L'année du certif

Michel Jeury · Chapitre 24 sur 49

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L'année du certif

Chapitre 2

 

Rédaction. Un de vos jeudis. C’est une journée bien remplie. Racontez.

A. Souché,

La Lecture nouvelle et le français…, op. cit.

 

Moins de trois mois d’ici au certi cat.

Les séances du jeudi se font à Saint-André, maintenant, parce que les

parents de Sarah et ceux de irza ne veulent pas que leurs lles aillent à

Saint-Pierre. Celle du dernier jeudi avant les vacances de Pâques sera

consacrée au calcul.

Paul Fontanes tire sa grosse montre de la poche de poitrine de sa blouse

et compare l’heure à celle de la pendule.

— Vous aurez quatre problèmes de courriers, classés par ordre de

di culté croissante. Durée, deux heures. Les moyens en calcul ne se

pressent pas. L’essentiel pour eux est d’avoir les deux premiers problèmes

tout justes. Et les meilleurs…, les meilleurs n’ont qu’à se débrouiller ! Il y

aura un problème supplémentaire pour eux !

— Les courriers, c’est des trains qui se croisent ? demande Marie

Jau ret, avec un pauvre sourire.

Le maître la xe sans la voir.

— Des piétons, des cyclistes et des trains. Il y en a pour tous les goûts.

C’est sans doute la dernière fois que la pauvre Marie participe à une

séance du jeudi pour le certi cat. Niniko la regarde et songe : « Pauvre Marie ! » Il la plaint, il a oublié la gi e, et puis c’était sa faute à lui. Il a le

cœur gros pour elle, à cause de son papa, qui est toujours malade, maigre

comme un vieux chien, et tout le monde dit qu’il ne passera pas le

printemps. Niniko pense à la mort depuis qu’il a failli mourir lui aussi, à

cause de son nombril bouché.

Pascaline vient d’arriver, à l’heure ou presque. Me ons avec cinq

secondes de retard. Niniko l’a vue opérer : elle se cache à moitié contre

une haie ou un mur, elle fait mine de tripoter sa selle de bicycle e, ou le

garde-jupe, ou la dynamo, ou n’importe quoi. En réalité, elle ne qui e pas

des yeux la montre que son parrain lui a o erte pour l’année du certi cat.

Pendant ce temps, papa regarde aussi la sienne, puis il lorgne toutes les

dix secondes vers la cour, vers la route de Saint-Pierre qu’il ne peut même

pas voir, l’air inquiet et contrarié. Alors, Niniko ne peut s’empêcher de se

poser des questions : papa dit qu’il en a assez des élèves de Saint-Pierre,

qu’on n’a pas de raison de les aider pour le certi cat, vu qu’un examen

important, c’est chacun pour soi. Il jure que Marguerite Robert ne viendra

plus aux séances du jeudi. Mais il se ronge les sangs en l’a endant, il a

l’air malade à l’idée qu’elle pourrait être absente…

Au dernier moment, Pascaline se précipite en sou ant, comme si elle

avait couru ou pédalé très fort. Elle est rouge, sa poitrine se soulève, elle

lève les yeux vers papa et lui décoche un sourire d’excuse, un très gentil

sourire de sa façon.

— elques précisions. Marguerite, tu écoutes ou tu rêves ?

— Je suis tout ouïe, m’sieu.

Le maître hoche la tête, l’air pensif.

— Oui, oui, hum, hum. Les vitesses, dans vos problèmes, sont des

vitesses moyennes. Sauf une fois, les arrêts ne sont pas mentionnés. Vous

donnerez les réponses à la minute près. Si vous êtes capables de calculer

aussi les secondes, tant mieux. Comme d’habitude, les quatre problèmes

sont copiés sur les tableaux, que je vais retourner. Nous les lirons

ensemble. Je copierai le problème supplémentaire plus tard. Pour aider les

faibles et les moyens, tous les problèmes seront notés sur 10 : vous voyez,

je suis bon prince. Au problème supplémentaire, je ne retiendrai que les

points au-dessus de la moyenne. Voilà pour avantager les forts. Personne ne pourra dire que ce n’est pas é-qui-ta-ble. Tiens, vous noterez ce mot

dans votre carnet de vocabulaire. En morale, à la rentrée, vous me ferez

penser à traiter la question suivante : nos maîtres sont-ils justes ?

