MM Play With Fire

Marie HJ · Chapitre 5 sur 58

Pages du PDF

MM Play With Fire

Chapitre 3

 

Corey

Le car stationne enfin derrière la salle qui nous attend à Atlanta. La tournée comporte deux bus. Un premier transportant les membres des groupes, soit les Metal Dolls et Iguana, le groupe de première partie, et un autre les membres du staff, dont moi, ainsi que le matos de scène. On ne mélange pas les torchons et les serviettes, et franchement ça me va bien. Je préfère l’ombre et la simplicité. Ici, je n’ai pas à supporter les ego démesurés des rock stars, ni Marcus qui, même si c’est mon plus vieux pote, reste un casse-couilles de première une fois sur deux au boulot, un détail que j’avais oublié avant de me lancer dans cette aventure… Malheureusement, aujourd’hui, je crois que j’aurais préféré faire partie de l’autre véhicule. Après une nuit de merde par excellence, une panne inopinée de notre véhicule et une cuite surprise de la moitié du staff après le concert d’hier soir, je n’ai pas dormi, je suis crade et j’ai une putain de nausée depuis deux heures dans ce car qui pue la gerbe. J’ai préféré aller m’aérer et aider les chauffeurs avec leur moteur au milieu de la nuit alors que je n’y connais rien, sous la pluie en plus, plutôt que de rester enfermé avec les membres de mon équipe de monteurs dégénérés en train de ronfler pour les plus sages, ou de vomir pour les plus abrutis.

Putain, je vais interdire l’alcool pendant les trajets de nuit !

Cette équipe n’est pas plus mature qu’un groupe de préados en colo. Résultat des courses, nous arrivons à dix-sept heures au lieu de treize heures, certains sont blancs, bleus, verts et je sens que la préparation va être un vrai bonheur.

Marcus, qui était dans le bus des groupes et est donc arrivé sans encombre à l’heure, me saute dessus à peine ai-je les pieds sur le bitume. Il est remonté comme un coucou.

– Putain, putain, Corey, ça va le faire ? Dis-moi que vous êtes opérationnels ?

Je suis opérationnel pour une putain de douche, ouais ! Je demande de passer à l’hôtel avant ou pas ?

Il a une tronche rouge fluo et son œil gauche se ferme frénétiquement à chaque parole, signe qu’il est au bord de la crise cardiaque. Euh, non, je ne demande pas. Pour une fois qu’une douche normale me tendait les bras ! Nous sommes à Atlanta pour deux jours, donc ma chambre en solitaire m’attend, quelque part dans cette ville… Mais non. Je suis là, et m’apprête à me coltiner deux heures de galère avec un Marcus dix mille volts sur le dos.

Je lui masse les épaules en lui lançant un sourire désarmant. Enfin, désarmant pour un mec en boîte ou dans un bar, susceptible d’avoir besoin d’un coup de trique dans le quart d’heure. Ce qui n’est pas le cas de Marcus. Donc il se fout pas mal de ma technique de tombeur et s’allume une clope que je lui pique des doigts.

– No panic boss, tout roule. Laisse-moi une heure et c’est bon.

Je passe entre les roadies en hurlant, bouge le cul de tout le monde, confisque les téléphones portables sur lesquels ils sont tous penchés en leur promettant de les rendre après la mise en place, et la machine se met en route. Des ados. Virez-leur leurs portables et ils reprennent vie. Nous montons les instrus, lights, amplis en un temps record devant les yeux d’un Marcus de plus en plus souriant au fil des minutes qui passent. Et cerise sur le gâteau, je suis tellement occupé à diriger et à remédier aux urgences et désagréments de dernière minute que j’évite la séance désormais quotidienne des balances guitare. C’est Lee, un membre du staff, qui s’y colle. Ce serait presque une bonne journée, en fin de compte.

Une heure vingt plus tard, soit quarante minutes avant l’ouverture des portes au public, il ne reste que quelques bricoles à installer, et je pue de plus en plus. J’ai remarqué que la loge du groupe, qui est en train de dîner dans une salle à part, est vide et équipée d’une salle de bains. La tentation est trop forte. Je récupère mon sac dans le car et m’éclipse en douce.

