MM Play With Fire

Marie HJ · Chapitre 39 sur 58

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MM Play With Fire

Chapitre 38

 

Nicolas

Le téléphone de Corey sonne quelque part dans la chambre. La nuit vient à peine de laisser la place à un soleil timide derrière la fenêtre. Il se retourne et passe son bras autour de mon cou, enlaçant ma tête doucement. Je me love dans son étreinte et referme les yeux dans ce cocon d’affection. Mon mobile se met à retentir à son tour. Idem, il est quelque part, mais où, exactement, c’est une autre histoire. Je nous recouvre de la couette dans un grognement d’approbation de Corey. J’embrasse son cou et mes mains frôlent ses hanches avec douceur. Sa peau réagit instantanément en frémissant. J’ai encore faim de lui. J’ai toujours faim de lui. De son corps, de me rapprocher encore une fois de l’absolu dans ses bras. Nos jambes s’enlacent, je pivote sur le dos en l’embarquant avec moi. J’adore quand cet homme, massif et musclé, me laisse faire ce que je veux de lui, comme s’il n’avait pas la force suffisante pour me résister, alors que c’est pourtant le cas. En attendant, il se retrouve sur moi, la tête rejetée en arrière, me laissant lui dévorer la peau, le bassin bougeant doucement contre mon entrejambe, prêt à décoller une énième fois pour le septième ciel.

Quelques heures après son assaut de l’après concert, je lui ai fait l’amour, un pur moment de tendresse durant lequel je l’ai embrassé, massé, vénéré, pénétré en douceur, caressé au même rythme, alors qu’il emplissait la pièce de gémissements sensuels et emportés. Parce que nous savons nous baiser, aussi bien que nous savons nous aimer. Pour tout de suite, il me laisse l’aimer. Dans l’aurore qui emplit la pièce, sous cette couette qui garde secrète notre passion, je lui récite ce qu’il m’inspire baiser après baiser. Il frissonne, se voue à recevoir mes promesses, ses yeux bleus m’en jurant tout autant, flous, profonds, sincères.

Le téléphone de la chambre sonne à son tour. Corey s’affale de découragement sur moi en plongeant son visage au creux de mon cou.

– C’est pas possible ! L’hôtel doit au moins être en feu pour qu’ils s’acharnent comme ça !

– Il vaudrait mieux répondre, je pense !

Je l’enveloppe de mes bras et nous fais basculer, lui sur le dos contre le matelas, moi, le recouvrant, redressé sur mes avant-bras. Je tends la main vers le combiné, pendant qu’il empoigne nos deux sexes en vissant son regard bleu clair au mien, une dent plantée dans sa lèvre inférieure. Sa main nous caresse langoureusement, son visage transpire la sensualité… Je ferme les yeux pour me concentrer sur le téléphone.

– Allô ?

– Corey ?

– Non, mauvaise réponse ! Essaye encore !

Je raccroche. Mon amant éclate de rire.

– Marcus ?

Je hoche la tête.

– Marcus !

Le téléphone sonne à nouveau. Il tend sa main libre.

– Attends.

Il décroche.

– Allô ?

– Jared ?

– Encore loupé !

Il raccroche. Nous explosons de rire comme deux sales gosses alors que le téléphone sonne une nouvelle fois. Je décroche.

– Allô ?

– Bande de crétins décérébrés !

– Bingos, oui c’est nous ! Que peut-on pour toi à cette heure matinale ?

Corey reprend son massage pelvien tranquillement.

– Petit déjeuner dans la salle privée Primevère de l’hôtel dans trente minutes. Présence obligatoire.

J’ondule contre la main de mon guitariste préféré.

– OK, on arrive dans… une heure… Peut-être deux.

– Certainement pas !

Corey resserre sa main autour de nous. Sa paume me frictionne l’érection de manière merveilleusement stimulante.

– Tu paries ? Nous sommes en pleine séance de recherche d’inspiration.

– De quoi ?

– Nous stimulons nos fonctions créatives, une sorte de mise en condition pour le concert de ce soir, en quelque sorte.

– Ouais, vous baisez en gros ?

– Voilà ! Je cherchais le mot !

– Oui, bon, vous baiserez plus tard ! Réunion d’urgence. On a du boulot, alors bougez-vous le cul, et ailleurs que dans votre pieu bordel !

Il raccroche. Je raccroche. Nous raccrochons. Bref. J’embrasse mon homme.

