MM Play With Fire
Chapitre 22
Corey
J’ai mal à la tête !
Tu m’étonnes ! Et attends, encore c’est rien !
Comment ça ?
Ouvre les yeux, tu vas comprendre, la cuite d’hier n’est rien comparée à la prise de tête qui t’attend…
Ta gueule ! Ça peut pas être pire de toute manière.
Tu paries ?
Encore cinq minutes…
Oui oui…
J’ignore toute considération supplémentaire et me recroqueville dans la douceur. Dans la chaleur. Contre le souffle régulier qui me chatouille la nuque et les bras…
La nuque ? Les bras ?
Je me redresse en sursaut.
Voilà !
Ferme-la ! J’ai plus urgent là ! Merde !
Je m’arrache de l’emprise des bras de Jared comme si elle me brûlait et saute du lit. Ma tête bat dans tous les sens. Je prends un temps certain à retrouver mon équilibre, puis je reste planté à regarder Jared dormir. Putain ! Qu’est-ce que j’ai fait ?
Tu l’as fait, et si tu veux mon avis…
Justement je ne veux pas de ton avis.
Je te le donne quand même. C’est une bonne chose, Corey !
Va te faire ! Ça, ce serait la bonne chose du siècle !
Je file dans la salle de bains pour prendre un truc anti maux de tête, j’en avale même deux, puis récupère mes clopes dans mon jean, que j’ai du mal à trouver, et ouvre la fenêtre en allumant ma cigarette.
Bon, reprenons les choses dans l’ordre. Nous n’avons pas baisé. Je me souviens de tout, j’étais bourré mais pas au point d'être amnésique. J’aurais peut-être préféré, remarque. Non. Bien sûr que non, je n’aurais pas préféré. Je veux me souvenir de tout. Chaque instant, chaque sensation, chaque morceau de lui. L’explosion de mon cœur quand il a posé ses lèvres sur ma joue, le soleil qui a illuminé mon esprit quand il a laissé ma langue l’envahir, les battements de mon cœur affolés et désespérés quand j’ai réalisé que c’était ses bras, son visage, ses lèvres contre moi. Tout ça, je veux le garder et l’encadrer pour l’accrocher au milieu de mon âme comme un trophée.
Mais aujourd’hui, le soleil éclaire tout le reste. Ce qui n’est pas arrivé, mais qui couve et gronde lourdement. La suite… Elle ne peut être que mauvaise. J’ai déjà fait le tour des options, et aucune n’est la bonne. Sa célébrité, celle que je déteste, son côté hétéro, Mélanie, la tournée, son image de tombeur qu’il doit préserver pour réaliser son rêve. Je ne veux pas être celui qui le bride, celui pour lequel il pourrait prendre une décision qu’il risque de regretter toute sa vie, en devenant comme moi, un mec qui se terre dans l’ombre pour de mauvaises raisons. Pour lui, je veux ses rêves. Avec le talent qu’il a, il peut tout envisager, tout espérer. Dans l’éventualité qu’il envisage quelque chose de sérieux, avec moi, ce qui reste encore à prouver, comment envisager l’avenir ? Moi, caché dans ses valises ? Non. Moi, qui l’entraîne vers l’oubli de ses rêves et le condamne à la haine du public, à la dépréciation de ses fans, à la déchéance et à l’oubli ? Non plus, putain ! Moi, qui pleure en le laissant partir et s’envoler ? C’est encore la meilleure option. J’ai déjà connu ça, ce ne sera qu’une redite pour moi, et je connais les manières de le supporter, je m’en remettrai. Lui a trop de doutes et de traumatismes en lui pour que je l’entraîne où que ce soit. Il est beau quand il chante, il a ça dans la peau, c’est sa vie.
Je sais que déjà, même si nous n’avons quasiment rien partagé de trop intime, je vais souffrir comme jamais. Mon attirance pour lui dépasse de loin celle que j’avais pour Josh, qui pourtant était un ami d’enfance et avec qui j’ai partagé pas mal d’aventures, qui a été mon premier, mon partenaire sur scène comme dans l’intimité. Mais Josh est loin d’égaler Nicolas Vauchel. Il lui arrive à peine à la cheville, sur tous les points. Et c’est justement pour cette raison que je dois le laisser grandir encore et devenir cet homme adulé, magnifique et le laisser dans le domaine du fantasme.