L’eau chaude et en quantité suffisante me fait un bien fou. Quinze jours que je me démerde avec la douche merdique du bus et la restriction d’eau. Un pur bonheur. Je prolonge le moment d’extase au maximum. J’en bande tellement ça me fait du bien. Tout autant que cette intimité qui fait clairement défaut lors de tournées de ce genre. J’attrape ma queue en manque depuis le début de la tournée. Je n’ai pas non plus dix ans devant moi, mais je risque d’être rapide de toute manière, les tentations autour de moi étant nombreuses depuis quinze jours, je n’ai pas besoin de me forcer pour bander, et encore moins pour faire monter la pression. Je nage en plein monde de fantasmes ici, il faut être honnête. Les mecs qui se baladent torse nu, frocs moulants, respirant sensualité, tatouages, muscles et promiscuité. Ma main coulisse sur mon membre hypersensible et en attente d’un peu d’attention. Je divague alors que mes pensées bifurquent vers un certain

frontman3 au bras tatoués et beaucoup plus grand que moi. Enfin, je pense plutôt au torse que j’imagine sous ses T-shirts à la con transformés en marcels, parce que lui ne se désape jamais en public, il garde son corps pour lui, ce regard noir et lointain, à cet accent français qui me perturbe. Le mystère de ce mec que j’aimerais percer à coups de queue bien placés.

Et comme d’habitude, après avoir passé en revue mon univers du moment, mon esprit vagabonde plus loin, beaucoup plus en arrière, il y a quelques années, sur un connard qui après m’avoir détruit, hante mes fantasmes et mes putains d’orgasmes solitaires. Josh. Mes doigts dans ses cheveux, les siens dans les miens, sa bite au fond de ma gorge, ses putains d’orgasmes qu’il m’offrait… Et la délivrance. Cette putain de délivrance. Qui se produit en moi au même moment que dans mes souvenirs qui m’accaparent. Je retiens un gémissement sous le frisson qui secoue mon corps violemment, m’affale contre la paroi en faïence de la douche alors que je me vide sous le jet, le souffle court, l’esprit encore en plein coton, loin de la réalité. La porte de la salle de bains s’ouvre brusquement. Putain ! Derrière la paroi en plexiglas je n’aperçois qu’une silhouette, immobile sur le pas de la porte quelques secondes, puis qui se dirige vers les chiottes. Je reprends vie plus rapidement que prévu, perturbé et violé dans mon intimité, un peu vacillant, bref, la descente entre fantasme et réalité est un peu trop rapide, tout se mélange, alors que l’intrus demande :

– C’est qui ?

Jared. Manquait plus que lui. Lui n’est pas mon pote. Mais alors pas du tout. Il a quelques atouts physiques non négligeables, suffisant pour une branlette, mais on ne lui en demandera pas vraiment plus ! Le connard suffisant par excellence. Le queutard qui se tape tout ce qui bouge, la gueule d’ange pourri de l’intérieur, qui la ramène pour tout et rien à la fois, bref, le cliché superstar ridicule et obsolète.

Ben voyons ! Il est temps que tu baises, tu deviens frustré et acariâtre. Même la branlette ne suffit plus à ce niveau, Et surtout tu es jaloux parce que lui, il baise tous les soirs ! Ça te fait quoi de le voir entrer dans tes fantasmes ? Il arrive à point nommé non ?

Je ne t’écoute pas, ne t’entends pas, tu n’es qu’un ersatz insignifiant.

Oui oui…

Putain, même sous la douche mon diable s’accroche à mon épaule. Mon ange n’est toujours pas revenu, lui. Il fait une sorte de grève, jugeant que je n’aurais jamais dû accepter ce job, et donc que ma cause est définitivement perdue. Et dans un sens, il a raison. Depuis quinze jours, je suis au centre d’une multitude de tentations et de tentateurs… Musique, guitare et autre, tout ce à quoi j’avais décidé de renoncer, me fait de l’œil. Mais ma raison s’est barrée, sans se retourner, me laissant seul face à mes démons…

J’attrape ma serviette et l’accroche à ma taille avant de sortir de la douche pour invectiver le chanteur qui pisse juste devant moi.

– Ça va, je te dérange pas ? L’intimité ça te parle ou c’est juste un concept ?

Il tourne la tête et laisse glisser son regard sur moi. Tranquillement. De haut en bas. De bas en haut. Puis il secoue sa queue, la range posément dans son froc et tire la chasse d’eau. Et moi ? Non, je ne bande pas. Me faire reluquer par son regard de braise presque noir qui fait fondre la moindre groupie, un mec genre physique parfait, grand, brun, sombre et ténébreux, un bras totalement tatoué jusque sur le dos de sa main, alors qu’il a sa bite dans cette main, justement, et que, pour couronner le tout, je suis presque à poil, que je viens de me branler en pensant, entre autres, à son cul à lui, et que ça fait depuis le début de la tournée que je n’ai pas baisé, non, je confirme, tout va bien pour moi. Zen et détaché !