– Je crois qu’il faut qu’on y aille, petit déjeuner imposé avec l’équipe apparemment.

Il soupire.

– Fait chier !

Nous arrivons à nous séparer, avec beaucoup de difficultés, avant de nous retrouver dans la douche.

Nous arrivons bons derniers au rendez-vous. Un seul petit quart d’heure de retard, exceptionnel, parce qu’avec l’érection que j’avais entre les lèvres il y a à peine quelques minutes, ça aurait pu dégénérer en beaucoup, beaucoup plus long.

Note pour moi-même : essayer de faire autre chose que baiser toute la journée dès que nous avons une chambre à disposition !

Corey referme la porte derrière nous et passe une main distraite sur mes fesses. Ce seul contact m’inspire.

Seconde note pour moi-même : effacer la première note.

Nous nous servons un café au buffet, je nous remplis une assiette de vraies viennoiseries, – alléluia ! vive la France ! – et m’installe avec Corey en bout de table. Je découpe un bout de croissant en écoutant Marcus, qui nous raconte comme à son habitude des histoires de chiffres, de statistiques que je n’écoute pas, et l’enfonce dans la bouche de Corey. Surpris, il éclate de rire discrètement avant de prendre le sucrier et de me verser la moitié de son contenu dans ma tasse ! Putain ! J’aime pas le sucre dans mon café.

Marcus ouvre maintenant des magazines qu’il lance au milieu de la table en nous jetant des regards agacés.

– Et donc, la presse nous encense ! Cette tournée est une réussite complète, même au-dessus de nos espérances ! Regardez un peu les critiques !

J’attrape un pain au chocolat, l’ouvre en deux et l’écrase sur le nez de mon guitariste. Il reste stoïque, le retire et le pose devant lui, puis attrape la carafe d’eau glacée au milieu de la table et un gobelet, le remplit, prend un glaçon qui traîne dans son verre et d’un geste rapide écarte la ceinture de mon jean et le laisse glisser le long de ma peau. Jusqu’à ma bite. Réflexe, je me saisis de son verre et lui balance à la tronche.

Corey éclate de rire ! Je me lève précipitamment pour virer le glaçon collé à ma queue. Todd éclate de rire, en même temps que Lewis et Chica.

Marcus hurle !

– Non, mais c’est pas bientôt fini vos conneries ?

Nous retrouvons un semblant de sérieux pendant que je reprends ma place. Le promoteur nous lance un regard glacial en reprenant.

– Donc, je vais profiter de cet élan médiatique pour développer la popularité d’un autre de mes groupes qui a un peu de mal à trouver son public en France. De ce fait j’ai réussi à ajouter des dates à Paris. Au lieu de deux, nous en ferons quatre. Et nous allons raccourcir vos setlist pour laisser un peu de marge à vos collègues. Ils passeront pour sept titres en seconde partie, les Dolls finiront le spectacle. Au lieu des douze titres, vous n’en ferez plus que huit. Iguana, pareil, au lieu de vos huit morceaux, vous en ferez six.

John s’insurge en même temps que le chanteur de notre groupe de première partie.

– C’est n’importe quoi ! Comment veux-tu que l’on réduise notre setlist !

– Déjà vous ne ferez plus votre morceau de reprise habituel.

Cette fois c’est moi qui m’énerve contre Marcus.

– Hors de question que l’on change un seul morceau de la setlist !

– C’est pas toi qui décides, Jared. Vous ferez ce que je vous dis !

Corey se racle la gorge.

– C’est qui, d’abord, ce groupe ?

Putain je ne sais pas pourquoi, mais à sa tête et à celle de Marcus j’ai le pressentiment que la réponse ne va pas nous plaire.

– Les Pink Pussy.

Corey broie entre ses doigts le gobelet qu’il tenait toujours.

– C’est une blague ?

Le manager secoue la tête.

– Non. Les Pussy ont financé votre début de tournée et même si maintenant vous êtes plus que rentables, la moindre des choses c’est de les aider en retour. Ils sont un peu en perte de vitesse. Échange de bons procédés.

Les yeux bleus ne sont plus bleus du tout. Ils sont noirs, furieux, assassins.

– Ce sera sans moi.

Marcus pose une main sur la table et se penche vers lui en soutenant le regard effrayant de mon mec que je n’avais jamais vu aussi haineux auparavant.

– Tu feras ce qu’on te dit, Stixx.

