Le rêve de Castro
Chapitre 17
Kader se sentait bouleversé. La tristesse de cette femme était presque palpable. Il voulait l’aider, mais se sentait incapable de parler. Son cœur lui pesait dans la poitrine telle une pierre brûlante. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était continuer à conduire.
Ils avaient atteint l’entrée de Bordeaux. Sur le périphérique, la circulation avançait très lentement. Kader apercevait dans son rétroviseur les vestiges du soleil couchant, barbouillés sur l’horizon.
La circulation était maintenant paralysée. Il se tourna vers Astrid et l’observa. Il voulait lui demander… n’importe quoi. Vous vous sentez bien ? Je peux vous aider ? Mais les mots ne venaient pas. Accablé par un sentiment d’échec, il reporta son regard vers la route, puis inspecta le rétroviseur.
Les voitures ne bougeaient plus. Le soleil avait basculé derrière l’horizon. Coincé au milieu de l’embouteillage, Kader sentit la colère l’envahir.
Je vais m’arrêter, annonça-t-il avant de s’engager sur la voie de droite. On n’avance pas, de toute façon.
Après avoir arrêté la voiture sur la bande d’arrêt d’urgence, Kader coupa le moteur.
Parlez-moi de vous, lança-t-il à Astrid, en s’adossant contre sa portière.
Il avait l’impression d’être un pompier en train d’essayer d’éloigner quelqu’un du bord d’un toit. Ça lui aurait bien plu, de faire pompier, mais il n’avait pas réussi à s’inscrire pour la formation.
Astrid regardait droit devant elle. Il examina ses mains, des mains de chirurgienne qui avaient farfouillé à l’intérieur des gens.
Parlez-moi de votre enfance, la pressa-t-il.
Astrid se tourna vers lui. Elle sourit presque. Pendant un instant, Kader crut qu’elle était contente qu’il lui ait posé la question.
Mon enfance ?
Elle dirigea de nouveau son regard vers la route, et secoua la tête.
Allez-y. Pourquoi pas ? Il se croisa les bras. Racontez-moi une histoire, exigea-t-il.
Astrid lui lança un nouveau regard.
Très bien. Je vais te raconter une histoire.
Elle remuait sur son siège, et Kader se demanda si elle n’allait pas lui mentir.
Mon père est avocat, commença-t-elle. Kader était émerveillé par son accent. Il pensa soudain à Amadou. Il aurait voulu qu’il puisse la voir.
Mon père travaille à Saint-Sébastien. Donostia, comme disent les Basques. Il défend les membres de l’E.T.A, le groupe terroriste basque. Son propre père était un héros de la résistance basque contre Franco.
Kader ne voulait pas l’interrompre, mais il ignorait qui était ce Franco.
Franco était un dictateur, poursuivit-elle. Il a gouverné l’Espagne pendant près de quarante ans. Sous Franco, les Basques n’avaient pas le droit de parler leur langue ou d’arborer leur drapeau. Ils étaient persécutés, emprisonnés, tués, rien que parce qu’ils étaient basques.
En jetant un coup d’œil à Astrid, Kader nota que l’ombre était revenue se poser sur son front. Il devinait que son récit allait les éloigner encore l’un de l’autre ; néanmoins, il voulait l’entendre.
Lorsque mon grand-père est mort, ça faisait sept ans que Franco avait disparu. Il y avait un gouvernement démocratique en Espagne. Avant de mourir, mon grand-père a demandé à mon père de ne plus défendre des tueurs. Mais mon père ne l’a pas écouté. Aujourd’hui encore, il défend les liberados.
Qui ça ?
Les liberados. Les membres de l’E.T.A. qui commettent les attentats. Les commandos. Astrid marqua une pause. Je ne vois plus mon père. Je le connais à peine, mais ce que je sais de lui ne me plaît pas. D’un côté, il se prend pour un révolutionnaire. De l’autre, il prétend que si les membres de l’organisation qu’il défend mènent cette vie-là, c’est pour des raisons métaphysiques, et pas politiques. Il porte des costumes de tweed bien coupés, afin de se donner le genre gentleman anglais, et il se tient très droit, en gardant toujours une main derrière le dos.