Il faut que je le fasse. Maintenant, avant de ne plus pouvoir repartir en arrière. Avant qu’il se soit emparé de ma raison. Cette petite parcelle de mon esprit qui y voit encore clair.
Ben je ne change pas d’épaule, moi, je reste, à la vie à la mort, Coco !
Je ne parlais pas de toi, je te signale ! Toi, tu n’as rien à voir avec ma raison…
C’est là que tu te trompes. Et d’ailleurs, en parlant de ça, ta « raison » a tout faux. Tu devrais te détendre et accepter ce que le destin te propose, et arrête de fumer, merde !
Lâche-moi !
Il faut qu’il parte. Et vite. Parce que plus les minutes passent, plus j’ai envie d’oublier son bien, à lui, et de ne penser qu’au mien, qu’au souvenir de lui autour de moi, la force de ses bras, l’attraction de la peau de sa nuque dans la rue quand il me portait… Il faut qu’il dégage de ce lit, que je puisse m’y allonger et me branler pour me soulager une nouvelle fois.
J’attrape le sandwich qu’il m’a apporté hier et qui trône sur le fauteuil derrière moi et lui balance à la tronche. Il sursaute, l’air perdu, puis remarque le sandwich qui a rebondi sur son oreiller. Il se redresse sur son coude en se frottant les yeux, le temps de récupérer ses esprits. Les cheveux en vrac, les traits encore emplis de sommeil, il est encore plus beau que d’habitude. Il se gratte la tête puis pose les yeux sur moi en attrapant le sandwich.
– C’est censé être mon petit déj ?
Je me retourne vers la fenêtre et tire sur ma clope.
– Non. C’est censé te réveiller.
– C’est réussi ! Réveillé à coups de sandwich, y a pas à dire, c’est exotique !
– Tu devrais aller retrouver Mélanie.
Du coin de l’œil, je le vois se redresser brusquement.
– C’est quoi encore ces conneries ?
Je souffle ma fumée en m’agrippant au rebord de la fenêtre. Je ne veux pas faire ça !
– C’est quoi que t’as pas compris ? Mélanie ? Ou le fait que ta place soit dans son lit à elle ?
Il se lève dans un mouvement d’humeur.
– OK, OK ! Je vois que le mode tête de con se met en route dès le lever chez toi. J’ai déjà subi ce genre de réveil à la con l’autre jour, je passe mon tour ! Parce que moi, les insultes dès le matin, celles du genre qui commencent par « Con » et qui finissent par « Nard », c’est pas mon truc. Alors avant qu’on en arrive à ça, je me tire ! Je te pique ta brosse à dents, et je dégage.
Je me retourne vers lui parce que je ne veux pas, mais en même temps je veux… Il fait le tour du lit en passant devant moi sans me jeter un regard.
– Te casse pas, j’ai compris. Donc tu fermes ta gueule ! SURTOUT, tu la fermes !
Il claque la porte de la salle de bains derrière lui. Je jette ma clope et en rallume une autre aussitôt. Corey, réfléchis. Est-ce que c’est vraiment ce que tu veux ?
Mon cœur s’emballe, et j’ai presque du mal à trouver ma respiration au milieu de ma panique. J’ai déjà l’impression que mon monde s’écroule alors qu’il est encore dans la chambre. Quelques secondes et il part. Corey, tiens bon. Encore quelques secondes.
Il ressort de la salle de bains, attrape son blouson qui traîne au sol et se barre en claquant la porte. C’est tout. Le silence s’empare de moi. Je jette ma clope à peine commencée. J’ai besoin d’une douche, brûlante. Besoin de passer mes nerfs. De sortir de cette piaule qui m’oppresse.
Bravo, tu peux être fier de toi, y a pas à dire, t’es vraiment fort !
C’est vraiment pas le moment, là !
Justement si, c’est le moment… Qu’est-ce que tu fous, cours-lui après, appelle-le et dis-lui de revenir, fais un truc, merde !
NON ! C’est pourtant simple à comprendre, non ? NON !
OK ! Il a raison, t’as vraiment une tête de con ! Je me tire !
Ouais, c’est ça, bon vent !
