Le rêve de Castro

Lucy Wadham · Chapitre 46 sur 49

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Le rêve de Castro

Chapitre 45

 

Castro s’était installé entre Mikel et Astrid, sur la banquette. Mikel parlait avec aisance de la satisfaction que son travail lui apportait. Les relations avec les gens lui faisaient du bien, affirmait-il ; surtout avec les femmes. Il s’était étendu sur le plaisir d’avoir un chien, et sur sa joie de se retrouver du côté français, où la lutte pour la vie paraissait moins âpre et où même la lumière lui semblait différente. Par ailleurs, il avait expliqué à Astrid le plaisir qu’il prenait à conduire de nouveau, et s’était excusé de la faiblesse de ses feux avant, même en pleins phares.

Astrid écoutait, dévorée par l’anxiété, en essayant de ne pas perdre pied parmi les éboulis de ce psychisme délabré. Comment Lola pourrait jamais être heureuse avec un type pareil ? Il était brisé.

Puis il ajouta quelque chose.

Ils vont peut-être essayer de me remettre le grappin dessus. Pour m’enrôler dans la commission des réfugiés, par exemple. Mikel jeta un rapide coup d’œil à Astrid par-dessus la tête du chien, qui haletait. J’aimerais qu’ils me foutent la paix.

Va-t’en d’ici, répliqua-t-elle. Emmène Lola et va refaire ta vie quelque part. Une vie simple.

Elle observa le profil de Mikel. Il gardait quelque chose de magnifique. Lola avait déclaré que tous les autres hommes avaient l’air quelconque, à côté de lui. Astrid caressa Castro, en peignant des doigts ses oreilles soyeuses.

Fais-lui des enfants, soyez heureux. Aime-la, insista-t-elle.

Si seulement ça dépendait de moi, Astrid.

C’est le moins que tu puisses faire ! s’exclama-t-elle en donnant un coup contre le tableau de bord. Elle prit sa paume brûlante dans son autre main. Ramène-moi au village.

Après avoir ralenti, Mikel arrêta la camionnette sur le bas-côté. Ils se trouvaient à l’entrée d’un chemin forestier, près d’un panneau mettant en garde contre le danger d’incendie. Astrid resta immobile sur son siège, très raide, pendant qu’il passait la marche arrière puis remettait le véhicule sur la route, en sens contraire. Le phare d’une moto les aveugla tous deux un instant, avant de disparaître derrière eux.

Ils repartirent vers le village. Mikel était réduit au silence par sa honte ; Astrid, par son désespoir.

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