Les yeux tournés vers le côté, perdus dans le vide, elle s’enfonçait dans sa propre histoire, à la poursuite de ses souvenirs.
Ma mère est anglaise. Elle était venue à Saint-Sébastien pour étudier l’histoire de l’art à l’université. Ma mère était riche, belle, romantique. Elle a rencontré mon père dans un bar du vieux quartier, et elle est tombée amoureuse de lui. Je ne crois pas que lui, il l’ait aimée. Pendant quelque temps, il l’a convoitée.
Bien que le terme ne lui soit pas familier, Kader crut comprendre ce qu’Astrid voulait dire.
On habitait dans une grande maison, à deux pas d’une des résidences d’été du général Franco. Lola est née cinq ans après moi. Ma mère espérait qu’après cette naissance, mon père se rapprocherait d’elle. Mais c’est le contraire qui s’est produit, ça l’a éloigné encore plus. Il ne supportait pas le bruit, et Lola en faisait beaucoup. Mon père s’est mis à détester ma mère, cette élégance qui l’avait d’abord attiré, sa beauté, sa fragilité. Et, par-dessus tout, sa richesse. Il a pris une maîtresse, une avocate comme lui, qui défendait elle aussi l’organisation, et puis il a cessé de rentrer à la maison. Ma mère s’est mise à boire. Elle buvait jusqu’à ce qu’elle tombe dans les pommes. Quand je rentrais de l’école, ça m’arrivait de la trouver étalée sur le carrelage de la cuisine.
Astrid s’interrompit. Elle alluma puis éteignit son magnétophone, plusieurs fois de suite. Kader, ne trouvant rien à dire, attendait.
Je m’occupais de Lola, poursuivit Astrid. En allant à l’école, je la déposais chez la nourrice, et puis je la reprenais au retour. Je l’habillais, lui donnais à manger, lui apprenais à parler. Ma mère essayait parfois d’arrêter de boire, en général après les visites de son frère Angus. Il l’aimait beaucoup, et lui redonnait toujours confiance en elle. Un jour, après une visite d’Angus, elle est allée voir mon père dans son bureau. Elle lui a annoncé qu’elle allait retourner en Angleterre. Très calmement, il lui a interdit de nous emmener hors du pays. Il l’a prévenue que l’organisation ferait en sorte que ça ne puisse pas se produire. Je ne sais toujours pas pourquoi, puisqu’il ne nous a jamais témoigné le moindre intérêt.
Elle se tut, et lissa son visage de ses mains. Elle regarda Kader.
Continuez. Ça me plaît, les histoires. Ma mère en connaissait que trois, alors elle les racontait par roulement. J’avais ma préférée, mais j’ai jamais révélé laquelle c’était. J’attendais juste qu’elle revienne.
Dis-moi laquelle c’était.
Kader secoua la tête.
Pas maintenant. Continuez à parler.
Astrid l’observait, mais il regardait droit devant lui.
Continuez, insista-t-il.
Comme mon père obligeait ma mère à rester au Pays basque, elle a au moins décidé de quitter la ville. Avec son frère, elle a acheté une belle maison dans un village des collines, derrière Saint-Sébastien, parce que ça lui rappelait la région d’Écosse où elle avait grandi. Quand on y a emménagé, j’avais huit ans. J’ai adoré cet endroit. Ma mère a cessé de boire. On a passé trois années heureuses, là-bas.
Astrid s’arrêta une fois encore.
Et ensuite ?
Elle se contenta de le regarder.
Kader ouvrit les mains.
C’est pas une histoire, ça, fit-il. Y a pas de fin.
Ah, il te faut une fin.
Vous voulez un peu d’air ?
Non.
Ben, accouchez, alors.