– Tu peux toujours courir ! Je ne partage pas la scène avec cette bande de connards, espèce de pauvre merde hypocrite !

Marcus se penche davantage sur Corey, l’index en avant, rouge de fureur.

– Tu es sous contrat, et compte sur moi pour te traîner en justice jusqu’à la taule si tu te barres. Je le ferai, Stixx ! Comme j’aurais dû le faire il y a cinq ans quand tu as planté la tournée !

– J’en ai rien à foutre de ta taule ! Tout vaudra mieux que supporter tes magouilles de merde ! T’es vraiment qu’une pourriture, Marcus !

Le promoteur lui adresse un sourire vicieux.

– T’as toujours rien à foutre de tout, Corey ! Regarde où ça t’a mené, t’es un pauvre raté sans avenir, comme ton père, et fais attention à l’endroit où tu pourrais finir si tu ne tiens pas tes engagements ! Pense à ta pauvre mère, elle qui a déjà tellement souffert de tes frasques, tu ne voudrais pas lui faire honte une nouvelle fois ?

Tout va très vite. Corey grimpe sur la table et attrape Marcus par le col, le pousse en arrière. Ce dernier bascule en s’étalant au sol, Corey tombe sur lui, le tenant toujours par la cravate et lui envoie une série de coups dans la tronche, hors de lui. Je me précipite pour l’arrêter, mais il ne m’écoute pas. Je vois le moment où il va vraiment le tuer. Todd se joint à moi pour attraper Corey par les bras pour le relever. Ce dernier se débat, rouge de fureur.

– Laissez-moi ! Je vais tuer ce connard, bordel de merde ! Lâchez-moi !

J’attrape mon homme dans mes bras.

– Non, Corey, non.

J’encercle ses bras et pose ma tête sur son épaule. Il tremble de partout, mais semble se calmer un peu.

– Non, Corey. Calme-toi.

Je caresse son dos pendant que sa respiration se régule petit à petit.

– Voilà. Comme ça. Respire.

Son tremblement disparaît pendant que je lui caresse les cheveux. Marcus se relève dans son dos, attrape les serviettes en papier sur le buffet pour essuyer du sang qui lui tombe du nez.

– Merci Jared.

Je lui adresse un regard noir alors que Corey se fige à nouveau entre mes bras.

– C’est pas pour toi que je le calme, pauvre con ! Je te foutrais d’ailleurs bien moi-même mon poing dans la gueule ! Parle-lui encore une fois de cette manière et je finis le travail ! Tu peux m’effacer de cette tournée à la con, j’abandonne ! Je ne joue pas pour un enculé !

Marcus ricane.

– Parce que tu crois que c’est aussi simple que ça ? Que vous pouvez aller et venir comme bon vous semble ? Écoutez, nous ne parlons que de huit dates. La France et le Royaume-Uni. Ensuite ils repartent. Vous derrière, vous avez encore six mois de tournée aux États-Unis… Vous foutriez tout ça en l’air pour deux petites semaines de cohabitation ? Et je ne parle même pas de la réputation que je vais vous faire dans le milieu ! Alors réfléchissez-y. Si vous me lâchez maintenant, vous pouvez dire adieu à votre carrière.

Il tourne les talons et sort de la pièce. Corey serre les poings contre mon torse, blême, les yeux toujours aussi sombres. Le chanteur des Iguana annonce.

– Les mecs, on comprend pas trop pourquoi vous voulez arrêter, mais nous, on ne peut pas se permettre de lâcher la tournée. Désolé, on vous adore, mais on ne vous suit pas là-dessus. D’autant plus que, tourner avec les Pussy, c’est pas rien…

Je hoche la tête à son intention, et le groupe sort de la pièce. Je m’adosse à la table, Corey toujours la tête dans mon cou. John, Todd, Lewis et Chica restent assis à nous observer. John prend la parole.

– Jared, Corey… Contrairement aux Iguana, on comprend. Les Pussy ont une réputation de connards intolérants et nous sommes au courant, plus ou moins, de ce qu’il s’est passé avec Stixx à l’époque. Mais… C’est notre avenir les mecs.

Corey souffle contre mon épaule.

– Je ne suis pas un membre du groupe, désolé. Je n’ai pas à supporter ça.

– Tu es un membre du groupe, Corey, rétorque Todd. Tu le fais vivre autant que nous tous. Lorsque Hugh reviendra, nous savons tous très bien que tu resteras avec nous, tu fais partie de la famille maintenant.

