MM Play With Fire

Marie HJ · Chapitre 34 sur 58

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MM Play With Fire

Chapitre 33

 

Jared

À quel moment ça craque un Corey ? Je sens que je n’en suis pas loin. Mais il tient bon. Alors je vais continuer mon cirque. Jusqu’à ce qu’il comprenne que je ne supporte plus la situation. Qu’il m’a imposé son choix mais que je n’ai jamais donné mon accord pour un truc pareil. Quand je lui dis qu’il me manque, il m’envoie bouler. Alors je vais lui montrer ce que je suis capable de faire si je n’ai pas ma dose de lui. Il avait l’air furieux hier soir. Je lui réserve mieux encore. J’ai tellement mal de ne pas pouvoir l’approcher que je perds toute ma raison. Il est tellement persuadé que cette solution est bonne pour nous, alors qu’en fait elle nous détruit à petit feu. Même si je fais mon gamin trop gâté, j’en suis conscient, il faut qu’il comprenne. Je sais que je joue avec le feu, mais tant pis.

Nous arrivons à Berlin. Il est déjà quinze heures, pas le temps d’aller à l’hôtel avant. Corey me fait toujours la gueule, rien de nouveau sous le soleil. Nous déposons nos sacs dans la loge, mon cher et tendre trou du cul va encadrer sa troupe de roadies, et moi, je traîne sur scène. Jusqu’à ce qu’il m’ait bien en ligne de mire. Ce n’est pas très long, nous gardons toujours un œil l’un sur l’autre, même en pleine crise comme celle que nous traversons depuis quelques jours maintenant. Puis je sors par l’arrière, et, à l’ancienne, je descends jusqu’aux groupies complètement hystériques à mon approche. Je discute avec quelques-unes, et demande à l’une d’entre elles de me suivre. Je la ramène sur scène pour atteindre la loge qui se trouve à l’opposé. Devant le regard de Monsieur Kingstone, que j’ignore proprement.

Je me retrouve dans cette loge, que je n’ai pas verrouillée, avec Gretel, on va l’appeler comme ça, j’ai rien compris à ce qu’elle m’a dit à ce propos. Puis je pose mes fesses sur la table, elle commence à passer ses mains sous mon T-shirt, mais j’attrape ses poignets et embrasse ses doigts.

– Non, pas ce soir.

Elle me regarde, l’air surprise. Je crois qu’elle ne comprend pas trop l’anglais. J’ai bien choisi, tiens ! Je lui parle comme à un bébé de six mois :

– Nous, baiser, non. Photo ! Facebook, oui !

Bon, je résume parce que l’explication dure une plombe. Pendant ce temps, la porte ne s’ouvre pas. Et ça m’agace ! Nous prenons une tonne de photos, allongés sur le canapé en pose mannequin, étendus sur le sol, tête contre tête comme de vieux potes, je lui offre un café, elle est ravie. Et ça a le mérite de me détendre. Mais la porte ne s’ouvre pas plus. J’attendais une réaction de Corey, mais non. Il est vraiment encore plus têtu que moi. Je prends congé de Ilgueugueu, mais elle me fait signe qu’elle a un besoin urgent. Je lui montre les chiottes et sors de cette pièce. Dépité que mon plan n’ait pas marché.

Corey se trouve à quelques mètres de la porte, les fesses contre une caisse, bras croisés, une clope coincée entre les lèvres. Ah, donc, quand même, il y porte un tant soit peu d’intérêt ! Il m’examine, un demi-sourire affiché sur le visage puis regarde sa montre. Il prend sa clope entre ses doigts sans me lâcher des yeux. Il souffle sa fumée en ma direction.

– T’as perdu la main on dirait.

J’enfonce mes mains au fond de mes poches.

– Pourquoi tu dis ça ?

– On n’a pas entendu grand-chose. C’était pas le genre de la maison fut un temps…

Je hausse les épaules.

– Ça n’a rien à voir. Elle est muette.

Il lève un sourcil.

– Muette ?

– Oui, muette. Genre elle ouvre la bouche mais aucun son ne sort. Encore plus silencieuse qu’une nonne dans un cloître ! Ce qui est super pratique en définitive.

Il tire sur sa clope puis fait machinalement traîner son pouce sur sa lèvre inférieure sans me quitter des yeux, qui semblent relativement amusés, soit dit au passage.

– Je vois. Muette.

– C’est ça. Muette. La reine du silence.

Si j’avais une petite chance d’être crédible, Olga me la grille en sortant

de la loge, m’embrassant sur la joue et en me lançant « 19 Tschüß , Jared »

dans une voix suraiguë.

Je la regarde partir et lui adresse un petit signe alors qu’elle prend le chemin de la sortie, en la traitant de tous les noms intérieurement… Elle ne pouvait pas fermer sa gueule, sérieux ? De fait, j’essuie le rire même pas caché de Corey derrière moi. Il se redresse et s’avance, approche ses lèvres de mon oreille :

– Tu n’as jamais aussi bien porté ton nom, Jared le merveilleux… Tu es tellement doué que tu as rendu sa voix à cette pauvre fille… Un putain de miracle ! Tu es la réincarnation du messie ou je ne m’y connais pas, chéri…

Il m’énerve ! Il reprend :

– Sinon, c’est bon, je peux disposer de la loge ? Ou tu as d’autres miracles à accomplir dans l’immédiat ?