Elle retira ses sandales et posa ses pieds nus sur le tableau de bord, en entourant ses genoux de ses bras.
L’homme qui cultivait les terres de ma mère s’appelait Josu. C’était un type calme, un grand costaud tranquille, dans les cinquante ans et quelques, qui avait toujours vécu seul. Josu adorait ma mère. Il lui apportait tous les jours un cadeau, quelque chose qu’il avait trouvé, ou fabriqué. Je ne sais toujours pas comment ça s’est produit, mais au bout d’un an, Josu a emménagé chez nous. Ma mère et lui dormaient dans le même lit. Certaines personnes du village étaient choquées, mais je m’en fichais. Moi, je l’aimais bien. Il était timide, gentil, et il rendait ma mère heureuse. Elle s’est mise à faire la cuisine, à s’occuper de la maison. Avec l’aide de Josu, elle a réalisé un beau jardin. Dans le jardin, il y avait un endroit, une sorte de renfoncement de verdure, avec un banc d’où on avait vue sur les montagnes. Le soir, Josu et elle s’asseyaient ensemble sur ce banc.
De nouveau, Astrid se tut. Kader se tourna vers elle, craignant que cette fois ce ne soit pour de bon. Elle libéra ses cheveux de leur barrette, puis reposa les pieds par terre, près de son sac, dans lequel elle rangea la barrette. Kader la regarda s’abîmer dans la contemplation du monde qui les entourait. Il observa également les voitures, qui avaient recommencé à avancer, bien qu’avec lenteur ; il parcourut du regard la forêt de pins, le lac brillant au loin d’un éclat orange, les oiseaux qui volaient dans le ciel selon une formation en V puis en U puis en forme de fer de hache.
Continuez, implora Kader. Il s’éclaircit la gorge, et Astrid parut découvrir sa présence.
Un dimanche, on est rentrées de la messe toutes les trois. Ma mère, Lola et moi.
Vous êtes croyante ?
Non. Tout le monde allait à la messe, à l’époque. Pour certains, c’était l’occasion de voir tous les gens du village ensemble. Pour d’autres c’était un endroit où chanter, ou bien juste rester au chaud pendant une heure. Moi, ça me plaisait bien, à cause de l’odeur. Ça sentait le bois ciré et la pierre humide. Astrid marqua une brève pause. Les hommes et les femmes occupaient des parties différentes de l’église. Les hommes étaient dans les tribunes en bois, loin au-dessus de nous. Et les hommes et les femmes chantaient les uns pour les autres.
Kader pensa à la mosquée qu’on avait installée dans le sous-sol de sa tour d’habitation, à Nanterre. Il avait toujours détesté cet endroit. Ça sentait le pied, et les hommes et les femmes n’avaient pas la possibilité de se voir.
On est revenues de la messe, reprit Astrid, et ma mère est entrée dans la maison pour préparer le déjeuner, pendant que Lola et moi on restait dans le jardin. Dans ce jardin, il y avait une statue de chèvre en bronze qu’Angus avait rapportée de chez lui, en Angleterre, pour ma mère. J’étais en train de soulever Lola pour la mettre sur le dos de cette chèvre, qu’elle adorait, et puis j’ai vu ma mère sortir de la maison et descendre l’escalier de pierre qui conduisait à la cave. Elle tenait un torchon à vaisselle à carreaux rouges et blancs. J’avais les mains sur les hanches de Lola quand j’ai entendu le cri de ma mère. C’était plutôt comme un petit gémissement. J’ai lâché Lola, en la laissant perchée sur la chèvre, et j’ai couru vers l’escalier. Il était glissant, à cause de la mousse et de la pluie. Il y avait toujours ce courant d’air glacial qui soufflait par la porte en fer de la cave. Je ne voulais pas les descendre, ces marches, j’avais le cœur qui battait très vite. Je me suis avancée dans la cave, et à ce moment-là ma mère m’a attrapée par le bras et du coup je me suis mordu la langue, jusqu’au sang. Josu se balançait au bout d’une corde. Ma mère me serrait le bras si fort que ça me faisait mal. Elle n’arrêtait pas de répéter mon nom, encore et encore. Je me souviens que les manches de la chemise de Josu étaient trop courtes, on voyait ses poignets, et ses grandes mains pendaient de ses poignets de chemise. Astrid resta silencieuse un moment. Maintenant, quand je me mords la langue, le goût du sang me rappelle toujours Josu, pendu là-bas à la lueur de cette ampoule nue.