J’ouvre l’eau sous la douche et me brosse les dents en me regardant dans ce putain de miroir qui reflète un mec que je déteste. Un mec qui n’assume pas, un mec qui n’est pas à la hauteur de ses sentiments. Qui croit qu’il peut aimer n’importe qui et que l’issue sera heureuse, qui se laisse entraîner là-dedans pour ensuite réaliser qu’il n’est qu’une merde en définitive, qui ne peut rien offrir de bon… Mieux vaut que je m’y résigne maintenant plutôt que plus tard.
Mais putain, ça fait mal, bordel de merde ! Je passe la main sur le rebord du lavabo avec rage et envoie valser tout ce qui s’y trouve en hurlant. J’en ai marre, putain ! Marre de ma gueule, marre de mes conneries, marre de ne rien assumer, marre de me tromper de route constamment, marre de vouloir ce que je ne peux pas avoir ! Marre, marre, marre ! Marre de n’être qu’une merde.
On frappe à la porte. Je recrache mon dentifrice et lance ma brosse à dents dans le lavabo. Allez tous vous faire foutre ! Oui je fais du bruit alors qu’il est encore tôt, et oui je dois faire chier les voisins, mais je m’en branle !
On frappe encore. Ah, ils veulent en découdre ? OK, pas de problème, je suis en forme ! Je traverse la chambre et ouvre la porte à toute volée. C’est Jared. Il me toise, le regard plus noir qu’à l’accoutumée. Mon cœur s’arrête de battre.
– T’as oublié quelque chose ?
Il me pousse et entre dans la chambre. Referme la porte.
– Oui.
Il agrippe mes épaules et me retourne contre le battant.
– J’ai oublié ça.
Il se colle à moi et plaque ses lèvres sur les miennes. Sa langue force le passage, s’empare de ma bouche et de mon souffle. Il m’offre un baiser renversant, éperdu, désespéré. Je ne bouge pas, incapable de quoi que ce soit d’autre que de le recevoir en moi. Ne serait-ce que sa langue au fond de ma bouche, c’est déjà au-dessus de ce que je peux combattre.
Ses lèvres quittent les miennes, il est haletant, autant que moi. Il pose ses mains sur mes tempes et serre l’étau un maximum en me clouant à la porte derrière moi, face à lui, son visage si proche du mien. Puis il prend la parole sans tendresse, avec rage.
– Je sais que tu veux me repousser. Je sais que tu ne veux pas de moi. Et je ne te supporte pas non plus. Mais moi, je nous veux nous. Tu comprends ?
Je hoche une tête hésitante, silencieusement. Il n’a pas fini. Son ton devient suppliant.
– Alors je sais que tu vas encore une fois m’envoyer balader, mais je te demande, juste pour cette fois, de me faire une faveur. Juste une. J’ai un taxi qui arrive dans vingt minutes. Vingt petites minutes avant que je ne parte définitivement de cet hôtel. Je te le demande à genoux. Laisse-moi vingt minutes de toi. Vingt petites minutes. Laisse-nous ces putain de vingt minutes Corey. Offre-nous au moins ça. Juste ça. Vingt minutes.
Comment dit-on déjà ? Quand on n’en peut plus de se battre contre ce que l’on veut vraiment ? Quand on perd le sens de ce qui est bon ou pas ? Quand la passion prend le pas sur tout le reste et que le monde, l’univers, se retrouve en face de vous, dans des yeux noirs suppliants qui vous fixent, brûlants du même désir que le vôtre, fiévreux de votre corps, de votre âme, de vous tout entier ?
– Et puis merde !
J’écrase mes lèvres sur les siennes, mes mains repoussent sa veste sur ses épaules, attrapent sa nuque alors que je fouille sa bouche avidement, que sa peau m’enivre, que ses bras m’enlacent, qu’il recule vers le lit et m’y attire, me coinçant sous son corps musclé et frissonnant d’envie. Ses lèvres recouvrent mon visage de baisers, son corps pèse sur moi, se frotte à moi, ses mains se perdent dans mes cheveux. Je halète, mon nord et mon sud se sont encore barrés, me laissant en plein centre du tourbillon de nos sens, pantelant et furieusement avide de lui.
