MM Play With Fire
Chapitre 44
Nicolas
– Pour conclure, que pourriez-vous nous dire sur cette aventure extraordinaire que vous vivez depuis quatre ans ?
– Tout simplement qu’elle est extraordinaire !
Je souris à la caméra, le journaliste fait son speech, deux assistantes retirent le micro accroché à mon T-shirt. Voilà, c’est fini. Quarante minutes, montre en main. Je rejoins Marcus qui m’attend derrière les caméras, ravi. Oui, il a absolument tenu à m’accompagner, de peur que je dérape. Mais je ne suis pas stupide non plus, je vois l’intérêt des Dolls avant le reste, ne serait-ce que pour John et Todd, et toute l’équipe qui gagne sa vie grâce à cette tournée. Personnellement, si cela ne tenait qu’à moi, je l’aurais lâché. Parce que je sais que je pourrais retrouver autre chose. Avec Corey, loin de tout ce bordel. Mais je suis lié à plein de choses, ce n’est pas si simple. Alors j’ai répondu aux questions, comme un gars propre sur lui, qui n’a aucun problème.
Nous reprenons la voiture.
– Je te dépose à la salle, Jared ?
– Non. Je dois y retrouver Corey, mais vu qu’il est tôt, je repasse à l’hôtel pour me changer avant.
– OK.
Marcus me tient le crachoir pendant toute la route. Je n’écoute absolument pas. Je suis dans ce moment avec Corey, celui où il a évoqué un futur pour nous deux. C’est tôt. Bien sûr que c’est tôt. Et c’est la raison pour laquelle je ne lui en ai pas parlé de mon côté. J’avais peur de passer pour un cinglé. Mais… Je l’aime. Et je suis convaincu que je l’aimerai toujours. C’est impossible de ressentir une telle attraction, comme si tous les éléments nous poussaient l’un vers l’autre, sans imaginer sur le long terme. Corey, mon étoile filante, m’a capturé, nous nous sommes heurtés violemment, puis nous sommes restés collés. Nous avons formé une nouvelle entité. C’est assez drôle d’imaginer que depuis toutes ces années, je pensais revenir à Mélanie, je n’ai jamais cherché les relations sérieuses, en l’attendant elle. Et en fait, c’est Corey que j’attendais. Lui, n’a pas fait dans la demi-mesure. Il est arrivé, m’a fait chier, a piqué mon cœur, sans prévenir, sans demander la permission, il s’est servi, et voilà. Je trouve que ce résumé lui convient très bien. Un peu bourrin aux premiers abords, et c’est rien de le dire, pour pouvoir mieux vous tuer avec cette tendresse cachée dès que vous grattez les couches superficielles du personnage.
Le chauffeur nous dépose à l’hôtel. Je quitte Marcus dans le hall pour me rendre dans notre chambre.
Je sors mon portable devant la porte et cherche ma clé de ma main libre. Je l’avais mis en mode « ne pas déranger » pour les besoins de l’interview. Trois appels de Corey, avec messages. Je souris comme si ce nom, « bébé » inscrit sur mon écran, pouvait voir que j’étais content de le voir inscrit, surtout avec le petit chiffre « 3 » à côté. J’appelle la messagerie pour les écouter en ouvrant la porte.
La chambre devait être vide. Corey devait être à la salle. Il devrait y être. Il y est et m’a laissé des messages, depuis cette salle. C’est évident. Alors pourquoi est-il là ? Il est là ! Devant moi putain ! Ou plutôt non, pas devant moi ! Devant Josh ! Allongé sur le lit. Notre lit ! Putain ! Le lit sur lequel nous parlions de gosses il n’y a pas deux heures ! Son visage est caché par un oreiller, mais je reconnaîtrais Corey entre tous les hommes, aucun doute n’est envisageable ! Le froc baissé, il a la main dans les cheveux de Josh, lequel est à genoux entre ses jambes, les mains accrochées aux hanches de mon putain d’enculé de mec, et la tête collée à sa bite !
– Putain de bordel de merde ! C’est quoi ce bordel ! COREY !
L’oreiller tombe du visage de mon mec, Josh relève la tête. Mon cœur éclate, aussi puissamment que ma colère. Avec autant de fracas que mon monde qui se brise. Aussi incontrôlable que la souffrance qui m’envahit !
