MM Play With Fire

Marie HJ · Chapitre 30 sur 58

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MM Play With Fire

Chapitre 28

 

Corey

Je n’ai pas eu le cœur de renvoyer Jared dans son hôtel. De toute manière, il ne l’aurait jamais fait. La nuit a été mouvementée, et relativement épuisante, et assurément magnifique, donc je n’ai pas eu le temps de me poser trop de questions. Mais dès que j’ouvre les yeux, vers midi, la pression me tombe dessus. Je relève la couette sur ma tronche pour essayer d’échapper à la réalité, mais une masse me tombe dessus et tire sur ma « cape d’invisibilité ». Jared !

À califourchon autour de mes hanches, le torse écrasé sur le mien, mort de rire, il tire vers le bas, et moi vers le haut !

– Lâche-moi, j’existe pas, je suis mort. Dans ce lit gît Corey Kingstone, mort étouffé par la jute de Nicolas Vauchel ! Ne pleurez pas c’était un connard !

Il tire plus fort que moi.

– Moi je pleurerai ! La fin des pipes magiques surtout ! Allez, bouge ton cul !

– Va te faire !

– Enculer ? Trop cool !

Il ricane. Blague de merde par excellence !

– Non, pour ça, tu vas attendre !

– Sale con !

– Ouais, allez, putain dégage !

Il glisse ses mains sous la couette et étend le bras jusqu’à attraper ma queue.

– Alors là tu rêves !

Il éclate de rire.

– Alors lève-toi ! Allez, je suis allé faire du shopping !

– Quoi ?

– T’as rien à te foutre sur le cul, alors j’ai eu envie de jouer à Barbie ! Un taxi m’a trouvé une boutique top ! Je t’aurais bien prêté mes fringues de scène, mais on n’a pas le même format !

Je lâche la couette.

– Oui, je sais !

– C’est ça ! Allez, concert privé !

Il saute du lit, branche la chaîne et lance Bon Jovi, Keep the Faith, volume maxi, attrape la télécommande de la télé en guise de micro et saute à nouveau sur le lit en se déhanchant et en chantant. Comme s’il était sur scène, et moi, son unique spectateur. Il m’enjambe, ses pieds au niveau de mes hanches et entre dans une danse sensuelle par excellence, en mode hard rock. Son jean extra moulant, neuf apparemment, un marcel extra large coupé dans un T-Shirt Mötley, il se pelote allégrement les couilles, passe sa main sous son marcel pour se caresser en se mordant la lèvre, donne des coups de bassin en jouant de l’air guitare sur le solo… Bref, il fait du Jared. Fou mais irrésistible. Le morceau se termine, il fait la révérence puis baisse le volume.

– Putain, le réveil !

– C’est toujours mieux que ceux que tu m’as réservés jusqu’à présent ! Allez, viens Barbie, t’as des trucs à essayer ! Je me suis acheté deux ou trois futals aussi…

– J’ai déjà des fringues Jared !

– Ouais, des fringues de roadies. Loin de moi l’idée de dénigrer le look, mais les Dolls ont des normes vestimentaires, alors pas le choix !

– Tu ne me transformeras pas en toi !

– Non, non, t’inquiète ! Je suis resté soft.

Il m’envoie deux sacs de fringue à la tronche. Il a raison, je monte sur scène – oh putain l’angoisse ! – devant un public qui a payé pour un show. Donc un minimum de soin sur le choix des fringues est une obligation. Et là, il a mis la dose. Jean tout ce qu’il y a de plus classique, à part très très slims, pantalon à laçage latéral, une dizaine de T-shirt, des vestes à manches coupées, enfin bref, il a dévalisé la boutique à première vue. Et je remarque qu’il a respecté mon style. C’est-à-dire : anti looké. Simple et efficace. Il tire de la pile une tenue et me force à l’essayer. J’ai horreur de ce genre de choses, mais lui s’éclate. Et en fait, je suis séduit par les fringues. OK, j’adhère. Sauf que je ne sais pas dire merci. Ça fait longtemps que je n’ai pas eu à le faire. Et ça fait encore plus longtemps que quelqu’un ne s’était pas arrêté dans un magasin pour m’acheter des fringues. Mais Jared reste Jared, il anticipe pas mal de choses quand il veut. Et c’est exactement me toucher là où ça fait du bien.

Encore une fois, il anticipe. Il se jette sur moi en empoignant le col de ma veste en jean et m’embrasse férocement. Puis il me dévisage avec intensité.

– Putain, rien que pour cette image, je me lève aux aurores tous les jours pour aller t’acheter tes fringues de scène ! Merci pour le spectacle, Stixx le magnifique…

Stixx… Je ne voulais plus de lui. Je l’ai rejeté, foutu au placard à coups de pompes dans le cul… Veut-il encore de moi ? La réponse très vite !

J’attrape ses joues et lui rends son baiser. Putain, ne plus pouvoir l’embrasser, ça va être insupportable. Je viens à peine de le découvrir.

