MM Play With Fire

Marie HJ · Chapitre 22 sur 58

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MM Play With Fire

Chapitre 20

 

Corey

– Corey, tu peux me faire un test instru, s’il te plaît ?

– Il est occupé, je m’en charge.

Jared s’empare de la guitare et jette un regard assassin à Paul, le pauvre, qui essaye simplement de faire les balances. C’est comme ça depuis le début. Moi, bêtement, je croyais qu’ils étaient potes. Mais apparemment pas tant que ça parce que je sens que Jared ne supporte pas Paul. Dès qu’il parle, il le contre ou l’ignore carrément.

Ben, il est jaloux, et tu l’as très bien vu, arrête de faire genre tu viens de naître !

Je ne relèverai pas cette remarque.

Avoue, ça te plaît qu’ils se battent pour toi… Ou plutôt qu’IL se batte, lui.

Je ne comprends pas le but de cette conversation, désolé.

– Corey, tu pourrais nous aider à monter le stand boissons ? Je crois que j’ai un peu trop surestimé mes forces !

– J’arrive, Julia.

Julia est une femme remarquable. On lui donnerait le bon Dieu sans confession. Alors depuis le début de l’après-midi, je suis à son service, comme tous les autres bénévoles qu’elle gère d’une main de maître. Je croise Jared quelques fois, il me gratifie de ce fameux regard qui me pétrifie tellement je ne peux plus y résister, et nous continuons nos activités. Chacun de notre côté. Loin. Très loin l’un de l’autre.

J’aide Julia à fixer la structure de son stand puis me retrouve à décharger la camionnette des boissons. J’accepte toutes les tâches, peu importe en quoi elles consistent, ça me permet de ne pas penser à ce soir. Depuis hier, je pars dans des images incohérentes, cette nuit j’ai rêvé que Bryan venait foutre le concert en l’air, et ce matin lors de la répétition, je n’aimais plus mon son. Je ne joue pas avec mon matériel, ça me déstabilise. Bref, alors, les caisses de bières, à droite elle a dit…

– Hey, salut Corey !

Une main se pose sur le bas de mon dos, mon T-shirt est remonté, donc sur ma peau directement, de manière amicale. Je me redresse prestement, je ne suis pas très tactile comme mec. Une charmante petite blonde me sourit, robe à fleurs, lunettes à verres jaunes rondes, cheveux détachés, un pétard à la main. Mélanie. Déguisée en Janis Joplin. Bon.

Souris !

Oui ben j’fais qu’ça !

Mort de rire, tu grimaces, là !

Ta gueule !

Jared a évoqué Mélanie sur la route du retour de Marseille, je ne sais pas si c’était en prévention, pour me préparer, ou pour parler, simplement, en tout cas, je m’attendais à la voir.

– Salut Mélanie…

– T’as besoin d’aide ?

– Non, merci ça ira. C’est un peu lourd pour toi je pense, mais Julia, peut-être ?

Elle me regarde avec des grands yeux interrogateurs. Ah, oui, elle n’est pas super douée en anglais d’après ce que j’ai compris. OK. Elle éclate de rire et me plante son pétard entre les lèvres.

– Tu sais quoi ? Je vais demander à maman ! Ciao !

Le pire de tout ça, c’est qu’elle a l’air cool cette fille. Tout aurait été plus simple si elle avait été conne. Ou pas, remarque, je ne sais plus. Je tire sur son joint en reprenant mon boulot. Je ne revois plus personne. Enfin, je me mets dans ma bulle de manière à ne plus voir personne. Et aussi, je ne pense plus qu’à ces caisses que j’empile les unes sur les autres pendant une bonne heure. Résultat de l’opération, je pue. Heureusement, mon hôtel est à deux pas du parc où a été installée la scène. C’est d’ailleurs là que Paul et Jared ont déposé leurs fringues pour ce soir, afin de pouvoir se changer sans retourner chez eux. Donc, en sachant que nous montons sur scène dans une heure, je pense que si je veux me prendre une douche peinard, c’est le moment adéquat pour m’éclipser.

