L'année du certif
Chapitre 4
Composition française. En faisant agir un oiseau tel que : moineau, pinson, pie, merle,
corbeau…, faites-en ressortir la physionomie et les allures.
Chevaillier et Audiat, Les Textes français, E.P.S. première année, Librairie Hache e.
Papa réunit la classe du certi cat, sous le préau des garçons, en pleine
semaine sainte. Tous ne sont pas là : il manque César Rouvière, Jeannot
Constant et Sarah Javols. Papa pousse un soupir d’agacement.
— Pâques est tard, il y a beaucoup de travail en avril, surtout pour ceux
qui font le ver à soie. Pourtant, il faut que nous allions encore une fois à
Saint-Pierre. Approchez, écoutez-moi !
Il baisse la voix et regarde de tous les côtés, comme s’il gue ait les
espions ou les sbires. La petite bande se serre autour du maître. Niniko
essaie de s’in ltrer, mais la Favantine e le tire par le col et l’envoie
dinguer contre un vieux banc, avec un « Vaï bé ! » sec et méprisant.
— Il nous faut essayer de savoir où en est Marguerite Robert, dit papa.
J’aimerais voir ses résultats de composition, encore que je soupçonne
Mlle Rachel de la noter trop généreusement. Mes amis, nous devons
reconnaître que ce e petite diablesse a progressé plus vite que nous tous.
En n, grâce à elle, nous avons découvert que certains d’entre nous se
laissent un peu vivre. Ce e leçon vaut bien un fromage !
Papa conduit maintenant sa petite troupe sur la route de Saint-Pierre :
ses deux ls, Tavou Maucloux, la Favantine e, la Daudine e et Marie Jau ret. Marie marche la dernière : elle n’est pas sûre de son droit à être là,
puisqu’elle a été exclue de la classe du certi cat. Elle se fait toute petite,
papa a eu l’air de ne pas la voir. Niniko est toujours mobilisé pour grossir
la bande et pour prendre la dernière place au classement.
Pourtant, il aimerait bien, plus tard, faire l’école de Jules Verne, avec des
vers comme ceux de grand-père l’inspecteur.
Tu es mon petit cheval d’Amérique
Et je vais t’apprendre l’arithmétique…
Le petit cheval d’Amérique, il l’a chipé dans le cahier de grand-père. Il
se demande bien pourquoi grand-père appelait sa ancée « mon petit
cheval d’Amérique ». En tout cas, le deuxième vers est de lui, il en est très
er. Ça le fait penser aux jolis pieds de Pascaline et, bizarre association, à
son nombril qui se bouche toujours de temps en temps. Un jour je
t’apprendrai l’arithmétique… Mais il ne peut pas dire à Pascaline qu’il lui
apprendra l’arithmétique, elle est tellement meilleure que lui… Il cherche
de toutes ses forces, de toute son âme, une autre rime en « ique ». Pique,
laïque, boutique…, domestique, gymnastique, encaustique… Bique, tique,
barrique… Féerique, voilà le mot qu’il lui faut. Féerique rime bien avec
Amérique, mais il faut trouver le vers. Tes cheveux roux sont féeriques…
C’est beau, mais pas assez long.
— Y a faon de biche qui compte sur ses doigts ! s’écrie Tavou Maucloux.
Niniko s’empourpre, mais il a une réponse toute prête.
— Je révise mes tables.
irza Favantin en glousse de rire.
— Il révise ses tables en comptant sur ses doigts ! el âne !
Niniko regarde le ciel, il a sa conscience pour lui. Plus tard, il sera un
grand poète, il écrira l’école de Jules Verne et il l’o rira à Pascaline.
On est lundi de Pâques, c’est un peu fête, des gens se promènent dans
les chemins ou au bord du bois. D’autres travaillent dans les jardins des
faïsses ou mènent leurs chèvres à paître. Ceux qui s’activent aux champs
lorgnent par-dessus l’épaule de ceux qui prennent l’air. Tous regardent de
travers les visiteurs de Saint-André.
Les enfants sentent l’hostilité de leurs voisins montagnards et en sont
gênés. Papa tient la tête haute, le chapeau relevé sur son large front de penseur, il scrute le pays et ses gens comme un brave o cier qui monte à
l’assaut. Il s’arrête cinq cents mètres au-dessous du village, se retourne
vers ses élèves.
