MM Play With Fire

Marie HJ · Chapitre 40 sur 58

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MM Play With Fire

Chapitre 39

 

Corey

Le petit détail que Marcus avait oublié de nous préciser, c’est que la nouvelle programmation prenait effet dès ce soir. Nous devons donc travailler sur la nouvelle liste de titres avec les Dolls dès le déjeuner. Je suis chamboulé. Les Pussy qui débarquent dans mon paradis, comme ça, sans prévenir… Je n’ose même pas y penser. Il y a deux choses. Ma haine et… Josh. Putain ! Je ne m’attendais vraiment, mais alors vraiment pas à ça. Je le déteste, bien évidemment je le déteste, mais c’est aussi un mec qui a partagé mon intimité pendant… sept ans. Avant cela, il partageait mon adolescence, nous avons tout découvert ensemble, et quand je dis tout, je ne peux pas mieux dire.

Oui, mais c’est un connard qui n’a même pas les couilles d’avouer sa préférence sexuelle. Rappelle-toi quel camp il a choisi…

Oui, je sais, j’avais remarqué figure-toi.

Et malgré ça, tu te poses encore des questions ?

Non. Je me demande quelle sera ma réaction. C’est tout.

Mouais. Et Nicolas ?

Quoi, Nicolas ?

OK. Tu veux jouer les autruches ? Nicolas n’a pas voix au chapitre, c’est ça ?

Nicolas est à sa place et n’est pas concerné.

Bien entendu…

Tu me saoules.

Oui oui.

Assis au milieu de la scène, Jared se gratte la tête en regardant la setlist.

– Je les adore tous, putain ! Il me fait chier ce promoteur de mes deux.

John et Todd n’ont pas l’air plus inspirés. J’attrape la feuille et le stylo dans les mains de Jared.

– Alors on les garde tous.

– Très drôle.

– On va faire un medley.

Un silence accueille mon idée.

– Quoi ? Si on met Easy Fingers en intro, puis on prend le premier couplet de Devil Smiles, on coupe avec un solo basse, puis hop, Lili Jane, on reprend Easy Fingers pour le solo gratte, comme ça, ensuite on prend le troisième couplet de celui-là, et on termine par le final de Sexual Disease. On a nos cinq morceaux en un.

Todd se gratte la barbe.

– Et on garde notre intro de spectacle avec nos reprises.

– Voilà.

– Je marche.

Je lève les yeux vers John.

– Tu peux nous monter un solo basse en rapide ?

– C’est comme si c’était fait.

Je me tourne vers Jared, qui est tout sourire.

– Tu sais que je t’aime, toi ?

Je lui souris en me levant pour attraper ma gratte.

– Tu m’aimeras quand on tiendra le truc, en attendant, bouge ton cul mister sex-appeal, c’est toi qui as le plus de boulot dans l’histoire.

Il saute sur ses pieds.

– C’est parti !

Il attrape le micro.

– Lewis, tu peux nous foutre le jus mon chaton ?

Nos amplis grésillent dans la seconde. Parfait. Jared me fait un signe de tête. On y va. J’entame l’intro guitare Easy fingers, Todd me rejoint, puis John. Jared suit. Puis nous dévions sur le second morceau du plan. Puis John entame un solo qui donne bien, nous enchaînons, essuyons quelques couacs, reprenons, enfin, pour résumer, nous faisons notre boulot. Nous arrivons à mon solo, qui sonne pas mal, mais je note deux ou trois trucs à parfaire. Nous terminons notre premier essai assez satisfaits. Jared hurle les dernières paroles suivies d’un :

– Whaou ! Ça va le faire les mecs !

Des applaudissements l’interrompent depuis les coulisses côté cour. Et ce gros connard de Derek apparaît sur scène.

– Pas mal les mecs. Un peu jeune, mais pas mal.

Je m’apprête à poser ma gratte et prendre la direction des coulisses côté jardin. Jared m’attrape la main discrètement pendant que l’intégralité des Pussy investit la scène. Fiers, imbus de leurs petites personnes, le torse bombé, bref des pauvres types. Je tire sur mon bras pour me barrer, mais Jared me lance un regard sombre et murmure.

– Tu affrontes, Corey. Si tu pars maintenant, tu fuiras pendant toute la tournée. Je suis là ! Je ne bouge pas. Tête haute, ils squattent notre tournée, et pas l’inverse. Ils sont chez nous !

Derek arrive jusqu’à nous, les mains dans les poches et pose un regard amusé sur la main de Jared sur moi.