***

Nous arrivons à la salle de concert avec un petit quart d’heure d’avance, même si Jared, lui, préconisait une bonne heure de retard. Mais impossible, je n’ai jamais joué avec les Dolls, et nous n’avons que l’après-midi pour mettre les choses en place, donc je l’ai poussé dans le taxi contre son gré, clairement, mais pas grave. Marcus est déjà là, et nous attend, les bras croisés, un pansement sur le nez, devant l’entrée des coulisses. Une foule de fans est également présente, et à ma grande surprise, une partie est venue pour moi. Pas pour m’insulter ou autre. Non. Pour des autographes. Sur les vieux albums des Pussy. Sur des drapeaux LGBT aussi, même si je n’ai jamais été un grand défenseur de la cause, je dirais même que ce côté revendicateur est loin de me correspondre. La seule chose que j’ai toujours voulue, moi, c’est jouer. Rien de plus. Mais bon, snober ces gens qui m’envoient des élans de sympathie serait stupide et blessant, ce qui est encore moins mon but. Donc je signe.

Puis Marcus nous attrape et nous pousse à l’intérieur. Il nous considère durement avant de nous passer un savon.

– Vous branlez quoi tous les deux ? Vous croyez que j’ai que ça à foutre de vous chercher toute la nuit ? C’est fini les vacances les mecs ! Les petites fuites d’une nuit, oubliez tout de suite !

– C’était ça ou je te fracassais la tronche connard ! La ramène pas Marcus, parce que mon contrat n’est pas encore signé pour la scène !

– Justement, je l’ai là, on va faire tout ça avant le reste. Et sinon, Jared, c’est quoi ton excuse, à toi ? T’as pioncé où ?

Silence. Je hausse les épaules.

– Il y avait quelques bombes sexuelles dans la chambre voisine. Quand il a vu que je resterais dans l’hôtel où j’étais, il est reparti, mais guet-apens à nibards dans le couloir.

Marcus plisse les yeux, considère Jared un instant, lequel a l’air passionné par un bracelet en cuir qu’il s’est acheté ce matin et ne lève pas les yeux. Marcus hausse les épaules en tournant les talons :

– Saloperie de rock star de mes deux ! Corey, je t’attends dans la loge pour le contrat.

Jared se tourne vers moi, l’air furieux.

– C’est quoi ces conneries ?

– Ce ne sont pas des conneries. Tu voulais lui dire quoi ?

– La vérité !

– Jared, ce n’est pas dans les options possibles !

– Tu me fais chier, espèce de connard !

Il soupire et va rejoindre la scène. Je ne suis pas fier, mais quelle autre solution ? Il s’y fera.

***

La répétition s’est bien passée. Je pense avoir tout mémorisé. La musique en elle-même, passe. Ce qui me fait peur, ce sont les jeux de scène, les Dolls bougent beaucoup, et tout est orchestré, à part les déplacements de Jared, qui lui s’adapte au reste du groupe. Je m’isole derrière une caisse de transport d’ampli, assis au sol, pendant le passage des Iguana, stress au maximum, je ne me souvenais plus de ce point très désagréable des soirées-concerts. Jared arrive derrière moi, un paquet de chips à la main, l’air détendu. Il enfourne une poignée de chips dans sa bouche.

– Ça va bien se passer, Stixx.

– Ta gueule.

Il dégaine une nouvelle chips et la considère un moment.

– Tu vas manger un truc par contre. Sinon, tu ne montes pas sur scène.

– Putain, tu vas me faire chier à chaque concert avec ta bouffe ?

– Ouaip !

Il se jette sur moi et m’enfonce sa chips à la con dans la bouche.

– Tu manges !

Il s’assied sur moi, pose ses genoux sur mes mains avant que je ne puisse réagir, attrape mes joues d’une seule main pour m’immobiliser et enfonce une nouvelle poignée de ses chips entre mes lèvres.

– Mange !

Il est tordu de rire, appui sur mon menton pour que je ne recrache pas, et continue son cinéma une ou deux fois supplémentaires alors que je me débats pour retrouver l’usage de mes mains. Sans trop forcer quand même. Et je mange. Puis il plaque son torse contre le mien, retenant toujours mon visage entre ses doigts, et me roule une pelle de folie. Mon bassin se colle à lui malgré moi et un gémissement traître s’échappe de ma gorge. Il fait danser son bassin contre ma queue langoureusement. Puis me relâche et se relève. Je suis hors de moi.

– Putain, Jared, c’était quoi, ça !

– Juste pour m’assurer que tu avais bien tout avalé. Et pour te dire que c’est à nous. Amène-toi.

Il me fait un clin d’œil et tourne les talons. Je me lève en le traitant de tous les noms. Il semblerait que le mot « discrétion » n’ait pas trop sa place dans l’esprit de Jared. Il va falloir qu’il se calme. Même si j’ai adoré ce petit intermède, ce n’est pas le plan.