— On ne voit pas l’Aigoual, qui est caché par la colline. Mais quelqu’un
peut-il m’indiquer sa direction ?
On se met vite d’accord sur la position de l’ Aigoual, le sommet le plus
élevé de la région. Papa demande ensuite la direction des Alpes, celle de la
Méditerranée. Les mains se lèvent, les bras se tendent, on crie, on
s’interpelle. Les gens observent avec mauvaise humeur toute ce e
agitation. Niniko a bien compris que papa leur jetait une sorte de dé .
Papa n’a peur de rien. Il est lieutenant dans l’armée. Niniko aimerait
arriver un jour à Saint-Pierre à la tête d’une compagnie ou d’un bataillon.
Chacun doit désigner un pays, une ville, une mer, une montagne, pour
qu’on trouve sa direction. Davy a proposé la Chine, irza, l’Allemagne,
Alix Daudé, l’Afrique, Tavou Maucloux, Bédarieux. Son tour venu,
Niniko choisit l’Amérique. Les autres s’escla ent. La Daudine e se tape
la fesse. « Elle est par là, minus habens, l’Amérique ! » Niniko est outré.
elle grossièreté ! Mais, si Pascaline avait fait le même geste, il l’aurait
trouvé gracieux et délicieux… Les lles commencent à lui donner des
impressions, mais on ne peut jamais en parler dans les rédactions.
— L’Amérique, dit papa, se trouve au soleil couchant de l’été.
La classe de Saint-Pierre est longue, plutôt étroite, un peu basse et mal
éclairée. Ses fenêtres donnent d’un côté sur une magnanerie à deux étages
et, de l’autre, sur la place du village, plantée de tilleuls et de mûriers qui,
même sans leur feuillage complet, font beaucoup d’ombre et bouchent la
vue. Étant une classe unique, elle est pleine jusqu’au fond de bancs de
toutes tailles, disposés en quatre rangées. Les tableaux noirs sont petits et
usés. Usés aussi les cartes de géographie et les panneaux de lecture. Un
bouquet de giro ées et un autre de narcisses eurissent le bureau de la
maîtresse. La classe sent bon, comme celle de maman. Mlle Rachel doit, elle
aussi, brûler des plantes aromatiques dans une cassole e. Niniko trouve
ce e classe plus plaisante, plus intime que celle de Saint-André, où l’on
peut presque vous gue er depuis la route par les grandes fenêtres.
Elle est là, justement, Marguerite-Pascaline, enveloppée d’un manteau,
un béret enfoncé jusqu’aux yeux, une écharpe autour du cou. On ne lui
voit que les yeux et un bout de nez rouge. Elle tient un mouchoir dans une
main et un cahier dans l’autre.
Il y a aussi deux garçons du certi cat : Jean Bonnet, un petit maigre qui
ne pipe mot, et Robert Roux, un costaud qui je e aux intrus des regards
noirs. De bons élèves, mais bien au-dessous de Pascaline et de Davy, et
même de la Favantine e.
Papa et Mlle Rachel discutent dans le couloir, derrière la classe ; on peut
les entendre par la porte entrouverte.
Mlle Rachel est enrhumée aussi, elle tousse, et ses quintes viennent
couper de temps en temps leur conciliabule, qui vire à la dispute. Papa
élève la voix et Mlle Rachel tousse de plus en plus fort. Soudain, elle vient
fermer la porte du couloir. Tous les enfants se regardent en grimaçant.
— Ce e fois, ça va péter, dit Tavou Maucloux, qui se tient les côtes.
Celle-là, je vais la raconter à cousin Martin !
Davy regarde Pascaline et sou e, à l’abri de ses mains :
— Tu sais ? Ils s’engueulent pour l’aloue e ingénieuse !
La Favantine e se sent exclue de leur complicité et glapit :
— oi ? elle aloue e ingénieuse ?
Davy se lève et va s’asseoir à côté de Pascaline.
— C’est une lecture du Bouillot, « L’Aloue e ingénieuse », par
Ferdinand Fabre, la bête noire de mon père. Il l’a dans le pif, quoi !