Il décale légèrement le haut de son corps en s’appuyant d’un bras sur le matelas, pour me laisser respirer, sans quitter mes lèvres. Je tire sur son T-shirt, le passe par-dessus sa tête et récupère ses lèvres aussitôt après. Il gémit au fond de ma gorge, j’embrasse son cou, sa clavicule en face de moi, ses roses qui m’obsèdent, le pentagramme de son soleil démoniaque, ma langue lèche sa peau, s’en imprègne, alors que je soulève le bassin pour me coller au sien. Ses mains parcourent mon corps, hésitent, caressent mon torse. Nous ne sommes que des gémissements qui s’enroulent dans le silence, deux corps fiévreux qui tentent de se fondre l’un à l’autre. J’aime ce type. Oh, oui, putain je l’aime, il me transcende.
Ses mains descendent vers mon ventre, s’y attardent, perdues sur ce corps qu’elles ne connaissent pas, qui ne fonctionne pas comme ceux qu’elles ont déjà connus. J’aime être son premier. Sa découverte. Ce qui le pousse à s’aventurer loin de ses bases. J’espère juste qu’il y trouvera son compte. Je l’espère tellement. Qu’il ne me rejette pas. Qu’au moins ces vingt minutes restent à jamais comme son expérience la plus magique, comme elle l’est déjà pour moi.
Ses doigts glissent sous la ceinture de mon caleçon. Il effleure mon gland, me donnant l’impression de fondre de désir. Je hoquette de passion, mords son épaule. Seigneur, faites qu’il ne se rétracte pas, pas maintenant. J’ai besoin qu’il me touche. Mais pas contre son gré.
– Jared. Tu es sûr de toi ?
Je tremble en attendant cette réponse. Il redresse la tête, ses yeux sont flous, emplis de passion et de feu.
– Je n’ai jamais été aussi sûr de moi. Touche-moi Corey. Vite. Apprends-moi…
Il m’embrasse avidement pendant que mes doigts nous débarrassent de son jean. Je le repousse sur ses cuisses et passe une main sur son membre, par-dessus son caleçon.
– Le caleçon aussi Corey.
J’obéis et retire le sous-vêtement de ses fesses, le fais glisser jusqu’à la barrière de son jean alors qu’il pose son visage dans mon cou, aspirant ma peau, laissant son souffle désordonné caresser mon oreille. Et je me sens timide tout à coup. Mes doigts remontent sur ses fesses qui se contractent, envoyant son bassin contre le mien. Je frôle ses hanches, reviens sur son ventre, prends le temps de dessiner le contour de ses abdos.
– Corey, je vais mourir, touche-moi, putain !
Cet accent… J'ai rêvé qu'il me dise ça, de toutes les manières possibles, mais j’étais encore loin de m’imaginer l’effet que ça me ferait en vrai. J’empoigne sa queue, passe mon pouce sur son gland. Il se cambre en rugissant. Je le découvre, dur, long, épais, mortellement érotique. Je chatouille son gland encore un peu, il se crispe contre moi.
– Ta main…
Je me fige, attendant toujours, au fond de moi qu’il arrête tout.
– Oui ?
– Elle est tellement… grande…
Il embrasse l’arête de mon menton.
– Et… c’est un problème pour toi ?
Il me roule une pelle digne de ce nom. J’ai ma réponse, mais il précise quand même :
– Non, putain, non… Je n’ai jamais autant bandé de ma vie ! Continue. Je t’en prie, continue…
Son regard me supplie de lui donner plus. Me répète qu’il meurt de cette attente. Je l’empoigne et tourne ma paume autour de son membre, puis serre plus, descends vers ses boules, le lâche pour les attraper, remonte sur sa verge et le branle avidement.
– Putain, Corey !
Il jette sa tête contre l’oreiller à côté de la mienne, étourdi, animé par le démon de l’envie qui transpire jusque sur sa peau. Je lèche son lobe, le mords, alors qu’il gémit entre mes mains. Les siennes passent sous mon caleçon et attrapent mon sexe. Un souffle bruyant et passionné s’évade de ma gorge. Il accélère ses caresses, j’accélère les miennes. Mais je suis déjà au bord de l’orgasme, il faut que je calme le jeu. Je le lâche quelques secondes. Il geint de frustration.
– Noooonnnn ! Ça fait pas vingt minutes ? Tu vas pas…
Je m’esclaffe.
– Attends, espèce d’impatient.
Je soulève le bassin et retire mon caleçon, puis lui caresse le dos en l’attirant davantage sur moi.
– Viens là.