– Tu t’es trouvé une nouvelle putain, Gay Stixx ? Toujours adepte des ruelles ?

Jared lâche mon bras, se retourne, le poing en avant, et l’écrase sur la joue de Derek.

– Pourquoi, ça t’intéresse ?

Jared le considère froidement pendant qu’il vacille en arrière puis retrouve un équilibre. Il s’élance pour rétorquer, mais une main le retient. Celle de Josh.

– Derek, arrête tes conneries.

Le guitariste se dégage de la poigne de son frère. Que je ne regarde pas. Je pose ma guitare et me barre pour fumer une clope, en passant devant Ricky et Harry sans les calculer. Je m’accoude à la rambarde de l’escalier en saluant de loin les fans agglutinés derrière les barrières de sécurité. La porte s’ouvre derrière moi. Une main se pose sur mes reins. Je soupire de bien-être. Le savoir toujours là me fait du bien.

– Corey.

Je sursaute. C’est Josh qui me touche. Pas Jared.

– Qu’est-ce que tu fous là ?

Je recule vivement pendant qu’il lève les mains en signe d’apaisement.

– Ils sont tous avec ton chanteur qui se fait soigner la main par votre petite aide de tournée. Je voulais savoir si tu allais bien. Il faut excuser Derek, il est…

– Dégage.

– Corey !

Je lance ma clope.

– Alors c’est moi qui dégage.

Il est resté devant la porte. Il me fait face, aussi grand que moi, plante ses yeux verts dans les miens. Il pose sa main sur mon torse pour m’empêcher d’avancer vers la poignée de la porte.

– Tu as disparu de la circulation, et tu n’as jamais rappelé, Corey.

Je recule pour ne plus être à la portée de cette putain de main qui me dégoûte.

– Pourquoi aurais-je fait une chose pareille ?

– J’avais des choses à te dire.

Je ricane.

– Comme quoi ? Me dire que tu étais désolé, peut-être ? Que les Pussy étaient ton rêve et que tu ne pouvais rien lâcher de ce côté ?

– Entre autres.

– Tu les as déjà dites au moins mille fois, j’avais compris.

– Mais il n’y a pas que ça, putain !

– Ah oui ? Et quoi d’autre ?

Il penche la tête doucement, ses yeux cherchant les miens.

– Putain, en réalité, je suis trop content de te revoir. Tu m’as tellement manqué.

– C’est loin d’être réciproque. Laisse-moi rentrer, on se donne en spectacle, là !

Je désigne le public du doigt. Il hausse les épaules.

– Deux anciens membres d’un même groupe qui discutent, ça fera de belles photos, c’est tout. Et tu dois entendre ce que j’ai à dire.

– Alors là, tu rêves. Cette histoire a plus de cinq ans, je suis passé à autre chose depuis.

Il s’adosse à la porte.

– C’est pour ça que tu me fuis ?

– Je ne fuis pas.

Il allume une clope et me la tend. Je la prends par vieux réflexe, ce qui lui décroche un sourire. Je la jette.

– Si, tu fuis. Ça fait même cinq ans que tu le fais. Mais je vais te parler quand même. Parce que pour moi, on n’efface pas sept ans en courant le plus loin possible.

– Non, effectivement. C’est plutôt en laissant le mec qu’on dit aimer se prendre tout dans la gueule sans jamais le soutenir qu’on efface le mieux les choses. Et là-dessus, j’avoue que tu maîtrises le sujet.

– Mais…

La porte s’ouvre derrière lui en le poussant violemment. Jared apparaît, plisse les yeux en nous considérant l’un après l’autre. Il sort totalement en se positionnant très près de Josh. Il le domine d’une tête, puisque Josh fait ma taille. Mon ex soutient le regard noir de mon mec sans ciller et, face à face, ils se lancent dans une espèce de combat de coqs ridicule passant uniquement par les yeux. Puis Jared se tourne vers moi.

– Ça va Corey ?

Je hoche la tête.

– Ouais. On la reprend cette répète ?

– Je venais pour ça justement. Enfin pas tout à fait que pour ça. Amène-toi, bébé.

Josh blêmit en un quart de seconde en l’entendant m’appeler « Bébé ». C’était le but de Jared, il a réussi son coup. Bravo. Je sens que cette tournée va être un enfer. Pour un nombre incalculable de raisons.

– Il te voulait quoi ?

Jared garde le regard droit devant nous alors que nous revenons sur scène.

– Juste fumer une clope.

– C’est ça. Prends-moi pour un con !

J’attrape ma guitare. Parce que parler, aujourd’hui, c’est trop me demander.

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