Je rejoins le lit en deux pas, attrape ce petit connard de Josh de mes deux par la ceinture de son jean et le fais valser contre le mur derrière nous. Il s’affale au sol, je lui balance mon pied en plein bide de toutes mes forces, les larmes coulent de mes yeux, la fureur hurle du fond de ma gorge, mon cœur bat au rythme des coups dont j’arrose ce petit merdeux ! Des mains me retiennent mais je ne les calcule pas. Ils ne peuvent rien contre ma rage !
– Je le savais ! Je le savais, putain ! Je me suis laissé endormir, bordel de merde !
Le mec est recroquevillé, à bout de forces. Je me retourne vers le lit, Corey n’a pas bougé. Des mains se posent sur mes biceps, mais je les dégage en un mouvement. Tout bourdonne autour de moi, j’entends des voix je n’entends rien. Je me dirige vers le lit, comme un zombie, à bout de forces. Anéanti. Fini. Corey glisse vers le haut du lit alors que j’approche de lui.
– Pourquoi, tu m’as fait ça !
Je me penche et attrape son col, tire son visage près de moi. Je lève le poing, j’ai envie de lui faire mal ! De le faire souffrir ! De le tuer comme il vient de le faire pour moi ! Je ne vois presque plus rien, les larmes brouillent ma vision, mon cœur bat dans mes oreilles, j’ai l’impression de flotter au milieu de l’enfer. Corey attrape mon poignet qui le tient en face de moi. Il parle, il me parle, mais je ne veux plus l’entendre. Jamais ! Il est comme tout le monde, il te promet l’amour et en profite pour te trahir !
Ma voix n’est plus qu’un sanglot.
– Pourquoi tu m’as fait ça, putain, Corey ? Pas toi ? Dis-moi que je fais un cauchemar ! Dis-moi que tu vas me réveiller ! Comment as-tu pu me dire qu’il ne comptait pas ? Me parler d’avenir ? Pourquoi me brises-tu le cœur consciemment ? Qu’est-ce que je t’ai fait pour que tu me détestes à ce point ?
Mon poing, levé, prêt à l’assommer, se met à trembler. Je le baisse. Lâche le col de Corey. Je n’ai même plus le courage. À quoi bon ? Les bras de Corey m’attrapent, je le pousse sur le lit. Fais volte-face. Je flotte toujours autant. Plus rien n’est réel. Plus rien n’a de sens. Chica est devant la porte. Je l’ignore. J’attrape la poignée et sors dans le couloir.
Je ne sais même pas où je vais, quel est mon but. Je n’ai plus de but, putain. Celui que j’avais, le seul que je voyais devant moi, vient de disparaître. Tout est noir. Ma tête tourne. Je marche jusqu’au fond du couloir, attrape un fauteuil qui traîne, et vais m’asseoir dans l’angle du mur. Ma tête tourne plus vite. Trop vite. Je tire le pied du fauteuil vers moi. Contre moi. Pour qu’il me cache de l’horreur de la réalité. Comme toujours. Jamais de belles choses, elles sont toujours anéanties par le destin qui me déteste. Définitivement. Je pose ma tête sur mes mains, sur mes genoux. Et je regarde mon mur. Tout tourne autour de moi. Vite, trop vite. Et je n’ai plus de force. Je crois que j’ai oublié de manger ce matin. Et ce midi aussi. Je ne sais plus. En tout cas, je pars.
***
Des mains me caressent la joue. Des lèvres m’embrassent le front. Une voix fait chanter mon nom.
– Nicolas.
Je tourne la tête vers la voix. Je laisse la main de me frôler. Me faire du bien. Je me sens vide… comme mort. Mais je ne le suis pas. Je respire et mon cœur, même s’il est mal en point, arrive encore à me faire souffrir. Je me redresse vivement. Repousse avec fureur la main qui me touche. Essaye de me lever. Mais Corey se jette sur moi, attrape mes poignets et me colle au matelas. Allongé sur moi, la tête contre la mienne, il murmure à mon oreille.
– Calme-toi, Nicolas, ce n’est pas ce que tu crois.
Je me débats, mais il me tient fermement.
– Ah oui ? Tu te fous de ma gueule en plus ? Lâche-moi sale connard !