 

Problème I. Un homme part du village A, à 5 heures du matin, et se dirige par la route sur

la ville B, en marchant à 4 km à l’heure. Un autre homme part de la ville B, à 5 heures trois

quarts du matin, et se dirige par la route sur le village A, en faisant 4,5 km à l’heure. Les deux

voyageurs se rencontrent à 9 heures trois quarts. elle distance sépare A de B ? Croquis.

 

Niniko commence aussitôt le croquis. Ç’a l’air amusant… Mais papa

se précipite, pose une main dure sur son épaule.

— On copie d’abord les quatre problèmes. Je compterai les deux heures

quand les deux plus rapides auront ni de copier.

 

Problème II. Il y a 33 km d’Alès à Uzès par la route. Un piéton sportif part d’ Alès, à

destination d’Uzès, à 6 h 30. Il marche à la vitesse moyenne de 5,5 km à l’heure. Un cycliste

qui e Alès à 8 h 15, également à destination d’Uzès. Il roule à la vitesse moyenne de 12,5 km

à l’heure.

1. À quelle heure et à quelle distance d’ Alès le cycliste ra rapera-t-il le piéton ?

2. À quelle heure chacun des courriers arrivera-t-il à Uzès, compte tenu que le piéton,

après avoir e ectué les deux tiers du parcours, se repose une heure et demie ?

 

Problème III. La distance de Paris à Lyon est de 512 km. À 6 heures, un train qui e Paris

pour se rendre à Lyon, et à 8 heures un train part de Lyon pour Paris. La vitesse du premier

train est de 54 km à l’heure, et celle du second train de 60 km à l’heure. À quelle heure et à

quelle distance des deux villes la rencontre aura-t-elle lieu ?

 

Problème IV. Un train part de Paris à destination de Strasbourg à 8 h 45 ; il arrive à

Strasbourg à 19 h 12. Un train rapide part de Strasbourg à destination de Paris à 10 h 15 ; il

arrive à Paris à 18 h 6. La distance de Paris à Strasbourg par le train est de 502 km. À quelle

heure les deux trains se sont-ils rencontrés et à quelle distance de Paris 2 ?

 

Niniko est toujours bien placé pour observer Pascaline. Elle aussi le

voit, en tournant un peu la tête. Elle lui a déjà souri une fois. Elle se fro e

un peu les pieds l’un sur l’autre, elle joue avec ses chaussures… Il espère

un moment qu’elle va les arracher comme elle l’a fait plusieurs fois. Non,

elle s’oblige à croiser les chevilles pour ne plus bouger d’une minute ou

deux.

Il songe à sa rencontre avec elle, l’autre jour à Saint-Pierre, comment

elle a chassé la bande de grandes oreilles, comment elle l’a débarbouillé,

comment elle a lavé sa chemise. Elle a été très, très gentille avec lui. Elle

n’était pas obligée de lui toucher le nombril pour s’assurer que les autres

ne le lui avaient pas bouché à la colle. Ça prouve qu’elle l’aime bien.

Juste comme il y pensait, la sensation est revenue. C’est bizarre, il a

vraiment l’impression que son ventre ne respire plus et s’étou e jusqu’en

bas. Personne ne lui a mis de la colle, et il s’est bien lavé ce matin. Alors,

peut-être que son nombril se ferme tout seul. Ça doit être une maladie… À

Pâques, il verra sans doute Augustin et il lui en parlera, en n, s’il ose. Ou

alors, maman ? Elle est toujours très gentille avec lui, mais il a très peur

qu’elle se moque. L’idéal serait d’en parler à Pascaline. Elle ne s’étonnerait

pas, puisqu’elle sait déjà qu’il a une misère à cet endroit. Elle pourrait

s’approcher pour mieux voir le conduit ou même gra er avec l’ongle… En

a endant, plus il y songe, plus il a le ventre remué !

Avec ses soucis de nombril, il a presque oublié les problèmes. Oh,

n’importe, il ne sait pas les faire, et il se tromperait dans les opérations.

