MM Play With Fire

Marie HJ · Chapitre 19 sur 58

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MM Play With Fire

Chapitre 17

 

Corey

Le téléphone de ma chambre sonne au milieu de mon sommeil. Je place un oreiller sur ma tête pour ne pas l’entendre. Ce ne peut être qu’une erreur, personne ne me connaît ici. Pourtant, il se remet à sonner une minute plus tard. Fait chier, pour une fois que j’arrivais à dormir ! Je décroche comme je peux, en tendant le bras, les neurones absolument pas en place.

– Allô ?

– Corey ? Mais qu’est-ce que tu fous, on avait dit huit heures à la réception, il est huit heures deux !

C’est une blague ? Il me fait chier pour deux minutes ? Je raccroche. Le réveil en mode Jared énervé, très peu pour moi. D’autant plus qu’à la base, c’est moi le plus énervé des deux ! Je me lève et saute sous la douche, me lave les dents, tranquillement, me prépare pour me raser, et puis non, en fait, je ne me rase pas. Ça fait deux ou trois jours que je zappe, mais tout le monde s’en fout, pas vrai ? J’attrape les premières fringues venues, puis je descends à la réception. Avec trois bons quarts d’heure de retard. Jared est adossé au comptoir, jambes croisées, les mains dans les poches, les cheveux en bataille, le regard sombre, habillé tout en noir, en moulant et sexy. Monsieur connard en mode tombeur. Il peut toujours courir pour que je marche dans son jeu cette fois. Je passe devant lui sans lui adresser un regard et sors de l’hôtel. J’allume une clope sur le trottoir après avoir enfoncé un bonnet sur ma tête. Il me rejoint.

– C’est bon, on peut parler maintenant ?

– T’as une caisse ou on prend les transports en commun ?

– Putain, Corey !

– OK, file-moi l’adresse du studio, on se retrouve là-bas.

– Tu ne parles pas français, comment tu vas faire ?

– File-moi l’adresse, le reste n’est pas ton problème. T’as pas besoin de venir me chercher comme si j’étais ton putain de gosse.

– Ça y est, le mode connard est revenu ? T’as pas mis longtemps à retrouver tes bases !

– L’adresse !

– D’abord tu vas m’écouter !

– OK, je rentre dans ma piaule, quand tu seras décidé à aller bosser, tu me préviens.

Je lance ma clope et fais demi-tour vers l’hôtel. Il attrape mon bras.

– On est vraiment obligés d’en arriver là ? Sérieux, Corey ?

Je dégage mon bras de sa main qui me brûle à travers mon cuir. Et je m’emporte.

– En arriver où, putain ? On est ici pour bosser, je te signale ! Vous m’avez arraché à ma vie, pour me traîner à des milliers de kilomètres de chez moi pour que j’apprenne une putain de setlist, et qu’accessoirement je prépare également un concert acoustique, merde ! Et maintenant, tu veux… je ne comprends même pas ce que tu veux, en définitive. Parler ? Mais parler de quoi ? Tu crois franchement que j’en ai quelque chose à foutre de tes histoires de cul à la con ? Je m’en tape, Jared ! Je ne sais pas ce que tu t’es imaginé, mais tu es loin du compte !

Il recule d’un pas.

– Tu ne comprends pas ce que je veux ?

Je plonge mon regard dans le sien.

– Non.

– Tu ne comprends vraiment pas ?

– Non.

– Et tu ne veux même pas essayer de comprendre ?

– Pourquoi ferais-je un truc pareil ?

J’allume une autre clope et lui crache la fumée à la tronche, sans le quitter des yeux. Il se mord la joue, cette putain de fossette apparaît sur l’autre, comme d’habitude, et ça m’énerve. Je reprends.

– Tu sais ce que je crois ? Je crois que tu as une telle estime de ta petite personne que tu penses que ta vie intéresse tout le monde. Et qu’il te suffit de faire un ou deux gestes sympas vers quelqu’un pour qu’il tombe dans tes filets. C’est peut-être vrai avec les connards sans cervelle qui sont émerveillés par ta superbe purement superficielle, mais manque de pot pour toi, je ne fais pas partie de cette catégorie de personnes. Tu perds ton temps avec moi. Je suis là pour jouer, encore une fois pour dépanner tout le monde, alors quand tu seras prêt à faire ton boulot au lieu de tergiverser sur ta vie sexuelle, tu me feras signe. En attendant, je vais aller m’acheter une gratte, j’ai vu une boutique de musique au coin de la rue quand on est arrivés hier. Si t’as besoin de moi, pour bosser, et uniquement bosser, alors fais-moi signe. Sinon, oublie-moi.

Bon, voilà, ça, c’est dit, j’espère que ça le dissuadera de continuer à me harceler avec ses conneries. Je le laisse et prends la direction de la petite boutique que j’ai remarquée hier soir. Il me rattrape, me dépasse et me barre la route. Il pose ses mains sur mes bras, l’air sérieux.

– OK, OK. Tu veux bosser, alors on va bosser. Et on ira acheter une guitare si tu veux. Mais avant ça, j’ai un truc à te montrer. On reste une petite heure, et après, on va bosser.