Kader aussi sentait son cœur battre à toute vitesse. Il n’avait plus envie de toucher Astrid, maintenant. Son chagrin était une muraille, quelque chose d’infranchissable. Il tourna son regard vers un objet orange, loin devant lui, qu’il prit d’abord pour le soleil ; mais c’était déjà la lune.
Pourquoi il avait fait ça ? demanda-t-il.
Je ne sais pas. Ma mère raconte que c’est parce qu’il l’aimait trop. Mais elle est folle. Elle vit dans un monde imaginaire.
Kader se sentit soudain très fatigué.
Qu’est-ce que vous voulez dire, folle ?
La réalité ne l’intéresse plus. Elle vit dans ses souvenirs, les petits morceaux de passé qui la rendent heureuse. Son enfance, les moments avec Josu. Et elle oublie le reste.
Alors, elle est pas cinglée ? Genre qui gueule et qui bave, avec des cheveux de sorcière ?
En voyant Astrid sourire, Kader se détendit un peu.
Si on sortait de cette caisse ? suggéra-t-il. J’ai besoin de bouger.
Astrid hocha la tête.
Avec El Niño, lui confia-t-il, on avait l’habitude de regarder le soleil se lever. Ça nous faisait du bien. Il descendit de la voiture, dont il fit le tour pour aller ouvrir la portière d’Astrid. Regardez, dit-il en lui montrant, au bord de la route, un talus dont le gazon avait été récemment tondu. C’est parfait, là.
Astrid resta assise un moment sur le siège du passager, à sentir la brise sur son visage, à respirer l’odeur de l’herbe coupée. Elle regarda Kader escalader la pente puis, une fois parvenu au sommet, disparaître de l’autre côté. Astrid ignorait pourquoi elle lui avait parlé de Josu ; c’était le récit qui l’y avait entraînée. Au cours des quelques heures écoulées depuis leur rencontre, elle s’était davantage confiée à ce garçon qu’à quiconque auparavant. Il en savait plus sur sa vie que Chastel. Elle avait même été tentée de lui parler de Mikel. Peut-être parce qu’elle savait qu’elle ne reverrait plus Kader.
Elle sortit de la voiture et claqua la portière derrière elle. Tout en gravissant la pente raide que Kader avait grimpée, elle repensa à la voix de Mikel, tremblante de tristesse. Cette voix semblait l’attirer en arrière pour l’empêcher de monter. Lorsqu’on l’avait libérée de prison, elle s’était attendue à une sensation de liberté, mais n’avait rien éprouvé de tel, se sentant seulement déplacée, inutile. Maintenant, tout en rampant vers le haut du talus, elle ressentait une légèreté qui lui était totalement inconnue.
Kader était revenu s’installer au sommet du talus. Assis dans l’herbe qui se couchait sous son poids, il contemplait la grande lime jaune en serrant un genou contre sa poitrine. Astrid vint s’asseoir auprès de lui.
En fait, El Niño regardait pas le soleil, précisa-t-il. Le soleil l’intéressait pas. C’était moi qu’il regardait. Il se couchait à côté de moi, la gueule ouverte, la langue pendante, en souriant. Kader se tourna un instant vers Astrid. Sans déconner, insista-t-il.
Je te crois.