Je grogne au lieu de répondre.

– Va te faire foutre !

Il s’écarte de moi.

– C’est justement ce que je comptais faire, figure-toi !

– Comment ça ?

Il est déjà parti. Sans me répondre, bien entendu.

Je le suis à travers les coulisses, jusqu’à la porte vers l’extérieur. Je reste dans l’embrasure, à le regarder descendre les escaliers d’un pas leste et se diriger vers un petit attroupement de mecs qui l’ovationne depuis qu’il est apparu. Il s’accoude aux barrières devant eux, commence à discuter, à rire, à se laisser prendre en photos, les mecs le touchent. Les bras, le torse, les épaules, j’entrevois même une main sur son cul ! Le putain de connard. Un mec soulève son T-shirt en lui donnant un marqueur et Stixx écrit un truc sur son torse, puis embrasse son téton rapidement. PUTAIN !

Il lui parle à l’oreille, le jeune con sourit comme un pauvre mec et saute par-dessus la barrière ! Non, mais sérieux, il s’est cru où, là ? Je descends les marches quatre à quatre et fonce sur le couple improbable qui se dirige vers moi, enfin vers les coulisses. Je pose ma main sur le torse de Corey.

– Tu fais quoi, là, exactement ?

– Je m’adapte au style Jared, ça pose un problème ?

– Oui, ça pose un putain de problème, oui !

Il se redresse et me défie du regard.

– Ah oui ? Et lequel exactement ?

– Tu ne ramènes pas ta pute là-dedans !

– Pourquoi ? C’est pas parce que tu te tapes une muette que je dois m’abstenir. Et ne t’en fais pas, il n’est pas muet, et tu risques d’en avoir la confirmation dans très peu de temps !

J’attrape le bras du mec qui ne comprend rien et le ramène à sa barrière en lui faisant signe de dégager. Puis je me retourne vers Corey qui n’a pas bougé, et me toise d’un regard bleu nuit.

– Alors quoi, Jared, j’ai pas le droit de jouer moi aussi ?

– Non !

– Tu fixes les règles, elles sont bonnes pour tout le monde, chéri !

J’attrape ses bras et le rapproche de moi.

– On peut arrêter de jouer cinq minutes, là ?

Il ricane.

– Toi tu joues peut-être… mais pas moi !

– Tu veux dire que tu te serais tapé ce mec ?

– Et pourquoi pas ?

– Pourquoi pas ? Je sais pas moi, parce que peut-être qu’on avait un truc, tous les deux, enfin, j’avais cru comprendre…

Il s’esclaffe :

– Un truc ? À quel moment exactement ? Quand tu pelotes des nanas sur scène, ou que tu te jettes sur elles en pleine fosse, ou encore quand tu me suces le cou en pleine scène pendant que je ne peux rien faire pour t’en empêcher ? À quel moment, dis-moi, existe-t-il un truc ? Ou alors tu parlais de ta petite séance avec ta muette miraculée ? Explique-moi, parce que, s’il y avait un truc, pardonne-moi, mais j’ai rien vu en ce qui me concerne !

Il tourne les talons et remonte vers les coulisses. Je le rejoins.

– Corey, ça devient n’importe quoi…

Il continue de monter les marches sans me jeter un regard.

– Je suis bien d’accord. Tu as eu tort de jouer à ça, Jared. Tu ne t’imagines pas à quel point. Quand je pense que j’ai été assez con pour croire que… laisse tomber…

Il ouvre la porte. Je la referme et m’y appuie.

– Non, je ne laisse pas tomber. Tu as été assez con pour croire quoi ?

Il regarde ses pompes deux secondes puis relève les yeux, enfonce durement son regard furieux au fond du mien.

– Pour croire que quelque chose pouvait naître entre nous.

– Il y a quelque chose…

– Ah oui ? Quoi ? Une muette ?

Je soupire alors qu’il tente de tirer sur la porte que je retiens.

– Je ne l’ai pas touchée, putain ! Et tu le sais très bien…

– Ce n’est plus mon problème.

Il tire brutalement sur la poignée de la porte et arrive à l’ouvrir. Je suis propulsé à quelques centimètres ce qui lui permet de passer avant de la claquer sur moi. Tout mon univers s’écroule. Derrière moi, les fans continuent de m’appeler en hurlant. Devant moi, une porte qu’il vient de refermer sur notre histoire. Et au milieu, il y a moi. Moi et cette putain de situation que je ne peux plus supporter. Il y a moi que je ne peux plus supporter. J’agis comme un con, pour attirer une attention qui m’échappe et au bout du compte j’en arrive à tout perdre. Mais qu’est-ce qui cloche chez moi ? Je ne sais même plus qui je suis. Je ne l’ai jamais su. Tout ce que je sais, c’est qu’en refermant cette porte, il a écrasé mon cœur. Lequel essayait de le suivre, de se rapprocher, mais il est resté entre l’embrasure et le battant, et Corey l’a coupé en deux. Il ne reste plus rien de mon âme. Plus rien de moi. Je n’ai même plus envie de chanter depuis une semaine, la bulle ne se construit plus, il ne me reste que ce monde vide autour de moi, sans amis, sans famille, sans espoir de joie, juste de peine… J’en ai marre.