Mais bien sûr ! Tu feras gaffe ta serviette se soulève vachement quand même, là ! T’es quand même super en manque, tu viens d’éjaculer et déjà tu bandes à nouveau, enfin moi je dis ça…

Oui ben dis rien, ça changera un peu !

Oh, OK je la ferme, t’as vraiment un caractère à la con !

C’est ça, fais la gueule ! Très bonne idée !

Jared prend un air amusé en se tournant vers moi.

– Non, ça va, je te rappelle que t’es dans notre loge !

– Pas eu le temps d’aller à l’hôtel.

Il croise les bras sur son torse, sans cesser de me détailler du regard. Bon, il veut quoi exactement ?

– C’est bon, t’as fini de pisser ou tu comptes te payer une seconde tournée ? C’est possible d’avoir deux minutes pour me fringuer là ?

Il hausse les épaules et se prépare à quitter la pièce, mais Chica lui fonce dessus en entrant en trombe, complètement paniquée.

– Oh, pardon Jad ! Corey, oh, mon Dieu, Corey !

Elle se rue sur moi, ne se demandant pas une seule minute si elle dérange ou pas. Du coup Jared, autant intrigué que moi, décide de ne plus sortir et de rester avec nous. Super ! Chica me plante un journal dans les mains.

– Corey, oh, merde Corey, je suis désolée.

J’ouvre le journal Hard metal à la page qu’elle a marquée. Une photo de moi pendant les essais balances, la guitare à la main, un doigt d’honneur tendu devant moi, vers Lewis à première vue. Eh merde ! Là c’est la merde ! Finie la tranquillité… Le titre en rajoute évidemment une bonne

couche : « 4 Gay Stixx, back on stage, with Metal Dolls !  ». Vu l’angle de la prise de vue, et le moment auquel elle a eu lieu, c’est forcément une fuite d’un membre de la tournée. Et je sais pertinemment qui est le responsable de cette saloperie !

– Nom de Dieu de bordel de merde ! MARCUS !

Jared passe derrière moi pour lire par-dessus mon épaule. Il se colle à moi, et je ne vois pas du tout pourquoi. J’ai horreur d’avoir quelqu’un dans le dos, mais j’en ai rien à foutre pour le moment, Marcus arrive, une aile de poulet à la main.

– Oui ? Quoi ?

Il me détaille rapidement du regard en croquant.

– Corey ? C’est quoi cette tenue ?

Je tends la revue devant son nez alors que la moitié du groupe et deux ou trois membres du staff, alertés certainement par mon éclat de voix, se pointent dans la salle de bains, devenue beaucoup trop petite tout à coup. Je vérifie le nœud de ma serviette, au cas où, avant d’aboyer :

– Et ça ? C’est quoi ça ?

Il ne prend même pas la peine de lire l’article et continue de mastiquer son poulet tranquillement.

– Ça, c’est un peu de pub. Les ventes sont un peu justes pour les prochaines dates, alors je fais en sorte que ça décolle. Je vois pas le problème.

Je vais l’étrangler, lui foutre la pomme de douche dans le cul en position massage décapant, utiliser son bide comme caisse claire, bref, il va souffrir.

– Putain ! Retenez-moi ou je lui fais bouffer son poulet en une fois, l’os inclus !

Je m’avance vers lui pour joindre l’acte à la parole lorsque deux mains se plaquent sur mes épaules. J’essaye de me dégager mais j’ai affaire à plus fort que moi à première vue. Je tente néanmoins de m’extirper de la poigne de Jared, puisque c’est de lui dont il s’agit, alors qu’il m’exhorte de me calmer. Son injonction qu’il veut certainement agressive et implacable, sonne plutôt douce et posée, du fait de son accent français auquel je suis pourtant habitué. Cela me calme instantanément. À ma grande surprise, d’ailleurs. Je retrouve un peu de sang-froid, pour le salut de Marcus qui s’est planqué derrière Chica ! Ce qui ne m’empêche pas de tendre mon index vers lui.

– Marcus, je t’avais prévenu ! Tu sais ce qui va se passer, pas plus tard que ce soir ? On va avoir des fouille-merde au cul, des enfoirés de haineux vont m’attendre à la sortie, les groupes sur le Net vont se réveiller pour m’en foutre plein la gueule, et le peu de personnes qui viendront éventuellement au concert pour me voir sur scène ne vont évidemment pas me voir, et du coup risquent de te faire de la mauvaise pub ! C’est une idée de merde, imaginée par un promoteur de merde, pour une tournée de merde ! Et grande nouvelle, je ne fais pas dans les plans merdiques ! Donc je me barre ! Démerdez-vous, de toute manière, moi ou un autre, c’est pareil ! Ciao !

