L'année du certif
Annexes
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Annexe 1
Les belles récitations…
La danse des saisons
La danse eurie est ouverte,
Mets ta robe couleur du temps,
Comme s’habille le printemps :
Casaque rose et toque verte.
Le rossignol chante les mois.
Tourne la belle quatre fois.
Tourne, tournons, l’été nous gagne, Le soleil brûle le buisson,
Mets le jupon de la moisson ;
Or de Venise et bleu d’Espagne.
Un coquelicot dans tes doigts,
Tourne la belle quatre fois.
Tourne, tournons, voici l’automne, Le ciel rougeoie, et le vieux mur
Laisse tomber sa vigne sur
Le chrysanthème monotone.
Mets ta robe couleur des bois.
Tourne la belle quatre fois.
Tourne, tournons, chante la bise,
La neige emmitou e le toit,
L’hiver est blanc, le ciel a froid,
La terre vêt sa mante grise.
Où sont les robes d’autrefois ?
Tourne la belle quatre fois.
Robert Campion,
Le Jardin dé euri
Les vendanges
Hier, on cueillait à l’arbre une dernière pêche,
Et ce matin voici, dans l’aube épaisse et fraîche,
L’automne qui blanchit sur les coteaux voisins.
Un n givre a ridé la pourpre des raisins.
Là-bas voyez-vous poindre, au bout de la montée,
Les ceps aux feuilles d’or dans la brume argentée ?
L’horizon s’éclaircit en de vagues rougeurs.
Et le soleil levant conduit les vendangeurs.
Avec des cris joyeux ils entrent dans la vigne ;
Chacun dans le sillon que le maître désigne,
Serpe en main, sous le cep a posé son panier.
Honte à qui reste en route et nit le dernier !
Les rires, les clameurs stimulent sa paresse.
Aussi, comme chacun dans sa gaîté se presse !
Presque au milieu du champ, déjà brille, là-bas,
Plus d’un rouge corsage entre les échalas ;
Voici qu’un lièvre part, on a vu ses oreilles ;
La grive au cri perçant fuit, et rase les treilles.
Malgré les rires fous, les chants à pleine voix.
Tout panier s’est déjà vidé plus d’une fois,
Et bien des chars ployant sous l’heureuse vendange,
Escortés des enfants, sont partis pour la grange.
Victor de Laprade,
Le Livre d’un père
Le soir
C’est le moment crépusculaire.
J’admire, assis sous un portail,
Ce reste de jour dont s’éclaire
La dernière heure de travail.
Dans les terres de nuit baignées,
Je contemple, ému, les haillons
D’un vieillard qui je e à poignées La moisson future aux sillons.
Sa haute silhoue e noire
Domine les profonds labours.
On sent à quel point il doit croire
À la fuite utile des jours.
Il marche dans la plaine immense.
Va, vient, lance la graine au loin.
Rouvre sa main et recommence ;
Et je médite, obscur témoin,
Pendant que, déployant ses voiles.
L’ombre, où se mêle une rumeur,
Semble élargir jusqu’aux étoiles
Le geste auguste du semeur.
Victor Hugo,
Chansons des rues et des bois
Nuit de neige
La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son, toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
elque chien sans abri qui hurle au coin d’un bois.
Plus de chansons dans l’air, sous nos pieds plus de chaumes ;
L’hiver s’est aba u sur toute oraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l’horizon
Leurs squele es blanchis, ainsi que des fantômes.
La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu’elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s’empresse de nous qui er.
Et froids, tombent sur nous les rayons qu’elle darde,
Fantastiques lueurs qu’elle s’en va semant.
Et la neige s’éclaire au loin sinistrement,
Aux étranges re ets de sa clarté blafarde.
Oh ! La terrible nuit pour les oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées.
Eux, n’ayant plus l’asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pa es gelées.
Dans les grands arbres nus que couvre le verglas,
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège.
De leur œil inquiet ils regardent la neige,
A endant jusqu’au jour la nuit qui ne vient pas.
Guy de Maupassant,
Des vers
Le premier sourire du printemps
Tandis qu’à leurs œuvres perverses Les hommes courent haletants,
Mars qui rit, malgré les averses,
Prépare en secret le printemps.
Pour les petites pâquere es,
Sournoisement, lorsque tout dort
Il repasse des collere es
Et cisèle des boutons-d’or.
Dans le verger et dans la vigne
Il s’en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer à frimas l’amandier.
La nature au lit se repose ;
Lui descend au jardin désert
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert.
Tout en composant des sol èges
’ aux merles il si e à mi-voix,
Il sème aux prés les perce-neige
Et les viole es au bois.
Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l’oreille au guet,
De sa main cachée, il égrène
Les grelots d’argent du muguet.
Sur l’herbe, pour que tu la cueilles, Il met la fraise au teint vermeil,
Et te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.
Puis, lorsque sa besogne est faite
Et que son règne va nir,
Au seuil d’avril tournant la tête
Il dit : « Printemps, tu peux venir ! »
éophile Gautier,
Émaux et Camées
Après la bataille
Mon père, ce héros au sourire si doux.
Suivi d’un seul housard qu’il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d’une bataille,
Le camp couvert de morts sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit.
C’était un Espagnol de l’armée en déroute,
i se traînait, sanglant, sur le bord de la route,
Râlant, brisé, livide, et mort plus qu’à moitié,
Et qui disait : « À boire, à boire par pitié ! »
Mon père, ému, tendit à son housard dèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
Et dit : « Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. »
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l’homme, une espèce de Maure,
Saisit un pistolet qu’il étreignait encore
Et vise au front mon père en criant : « Caramba ! »
Le coup passa si près que le chapeau tomba,
Et que le cheval t un écart en arrière.
« Donne-lui tout de même à boire », dit mon père.
Victor Hugo,
La Légende des siècles
L’étoile du soir
Pâle étoile du soir, messagère lointaine,
Dont le front sort brillant des voiles du couchant,
De ton palais d’azur au sein du rmament,
e cherches-tu dans la plaine ?
La tempête s’éloigne et les vents sont calmés ;
La forêt qui frémit pleure sur la bruyère,
Le phalène doré, dans sa course légère,
Traverse les prés embaumés.
e cherches-tu sur la terre endormie ?
Mais déjà vers les monts je te vois t’abaisser ;
Tu fuis en souriant, mélancolique amie,
Et ton tremblant regard est près de s’e acer.
Étoile qui descends sur la verte colline,
Triste larme d’argent du manteau de la nuit,
Toi que regarde au loin le pâtre qui chemine,
Tandis que pas à pas son long troupeau le suit,
Étoile, où t’en vas-tu dans ce e nuit immense ?
Cherches-tu sur la rive un lit dans les roseaux ?
Ou t’en vas-tu, si belle à l’heure du silence,
Tomber comme une perle au sein profond des eaux ?
Alfred de Musset,
Poésies nouvelles
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