– Non ! Il faut que tu m’écoutes.
– Jamais ! J’en ai plus rien à foutre ! Putain, Corey, lâche-moi ou je te démonte la gueule.
Je jette un œil autour de moi. Chica et Josh sont assis sur des chaises et me regardent nerveusement.
– Putain, il est encore là l’autre pine ! Et Chica, putain, pourquoi t’es là ? Putain, bande de tordus ! Alors c’est ça, lesbiennes, gays, on se mélange maintenant ? Va falloir m’expliquer les codes, bandes de cons ! Corey, Lâche-moi !
Il redresse son torse et se place face à moi.
– NON ! Je ne te lâche pas, Nicolas. Ce n’est vraiment pas ce que tu crois ! J’avais mon caleçon, bordel de merde ! Et Josh faisait semblant ! Écoute-moi, bordel ! Je sais que les apparences sont trompeuses, mais ce n’est pas à toi que je vais apprendre à ne pas s’y fier, non ?
Je détends mes muscles quelques minutes contre le matelas. Je suis épuisé. Les pouces de Corey caressent la naissance de mes paumes. Ses yeux restent dans les miens, je veux fermer mes paupières, ne plus le voir, mais je n’y arrive même pas. J’ai envie qu’il me console. Alors que je le déteste. Mes larmes coulent encore. C’est le gosse brisé une fois de plus qui pleure. Pas l’homme. Le gamin de 3 ans qu’on arrache à la famille d’accueil qu’il aimait bien, parce que ce devait être temporaire mais que maman ne s’est pas montrée, et que les parents de la famille refusent les longs séjours pour éviter de s’attacher. Tout se mélange… Les explications de l’assistance sociale qui m’annonce une fois de plus que maman ne viendrait pas encore. Qu’elle allait me trouver des gens bien. Encore des nouveaux noms, encore des nouvelles têtes. Des gens qui passent, des gens à qui vous donnez votre cœur, mais des gens qui n’en veulent pas. Qui le rejettent. N’en prennent pas soin.
Je secoue la tête.
– Toi non plus tu ne voulais pas de moi en définitive ?
Je pleure tout ce que je peux. C’est la fois de trop.
Il a les yeux humides lui aussi. Il penche la tête vers moi et la place sur ma clavicule. Je me débats avec la rage du désespoir.
– DÉGAGE !
– NON ! Nicolas, tu vas m’écouter.
Il embrasse ma joue.
– Tu vas m’écouter. J’étais en caleçon, Nicolas. J’étais en caleçon. Et Chica était là. Tu dois bien avoir vu ça, au moins. Rappelle-toi, Chica qui a essayé de t’éloigner de Josh. Chica devant la porte. Elle était là, Nicolas.
J’essaye de me souvenir. Oui, Chica était là. Habillée. Le caleçon ? Peut-être, je ne me rappelle que du jean à ses genoux. Le reste était caché dans les draps défaits. Mais c’est trop facile !
– Tu mens !
Une sonnerie de téléphone retentit du côté de Josh et Chica. Corey redresse la tête pendant que Josh s’allume une clope en consultant le portable de… Corey ! Mais putain, pour qui il se prend ce con ? J’essaye de m’arracher à la poigne de Corey, mais quand il veut, il est balaise, putain ! Josh-plus-gros-connard-de-la-planète répond.
– C’est bon Corey. Tout va bien, il se dégonfle.
– Et pour le reste ?
– Libre dès la fin de la tournée française. Soit demain.
Corey soupire puis me sourit.
– Tu es tranquille, bébé.
Son sourire, même s’il me brûle les yeux, me calme, malgré tout. Je l’aime, malgré sa trahison. Mon cœur est son putain d’esclave. Il ne m’obéit même plus. Quant à leur conversation, je ne comprends rien. Sauf :
– Bébé ce n’est pas moi !
– J’aime pas chéri en fait. Alors tu seras bébé.
– Je ne serai personne. Et qu’est-ce qui est bon ? Pourquoi serais-je tranquille ? C’est quoi votre charabia ?
Corey embrasse ma joue.
– Tu es prêt à m’écouter ?
– Tu ne me lâcheras pas de toute manière ?
– Non.
– Alors vas-y balance.
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