MM Play With Fire
Chapitre 24
Corey
Nous avions dit dix-sept heures à l’aéroport. Pourtant, il n’est pas là. Il ne répond pas à son portable non plus. Je me décide à aller demander au bureau des enregistrements qui m’indique qu’il est déjà passé. C’est étrange. Je m’enregistre et passe les contrôles avant de rejoindre la salle d’embarquement. Je le trouve le front appuyé à une fenêtre, un bonnet enfoncé sur la tête, lunettes de soleil sur le nez, regardant rêveusement le tarmac à ses pieds. Je m’adosse au mur à côté de lui et observe les traits tendus de son visage. Il mord l’intérieur de sa joue, signe que quelque chose ne va pas.
– Des remords ?
Mon Dieu, faites qu’il ne réponde pas oui…
Tu crois qu’il ferait ça ? Oh, non, il avait l’air heureux en partant ce midi…
Ben, c’est Jared d’un autre côté, toujours surprenant.
Il tourne la tête vers moi, ses yeux noirs et insaisissables me détaillent pendant un long moment. Puis il force un sourire.
– Non. Des regrets.
– C’est encore pire.
– Non. Si j’avais des remords, je voudrais effacer le passé. Mais ce n’est pas le cas. Je voudrais juste faire renaître les bons moments.
Cette discussion débute mal. Je n’aime déjà pas ce que je risque d’entendre. Puisque je sais pertinemment qu’il vient de parler à Mélanie, il peut me sortir toutes sortes de choses…
– Et donc ? Quel bon moment ?
Il pivote et pose son épaule contre la vitre, en enfonçant les mains dans ses poches.
– Ta chambre. Hier soir. Et ce matin. Et aussi notre concert. Je crois que je suis dingue de toi, Corey. Au point que je mette toute ma vie en déséquilibre pour pouvoir revivre tout ça…
Mon cœur arrête de battre. Il s’avance vers moi, prend mon visage en coupe et m’embrasse comme si sa vie en dépendait. Comme ça. Au milieu de l’aéroport. C’est un grand malade. Mais je crois qu’il en a besoin. Je lui donne tout mon amour, tout mon cœur pour soulager le sien. Pour lui montrer que je suis dans le même état que lui. Qu’il compte… vraiment. Au point que je me laisse embrasser en public sans le dégager. Alors que cela va à l’encontre de toutes mes réserves de vie, à l’encontre de ce que je m’impose depuis toujours. Je lui expliquerai. Après. Et son baiser est renversant. Comment y résister ? Puis il m’enlace en posant son front sur mon épaule.
– Ça s’est mal passé avec Mélanie ?
Il hausse les épaules.
– Ça s’est passé. Je ne peux pas lui demander de m’aimer alors que je la quitte de toute manière.
Il l’a quitté… Soulagement immense.
– Tu l’aimes toujours ?
– C’est ma meilleure amie.
Je caresse sa nuque.
– Elle comprendra.
– Je ne crois pas. Enfin si, elle comprend. Mais elle souffre. Alors je souffre aussi.
– Je suis désolé. Peut-être devrais-tu… y réfléchir encore. Nous nous connaissons à peine, et… c’est compliqué, en tout cas ça va le devenir.
Il secoue la tête.
– C’est tout réfléchi. Et je ne vois pas ce qui est compliqué.
C’est beau l’insouciance ! Je soupire en caressant son dos.
– Tout va devenir compliqué, Jared. Le groupe, le public, Marcus, nous…
– Nous ?
Je m’esclaffe.
– Je te rappelle que nous sommes deux têtes de cons professionnels…
– Toi, beaucoup plus que moi !
– C’est à voir, je trouve que tu progresses vite… Tu m’en as fait quelques-unes sympas aujourd’hui !
Il redresse le visage pour m’observer.
– Comme quoi ?
– Comme « Ferme ta gueule, SURTOUT ferme-la ! »
– Tu m’as envoyé un sandwich périmé dans la tronche pendant que je dormais !
Je hausse les épaules.
– Je ne me souviens plus de ce détail.
Les haut-parleurs annoncent l’embarquement pour notre vol. Nous nous séparons pour attraper nos sacs à nos pieds puis avançons vers les guichets.
– Ouais, bien sûr ! Non seulement t’es un connard, mais en plus t’es de mauvaise foi ! Tout pour plaire, décidément !
– Ouaip ! Mais je branle « trop bien », il paraît… Ce qui efface pas mal de choses, à mon sens…
– Mouais… La ramène pas trop quand même… Il me semble avoir entendu que tu appréciais tout autant mes branlettes…
Je hausse les épaules en donnant mon billet à l’hôtesse qui vient de piquer un fard en entendant nos propos.
– C’est à vérifier.
Il donne son billet à son tour en souriant à l’hôtesse avant de se tourner vers moi.
– Connard !
Je m’engouffre dans le couloir vers l’avion sans l’attendre. Il court pour me rejoindre et passe son bras autour de ma taille.
– Je sais très bien pourquoi tu dis ça. Tu veux que je recommence mais t’oses pas me demander, c’est tout.
– Ça doit être ça.
Il est quand même surprenant. Je ne sais pas si c’est de l’innocence ou du « rien à foutre » hautement revendiqué, mais il passe d’hétéro plus que convaincu à gay clairement affiché en une nuit. Je trouve ça génial, personnellement, mais totalement inconscient. Il ne réalise pas ce que tout ça implique dans sa position. Il va falloir que je prenne les précautions pour deux, sinon, il court droit à la catastrophe.
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