MM Play With Fire
Chapitre 10
Jared
MOI ? Je le tripote ? Non, mais ce mec débloque complètement ! Je n’ai jamais tripoté personne. Même les nanas, je ne les tripote pas ! Je les pelote et je les baise. À Mélanie, je fais des câlins, enfin, je faisais, et je ferai peut-être encore, j’ai un peu revu mon désespoir à la baisse depuis hier… Et je n’ai jamais tripoté aucun mec non plus. Et de toute manière, c’est quoi ce mot ? Tripoter. C’est moche, ça fait gosse. En français comme en anglais, ce mot est débile ! Donc, qu’il aille se faire foutre avec ses allégations et son verbe ridicule.
Je n’ose même pas aller faire un tour vers les fans devant l’entrée des artistes ce soir. Déjà parce qu’il pleut comme pas possible. Ensuite parce qu’il y a ces mecs, hargneux et peu avenants, que je n’ai pas du tout envie d’affronter. Ensuite parce que l’histoire avec Mélanie m’a calmé. Coupé toute libido. Comme hier soir, je n’ai pas baisé non plus. J’étais tellement sur mon petit nuage après ma journée acoustique avec Corey. Elle est partie bien loin la félicité, tiens. Je re-re-re change mon jugement, ce mec est définitivement con. Bref. En attendant, je tourne en rond dans les coulisses, j’écoute les balances, comme souvent, Corey joue sous les trombes d’eau qui s’abattent sur scène, Hugh plane, pour changer, et tout le monde s’active. Moi aussi, du coup, je donne des coups de main aux roadies qui galèrent pour installer la scène, vu que tout est trempé.
Je n’ai pas ce besoin d’exister dans les yeux d’une nana, parce que j’ai existé dans les yeux du prodigieux connard hier. Et pendant des heures. Ce qu’il est dans la vraie vie n’enlève absolument rien à ce qu’il est en musique. Et pour moi, sa reconnaissance suffit à me conforter pour plusieurs jours. Il sort de scène trempé en l’espace de quelques balances que Lewis n’a pas fait traîner pour une fois. Il s’arrête à côté de moi sans me prêter une quelconque attention et retire son T-shirt en apostrophant Chica.
Je reste à l’observer, son torse affirmé, ses abdos mieux dessinés que les miens, ses biceps gonflés s’animant dans tous les sens alors qu’il tord son T-shirt pour l’essorer. Ses cheveux lui tombent dans les yeux, il paraît encore plus sombre que d’habitude. Et plus mystérieux. Il tourne la tête vivement vers moi.
– Après le tripotage, le matage ? T’as vraiment un souci, « chéri ».
– Je ne t’ai pas tripoté ! Et je ne mate pas non plus… Je m’inquiète pour le concert, c’est tout. « Bébé ».
– Ouais, ben pour le coup je suis d’accord avec toi. Ça va être un carnage. On va trouver un truc pour assurer quand même.
Chica accourt vers nous.
– Tu voulais un truc, Corey ?
– Oui. Réunis les groupes en loge dans une petite demi-heure, et prépare des piles de fringues pour chaque membre. Et pas des trucs de rock stars avec lacets ou d’autres conneries. Des trucs simples. Jean et T-shirt, chaussettes et pas plus.
– OK Boss !
Il m’intrigue.
– C’est quoi ton plan ?
– Qu’est-ce que ça peut te foutre ? Tu le sauras comme tout le monde dans trente minutes.
C’est possible de faire plus con ? Je ne crois pas, non !
Et pourquoi je le matais, moi ? Parce que dans le genre excuse bidon, j’excelle. Je n’ai absolument rien à foutre d’un peu de flotte sur scène. Au contraire, ça risque d’être excellent. Non, je le matais parce que je le trouve… beau mec. Pas de quoi en faire tout un foin. J’ai le droit de trouver un mec beau, tout autant que je trouve magnifique une vache dans un pré normand. Chacun ses goûts.
