MM Play With Fire
Chapitre 47
Corey
Nous arrivons pour le concert à la dernière minute. Marcus regarde sa montre, mais ne dit rien. Il a annoncé mon départ aux Dolls. John et Todd ne font aucun commentaire lorsque nous attendons dans les coulisses. Je croise Josh lorsque les Pussy descendent de scène. Il a l’air détruit. Jared me jette un œil lorsque je fais un geste vers lui. Puis hoche la tête. Je l’entraîne un peu à part.
– Tu vas bien ?
Mon ex lève les yeux au ciel.
– Oui. J’ai dit à Derek que je quittais le groupe à la fin de la tournée. Encore une petite semaine à les supporter. De toute manière, le groupe n’a plus d’avenir.
– Et tu vas faire quoi après ?
Il hausse les épaules.
– Je sais pas. Je pense que je ne serai pas le bienvenu chez mes parents. Tu les connais, ils sont pires que Derek au niveau tolérance. Et je ne doute pas que mon cher frangin s’empressera de raconter tout ça à la famille. La seule chose qui l’empêchait de parler, c’était les Pussy. Maintenant… Il va être temps pour moi d’affronter tout ça. L’heure du miroir est arrivée comme on dit…
Il me sourit tristement. Je lui tape sur l’épaule en signe de soutien.
– Tu verras, tu te sentiras mieux…
Il regarde ses pieds.
– Oui… On va espérer.
Il redresse les yeux pour les plonger dans les miens.
– Si jamais… si jamais ça ne marche pas… avec Jared. Tu gardes mon numéro ?
Je m’esclaffe.
– Même si ça marche avec Nicolas, je garde ton numéro. En ami.
Il hoche la tête.
– C’est déjà ça… Je vais devoir faire le chemin seul alors…
– Il y a des chances, oui. Mais c’est la meilleure façon de se trouver.
– Oui. Bon, je crois que tu es attendu. On se voit après de toute manière ?
– Oui.
Notre concert est comme d’habitude. En apparence. Parce que nous sommes tous des amoureux de la musique. Parce que le public est là pour nous rendre hommage. Il s’est déplacé, a payé, a fait la queue pendant des heures, et a encore l’énergie, au bout de tout ce temps, de lever les bras au ciel en hurlant de bonheur. Comment pourrait-on ne pas donner le maximum ? Donc j’entame l’intro de notre reprise du jour, Jared fait le show, John et Todd transpirent sur leurs instruments. Ça me fait mal au cœur de quitter la scène, je dois bien l’avouer. Regarder tous les soirs le dos de mon homme bouger dans tous les sens, animer la foule comme un dieu, faire vibrer les émotions de toute une foule… Il me manquera, c’est une certitude.
Mais il est si beau sur les planches. Tellement vivant. Comment pourrais-je risquer de lui faire perdre tout ça ? Je l’aime, et je veux qu’il soit heureux. C’est tout. Alors il faut que je parte. Il n’y a pas d’autre possibilité. Je n’ai même pas envie d’y penser, parce que ça me tue. Je pensais que ce serait plus facile. Mais notre passion n’est pas de celle qu’on oublie. Elle est de celle qui prend le cœur et ne le laisse pas intact. Il faut que j’arrête de tergiverser. Le plus dur est fait. La décision est prise, Nicolas s’est fait une raison…
Tu veux que je te dise ?
Non !
Eh bien je vais te dire quand même… Tu es un abruti de premier ordre…
Le concert se termine. J’emballe ma gratte.
Tu m’écoutes ?
Je n’oublie pas ma pédale d’effets…
Ohé ? Y a quelqu’un ?
Nicolas arrive vers moi et m’attrape le poignet.
– Laisse ça aux roadies.
– Juste ma gratte…
Il ne lâche pas mon poignet et insiste.
– Pour une fois, Corey… Laisse ça aux roadies. Rentre avec moi à l’hôtel. Maintenant.
Ah ! Enfin quelqu’un d’intelligent ! Je crois que je vais aller squatter l’épaule de Jared. Tu crois que la place est déjà prise ?
Oh, la bonne idée ! Je t’en prie vas-y tente… Et ne reviens pas surtout…
Ah Ah ! On se sent apprécié, ça fait vraiment plaisir…
Je pose ma guitare et le suis. J’ai presque envie de partir maintenant. Parce que chaque minute à voir sa souffrance, à la ressentir en plus de la mienne, est une torture. Mon cœur est une éponge qui ne cesse de se remplir et de se vider de toutes les larmes de nos âmes. Il pleut sur mon esprit, sur mes souvenirs déjà nombreux avec lui, sur notre amour. Et je suis le nuage qui apporte tout ça. Mais même les nuages ont leur raison d’être. Et de très bonnes raisons. Ils préservent l’équilibre de la vie. Comme j’essaye de le faire pour notre couple. Mais c’est dur, putain.
***
Enfoui au plus profond de lui, allongé sur son dos, j’embrasse chaque parcelle de sa peau. J’ai les yeux lourds de larmes, je n’arrive pas à profiter de l’instant. Je retiens mon amertume, parce que si je craque maintenant, il profitera de la brèche et m’enchaînera à tout jamais à lui avec de simples mots.
Lui, par contre, ne se retient pas. À chaque fois que j’arrive au fond de lui, son gémissement se transforme en murmure, en prière dans la nuit.
– Reste bébé.
Et encore. Et encore. Je m’autorise quelques larmes. Dans son dos. Entre deux baisers. Je garde un rythme lent, langoureux, je profite de son fourreau comme de tout le reste, encore une fois. Je ne veux pas que cette nuit se termine. Le plaisir monte au milieu de la tristesse, malgré tout, nos gémissements s’intensifient, sa prière devient plus forte, plus désespérée. Je n’entends plus qu’elle.
– Reste bébé.
Je m’enveloppe dans cet amour si puissant, il me transcende, me rend heureux. Encore une fois. Je me dis que nous nous reverrons, que ce n’est qu’un au revoir, même si la tournée n’est qu’un lieu géographique. Après, les problèmes resteront les mêmes. Nous serons simplement posés chez nous. Lui à L.A., et moi à San Diego. À nous cacher pour nous voir. Rien ne changera comme ça.
Nicolas s’accroche aux draps en râlant. J’accélère mon assaut. Lui caresse la queue plus fort. Il se cambre, s’empale davantage sur moi.
– Oh, Putain, Corey ! Plus fort, vas-y !
J’accélère encore.
– Bébé !
– Oui !
– Reste !
– Dis-le moi encore.
– Reste ! Reste ! Reste !
– Oh, bordel, Nicolas.
Il se tend autour de moi, ses muscles me pressant méchamment le sexe. Il éjacule entre mes doigts en me criant de rester encore une fois. Mon ventre se tord de douleur. Mon cœur tremble, chute dans un précipice sans fond, un abîme noir et vide. Je m’écroule sur lui, l’entoure de mes bras, et nous ne bougeons plus. Ne parlons plus. Ne dormons pas plus. Nous ressentons chaque seconde l’un contre l’autre. C’est tout.
OceanofPDF.com