Je le guide entre mes cuisses, nos deux membres l’un contre l’autre. Il se laisse faire, un peu confus. Peut-être un peu perdu… Je l’attire contre moi, sur mon torse et le recouvre de baisers. De caresses. Mes mains effleurent la peau satinée de son dos, j’embrasse ses lèvres langoureusement. Je calme le jeu. Je ne peux pas lui sauter dessus comme s’il avait fait ça toute sa vie, et laisser mon désir débordant lui gâcher cette première fois dans les bras d’un homme. Au-delà de tout ce que j’ai et veux pour cet homme, j’ai aussi l’honneur masculin à défendre face à lui. Lui montrer qu’un homme peut prendre soin de lui, aussi, et que mes bras, en particulier, peuvent lui proposer autant que n’importe quelle femme, puisque je l’aime et que je ne veux lui offrir que le meilleur.
J’aime prendre soin de lui. Depuis le début, c’est lui qui prend soin de moi. J’ai envie de le rassurer, et de lui donner un orgasme mémorable. J’ondule doucement contre lui, l’embrasse encore affectueusement, lui donne tout par ce baiser, et il me rend tout autant. Entre deux baisers, il me supplie, emporté, possédé.
– Corey, bordel. Touche-moi… Je veux tes mains…
Ma main descend entre nous, alors que je ne quitte pas ses lèvres. J’empoigne nos deux érections ensemble, la sienne dans le creux de ma paume, coincée contre la mienne, et je nous branle. Il souffle désespérément à chaque mouvement de ma main. Je prends mon temps. Il devient brûlant. Son corps est parcouru de spasmes, de frissons, de réflexes nerveux. Il se cambre, se crispe, ses doigts s’enfoncent dans mes épaules auxquelles il s’agrippe presque douloureusement.
– Putain… Continue…
Je continue pendant qu’il ondule de plus en plus pour m’inviter à accélérer. Je n’en fais rien. Ses gémissements se multiplient, il est en sueur.
– Ces mains sont magiques…
Je resserre mes doigts autour de nous. Son plaisir enflamme le mien.
– Oui, putain. Corey, qu’est-ce que tu me fais… Continue… Plus vite…
Il ferme les yeux alors que je recouvre sa joue de baisers sans changer de rythme. L’impatience prend possession de tout son corps. Il envoie des coups de bassins furieux contre moi.
– Corey, putain, t’es vraiment un connard à chaque moment !
J’éclate de rire. J’accélère notre masturbation, bouge contre lui, il fait de même. Il perd le fil. Et moi aussi. J’écoute ses paroles dénuées de sens ensorceler mon cerveau, il n’y a plus que lui, lui et lui. J’attrape sa nuque et attire son front contre le mien. Mon ventre brûle mes sens, ma tête refuse d’obtempérer davantage, mes couilles crient de les libérer, j’ai l’esprit à l’agonie, mais je retiens tout ça. Il est ma priorité… Je me cambre contre lui, essayant de calmer cet orgasme qui tente de prendre possession de moi.
– Nicolas ! Bordel, Nicolas.
Il grogne furieusement, surpris que je l’appelle par son prénom puis ses yeux s’écarquillent, s’envolent. Tous ses muscles se tendent autour de moi, ses doigts cherchent l’absolution sur ma peau avec urgence.
– Corey ! Oh putain, Corey, achève-moi, plus vite…
J’accélère l’allure de ma main en pressant sa queue contre la mienne. Il se fige autour de moi, se convulse presque en hurlant et éjacule violemment sur mon ventre. Sa chaleur qui me recouvre la peau par saccades suffit à m’anéantir. J’ouvre les vannes à mon orgasme. Enfin ! Je le laisse m’envahir en crispant mes doigts sur sa nuque, sur sa verge, en me crispant contre lui, contre son torse qui me recouvre. Je laisse mon plaisir s’écouler entre nous avec autant de force que le sien puis m’étale, pantelant, contre le matelas alors qu’il est toujours tremblant de plaisir sur moi.
Je l’entoure de mon bras libre, alors qu’il se love sur moi en grelottant, le nez plongé dans mon cou.
– Merde, Corey, qu’est-ce que tu m’as fait ? J’ai jamais connu un truc pareil, bordel de merde !
