MM Play With Fire

Marie HJ · Chapitre 41 sur 58

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MM Play With Fire

Chapitre 40

 

 

Nicolas

J’ai perdu Corey. Il passe le reste de la répète sans dire un mot, son ancien masque de connard replacé bien proprement sur le visage, lequel est d’ailleurs penché sur sa gratte pendant deux heures. Jusqu’à ce que nous tenions le medley proprement. Puis il pose son instrument et part prendre une douche. Son ex, le beau gosse des Pussy, a passé la moitié de notre répète dans les coulisses à le mater. Je crois que Corey ne l’a pas vu, par contre, moi, je n’ai rien loupé. Et ça m’agace prodigieusement.

J’entre dans l’unique loge des coulisses où les Pussy ont pris possession du canapé, affalés, une bière à la main. Ils parlent fort et ricanent comme des cons. Je ne leur accorde même pas un regard lorsque le gros bouffon de guitariste, Derek, celui que j’ai proprement arrosé de mon poing tout à l’heure, m’interpelle pour me lancer je ne sais quelle insulte homophobe du niveau prématernelle à peu près. S’il savait comme je n’ai rien à branler de son avis, le pauvre… Le chanteur, lui, est encore là, assis sur l’accoudoir du canapé à me dévisager. Je lui adresse un regard hautain et condescendant au possible et m’arrête devant la porte de la salle de bains.

Je sors mon canif de ma poche, déverrouille la serrure et entre retrouver Corey. Je referme derrière moi. Je me déshabille en quatrième vitesse. Il faut que je le sente contre moi. Son attitude changeante m’a fait peur, et j’ai besoin qu’il me rassure. Vu qu’il ne veut pas parler, je dois sentir sa peau. Parce que l’autre, son ex, est une bombe sexuelle. Il est blond, yeux verts, et je l’ai déjà entendu chanter, il décoiffe. Donc dangereux. Je préviens mon homme de ma présence.

– Corey, je suis là. Range tes coups de boules, s’il te plaît.

J’entends un petit rire entre le bruit de l’eau qui s’abat sur lui derrière la paroi embuée de la douche.

– C’est bon, le terrain est sécurisé.

– Cool !

J’entre dans la douche, il me tourne le dos. J’avance doucement. Presque timide. Sans se retourner, il tend ses mains vers l’arrière, attrape mes poignets et m’attire contre lui. Je me colle à lui alors qu’il croise mes mains sur son torse. Sa tête vient se caler contre ma clavicule.

– Aime-moi, Nicolas. Pas de sexe, juste nous.

Il a l’air tellement perdu. Je resserre mes bras autour de lui. J’embrasse son cou. Chaque centimètre passe sous mes lèvres pendant que mes mains le frôlent, l’effleurent doucement. Son ventre. Son torse. Son cou. Son visage. Ses lèvres. Il embrasse le bout de mes doigts. Je murmure au creux de son oreille.

– Je t’aime Corey.

Il passe une main derrière ma nuque et attire doucement mon visage vers le sien. Il tourne la tête et ses lèvres trouvent les miennes. Sa langue entre langoureusement dans ma bouche pour y trouver la mienne. Il m’offre un baiser tendre, profond, amoureux, sensuel comme jamais. Sous l’eau qui tombe autour de nous et nous éloigne du reste du monde, il se retourne et m’offre son cœur dans un baiser. Mes bras entourent son cou et le rapprochent encore de moi. Ses mains effleurent mes joues. Ses paumes se posent sur mes tempes puis glissent sur mes cheveux. J’embrasse ses lèvres. Sa joue. Ses paupières. Son front. Je le recouvre de la tendresse dont il a besoin.

– Je t’aime Corey.

Je ne pourrais dire que ça pendant des heures. Il retrouve mes lèvres et s’adonne à un nouveau baiser étourdissant. Puis pose sa tête contre mon cou. Je le berce le temps qu’il faut. Tout le temps dont il a besoin. J’attrape son gel douche et lui lave le dos. Lui masse la tête. Puis le pousse sous le jet pour le rincer. Et je continue. Ses bras. Son torse. Son ventre. Sa queue qui réagit aussitôt. Je ne m’y attarde pas. Il gémit de frustration quand mes doigts l’abandonnent pour ses cuisses.

– Tu avais dit « no sex ».

Il m’adresse un regard capricieux.

– Je crois que j’ai changé d’avis.

Je souris devant son air attendrissant.

– On peut peut-être arranger ça.

Je m’agenouille devant lui en le poussant contre la paroi de la douche. Et je lui fais l’amour. Je le suce avec vénération, me repais de ses traits qui s’apaisent au-dessus de moi. Il pose une main sur mon épaule en s’abandonnant à mon amour.

***

Je choisis notre morceau de reprise. Un de ceux que nous avons faits en acoustique à Aix. Crowded House. Une ballade magnifique où il chante à la tierce derrière moi, en plus de la guitare. Une chanson qui dit que je sens que quelque chose l’éloigne de moi. Parce que je l’ai senti. Ce petit truc qui change. Même s’il est quasiment insignifiant. Il est là, pas loin. Et aussi infime soit-il, il me brise le cœur. Parce qu’il le rend malheureux. Parce

qu’il le fane déjà. J’annonce au public : 23 You’d Better Be Home Soon.

J’entame le chant sur son intro. Sous notre bulle qui nous sort pour un petit moment de tout ça. La musique nous soude toujours autant.

« Somewhere deep inside (Quelque part tout au fond)

Something's got a hold on you (Quelque chose te tient à cœur)

And it's pushing me aside (Et ça me pousse sur le côté)

See it stretch on forever (Je le vois s’étirer pour toujours) »

Les gars des Dolls nous accompagnent sur les rythmiques, mais c’est léger. Nous sommes tous les deux assis sur des tabourets au bout de l’avant-scène, un seul projecteur est allumé sur nous. Tout le reste est noir. N’existe pas. Sauf les briquets que le public allume pour nous. C’est magique.

« I know I'm right (Et je sais que j’ai raison)

For the first time in my life (Pour la première fois de ma vie)

That's why I tell you (C’est pour ça que je te dis)

You'd better be home soon (Tu ferais mieux de rentrer vite) »

Il est toujours aussi merveilleux dans ses harmonies. J’aime quand il joue de l’acoustique. Du vrai. Comme lui. Sans artifice. Juste une voix et le son dépouillé de ses notes. Il termine le morceau et j’attrape sa main en la levant au ciel devant un public en liesse, hurlant leur accord pour notre association. Je passe une main autour de ses hanches en saluant la foule. En les remerciant de leur amour. Celui de mon pays…

Puis le show reprend. Nous allumons tout… Beaucoup plus que les Pussy avant nous. Je ne cherche pas à mesurer, c’est flagrant. Les gens sont comme ensorcelés. Notre medley fait un malheur. Les solos marchent à la perfection. Corey retrouve son sourire et notre alliance redevient plus forte que tout. Nous faisons trois rappels, pour faire chier Marcus. Et les Pussy qui regardent leurs montres. Bande de cons.

Et c’est comme ça le lendemain soir également. Ils ont eu beau squatter la scène toute la journée, le jugement du public le soir est sans appel. Ils n’enflamment plus personne. S’ils avaient été cool, j’aurais eu pitié. Mais pour eux, je n’ai aucun remords à sourire allégrement devant les regards furieux du guitariste Derek, lorsque nous faisons une nouvelle fois le troisième rappel, alors qu’eux ont forcé pour en faire un seul.

Dans ton cul, Du Con !

 

23 You’d Better Be Home Soon, Crowded House, crédits : Neil Mullane Finn.

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