Je traîne un peu dans la douche, puis devant le miroir, me demandant si je rase ou si je ne rase pas. J’ai fait un effort en milieu de semaine, et là, logiquement, il serait temps. Mais j’ai la flemme.

– Rase pas.

Je sursaute. Jared, bien évidemment, qui d’autre ? Il est appuyé à l’embrasure de la porte, chevilles croisées, au spectacle, apparemment, un sandwich à la main. Il justifie sa présence en me le tendant.

– T’es pas venu manger. Tiens, je t’ai pris ça, un sandwich aux anchois.

– Ha Ha ! Très drôle ! Merci, mais j’ai pas faim.

J’ai une simple serviette enroulée autour de la taille, je me sens… à nu face à lui, sans armure. Mais je prends sur moi pour ne pas lui montrer mon embarras. Je reprends mon inspection devant le miroir, lève le menton vers la gauche, puis vers la droite.

– Ne rase pas, je t’ai dit !

– Pourquoi ?

Ses yeux descendent sur mon torse, puis remontent, alors qu’il se mord la joue nerveusement. J’ai déjà dit que la fossette qui apparaissait quand il faisait ça me rendait fébrile ?

Oui !

Tant pis, je le redis !

Bon, saute-lui dessus, qu’on en finisse.

Dans tes rêves.

L’expression exacte serait plutôt : Dans ses rêves à lui…

En attendant, il ne répond pas. Je hausse un sourcil, en attente de sa réponse. Il se décide en se redressant.

– Faut vraiment que je réponde à cette question ?

Il jette le sandwich sur le rebord du lavabo.

– Mange, un sac vide ça ne tient pas debout, c’est un connard qui me l’a dit une fois, mais il avait raison pour le coup.

Je récupère l’en-cas et lui pose entre les mains avant d’aller chercher mes fringues dans la chambre.

– Non merci.

Il me suit.

– Corey, ça va bien se passer, déstresse ! Mange un peu, ça va te faire du bien !

Je me retourne pour lui faire face. Et je recule d’un pas, parce que même si je pensais qu’il me suivait, je ne pensais pas que c’était de si près, il est à quoi ? Vingt centimètres de moi maximum.

– Écoute Jared, je n’ai pas faim, lâche-moi la grappe avec ça !

– Il faut que tu manges.

Il croise les bras devant moi, d’un air inflexible. Il m’agace à me materner comme ça !

– Mais putain ! Tu me fais chier ! Je sais me préparer pour un putain de concert ! Occupe-toi de ton cul ! Est-ce que je te demande si t’as baisé, comme à ton habitude, moi ?

J’attrape un caleçon dans mon sac et tente de retourner dans la salle de bains, même s’il me barre la route. Mais il me répond :

– Suis-je vraiment obligé de répondre à cette autre question ?

Je ne devrais pas. Mais c’est plus fort que moi. Je me fige et redresse la tête brusquement vers lui, incrédule ! Quel putain de connard, c’est pas possible ! Cette fois, je n’ai pas le temps de mettre un filtre à mon expression qui doit paraître dégoûtée.

Il soupire en se grattant la tête.

– Non. Non, je n’ai pas baisé. Depuis quelque temps, je n’en ai plus besoin.

Je hausse les épaules en reprenant le chemin de la salle de bains.

– Tant mieux pour toi.

Il empoigne mon biceps et me force à lui faire face avant de poser sa seconde main à la base de mon cou. Il empoigne ma nuque. Bon Dieu, il va finir par me faire craquer, c’est impossible autrement !

– Je n’en ai plus besoin parce que…

Il baisse la tête.

– Parce que quoi ?

– Parce que… Il faut que je te dise, je baise avant les concerts pour une seule raison. Elle est pathétique mais…

– Coucou c’est nous !

La porte vient de s’ouvrir sur Paul et Mélanie. Un silence s’impose alors que Jared met un temps certain à se rendre compte qu’il a ses mains posées sur moi et que je suis à moitié à poil, très proche de lui. Mélanie fronce discrètement les sourcils, Paul ne bronche pas, l’air neutre. Bon… Voilà voilà…

Jared a une réaction étonnante, mais vraiment naturelle. Il se redresse, passe sa main de ma nuque à mes cheveux puis s’écarte de moi pour rejoindre Mélanie.