– Pas de conversations inutiles ?

Il secoue la tête.

– Aucune.

Je réfléchis.

– Ça marche.

– Super.

Il me guide jusqu’à une voiture garée non loin de l’hôtel.

– Julia m’a prêté sa voiture pour la semaine. Elle en a deux, donc on pourra aller et venir comme on veut. C’est plutôt cool de sa part.

Nous grimpons en voiture, il nous fait traverser la ville qui se réveille doucement sous les rayons d’un soleil fébrile de fin février. Je me perds dans ces rues qui diffèrent tellement de mon pays. Tout est petit, ancien, avec beaucoup de caractère. Je me sens bien dans cette ville. Dans sa ville à lui.

Après quelques minutes, il arrête le véhicule dans une propriété, une grande cour précédant une immense bâtisse usée, toute en pierres, recouverte de lierre. Sur le perron, nous croisons une poignée d’enfants sortant en courant et en riant de la maison, des sacs sur le dos. Ils s’arrêtent devant nous.

– Salut Nicolas ! Hello Corey ! On y va, on va louper le bus !

– Salut les morpions !

– À ce soir !

Ils passent le portail en nous adressant de grands signes de mains. Jared se tourne vers moi.

– Je leur ai parlé de toi, je leur ai dit que tu venais pour aider l’association, tu es déjà un héros ici.

– Nous sommes…

– Chez moi. Enfin, chez Julia. Je me suis dit que, vu que tu allais donner un coup de main, il était nécessaire que tu comprennes pourquoi je ne voulais pas annuler ce concert. Et pourquoi Hugh était partant pour le faire avec moi.

Il ouvre la porte et une autre poignée d’enfants, hauts comme trois pommes ceux-là, se jettent sur lui. Ils discutent quelques minutes en français, puis les marmots se tournent vers moi et me saluent.

– Bonjour Corey !

Très approximatif mais mignon. Je leur réponds.

– Bonjour.

Ils sont contents. Ils sautent partout alors qu’une femme apparaît dans l’embrasure d’une porte, un torchon à la main.

– Ah, Nicolas ! Nous t’attendions ! Oh, bonjour ! Corey, c’est bien ça ? Notre sauveur ? Venez, j’ai préparé le petit déjeuner. Entrez…

Bon, déjà, elle parle anglais… Je me sens un peu moins perdu. Jared, enfin ici je pense que je l’appellerai Nicolas, me fait signe de le précéder dans la pièce où a disparu la femme, que je suppose être Julia.

Je découvre une immense cuisine, où une jungle d’enfants gesticule dans tous les sens. Certains mangent seuls, d’autres, trop petits, sont aidés par de plus grands. D’autres, enfin, se roulent sous la table immense trônant au milieu de la pièce. Deux femmes âgées, au milieu de tout ce joyeux bordel, tentent, a priori, d’ordonner un minimum le repas. Jared se rend vers le plan de travail et me propose un café que j’accepte. Nous le buvons sans parler, les yeux rivés sur le champ de bataille qui nous entoure. C’est plein de vie, il y a un nombre incalculable d’enfants. Je ne me sens pas vraiment dans mon élément, mais je m’adapte.

Le chanteur est harcelé par plusieurs enfants, il les prend dans ses bras, les installe à nouveau à table, leur essuie la bouche, leur sert du lait, le tout en souriant. Une facette de lui que je découvre et qui m’étonne franchement. Personne ne pourrait se douter qu’il est une star de la scène capricieuse et imbue de sa personne à le voir comme ça.

Un enfant que je n’avais pas vu arriver, parce que trop petit, tire sur mon blouson. Et dire que Jared me trouve tout petit ! Il a vu les gnomes qui traînent dans le coin ? Il a une guitare à la main. Elle est presque plus grande que lui. Il la brandit vers moi.

– Guitare !

J’attrape l’instrument. C’est une Lag électroacoustique, modèle hors de prix. Un petit bijou. Le gamin répète :

– Guitare !

Jared se penche vers moi.

– Je crois qu’il y a appel, là ! Il veut que tu joues !

– Non… tu crois ?

Il acquiesce.

– Sûr !

J’inspecte l’engin qui me tente bien.

– C’est la tienne ?

– Oui. Je joue un peu. Pas grand-chose, mais un peu. Je l’ai accordée hier soir, si tu veux lui faire plaisir, hésite pas !

Je pose mon café sur le plan de travail derrière moi.

– Bon, alors faisons plaisir à ce charmant pote qui fait la même taille que moi, à peu de chose près !

Jared retient un rire, mais m’adresse un sourire désarmant.