Mais tous les autres sont au travail. Il se dépêche de gri onner n’importe

quoi sur son cahier de brouillon pour avoir l’air de chercher le premier

problème.

Davy et Tavou Maucloux échangent des signes : un rond devant l’œil,

avec le pouce et l’index, pour gurer le mot « voir », ou bien « lune es »,

ou peut-être « jumelles »… C’est ça, ils ont dans l’idée d’aller voir quelque

chose avec les jumelles de Pénéquet ! Niniko aimerait bien être de

l’expédition, surtout s’il s’agit d’aller à la chasse aux amants ou aux

femmes fatales. Mais il doute de pouvoir suivre Davy et Tavou, avec son

nombril qui joue à polichinelle !

Papa est assis à son bureau, il corrige les compositions de rédaction. On

devait décrire la foire au chef-lieu de canton ou à la ville voisine. Niniko

a le sentiment de n’avoir pas trop réussi son devoir, lui qui est, d’ordinaire,

plutôt bon en rédaction. Il se rappelait beaucoup de choses, il a bien décrit

tout, à son avis, mais impossible de trouver des impressions. Pourtant,

papa avait insisté : « On ne peut pas vous répéter pour chaque sujet

“donnez vos impressions…, impressions…, impressions”. Ça va de soi. Une narration sans impressions, c’est comme un cheval sans fer, ça ne tire pas

une charre e ! » Niniko a essayé d’imaginer qu’il racontait la foire à son

chien, une idée de grand-père l’inspecteur ; après, il a fait comme s’il avait

vu la foire au cinéma, avec tous les bruits, les cris des gens et des bêtes,

mais c’était encore plus di cile ; et puis la composition a eu lieu le

lendemain de la sortie à Saint-Pierre et il se tracassait pour son nombril et

rien ne lui venait à l’esprit, même pour amuser son chien. Ah, s’il avait pu

parler de son a aire… Il imagine un sujet de rédaction à sa convenance.

« Vous avez eu le nombril bouché par des mauvais garçons qui vous ont

mis de la colle au ventre, ou par suite d’une maladie rare. Vous rencontrez

une camarade plus âgée (vous la décrirez) qui vous emmène à la pompe du

village pour vous soigner. Racontez et donnez vos impressions. »

Papa secoue la tête, pose un cahier d’un geste nerveux, se lève et

descend dans la salle. Il se dirige tout droit sur la pauvre Marie Jau ret,

qui baisse la tête d’instinct. Ses larmes ne coulent pas, mais on voit bien à

sa tête qu’elle pleure en dedans. Niniko aimerait tant l’aider, mais il ne

sait pas comment.

Papa secoue la tête, hausse les épaules, se passe la main sur la gure et

qui e Marie Jau ret. Le voilà devant Pascaline, un peu gêné. Niniko

devine qu’il se défend de reluquer ses pieds sous la table. Elle s’est remise

à fro er ses sandale es, elle en a une à moitié qui ée. Du bout de l’autre,

elle tire sur sa chausse e. Elle va bientôt se me re pieds nus, elle ne peut

pas s’en empêcher. Elle n’y pense pas, plongée dans ses calculs de minutes

et de secondes, et ç’a l’air de marcher. Niniko est content pour elle. Il

aimerait presque qu’elle ba e Davy !

Non, il n’a pas le droit de penser ça. C’est honteux. Pendant qu’il la

regarde, son nombril se ferme encore plus. Il essaie de respirer par la

bouche, en espérant que l’air ira dans son ventre par ce e voie. Il n’a pas

envie qu’on lui enlève l’appendicite !

Tout à coup, une idée idiote lui passe par la tête. C’est sa spécialité, les

idées idiotes, il le sait bien, au fond de lui. Alors, il pourrait aider Marie

Jau ret à ses problèmes, en lui faisant l’école de Jules Verne, la nuit, le

soir, le dimanche. À condition de devenir bon en calcul. Est-il capable de

devenir bon en calcul, d’ici au certi cat, en se forçant comme un diable ?

Il décide d’essayer tout de suite. Voyons. « Un homme part d’un

village A, à 5 heures du matin… » ’est-ce que ça peut bien être que ce

village A ?