– Est-ce que quelqu’un pourrait dire à cette tête de nœud que s’il ne mange pas, il va nous faire une syncope au milieu du concert ?

Paul reprend à sa suite.

– Corey, si tu ne manges pas tu vas nous faire une syncope au milieu du concert. C’est bon comme ça ?

Jared esquisse un sourire en prenant Mélanie par la taille et en lui déposant un bisou léger sur le front puis se dégage rapidement d’elle.

– Je reviens, je vais acheter un truc à boire.

Il sort de la chambre, Mélanie se met à parler avec Paul en français en s’étalant sur mon lit pour rouler un pétard. Je prends mes fringues et m’enferme dans la salle de bains. Je bande. J’espère que personne n’a remarqué ce détail. Je me laisse glisser le long de la porte et dénoue ma serviette. J’empoigne ma queue, et je la maltraite. Mes doigts ne s’embarrassent pas de douceur. Je me tire dessus comme un enragé. J’ai besoin d’expulser. La voix de Jared se fait entendre à nouveau dans la chambre. J’adopte un rythme effréné alors que l’image de ses yeux martèle mon cerveau. La sensation de sa main est encore sur ma peau et dans mes cheveux. J’imagine ses doigts sur moi, à la place des miens, violents ou pas, je m’en fous, juste le fait que ce soit les siens. Si seulement… Il est juste derrière cette porte. J’ai honte et en même temps, je suis grisé par cette présence. Mon ventre se tord d’un plaisir amer, je frappe ma tête contre le bois de la porte derrière moi en éjaculant contre ma paume. Jamais je n’ai joui aussi vite que lorsque je pense à lui.

***

Jared annonce le dernier morceau du concert. Nous faisons carton plein, je le reconnais. Ce soir mon tourmenteur, le chanteur charismatique et magnétique, nous fait du grand Jared. Nous sonnons vraiment bien, et je me sens comme de retour à ma vraie place. Et surtout, j’ai l’impression de faire partie d’un tout. Le pouvoir étrange que Jared a sur moi s’impose encore plus sur scène. Il m’accompagne, ne me lâche pas, j’ai presque l’impression que nous faisons l’amour en public. Tout passe par le regard et son intonation de voix. Paul, qui assure bien derrière, n’entre pas dans notre univers. Il ne peut pas, nous prenons toute la place et ne voulons pas être dérangés. C'est spécial, et nouveau pour moi, mais ajoute une puissance à la musique qui me laisse pantelant à la fin de chaque morceau.

Jared se met à se déhancher, le micro à la main, longeant la scène, frappant dans les mains, chauffant le public en sautillant, puis lève les bras, jambes collées, ondulant son corps, lorsque les premières notes sortent de ma gratte et des percus.

Fall at your feet 12 , reprise de Crowded House. Il fait son show. Puis pour le dernier couplet, il vient se placer derrière moi, pose ses bras sur mes épaules, son visage battant le rythme, collé au mien, et chante d’une voix ensorcelante. Je ferme les yeux et laisse ma tête aller contre la sienne. Il resserre discrètement ses bras autour de moi :

« And whenever I fall at your feet

(À chaque fois que je tombe à tes pieds)

You let your tears rain down on me

(Tu laisses tes larmes pleuvoir sur moi)

Whenever I touch your slow turning pain

(À chaque fois que je touche ta peine qui arrive doucement)

The finger of blame has turned upon itself

(Le doigt de la honte s’est retourné sur lui-même)

And I'm more than willing to offer myself

(Et je suis plus que disposé à offrir ma personne)

Do you want my presence or need my help

(Veux-tu ma présence ou as-tu besoin de mon aide ?)

Who knows where that might lead

(Qui sait où ça pourra nous conduire)

I faaaaall

(Je tombe) »

Je tombe… Cette fois, je lâche prise…

 

12 Fall at Your Feet, Crowded House, crédits : Neil Mullane Finn.

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