– Certainement pas ! Je n’ai signé que pour quatre mois.

– Ne nous lâchez pas, les gars, reprend John. Deux semaines. C’est tout. Et nous ferons bloc s’ils vous font chier. Jared, merde ! Quatre ans que l’on bosse pour en arriver là ! Tu vas tout larguer pour huit putain de dates ?

Je soupire en caressant la nuque de Corey.

– Je sais, John Mais je ne peux pas laisser Marcus jouer avec Corey comme ça. Ce type est le dernier des connards.

– Je suis d’accord. On changera d’agent après la tournée. Mais pour le moment, la chance est là, merde, Jared ! Nous lâche pas !

Corey place une main sur mon cœur et s’écarte de moi.

– Nicolas, je ne te demande pas de quitter les Dolls. Surtout pas. Tu n’as pas les mêmes intérêts que moi dans l’histoire. C’est personnel, pour moi. Pour toi, c’est professionnel. Ne mélange pas tout.

Je le scrute un moment.

– C’est là que tu te trompes, Corey. Pour moi aussi c’est personnel. Ces mecs t’ont fait du mal, ce sont des connards, je ne suivrai pas d’autre chemin que le tien et tu le sais très bien. Tu pars, je pars. Fin de la discussion.

L’homme de ma vie soupire en jetant un regard perdu au ciel.

– Ne me fais pas porter cette responsabilité, Nicolas !

– Je ne te fais rien porter du tout. C’est mon choix.

Une voix s’élève au bout de la pièce. Lewis, l’homme sage de la tournée qui se fait rarement entendre en dehors du travail sur scène, fait glisser sur la table l’un des magazines de Marcus, qu’il était en train de feuilleter.

– Corey, tu vois le problème à l’envers. Regarde cette critique sur les Pussy. Ce que Marcus n’a pas dit c’est que ce groupe ne joue plus jamais à guichets fermés. Ils sont en perte de vitesse. C’est pas vraiment une surprise, la vraie essence de ce groupe, c’était tes morceaux. Je sais, j’étais là au début je te rappelle.

Corey tourne la tête vers lui.

– Et qu’est-ce que tu veux que ça me foute, sérieux ?

L’ingénieur du son hausse les épaules et se lève pour aller se servir un café au buffet.

– Justement, tu mets ta fierté au mauvais endroit. Les derniers albums des Pussy comportaient encore quelques chutes des morceaux que tu avais composés mais qu’à l’époque vous aviez jetés. D’ailleurs ils t’ont payé tes droits là-dessus ?

Corey secoue la tête.

– Non, j’ai tourné la page.

Lewis grimace en buvant son café.

– Si t’es con, c’est dommage. Par contre, sans toi, ils se cassent la gueule. Ils ont cru qu’ils pouvaient te foutre à la porte et te traiter comme une merde. Ils se sont crus plus forts… Moi, si j’étais toi, je resterais. Et je bomberais bien haut le torse lorsque le public se déchaînera bien plus pour les Dolls que pour eux. Tu vois l’idée ?

Il se rapproche de Corey et le regarde droit dans les yeux.

– Je déteste tout autant que toi ces types, Corey. J’ai vu ce qu’ils t’avaient fait, j’ai vu leur côté intolérant à la limite du fanatisme. Alors fais-leur bouffer leur putain d’ego, Corey ! Fais briller Stixx encore plus fort que d’habitude ! Et écrase ces merdes qui se disent musiciens ! Rappelle-leur qui est le patron !

Le discours fait mouche. Les yeux de Corey s’illuminent. Lewis a su trouver les mots. Chica se lève et prend entre ses mains le poing égratigné de Corey.

– Oh là là mon lapin, dans quel état tu t’es mis ! Je vais te mettre une pommade, sinon tu ne pourras pas jouer ce soir… On va soigner tout ça. Tu vas venir avec moi dans ma chambre…

Elle jette un œil à l’expression que j’arbore, qui lui indique clairement que je ne lâcherai pas Corey une seule seconde. Elle soupire

– Tu peux venir toi aussi… Et arrête de me regarder comme ça ! On dirait une maman koala avec son rejeton ! T’as les mêmes yeux en plus !

Corey s’esclaffe. Oui, je sais. J’ai besoin de le protéger. Ce qui m’inquiète, c’est que Chica le voit. Je pensais bêtement que je me faisais un film et que j’étais discret. Apparemment non.

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