***

Les Dolls débutent chaque concert par une reprise d’un morceau phare d’un autre groupe. Ce soir, c’est moi qui ai choisi, j’ai eu cet honneur, Hardcore Superstar, Above the Law. Parce que je trouve que le chant et le riff guitare marchent vraiment bien. Et que ce morceau défonce tout ! De quoi bien me mettre dans le truc dès l’entrée. Et ça fonctionne. Todd défonce sa batterie, John pose la basse à un niveau d’expert, et Jared est déjà sur l’avant-scène en train d’allumer le public. Puis il revient devant moi en air guitar, les hanches en avant, le buste en arrière la tête en

headbanging 16 pendant mon solo. Puis il reste avec moi, et nous entamons un dialogue guitare-chant comme le veut le morceau original. Et la magie se crée, encore une fois. Nous ne sommes plus que tous les deux. Le regard de Jared me le confirme à la fin du morceau, lorsque je le croise. Une lueur de surprise émerveillée par ce lien qui nous unit à chaque fois. À deux, ou à quatre, dans un studio ou sur scène, la musique nous enlace de ses tentacules et emprisonne nos âmes ensemble. Dans cette cage de notes et d’infini que seule une mélodie peut apporter.

Nous enchaînons sur la setlist et tout fonctionne. Vu depuis la scène, Jared est hypnotique. Et généreux. À sa manière, plus ou moins discrète, il prend soin de moi, jette un œil régulièrement dans ma direction pour s’assurer que je suis toujours en connexion avec lui. Pas de souci, je suis dans le même état que lui. Le seul hic, c’est le solo de Devil Smile. Un solo qui met clairement à l’honneur le guitariste, il est long, costaud, et puissant. Alors qu’il chante les dernières paroles et que je suis censé avancer pour amorcer le riff magique au milieu de l’avant-scène, je ne bouge pas. Oublié. Le chanteur, qui a remarqué que je suis en train de passer totalement à côté de la mise en scène, se plante devant moi, plonge ses yeux dans les miens, tend l’index vers moi et le replie pour me signifier de le suivre. Puis il recule, toujours en chantant, sans me quitter des yeux, alors que j’avance vers lui, comme aimanté. Puis il me laisse passer sur l’allée qui mène au milieu du public, pose sa main sur mes épaules et me pousse jusqu’au bout de la scène. J’entame le solo, totalement enflammé, puis monte sur les caissons de son au sol, jambes écartées, les lights tournent sur moi, et je bande ! Je bande de retrouver tout ça, les cris du public, les mains tendues vers moi, ce moment de grâce ou plus rien n’existe entre la terre et le paradis, où les notes nous y portent en s’élevant de l’instrument.

Le public m’accueille dans une folie furieuse, et au milieu du solo, Jared

annonce un 17 wall of death et je mets en suspend le solo, jouant le riff refrain du morceau, pendant le recul du public devant nous. Jared encourage l’auditoire en riant, les interpellant et j’en passe. Pendant ce temps, il monte sur mon perchoir, derrière moi et pose négligemment ses coudes sur mes épaules, laissant pendre ses bras devant moi. Il joue avec mes nerfs l’enflure. Et il accentue le trait. Il me susurre des trucs pornos à l’oreille. Puis lorsque le public est prêt et en attente, il murmure.

– Regarde-les, Stixx le magnifique… Ce qu’ils font pour toi. Pour te vénérer… Tu déchires comme un dieu. Tu es sensationnel.

Puis il reprend le micro alors que Todd fait toujours rouler un rythme militaire sur sa batterie et que John laisse planer une tension à l’aide de sa basse, qu’il intensifie en cadence avec Todd, faisant monter la pression des gens à mes pieds, prêts à se jeter les uns contre les autres. Je précise que même si ce rituel paraît barbare, les gens sont civilisés dans ce genre de concerts, et ne se font pas mal. Ils se foncent simplement dessus puis souvent sautillent ensemble sur la musique sans aucune violence. Jared les applaudit, la tension des instrus derrière moi arrive à son paroxysme, je lève main droite, médiator entre les doigts… Trois, deux un… Je baisse le bras en relançant mon solo et la foule, telle la mer qui se referme derrière Moïse, reprend possession de l’espace libéré pour l’occasion. Une image de malade, la puissance de la passion du public se déverse à mes pieds, alors que je m’enflamme sur mon riff et que le public se déchaîne totalement. Moment de magie par excellence. Ça m’a trop manqué ! Je rallonge le solo en partant dans des dérivés du thème, sous les encouragements plus que clairs du public.

 

16 Le headbanging, est un type de danse impliquant de violents mouvements de la tête en cadence avec la musique, le plus souvent du heavy metal par les métalleux.

17 Un « mur de la mort » est un mouvement de foule parfois rencontré dans les concerts metal et rock. Un membre du groupe demande au public de se séparer afin de laisser une allée vide au milieu de la salle. Une fois l'espace dégagé, au signal, les deux côtés se jettent l'un sur l'autre comme lors d'une charge d'infanterie médiévale.

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