Je me dégage des mains de l’autre piège à gonzesses qui se décide enfin à me lâcher, et me casse de la salle de bains devenue un véritable hall de gare avec la dizaine de personnes qui s’y entassent depuis dix bonnes minutes. Jared me rattrape par le bras alors que je traverse la loge. Je me retourne en furie.

– Quoi ? Dégage !

Il me tend mes fringues en se reculant.

– Oh, eh, moi si tu te barres, je m’en tape, mais tu serais peut-être mieux habillé d’après moi !

J’attrape mes fringues.

– Ouais.

Marcus me rejoint d’une démarche détachée qui a le don de me foutre encore plus hors de moi alors que j’enfile mon caleçon sous ma serviette. Au diable l’intimité !

Le promoteur garde son apparence détachée et sereine, qui bien entendu me donne envie de l’entraîner dans la salle de bains que je viens de quitter pour lui enfoncer la tête dans la cuvette douteuse des chiottes qui s’y trouvent.

– Allons, Corey… Tu sais bien que tu vas rester.

– Mon cul ! Je me tire et je retourne à San Diego, point barre !

– Tu as signé un contrat ! Tu es lié à la tournée jusqu’au bout.

J’enfile mon jean avec agacement.

– Tu sais où tu peux te le foutre ton contrat ?

Il hoche la tête sans se départir de son calme à la con alors que j’enfile mon T-shirt.

– Oui, chez mon avocat. Tu t’es engagé, tu restes, fin de l’histoire !

J’enfile mes pompes sans lui jeter un regard. C’est ça où je lui fais bouffer cette foutue chaussure au lieu de l’enfiler. Essayons de rester posé et de mettre un terme à cette situation qui de toute manière n’était pas une bonne idée, comme il me semble l’avoir déjà précisé.

– Ouais, ben j’ai peut-être besoin de fric mais je suis pas ta pute. Tu vas pas me vendre comme ça pour faire briller un groupe dont je ne fais même pas partie et qui, en plus, n’a absolument pas besoin de moi pour se faire son public. Ciao.

Je récupère mon sac sur le canapé de la loge et quitte la pièce, suivi par Marcus, qui ne doute de rien et me suit en me sortant toutes sortes d’excuses improbables pour que je reste, et par d’autres curieux, qui eux, s’en tapent un peu du fait que je reste ou non, mais adorent juste les potins. Mais je suis furax ! Plus rien ne m’atteint, à part cette photo et son en-tête à deux dollars qui tournent encore et encore dans mon cerveau !

– Gay Stixx ! Je rêve ! Quel surnom à la con ! Je suis sûr qu’il vient de toi en plus ! Non, mais putain Marcus, tu sais ce qu’il va te faire, « Gay Stixx » ? Il va t’enfoncer son putain de pieu dans le cul jusqu’à ce que tu pleures ta mère ! Espèce de sac à bouffe !

J’attrape le pilon qu’il tient toujours à la main et l’envoie valser derrière nous. Puis j’ouvre la porte arrière pour me barrer de cette taule. Sauf qu’un comité d’accueil m’attend déjà. Forcément. Une bonne trentaine de personnes sont agglutinées derrière les barrières posées devant l’entrée des artistes, certains avec des appareils photos pros, d’autres hurlent mon nom et d’autres encore me huent. Super ! Je referme la porte et me retourne face à mon promoteur, mais aussi à toutes les commères qui nous ont suivies. J’en ai marre, là, il va falloir me laisser péter mon câble tranquille ! Je me plante en face de l’instigateur de cette merde qui lui, garde son air placide et insupportable… Content même je dirais. Quel con !

– Quinze jours, Marcus, il ne t’a pas fallu plus de quinze jours pour venir me pourrir ! Effacer cinq ans de travail pour me faire oublier. Bordel, je le savais que c’était la pire idée du siècle ! Tu fais chier !

Silence. Tous me dévisagent, dans l’attente de la suite du spectacle certainement passionnant que je leur offre gratos.

– Vous avez un problème, vous ? Vous n’avez jamais vu un gay péter un câble ? Vous avez peur pour votre cul ? Vous inquiétez pas, je fais pas dans les tapettes glamour, j’ai déjà donné ! Et vous allez baver dans la presse dès demain, je suppose ? À l’instar du chef de la meute ?

Je toise les Iguana.

– Et vous ? Vous n’avez pas une première partie à assurer ? Allez jouer, bande de connards, plutôt que de me mater comme ça ! C’est un problème entre Marcus et moi, même s’il a jugé bon de faire participer la presse metal ! Dégagez !

