MM Play With Fire
Chapitre 25
Jared
Je saute sur Corey à peine s’est-il assis sur le siège à côté du mien. J’ai besoin de lui comme jamais. Parce que mon monde s’écroule, l’un de mes murs est parti, et un autre s’enfonce dangereusement dans la vase. Je n’ai plus que le mur musique, celui-là devient plus fort, grâce à Corey, grâce à cette union dont parlait Mélanie tout à l’heure. J’ai besoin qu’il me rassure, parce que si je me suis trop emballé, si pour Corey je ne suis que de passage, je m’effondre définitivement. J’ai mis mes œufs dans le même panier comme on dit, sauf que je n’ai pas vérifié la solidité du panier avant. Et ça m’angoisse. J’ai essayé de prendre sur moi, de ne pas aller m’enfermer dans mon angoisse comme je le fais d’habitude, et de prendre cet avion. Pour lui. Sans ça, je serais à l’heure actuelle quelque part à Aix, planqué entre deux arbres ou autre, à essayer de me soustraire à la vie. À devenir un élément inerte et invisible.
Mais je ne l’ai pas fait. Mélanie a aussi raison là-dessus. Il me soigne sans le savoir. Et c’est pour ça que j’ai besoin de sentir sa présence, son accord tacite pour pouvoir me reposer sur lui. Tacite parce que je ne peux pas lui en parler. Lui montrer si tôt qu’il m’est indispensable. C’est terrifiant comment tout est allé si vite. Comment je me suis enchaîné à lui. Et comment je lui ai passé des entraves autour des chevilles comme il n’a même pas idée. Je me fais peur, et j’ai peur de l’étouffer. Personnellement, si une nana était venue me voir au lendemain de nos premiers câlins pour me dire que j’étais l’un de ses murs, je me serais barré en courant, j’aurais changé de nom, de téléphone et de pays pour échapper à cette folle furieuse.
Et pour le coup, la folle furieuse, c’est moi, sans mauvais jeu de mots. Alors je m’agrippe à mon miracle Corey comme la peste sur le monde, désespérément, insatiablement, éperdument. J’attrape son visage, écorchant mes paumes sur sa barbe de trois jours qu’il a juste rafraîchie sans la raser pour satisfaire un de mes caprices, parce que j’adore me brûler la peau en l’embrassant. Parce que j’adore ressentir sa virilité au premier contact. Parce qu’il est encore plus beau au paroxysme de sa masculinité.
Et je l’embrasse, sans lui demander son avis. Coincé entre le hublot et mon corps, il n’a pas trop le choix que de subir mon assaut. Même s’il n’est clairement pas d’accord. Ce qui me chagrine beaucoup plus que je ne le montre. Il attrape mes poignets tendrement et embrasse ma paume.
– Jared. Nous ne sommes pas seuls.
J’enfouis mon visage dans son cou.
– Qu’ils aillent tous se faire foutre.
– Jared…
Il s’écarte comme il peut. Je le coince encore plus contre la paroi de l’avion.
– Quoi, Jared ? Jared a envie d’embrasser Corey, je ne vois pas où est le problème.
Il soupire en me repoussant un peu plus durement.
– Il faut que l’on parle, Jared. Il y a des choses que je tiens à mettre au clair.
Je secoue la tête vigoureusement. J’en ai marre de la parlotte. Je n’ai fait que ça depuis ce matin, et j’ai ma dose. J’ai envie d’un peu de douceur et de tendresse.
– On parlera demain. Mais là, ce n’est pas ce que je veux. Corey, je t’en prie, ne me repousse pas. Pas maintenant…
Il lève les yeux et jette un regard circulaire autour de nous. Pendant ce temps, mes doigts se faufilent entre les boutons d’une autre chemise blanche que je n’avais jamais vue, encore plus destroy que celle qu’il portait l’autre jour, avec des empiècements improbables sur le col, les manches, je ne sais pas où il les trouve, mais j’adore. Surtout quand il les porte sur son jean ultra slim brut et ses Vans, il est juste encore plus insaisissable, particulier, avec son look à lui, il est parfait. Bref, c’était la minute « Fashion by Corey ».