Pascaline, prête-moi ton Bouillot, si tu l’as ici.
Niniko se che de l’aloue e comme d’une guigne. Davy a osé s’asseoir
à côté d’une lle ! À côté de Pascaline ! Il n’a peur de rien. Les voilà tête
contre tête, penchés sur le livre de lecture. Leurs pieds se touchent même
sous la table. el culot ! songe Niniko avec admiration. Un sentiment
bizarre lui picote la peau ici et là. Il n’est pas jaloux. Pourquoi serait-il
jaloux de Davy ? Pascaline lui a touché le nombril, l’autre jour, pour le
soigner : c’était presque aussi bien que d’appuyer la tête contre la sienne…
Il se sent quand même un peu malheureux.
Davy a commencé à lire, à voix basse.
— La scène se passe dans les Cévennes, sur le plateau de l’Escandorgue. Le
petit Julien Savignac, le héros du roman, est venu avec son camarade
Sauvageot faire la chasse à la glu. Ils ont installé des gluaux sur le bord d’une
mare…
Les deux garçons de Saint-Pierre lèvent les pupitres pour chercher les
livres de lecture dans les casiers. Les élèves des deux communes se mêlent
dans la classe, se rejoignent sur les bancs. Pascaline se mouche et lit à son
tour d’une voix enrouée :
— Une belle aloue e huppée, de celles qu’on appelle dans le pays
coquillades, était arrivée d’un vol au bord de la mare. Je me raidis comme un
pieu, et ne bougeai plus.
Puis, de nouveau, Davy :
— Cependant, rien ne nous assurait que, pour boire, ce e pimpante petite
bête irait passer par nos portes étroites. L’aloue e a une nesse extrême pour
deviner les pièges, et des ruses merveilleuses pour les éviter.
Niniko se rapproche pour écouter et aussi pour regarder les pieds de
Pascaline. On entend les maîtres se fâcher, de l’autre côté de la cloison
séparant la classe du couloir. Papa crie, hurle :
— Avec la queue, mademoiselle ! Avec la queue !
A olé, Niniko demande :
— elle queue ?
Il ne comprend rien à ce e a aire, il voudrait savoir. Il s’approche de
Davy et de Pascaline pour tenter de jeter un regard au Bouillot. Davy le
repousse d’un coup de coude.
— À ta place !
Pascaline lève la tête et lui sourit derrière son mouchoir, si gentiment
qu’il en a presque le nombril qui se serre.
— Dans la lecture, dit-elle, l’aloue e tire avec sa queue les pièges à glu
que les garçons ont posés pour l’a raper !
Davy se retourne, penche la tête et chuchote pour la Favantine e et la
Daudine e qui se tiennent derrière lui :
— Papa pense que c’est des sourne es, que ça tient pas debout. Il en veut
beaucoup à M. Bouillot d’avoir mis ce e histoire dans son livre de lecture.
En plus, on croit que ça se passe dans les Cévennes, mais c’est pas vrai. Ça se passe vers Bédarieux, c’est pas les Cévennes. Papa dit que les gens de
partout vont penser que les Cévenols sont des jobards, par la faute de ce
Ferdinand Fabre, qui est très vieux et même mort, comme Victor Hugo !
Seule Marie Jau ret ne prend aucune part au tohu-bohu. Elle se tient
droite à la place qu’elle a choisie, à l’écart, près d’une fenêtre, son livre de
grammaire ouvert devant elle (le Maquet, Flot, Roy de la Librairie
Hache e), mais elle ne lit pas. Elle a les mains jointes sur la table, devant
le livre, elle est très pâle, très grave, avec une espèce de sourire au coin des
lèvres. Elle a les yeux xes et le regard perdu.
Seul Niniko l’a remarquée. Depuis que les lles lui donnent des
impressions, il les regarde beaucoup. Ce sont quand même de drôles
d’animaux, plus intéressants que les insectes et les oiseaux et au moins
autant que les chats et les chiens. Naturellement, Pascaline est à part, au-
dessus de toutes les espèces, égale, en doux, en bon, aux amants et aux
femmes fatales. Marie Jau ret lui fait penser à un petit chat tout seul et
malheureux. Il se voit déjà écrire dans une rédaction : Marie Jau ret me
fait penser à un petit chat tout seul et malheureux… and elle parle en
pleurant, on dirait le petit chat qui miaule. Voilà une jolie impression. Il en
trépigne de bonheur. Un jour prochain il sera peut-être le meilleur de la
classe en rédaction !