Il observe Pascaline du coin de l’œil. Elle joue comme toujours avec ses

pieds pour mieux ré échir. Elle se gra e très fort les cous-de-pied du bout

des orteils, et aussi le creux sous la cheville où la peau est très délicate.

D’autres fois elle se frictionne avec le cal du talon, par-dessus les orteils et

un petit peu entre. Elle serre les chevilles, les ripe l’une contre l’autre. Elle

change sans arrêt la position de ses jambes, les joint, les fro e, les enlace…

Niniko gue e le sang qui va bientôt couler. Voilà, ça y est. La première

perle rouge glisse sur l’os de la cheville. C’est beau !

 

Le lendemain avant midi, papa pose les cahiers de préparation au

certi cat sur son bureau, donne un coup de poing dessus.

— J’ai passé toute ma soirée d’hier à corriger et à noter vos problèmes,

mes enfants. Voyez-vous, je tiens à être aussi juste et impartial que

possible. Il m’arrive quelquefois de reprendre un cahier, de ressuivre tous

les problèmes, un par un, et d’ajouter un demi-point… ou de l’enlever !

« Eh bien, voilà. Ah, Marguerite Robert n’est pas là, bien sûr. Antoine,

tu prendras ton vélo et tu lui porteras son cahier, elle sera contente…

Niniko se dit : « C’est chaque fois pareil, et pourquoi pas moi ? » Papa

continue :

— Voyons ces résultats. Ce n’est pas si mauvais que je le craignais. Pour

le problème supplémentaire, je n’ai retenu que les points au-dessus de 5.

Le maximum est donc 45… mais la moyenne est 20.

« Le premier est Antoine Fontanes, comme prévu. 42 points sur 45… On

ne peut pas dire que tu te sois surpassé, mon garçon. Pas d’erreur

d’opération, je le reconnais, mais des approximations dans les secondes et

une présentation bâclée. Les raisonnements ne sont pas toujours bien

écrits. J’ai même trouvé deux ou trois fautes d’orthographe. De plus, tu

m’as fait un pâté, pour lequel je t’ai enlevé un point. Mon ami, j’ai appris

de source sûre que François Jouanen, de Saint-Jean, avait toujours 10 sur

10 en calcul. Alors, si tu t’amuses à perdre des points ici et là, tu pourrais bien voir le prix cantonal te passer sous le nez. Ce e année, le titre se

jouera sûrement au-dessus de 90 points. Bon, ce n’est quand même pas

mal. Mes compliments.

« La deuxième est…, ha ! ha ! une surprise. La deuxième est Marguerite

Robert, qui a réussi les quatre problèmes, mais n’a pas eu le temps de faire

le problème supplémentaire. 37,5… Marguerite a fait un sérieux pas vers la

mention, car elle a aussi progressé en orthographe et ses rédactions sont

un peu moins saugrenues depuis qu’elle travaille avec nous.

« La troisième est irza Favantin, 33 points. Tu te maintiens, irza,

mais il me semble que tu ne progresses plus depuis quelque temps. Je me

trompe peut-être. En n, tu y ré échiras. Tu bats de peu Sarah Javols, 31,5.

Sarah, tu pouvais faire mieux, tu n’es toujours pas sûre dans tes

opérations. A ention à ne pas t’énerver, tu sais tes tables sur le bout des

doigts, tu ne devrais pas te tromper comme ça.

« Les garçons, censés être meilleurs que les lles en calcul, m’ont bien

déçu. Vous êtes tous les trois dans un mouchoir de poche, mais au-dessous

de 30. Jeannot Constant, 29 ; César Rouvière, 28,5 ; Gustave Maucloux, 27.

J’ai le sentiment que vous vous estimez tirés d’a aire pour l’examen, tous

les trois, et que vous vous la coulez douce, comme on dit vulgairement.

A ention. Je suis quand même content du résultat de Maucloux, qui

con rme son niveau et qui aura sa moyenne ce trimestre, malgré sa

faiblesse en dictée.

« En gros progrès, Alix Daudé, 25. En n, tu l’as, ta moyenne en calcul.