La réunion dans la loge arrive rapidement. Corey explique le planning du soir :
– Vu le temps, vous allez changer de fringues plus souvent que d’habitude. Ce qui implique plus de duos sur scène et d’impros le temps
que les autres se changent. Donc, on va modifier la 7 setlist afin de prévoir les tournées de changement de fringues.
Je me permets d’interférer.
– Ouais, mais de toute manière, à peine changés, on sera trempés en deux minutes. Je vois pas bien l’intérêt de tout changer pour deux ou trois minutes au sec. Ça fait chier plutôt qu’autre chose.
Ses yeux arriveront un jour à me tuer, j’en suis certain. Là, déjà, avec le regard qu’il me lance, on y est presque. Mais j’m’en fous. Sa réponse fuse, calmant mes ardeurs.
– Tu verras certainement l’intérêt quand tu auras perdu ta voix parce que tu n’auras pas pris la peine de réchauffer ta cage thoracique.
Bon, OK, vu comme ça, je me tais. Mais je ne compte pas l’aider dans la tâche, il peut courir pour que je joue les mannequins sur un podium. J’aime pas quand il a raison. Et il a souvent raison, c’est ça le plus énervant !
***
Je reste une petite minute supplémentaire sous le déluge, au bout de l’avancée de scène, au milieu du public en furie ! Ce concert est incroyable ! La scène est recouverte d’un bon centimètre d’eau, les groupies sont électrisées par l’atmosphère étrange que ce déchaînement d’éléments autour de nous suscite, les mini tops des filles sont trempés, les tétons pointent sous les tissus, c’est magique. Seule ombre au tableau, alors que j’ai ouvertement « oublié » le premier changement de fringues et suis resté à chauffer le public pendant le solo de John, j’ai la gorge qui débloque un peu. Je sens que ma voix s’éraille. Donc cette fois, alors que Hugh vient de se lancer dans le second solo pour un passage de fringues sèches, je décide d’aller me changer.
Je cours jusque dans les coulisses alors que Chica m’attend, une serviette dans les mains, prête à agir. Je me place devant elle et attrape mon T-shirt super moulant pour le retirer, mais il colle. Corey arrive derrière Chica, rouge de fureur.
– Putain, espèce d’imbécile heureux, ça t’arrive d’écouter ?
Bon, je m’attendais à son éclat de rage, je ne réagis pas. Il continue.
– Ta voix ? Elle en est où ?
Là par contre, je ne joue pas avec mon outil de travail.
– Pas top.
– Ouais, ben j’avais entendu figure-toi ! Espèce de trou du cul !
Il attrape la serviette des mains de Chica qui remonte mon T-shirt sur mon torse avec difficulté. Il est vraiment très moulant.
– Chica, va me chercher du lait chaud, je m’occupe de la star des conneries.
Chica s’éclipse sans demander son reste alors que Corey, beaucoup moins doux qu’elle, attrape le bas de mon T-Shirt et le passe par-dessus ma tête. Puis il me plante la serviette dans les mains.
– Essuie-toi, tête de nœud.
– À tes ordres, bébé.
Il marmonne son agacement, sans que je ne comprenne exactement ses paroles, en déboutonnant mon jean encore plus moulant que mon T-shirt. Je m’essuie le torse pendant que ses mains s’évertuent à faire coulisser mon froc rapidement. Elles frôlent ma queue. Je me fige l’espace d’un très court instant, et j’ai l’impression que lui aussi. Mais c’est très fugace. Sauf que ma réaction, elle, n’est pas fugace du tout. Putain, non ! J’aurais dû baiser avant le concert, j’ai les hormones au garde à vous. Et bientôt, si ses mains mettent trop de temps à me débarrasser de mon fute, j’annonce qu’il n’y aura pas que mes hormones qui seront au garde à vous ! Bordel de merde ! C’est un mec ! Je débloque complètement ! Je m’évertue à ne pas regarder les dégâts dans mon caleçon alors que les mains de Corey accompagnent le jean le long de mes cuisses, un poil plus doucement que pour le T-shirt, mais ce doit être une vue de l’esprit. Les doigts passent entre ma peau et le tissu, puis glissent contre mon épiderme qui a beaucoup moins froid tout à coup. Sensation étrange, et même pas désagréable. Enfin, désagréable ou pas, on s’en fout, c’est pas le sujet, je ne vois même pas pourquoi ça vient sur le tapis. Mais cette position, lui à genoux devant moi, ses doigts sur mes jambes, me trouble beaucoup. J’ai presque envie que cela dure un peu… C’est du grand n’importe quoi ! Ce sont les endorphines provoquées par le concert qui parlent. Rien d’autre… Oui, c’est ça…
Putain, écourte l’opération quand même, roadie de mes deux !
