de L’Île mystérieuse.

L’émotion brûle les veines de Niniko . Davy se racle la gorge pour cacher

son émotion. Navire ! Fofe e ne peut comprendre l’émotion qui secoue les

garçons à ce simple mot. Davy lui caresse l’épaule.

— Bien, bien, Votre Altesse. S’il vous plaît, maintenant, l’être

mystérieux, pour vos serviteurs.

Alors Fofe e déclame, sur un ton pénétré :

— Les colons étaient véritablement en droit de croire que l’être mystérieux

ne résidait pas à la surface de l’île, et alors les plus folles hypothèses

hantèrent leurs imaginations surexcitées.

Pas une faute, pas une hésitation. Davy et Niniko applaudissent leur

petite sœur. Mais Davy ne la laisse pas sou er.

— Altesse, quel être mystérieux hante l’île Lincoln ?

Et Fofe e, avec un bâillement triomphal :

— F’est le hapitaine Nemo !

Niniko s’approche doucement et vient s’agenouiller sur le sable,

devant Fofe e étendue, coudes levés, mains jointes derrière la nuque.

Davy le repousse, un doigt sur les lèvres.

— Altesse, Niniko voudrait entendre les miséricordes.

Fofe e déclame aussitôt, sans se faire prier :

— « Mes amis, dit Cyrus Smith d’une voix profondément émue, que le

Dieu de toutes les miséricordes reçoive l’âme du capitaine Nemo, notre

sauveur ! »

Ah, ces miséricordes, quel serrement de cœur ! Niniko sent ses yeux se

mouiller. Il s’en souviendra toute la vie. Il voudrait qu’on se taise un

moment pour penser au capitaine Nemo.

 

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