L’attroupement se disperse, parce qu’ils sont effectivement en retard, et que, apparemment, ils se sont déjà habitués à ce que je leur serve d’horloge pour leur rappeler d’aller faire leur boulot sur scène… Nous restons seuls, Marcus, Hugh, le chanteur bellâtre et moi. Chica s’est éclipsée elle aussi. Parce que les potins, elle s’en tape, et je la respecte pour ça. Marcus sort son paquet de clopes. Je le lui arrache des mains, en prends une et range le reste du paquet dans ma poche. Il ouvre la bouche pour se plaindre, puis la referme en voyant mon regard plus que noir. J’allume ma clope et recrache la fumée dans sa tronche en retrouvant un calme plus que relatif.

– T’es content de toi ? Je ne peux même pas sortir. Tu sais que tu me le payeras, ça ? Ça, et aussi le fait que tu viens réellement de foutre ma vie en l’air, sous prétexte de vendre des places supplémentaires. T’en es conscient, j’espère ?

– Corey, tu débloques, soupire-t-il. Personne ne viendra te faire chier, le public n’est pas comme ça.

Je ricane lourdement.

– Ah oui ? À Atlanta peut-être. Mais dans deux jours nous sommes à Nashville. Tu crois franchement que je ne vais pas être attendu ?

Il me regarde, interdit.

– Nashville, Tennessee, mec ! lui rappelé-je. Tu te souviens ? À même pas une heure de Livisburg… Ça te parle, trou du cul ? Notre belle ville natale…

Je laisse passer un silence alors que les membres des Dolls essayent de comprendre ce que je dis à Marcus. Ils ne peuvent pas piger, et de toute manière ça ne les regarde pas. Mon ami d’enfance, lui, capte très bien, son teint devenant passablement livide me confirme ce fait. Je conclus cet échange qui m’a plus que gonflé.

– Donc, vu que je suis coincé ici, et pas du tout d’humeur pour affronter les têtes de nœud qui m’attendent derrière cette porte, je vais rester. Mais je ne vais pas à Nashville. Ne compte pas sur moi.

– Ah, non, Corey ! bafouille-t-il. C’est pas possible. Je dois partir demain, les Pink Pussy débutent leur tournée, à New York, je dois être présent, j’ai pas le choix. Tu dois rester et gérer la tournée ici.

Alors là, il se fout clairement de ma gueule !

– Tu crois franchement que je vais aller plonger la tête dans les emmerdes pour arranger les Pussy ?! Non, mais je rêve ! T’as définitivement pété un câble Marcus !

– Corey, j’ai pas le choix ! Pour le moment, c’est leur tournée à eux qui finance celle-là, en partie, donc il faut que j’y sois ! Et à Nashville, j’engage des gars qui ne te lâcheront pas une minute. On en reparle demain. Pour ce soir, je m’occupe du staff, va te poser dans la loge avec les Dolls.

J’écrase ma clope au sol, après avoir hésité un instant à lui écraser sur la tronche.

– Comment il faut que je te dise ?! Je ne vais pas dans les loges des artistes, parce que justement je n’en suis pas un ! Tu vas te rentrer ça dans le crâne une bonne fois pour toutes ou t’as besoin d’aide ?

Il hausse les épaules.

– Il ne tient qu’à toi d’en redevenir un et de fermer la gueule de tous les cons qui t’ont fait tout ça. Tant que tu n’affronteras pas, tu seras toujours en train de te planquer, Corey.

Il n’a pas tort « Gay Stixx » !

Toi, c’est vraiment pas le moment !

Et donc, tu vas faire quoi ? Me bâillonner ?

Ta gueule !

Hugh profite de ce moment pour me harceler une nouvelle fois. Il est sympa, mais un peu lourdingue le gratteux, à me pousser à chaque fois vers sa guitare…

– Allez, viens, on va en profiter pour travailler un truc, j’ai un souci avec le solo de L.A. Jupiter, je n’arrive pas à caler la descente.

Oui, ben, ça j’avais remarqué ! Le solo est bien, mais la descente finale est à chier. Et c’est super dommage. Je hausse les épaules. Après tout, jusqu’à preuve du contraire, c’est encore la musique qui arrive le mieux à me canaliser et à me faire réfléchir. Je les suis jusqu’à leur loge et lui montre ce que moi je verrais pour sa descente de solo.

 

3 La personne mise en avant dans un groupe. Très souvent le chanteur qui va « au front » face au public.

4 « Gay Stixx, de retour sur scène avec les Metal Dolls ! »

OceanofPDF.com