On y arrive enfin ! Opération terminée ! Alléluia ! Le jean trempé quitte mes jambes. Corey se relève, s’empare d’une seconde serviette et m’essuie les cheveux en levant les bras bien haut. J’adore être grand ! Ses gestes sont moins durs que je l’aurais imaginé. Il prend même le temps de me masser quelques secondes les tempes par-dessus la serviette, ce qui fait un bien fou, je dois bien l’admettre. Je me laisse bercer par ses mains affectueuses. C’est tellement rare que ce mec soit sympa que j’en profite… En attendant, nous nous retrouvons face à face, lui concentré sur ce qu’il fait, et moi, à l’observer, immobile. Son regard descend sur le mien, et s’y pose. Nous nous fixons alors que ses bras descendent la serviette dans ma nuque, que son massage à peine caché continue à la base de mes cheveux, puis sur mes épaules, avant de revenir sur mon cou, sous les oreilles. C’est rapide, mais pas anodin. Je pourrais le parier. Alors qu’il m’ensorcelle avec une rapidité presque bluffante avec ses mains, il garde le contact visuel, son expression reste professionnelle, attentive à ses gestes qu’il ne regarde pourtant plus. Rien ne passe par notre échange, aucune émotion. Nous nous regardons, comme deux mecs qui se regardent. C’est tout. Et malgré ça, tout disparaît autour de moi. Comme s’il n’y avait plus que ça qui comptait. Son putain de regard transparent, une piscine dans laquelle je plonge, ses mains sous cette serviette.
Chica revient, une tasse de lait à la main et la place entre nous, cassant cette parenthèse involontairement et au bon moment. Ou pas ! La vie autour de moi réapparaît, Corey se baisse pour essuyer mon torse, que j’ai déjà séché, au passage, pendant que je bois le truc que m’a donné Chica, sans perdre la perception d’un seul centimètre de contact entre ses mains, sous la serviette, et mon corps. Ce n’est pas que je veuille m’y intéresser, mais je ne peux pas m’y soustraire. Mon esprit se focalise sur la pression de ses paumes contre moi alors que je m’efforce de penser à autre chose. Mais non, je suis mentalement hypnotisé par le parcours de la serviette. Et des doigts qui vont avec. Mon torse, mon ventre, mes hanches, puis mes cuisses, mes mollets… Pause quasiment imperceptible dans la séance d’essuyage, j’imagine à quel niveau se trouve sa tête et pourquoi il marque cette « pause ». Eh merde. Il se redresse, passe les bras autour de moi pour passer la serviette sur mon dos, le long de ma colonne vertébrale, son corps se rapprochant dangereusement du mien, et me glisse au creux de l’oreille d’un ton amusé :
– Apparemment, je tripote plus efficacement que toi, « chéri »…
Il se recule et file la serviette à Chica, puis disparaît. Je baisse la tête pour confirmer ce que je sais déjà… Je bande. Et pas qu’un peu ! Je l’ai déjà dit, mais rien que pour le plaisir : Eh merde ! Connard ! Et là, je parle de moi… enfin, de lui aussi, un peu quand même ! Et il faut absolument qu’on arrête de me parler de tripotage…
7 Une setlist est un document répertoriant les morceaux qui vont être joués (ou qui ont été joués) par un musicien ou un groupe, pendant un concert ou durant un festival. Il peut être manuscrit ou imprimé, sur du papier, du carton ou du stratifié. Sur scène, la plupart de ces listes sont placées de sorte que les musiciens puissent les voir facilement, afin d'éviter les problèmes de coordination pendant le spectacle.
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