J’embrasse son cou, encore, en ôtant deux boutons de cette chemise qui appelle au viol et pince l’un de ses tétons. Il gémit et se cambre contre moi. Ses bras viennent m’envelopper, me procurant la sécurité tant recherchée depuis mon départ de chez Julia. Je mordille sa peau en triturant davantage son téton.
– Jared…
Je n’ai pas envie de l’écouter. Opération on change de sujet…
– Tu sens bon… Je ne peux plus me passer de cette odeur…
– Au fait, en parlant de ça… Je n’ai pas retrouvé mon gel douche en faisant ma valise tout à l’heure… Tu me fileras le tien pour ce soir ?
Oh oh… grosse honte impossible à assumer en vue… Je me redresse.
– Non, désolé, c’est impossible.
Il plisse les yeux.
– Ah, OK.
Il semble perturbé par ma réponse. Bon, allez, Jared, assume tes conneries. D’autant plus que tu n’es absolument pas le genre à ne pas partager… Je pose mon front sur son épaule.
– C’est impossible parce que…
– Parce que quoi ?
– C’est-à-dire que… J’ai un peu embarqué ton gel douche ce matin… Par erreur…
– Comment ça par erreur ? Comment peut-on embarquer un truc par erreur, vu qu’il n’y avait rien à toi dans ma salle de bains, c’est pas comme si tu l’avais foutu dans ton sac en rangeant tes fringues…
– Non ! Il s’est retrouvé coincé dans mon dos, dans la ceinture de mon jean… Comme ça. Par hasard.
Il marque un temps de réflexion avant de demander, d’un ton suspicieux. Tu m’étonnes, à ce stade, la suspicion n’est même plus permise, il est très clément, je suis coupable, vol avec préméditation, sans aucun doute possible.
– Par hasard ?
Je hoche la tête.
– C’est ça.
Il s’esclaffe.
– Mais pourquoi t’as fait ça ? Il ne te paye pas tes cachets Marcus ? T’es dans le rouge à la banque ?
– Pas du tout. Mais j’adore ton odeur. Alors j’ai adopté ton gel douche. Et j’ai laissé le mien chez Julia… Donc je ne peux pas te filer le mien.
Il éclate de rire en me décochant un regard désabusé.
– Tu sais que tu m’inquiètes ?
– Mon pauvre, si tu savais !
– Ne me dit pas que tu m’as piqué d’autres trucs…
– …
– Quoi ? Tu te fous de ma gueule ?
Je secoue la tête en baissant les yeux. Pris la main dans le sac, Vauchel… Ridiculement ringard et pathétique… Là, je dépasse le stade du poster dans la chambre… La honte…
Il fait un mouvement d’épaule pour redresser ma tête.
– Jared, tu m’as piqué quoi ?
– Techniquement, je n’ai rien piqué… J’ai plutôt procédé à un échange.
– Un échange ?
Je m’emporte.
– Ben oui, quoi, je ne pouvais pas remettre mon caleçon d’hier… Je t’ai emprunté un caleçon… C’est tout, je suis un mec propre, je ne vois pas l’intérêt d’en faire tout un plat…
Il me dévisage, incrédule.
Eh oui, bonhomme, je suis totalement siphonné, va falloir t’y faire.
– Jared, tu portes un caleçon une fois sur deux. Je le sais, tu me l’as assez fait comprendre pendant la dernière semaine de tournée… Et tout à coup, tu en as absolument besoin d’un…
Je repose ma tête dans son cou.
– Bon, OK, j’avais juste envie de porter un peu de toi. Voilà, t’es content ?
Il passe ses bras autour de mon dos en soupirant, amusé. Il embrasse mes cheveux.
– Bordel, Jared, mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi ?
Je me love contre lui.
– Ce que tu veux. Tout ce que tu veux…
Il me berce doucement sans répondre. Nous passons la petite heure de vol comme ça. Je me gave de sa tendresse et essaye de l’imprimer au plus profond de moi.
***
J’emprisonne sa taille lorsque nous sortons de l’avion. Il essaye de se dégager dans le couloir qui mène à la sortie, mais je suis plus fort.
– Jared, arrête de me tripoter !
– Je ne te tripote pas.
– Et ta main, elle fait quoi dans mon dos, alors ?
Il avance plus vite, j’accélère aussi.
– Pourquoi tu fais ta tête de con, bébé ?