Alors, il continue de gue er Marie. On dirait une statue, sauf qu’elle
tremble un peu, si on l’observe bien, depuis les épaules jusqu’au bout des
doigts. Elle a la gure couleur de craie et l’air de regarder quelque chose
de terrible à travers le mur.
En n, elle se met à respirer, à bouger, elle se lève très lentement, qui e
sa place à petits pas, marche du côté du couloir. Les têtes se tournent vers
elle, qui ne voit personne. Le brouhaha s’a énue et s’interrompt. Davy et
Pascaline cessent de lire à mi-voix « L’Aloue e ingénieuse ». irza
appelle Marie, tout bas, puis plus fort. « Marie, tu vas pas bien ? Marie… »
Mais Marie ne l’entend pas. Raide, pâle, la tête levée, elle avance jusqu’à la
porte, tout en haut de la classe, elle pose la main sur le loquet, semble
hésiter. Tout le monde l’appelle : « Marie, Marie… »
Marie ouvre la porte, pose un pied dans le couloir et appelle d’une voix
haute et claire :
— Monsieur, monsieur, je voudrais vous parler !
Les enfants se regardent, froncent le nez, secouent la main, comme pour
dire : « Oh ! la, la ! ça sent le brûlé ! » Tout le monde croit que Marie va
dénoncer le désordre et les garçons qui se sont assis à côté des lles. En
deux secondes, chacun a repris sa place, ouvert un livre ou un cahier et
mis sur sa gure un masque de studieuse sagesse.
Papa apparaît à la porte du couloir, rouge et ébouri é.
— C’est toi, ma pauvre Marie ? ’est-ce que tu veux ?
Il la force à reculer en la xant dans les yeux.
— En n, qu’est-ce qui te prend ?
Elle soutient une seconde le regard de son maître puis baisse le front.
— Monsieur, je viens de penser que je peux avoir mon certi cat si vous
me gardez dans la classe !
Elle a parlé d’une voix tranquille mais assurée. Mlle Rachel entre à ce
moment, sourit et s’en va vers le fond de la salle, comme si elle se sentait
de trop. Papa claque le pouce.
— Eh bien, Marie, j’ai peur que…
— Mais, monsieur, je l’ai pensé. J’en suis sûre !
Pascaline se mouche à grand bruit puis se lève.
— Oh oui, monsieur, je vous prie, gardez-la au certi cat !
Papa frappe du poing sur le bureau de la demoiselle.
— Bon Dieu, c’est une conspiration ! Davy … Antoine, c’est toi qui as
monté ce coup ?
— Non, m’sieu, je le jure. Elle…, je…
— Bien, nous verrons. Ce n’est pas le lieu d’en discuter.
Marie pro te de la stupeur qui a clos tous les becs pour reprendre sa
plaidoirie.
— M’sieu, s’il vous plaît, j’y ai pensé tout d’un coup. Ça m’est venu très
fort. Je suis sûre d’être reçue si vous me gardez.
Ceux de Saint-André entourent leur maître. Pascaline joue des coudes
pour approcher. Niniko gue e son père, qui paraît très contrarié : il
plisse, bouge le nez, avance la lèvre, tape du pied. Il menace Marie du
doigt.
— Et tu l’as pensé tout d’un coup ! Ça t’est venu très fort !
Marie approuve d’un signe, bravement. Papa se tourne vers la
demoiselle, qui s’avance à petits pas, au milieu de la classe.
— Après l’aloue e ingénieuse, voilà la lino e mystique !
La geignante Marie est transformée, il ne peut plus l’ignorer. Elle fait
face, comme une sainte dans la fosse aux lions.
— Je peux l’avoir, en travaillant. Je suis pas une lino e !
Papa soupire, baisse les bras, et ses épaules tombent. « Bon, bien, bien. »
irza Favantin, au premier rang, lève la main.