Je repère notre bus et demande au chauffeur de m’ouvrir. Je m’assieds et me recroqueville au fond de l’allée, caché de tous. Il faut que j’appelle Julia. J’ai besoin de quelqu’un. Je ne peux déjà plus contacter Mélanie, ce serait mal venu, même si entendre la voix d’une amie me ferait du bien. Mais je ne peux pas. Julia répond rapidement.

– Bonjour Nicolas, tu vas bien ?

Sa voix est froide et distante. Ou est-ce une idée ?

– Et toi ? Je voulais savoir si tout allait bien à Aix… Si tu allais bien, toi…

Elle se racle la gorge.

– Eh bien, écoute, je n’irais pas trop mal, si Mélanie n’était pas en train de gâcher son année.

Elle ne m’a pas demandé comment j’allais. Si seulement elle m’avait ouvert cette porte. Mais Mélanie l’inquiète et passe avant tout le reste. Je comprends. Mais pour une fois, j’aurais aimé avoir droit à mon petit quart d’heure de réconfort. Mais dans la course au plus souffrant, c’est Mélanie qui gagne. Elle n’a d’ailleurs aucune difficulté puisque je ne dis rien à Julia sur mes troubles, ne voulant pas l’accaparer davantage. Je préfère garder pour moi plutôt que de lui causer des tracas supplémentaires et m’occuper des siens.

– Comment ça ?

– Écoute, Nicolas, je suis embêtée. Ma fille est au plus mal, parce que, tu sais, elle t’aimait vraiment. Maintenant, tu es aussi l’un de mes enfants, et je t’aime comme tel. Mais là, pour le moment, je me sens un peu mal de te parler alors que je viens de raccrocher d’avec elle pour la pousser à retourner en cours, tu vois ?

Je ferme les yeux le plus fort que je le peux. Non, pas Julia, pas maintenant. Je l’ai eu il y a deux jours au téléphone et tout allait bien, alors elle doit encore aller bien. Être la mère dont j’ai besoin. J’ai envie de tendre le bras pour la retenir près de mon cœur, mais ses paroles claquent, implacables dans le silence et me clouent sur place.

– Tu sais, je n’ai pas souvent été présente pour ma fille. Quand elle était petite, je m’occupais plus de vous que d’elle, vu qu’elle était chez son père. Aujourd’hui, son monde s’est effondré, et si je ne la soutiens pas, je serai la dernière des mères indignes. Nicolas, je t’adore, tu le sais bien. Mais je vais te demander quelques jours. Pour que je m’occupe d’elle. Sans avoir l’impression de la trahir en te parlant. Je sais que tout va bien pour toi, j’ai lu les articles sur internet. Alors je te dis juste, fonce, éclate-toi, je suis fière de toi. Je te recontacte plus tard, et ne t’inquiète pas, je t’aime.

Fin de la conversation. Mon cœur est un gouffre sans fond, ne retenant plus rien, tout coule, ne s’arrête même pas pour essayer de remplir le vide qui s’y est installé. Je ne suis qu’une coquille vide, un truc inutile qui n’intéresse personne. Une pauvre merde qui fait tout de travers. Pourquoi, depuis toujours, personne ne s’arrête-il jamais sur moi ? Suis-je tellement inconsistant que personne ne s’intéresse à mon existence ? N’ai-je pas le droit, moi aussi, de compter pour quelqu’un, autant qu’il compte pour moi ? Corey m’a tourné le dos, Julia s’occupe de sa fille. Et moi ? Où est cette mère qui devrait être en train de me rassurer avec de simples paroles ? Me dire que j’ai agi comme un connard avec Corey ? Avec Mélanie ? Personne ne m’a jamais montré ce que je devais faire. Alors j’essaye de le faire tout seul, mais je le fais mal. Tellement mal.

J’appelle le chauffeur qui fume sa clope à la porte, clairement emmerdé par ma présence, parce qu’il était en pause.

– Conduisez-moi à l’hôtel, s’il vous plaît.

Il semble embarrassé.

– Je ne sais pas, je n’ai pas ce genre de consigne et…

Je me lève d’un bond en attrapant mon sac.

– OK, vous cassez pas, je vais prendre un taxi et me trouver un endroit où dormir.

Il lève les mains en guise d’apaisement.

– Bon, alors on se calme. Je vous conduis. Je ne voudrais pas qu’on vous perde dans la ville non plus.

Je me laisse retomber par terre alors qu’il s’installe au volant et fais démarrer le véhicule.

19 « Salut Jared ! »

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