J’attrape la couette et nous enveloppe dedans, le laisse reprendre ses esprits en le berçant et en embrassant son épaule, essayant de retrouver également les miens. Nous laissons passer l’orage de passion qui laisse peu à peu place à une sérénité nouvelle, un besoin de tendresse, une paix durement gagnée qui semble enfin décidée à nous autoriser des sentiments. Il embrasse ma joue, à bout de forces.
– Tu m’as appelé Nicolas.
– Oui, parce que je ne suis pas une groupie.
Il rit doucement.
– Ah bon ? Même pas un peu ?
– Surtout pas. Pour tout te dire, je trouve ton jeu de scène détestable. Absolument pas attirant ni sensuel. Rien. Et ta voix ? On en parle de ta voix ? Avec cet accent français à la con…
Il sourit lascivement, amusé par tant de mauvaise foi à peine cachée.
– Tu ne peux pas, au moins juste une fois, me dire que tu m’apprécies, un peu ?
Je me tords le cou pour le regarder.
– Tu voudrais que je te dise un truc comme : « Merci d’être revenu, parce que même avec ton accent horripilant et ton jeu de scène catatonique, tu es une personne exceptionnelle qui me fait perdre tous mes moyens » ?
Il hausse les épaules.
– Peut-être pas tant que ça, mais un truc sympa, ouais, ça pourrait bien le faire…
Je redeviens sérieux.
– Alors, je te le dis. Merci d’être revenu. Parce que tu es une personne exceptionnelle qui me fait perdre tous mes moyens. Et que j’en étais malade de te virer.
Il se redresse et m’embrasse furieusement puis souffle contre mes lèvres.
– Merci à toi de m’accepter. Je ne pouvais pas partir. C’était impossible. Pas après toi. Pas après ce que tu m’as offert hier. Et je n’ai pas plus de moyens que toi, j’ai tout perdu moi aussi. Depuis longtemps.
Nous joignons nos lèvres de nouveau. La joie m’inonde, me rend aveugle. Il faudra bientôt que je retrouve la vue, mais pas maintenant. Mais les vingt minutes…
– Tu as ton taxi…
Il se recroqueville sur moi.
– Il attendra. J’ai changé d’avis. Je prolonge de… trois, quatre heures. Enfin jusqu’à ce que tu me vires…
Puis il redresse la tête, anxieux.
– Tu ne vas pas me faire prendre ce taxi, dis-moi ?
J’éclate de rire en caressant ses épaules
– Mais pour qui tu me prends ?
– Ben pour un connard, « bébé » !
– Oui bon, un point pour toi, « chéri ». Non, je ne te ferai pas prendre ce taxi. Mais nous partons ce soir pour Rome et tu dois retourner chez Julia, non ? Mélanie ne t’attend pas ?
Je me sens sale tout à coup… Mélanie. Je l’avais occulté, mais il est en couple. C’est un point que je n’avais pas réellement pris en compte effectivement. Et là, alors que nous sommes nus, recouvert du mélange de notre plaisir, la réalité s’affiche clairement… Il ne devrait pas être là… Et…
Il attrape mon menton et dirige mon visage vers le sien.
– Je sais à quoi tu penses, arrête tout de suite. Mélanie sait. Elle sait depuis le début. Si elle est partie hier soir, sans moi, c’est parce qu’elle a vu que la seule personne qui comptait, c’était toi. Pas elle. Il faut que je discute avec elle, parce que je la respecte, que nous avons beaucoup de choses en commun, mais elle sait. Il n’y a rien de secret ou caché en ce qui la concerne. Trouve une autre excuse si tu veux me virer !
Je le serre contre moi.
– Pour l’instant, je n’en ai pas envie. Par contre, j’annonce une douche dans le prochain quart d’heure.
D’ailleurs, en parlant de douche… Je me lève avec précipitation en le virant sans douceur.
– Merde, j’avais mis l’eau de la douche à couler !
La salle de bains est un sauna ! Il arrive derrière moi et referme la porte avant de me pousser sous l’eau. Nous ne faisons rien de plus que ce que nous venons de faire. Parce que pour le moment, la prudence est de mise. Pour moi comme pour lui. Et même s’il est comme un gosse avec mon corps, qu’il semble amusé de toucher une bite au lieu d’un minou, c’est moi le pro, lui, il attendra que je décide le moment où je sentirai qu’il est temps de passer à autre chose… J’adore déjà l’idée.
OceanofPDF.com