Il stoppe net et me dévisage avant de retirer ma main et de tourner vers la porte de la sortie.
– Nous en parlerons à l’hôtel, chéri.
Il pousse la porte qui mène à l’espace « public » de l’aéroport. Rome, nous voilà.
Mais nous sommes accueillis par des flashs crépitant dans tous les sens. Corey se fige et porte ses bras à son visage.
– Putain ! C’est quoi cette merde !
Moi, je suis habitué, cela ne me choque pas plus que ça. En plus j’ai un bonnet et mes lunettes, alors bon… je ne suis pas en mode panique. Même si je trouve qu’il y a beaucoup de monde autour de nous par rapport à d’habitude. Corey, lui, par contre, n’est pas dissimulé du tout. J’attrape sa tête et plaque son visage contre mon torse pour le cacher alors qu’il fouille dans son sac.
Il me repousse.
– Lâche-moi, putain !
Douche froide ! Je prends sur moi, de toute manière je ne vois pas trop ce que je peux faire d’autre. Il se tourne vers la porte, dos aux journalistes, sort un keffieh de son sac et l’enroule autour de son visage précipitamment en gueulant.
– Putain, je vais tuer Marcus !
– Ben quoi ? C’est normal qu’ils nous attendent, Marcus n’y est certainement pour rien !
– Ah oui ? Et comment ont-ils eu l’heure d’arrivée de l’avion, et comment savaient-ils que nous arrivions en avion d’ailleurs ?
Je hausse négligemment les épaules en envoyant un sourire désarmant aux photographes. Corey soupire en fermant les yeux.
– J’espère juste qu’ils n’ont rien vu.
– Vu quoi ?
Nouveau sourire et petit signe de la main.
– Tes mains en train de me tripoter, tête de gland !
– Et alors ? On s’en tape !
– Non, justement, on ne s’en tape pas. Même pas du tout, putain ! Allez, on se tire !
Il fait volte-face, tête baissée et se rend d’un pas rapide vers les tourniquets de sécurité, sans m’attendre. Connard Ier, le retour ! La horde de journalistes fond sur lui dès qu’il est à leur portée. Il se protège comme il peut en vacillant entre les assauts des micros qui se plantent devant lui. Moi, j’ai quelques journalistes sur le dos, mais rien, comparé à lui. Ils sont là pour lui. Il se dirige vers un kiosque à journaux, alors que je le rejoins et me place dans son dos, faisant plus ou moins barrière aux paparazzis. Il attrape un journal sur le présentoir de la boutique.
– Putain de bordel de merde ! Je vais définitivement tuer ce gros con ! Lui faire bouffer sa bite morceau par morceau !
Je jette un œil à la une du journal :
« Gay Stixx, de nuevo sul palco con Metal Dolls14 »
Je ne comprends pas l’italien, mais les photos sont assez parlantes. Une de lui à l’époque, beau comme un dieu sur scène, et une photo du groupe lors de la tournée. Marcus a lâché l’info. Personnellement je ne vois pas vraiment le souci. Il monte avec nous demain soir, donc le public le saura d’une manière ou d’une autre.
Corey repose le magazine et file entre les curieux jusqu’à l’extérieur sans m’attendre, une nouvelle fois. Marcus nous attend, tout sourire, à deux pas, devant deux voitures au vitrage noir. Corey se dirige vers lui d’un pas rapide, et lui décoche une droite dans le pif en guise de salut. Le promoteur hurle un bon coup en portant ses mains au nez.
– Tu veux du sensationnel, tête de quiche ? Ben t’es servi ! Fais risette à la caméra, pauvre type !
Puis Corey ouvre la portière arrière de la première voiture venue et s’engouffre à l’intérieur avant de refermer derrière lui. J’essaye de le rejoindre, mais la voiture démarre et s’engage dans la circulation. Je regarde le véhicule s’éloigner, sans moi, planté sur le trottoir. Marcus pose une main sur mon épaule, un mouchoir ensanglanté posé sur son pif.
– Laisse courir, il va se calmer. Sinon, votre concert à Aix ? Bien ?
Il me dirige vers la seconde voiture alors que je ne lui réponds pas, désappointé par la réaction de celui contre qui j’étais encore blotti il y a à peine trente minutes.
14 « Gay Stixx de nouveau sur scène avec les Metal Dolls ! »
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