— M’sieu, s’il vous plaît ? Vous pouvez la garder avec nous ?
Puis la Daudine e :
— On serait contentes, m’sieu.
Et, pour nir, Davy vient se pavaner devant son père.
— Les garçons aussi, on serait contents.
Marie laisse en n couler ses larmes.
— Merci, tous, je suis tellement heureuse.
— Marie, dit papa, c’est pour ton bien que j’ai voulu te renvoyer au
cours moyen. Pour le certi cat…
Marie rayonne sous les larmes.
— Mais je sais que je vais l’avoir, m’sieu.
Papa prend un air de chien ba u, s’assoit sur une table d’élève, ferme
les yeux deux secondes, reprend son sou e et annonce : « Dictée ! » Les
élèves se dispersent lentement, on dirait qu’ils dorment debout. irza
Favantin, Alix Daudé et Pascaline embrassent Marie, la serrent l’une après
l’autre contre leur cœur. Puis, sans hâte, elles regagnent leur place.
Mlle Rachel commence à lire : « La Mort du bœuf », par Pierre Loti.
— Donc, c’était le moment de tuer le bœuf…
Pascaline se penche sur sa table, cogne son front contre le bois.
— Oh, mademoiselle, s’il vous plaît, pas la mort du bœuf. C’est trop
triste. On voudrait une dictée gaie. S’il vous plaît !
— Eh bien, nous pleurerons ensemble sur ce pauvre bœuf.
Papa se réveille soudain et brandit son Dessaint-Douillet.
— A endez, elle a raison. N’endeuillons pas ce jour par une a reuse
histoire, comme les aiment MM. Loti et Bouillot. Je propose « Le Retour du printemps », de Lichtenberger, extrait de Mon petit Tro . C’est drôle, vif,
gai…
Mlle Rachel xe papa d’un air très froid.
— C’était à moi de choisir la dictée. J’ai pris celle-ci à cause des
applications : conjugaisons et in nitifs. Et, mon cher, je n’en démordrai
pas. D’autre part, je ne vois aucune raison de refuser la réalité, qui est
sombre, en e et. Nos élèves…
Papa frappe du pied.
— J’en ai soupé, de votre Bouillot. Il ne s’agit pas de réalité, mais de
morbidité. Écoutez « Le Retour du printemps ».
Il commence à lire la première phrase, mais Mlle Rachel se je e en
avant, menaçante. « Non ! » Jamais Niniko n’a vu la demoiselle ainsi,
rouge, échevelée, le visage tordu par la colère et les yeux hors de la tête.
Elle agite son Bouillot comme une tape e à mouches. A olée, Pascaline se
lève et supplie :
— Mademoiselle, mademoiselle, je n’ai rien dit. On veut bien faire « La
Mort du bœuf ». Moi, j’aime beaucoup Pierre Loti.
Mais la demoiselle ne l’entend pas. Papa montre le Bouillot de l’index,
comme si c’était une saleté innommable.
— Je n’ose pas appeler ça un livre, c’est…, c’est de la cro e !
Mlle Rachel menace de lui lancer le Bouillot à la tête.
— Vous n’avez pas de cœur ! Vous êtes une peau de vache !
Elle veut poser son livre, mais elle manque le coin du bureau et le
pauvre Bouillot s’écrase, ouvert, sur le plancher.
— Sortez ! Allez-vous-en ! crie la demoiselle.
Papa a déjà donné le signal du départ. Mlle Rachel se couvre les yeux
d’une main, chasse de l’autre la troupe de Saint-André.
— Ne revenez jamais dans ma classe, jamais !
Elle repousse brusquement Pascaline qui voulait se pendre à son bras
pour la consoler. Dehors, papa jubile.
— Vous avez vu le caractère de ce e bonne femme ? Une mégère, une
harpie !
Niniko trouve qu’il exagère un peu : Mlle Rachel était dans sa classe.
Pourtant, il paraît tout content de lui, il éclate de rire, ra rape Marie Jau ret, lui pose la main sur l’épaule.
— N’aie pas de souci pour ton certi cat, ma petite Marie. C’est dans la
poche, j’en fais mon a aire !
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