Il levait les yeux vers moi, puis ensuite il regardait ailleurs et il se remettait à haleter, et puis il regardait encore vers moi, et puis encore ailleurs. Un petit va-et-vient, histoire de vérifier que j’étais bien avec lui. Des fois je lui faisais un sourire, moi aussi, et des fois pas. Kader se tourna de nouveau vers Astrid, pour la contempler. Allongez-vous avec moi, lui dit-il, en s’animant soudain à cette pensée. Appuyez votre tête sur ma poitrine.
Astrid le regarda s’allonger dans l’herbe, sur le dos, à flanc de talus. Il soutint son regard pendant quelques instants, en battant des paupières, puis ferma les yeux, vaincu. Après s’être étendue à côté de lui, elle posa la tête contre sa poitrine et put sentir sa respiration s’arrêter, puis repartir. Et, au bout d’un petit moment, il passa les bras autour de l’épaule d’Astrid. Ils restèrent couchés là, silencieux, tandis qu’elle écoutait battre le cœur du garçon.
Je veux aller rejoindre ma petite sœur, finit-elle par dire. C’est la seule personne au monde dont je ne peux pas me passer.
Kader posa une main sur les cheveux d’Astrid et se mit à en tamiser les mèches entre ses doigts.
Elle est à la maison, au village, en train d’essayer de retrouver son ami qui vient de passer vingt ans en prison. C’était un liberado. Il est sorti hier.
Et il veut pas la voir, suggéra Kader. Lorsqu’il parlait, Astrid sentait vibrer la poitrine de l’adolescent. Il a peur d’être déçu, poursuivit-il. Et il a sans doute raison. Moi aussi j’en ai fait, de la prison. Dix-huit mois. Même dix-huit mois, ça vous nique la tête, vous pouvez me croire. Elle s’appelait Aurélie. Putain, je pensais tellement à elle que quand je l’ai revue en chair et en os, ça pouvait pas être aussi bien. Elle était chaude, mais comment elle aurait pu être à la hauteur de tout ce que j’avais rêvé en taule ? C’était pas possible.
Astrid se rendit compte qu’elle ne porterait jamais de jugement sur ce garçon, quoi qu’il dise. Kader ne pouvait pas la décevoir. Il était simplement lui-même.
Elle prit la main qu’il promenait dans ses cheveux, et la retourna pour en examiner la paume lisse et brune, les doigts longs, la peau qui était plus fine au niveau des articulations et, en dessous, les minuscules veines violettes. Astrid maintint les doigts de Kader pressés entre ses deux mains, mais ils étaient légèrement recourbés, et refusaient de rester à plat.
S’étant redressée pour s’asseoir sur l’herbe, elle observa le lac artificiel qui s’étendait en contrebas, telle une nappe de bronze liquide. Elle discernait à l’horizon l’enseigne de l’hôtel Mercure, d’un rouge brillant, qui se détachait sur la nuit. À mi-distance, la forêt de pins était comme découpée et ficelée en sombres rangées, séparées les uns des autres par des raies pâles.
On devrait y aller, déclara Astrid.
Tandis qu’elle commençait à se relever, il lui prit le poignet. Elle le dévisagea. Sa prise était ferme, mais pas impérieuse ; comme celle d’un petit frère, qui n’aurait été le plus fort que physiquement. Il s’obstina à la retenir. À la lueur de la lune, elle distingua au sommet de son crâne deux cicatrices qui luisaient. Enfin, Kader la laissa retirer sa main.
Comment tu t’es fait ces cicatrices ? lui demanda Astrid.
Je sais pas comment je dois être avec vous, avoua-t-il en la contemplant, le visage soudain complètement ouvert.
Prenant alors conscience de son propre péché, Astrid se sentit envahie par la terreur. Il fallait qu’elle se mette hors de portée de la confiance de ce garçon. Elle se leva et se mit à brosser violemment sa jupe, pour en faire tomber les brins d’herbe.
Allons-y, dit-elle.
C’est ça, approuva Kader, et il se leva en détournant son visage, conscient du doute qu’il exprimait.
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