Tu vois que c’est possible. Toujours beaucoup d’étourderies, mais je crois

que c’est dans ta nature et que tu n’y peux rien. Travaille, travaille, et tu

réussiras.

« En n, Marie Jau ret, Marie, ma pauvre Marie… C’est un malheur,

Marie. J’ai réussi, avec un grand e ort d’indulgence, à te trouver 15 points

et demi, euh… pour être tout à fait juste avec toi. Je crains de ne pas

t’avoir aidée en te me ant dans la classe du certi cat. Pour ton bien –

j’insiste : pour ton bien… – tu retourneras donc au cours moyen le

prochain trimestre. Essuie tes larmes. Nous trouverons un moyen de

t’aider, et le certi cat n’est pas encore perdu. Mais voilà que tu es talonnée

par Ni… par René Fontanes. Notre hurluberlu national a réussi à faire le premier problème, sans doute parce que tracer le croquis l’amusait. Sur sa

lancée, il s’est même a aqué avec un certain succès au deuxième

problème. 14… Pour être juste avec toi, je crois que ce n’est pas ta faute s’il

te manque un peu de plomb dans la cervelle. Eh bien, à la grâce… euh,

espérons que la sagesse te viendra avec l’âge !

« Vous aurez demain, avant les vacances, les résultats des épreuves de

préparation : les « certi cats blancs » comme on dit en ville. elqu’un a-

t-il une question à poser ?

Sarah Javols jaillit de sa place, comme un diable de sa boîte.

— Monsieur, pourquoi la Robert elle peut apprendre avec nous pour

nous ba re ? C’est pas juste. Mon père dit que c’est même pas la loi. Ma

mère a dit que je viendrai plus aux séances du certi cat tant qu’elle y sera.

En plus, elle est même pas de Saint-Pierre, elle est d’Alès, elle a pas le

droit !

Papa courbe les épaules, il marche les mains derrière le dos, en serrant

furieusement son poignet droit de sa main gauche.

— Tu n’as pas tort, Sarah, tu n’as pas tort. Je me demande si je n’ai pas

joué les apprentis sorciers. Notez dans votre carnet de vocabulaire :

« apprenti sorcier ».

Le lendemain, samedi, nouvelle litanie avec les résultats des

compositions. Davy est toujours en tête : 89 points sur 100. La

Favantine e arrive loin derrière : 68. Puis Jeannot Constant, 67, Sarah

Javols, 64… Tavou Maucloux se classe honorablement avec 61, devant

César Rouvière, 58. La Daudine e est reçue de justesse, 51 points. Marie

Jau ret n’est pas si loin qu’on aurait pu s’y a endre, avec 40 points. Mais

elle a 0 en dictée, note éliminatoire au certi cat.

Tavou Maucloux lève son gros index sali d’encre, de terre, d’huile de

machine et de Dieu sait quoi encore.

— M’sieu, y a cousin Martin qui connaît quelqu’un à Saint-Jean qu’est

de la famille de Jouanen. Le Jouanen du certi cat…

Papa hausse les sourcils et xe Maucloux d’un regard fâché.

— Oui, oui, bien, et alors ? Jouanen du certi cat ? ’est-ce qu’il lui

veut, à Jouanen du certi cat, ton cousin Martin ?

Tavou Maucloux ne se laisse pas intimider. Il se lève à moitié, il balance

la tête à droite et à gauche, le temps d’envoyer quelques clins d’œil à ses

copains, puis il considère le maître avec son sourire farceur.

— Y dit qu’y pourrait espionner…

Papa se dresse de toute sa taille, les poings serrés.

— ’entends-je ? i parle d’espionner dans ma classe ?

Tavou Maucloux s’appuie du coude sur son bureau, pend la lippe et

ferme à moitié un œil, l’air plus veule que nature.

— Justement, on pourrait savoir c’ qu’y vaut, Jouanen, question calcul,

dictée et tout, s’il peut ba re Fontanes pour le premier du canton, quoi !

— Hum, hum, dit papa. Espionner un peu, certes, ne ferait de mal à

personne. Ce cousin Martin me semble un garçon dévoué.

— Oka, oka ! sou e Davy derrière sa main.

 

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