J’entame l’intro de 10 Tears in Heaven , reprise de Clapton. Le silence s’impose dans la pièce. Seules les notes s’élèvent de ce bout de bois magique. La magie de la musique. Jared entonne les paroles dès la fin de l’intro :

« Would you know my name, if I saw you in heaven

(Connaîtrais-tu mon nom si je te rencontrais au ciel ?) »

Ce mec a la voix d’un ange. Et je dois avouer que le feeling que j’avais eu lors de notre après-midi acoustique se confirme. Nous sommes parfaitement accordés musicalement parlant. Nous anticipons les écarts artistiques de l’autre, nous y adaptons aussitôt, et le rendu est parfait. Je n’ai connu cette alchimie qu’une seule fois dans ma vie. Malheureusement, l’histoire s’est mal terminée. Cela n’augure pas forcément du bon, tout ça. Mais j’ai déjà mis le holà entre nous, donc je peux jouer tranquille. C’est d’ailleurs largement suffisant pour me donner un pied d’enfer. Parce que cette extase-là est beaucoup plus forte que tout le reste. J’adore ce moment de grâce qui naît entre nous, juste comme ça, par la musique, au milieu d’une cuisine peuplée d’enfants enragés. Qui ne le sont plus du tout, au passage. Ils mangent tranquillement, en nous regardant, et en nous écoutant.

Les yeux noirs de Jared me fixent lorsque je redresse la tête de mon instrument après la dernière note. Il est comme moi, emporté dans une bulle, dans notre bulle, qui s’est réinstallée autour de nous dès les premiers accords. Je l’interroge du regard, il hoche la tête. Celle-ci, nous la gardons dans la setlist du concert. Puis j’enchaîne sur trois ou quatre autres morceaux supplémentaires, et il me suit, jusqu’à ce que les enfants finissent leur petit déjeuner.

Puis nous nous installons à table, mangeons quelques viennoiseries, Julia est très aimable avec moi, elle me fait visiter la maison, me montre à quoi serviront les recettes du concert, plusieurs réparations importantes dans les chambres des enfants principalement. Je ressors de cette maison avec la ferme conviction de faire une bonne action, et enchanté de me rendre compte que le pouvoir de la musique peut aussi servir à ça. Faire le bien. Jusqu’à présent, je n’ai vu que le négatif qu’apportait toute cette industrie. Mais là, c’est totalement différent. Et ce qui est réellement étonnant, c’est que ce soit Jared, ce mec qui semble vivre uniquement dans les apparences, qui me montre le pouvoir bienfaiteur de la musique.

Je ne peux m’empêcher de le questionner, une fois dans la voiture, en route pour le studio. Il m’a prêté sa guitare, je n’ai donc plus besoin d’en acheter une. Je me rends compte que je ne connais rien de lui, et que, peut-être, je le juge mal pour de mauvaises raisons depuis le début. Que je me suis laissé avoir par les apparences qu’il manie si bien, justement. Mais tout reste à prouver.

– Julia, c’est…

– Julia, c’est la femme qui m’a sauvé la vie. J’étais dans la rue, elle m’en a sorti.

– Elle n’est pas ta mère.

Il reste les yeux rivés sur la route.

– Non. Je n’ai pas de mère. Ni de parents tout court.

– On a tous des parents.

– Pas moi. On va dire que je suis issu de l’immaculée conception, mais sans la vierge. Non, elle ne devait certainement pas être vierge. Et pas innocente non plus.

Je retiens un rire.

– En ce qui concerne mes parents, reprend-il, tout ce que je sais, c’est qu’elle s’appelait Ingrid Vauchel, qu’elle a accouché dans un hôpital et s’est barrée le lendemain entre deux soins. Sans moi. Et pour répondre à tes éventuelles questions sur le sujet, non, je ne l’ai jamais recherchée, et je ne le ferai jamais, surtout pas maintenant que je m’en sors dans la vie, parce que je suppose que si je la retrouvais aujourd’hui, je serais certainement un parti beaucoup plus intéressant, et je risquerais de croire à des choses sincères qui n’existeraient en définitive que dans mes espoirs. Donc elle a choisi, qu’elle aille se faire foutre. Ma mère, c’est Julia.

J’observe les rues qui défilent.

– Je n’allais pas te poser de questions.

– C’est bien ce que je te reproche, Corey. Tu ne poses pas les questions. Ni aux autres, ni à toi d’ailleurs.

Un silence emplit l’habitacle de la voiture. Si, je me les pose les questions. Je ne fais même que ça. Mais les réponses ne me satisfont jamais. Alors je préfère les oublier, parfois. Il reprend.

– Pour ton information, Julia est la mère, la vraie, de Mélanie. C’est pour ça que c’est compliqué.

Je ne réponds pas. Je n’ai rien à dire à ce sujet. Mais il continue.

– Je suis en couple avec Mélanie, oui. Mais nous nous sommes donnés cinq ans quand je suis parti pour L.A. Elle compte beaucoup pour moi, parce que c’est ma seule véritable amie, et parce qu’elle connaît mon parcours et beaucoup d’autres choses. Mais les choses évoluent dans la vie. Il y a des virages, et nous n’avons peut-être pas pris les mêmes, ou peut-être que si, je ne sais pas. Dès le début nous nous sommes dit que nous ne forcerions pas la route du destin. Et que si ce dernier nous écartait l’un de l’autre, c’est que c’est ce qui devait arriver. Dans tous les cas, nous avons un seul mot d’ordre : elle et moi face au destin. Du moment que le respect est là, nous sommes d’accord sur le reste.

– Je ne comprends pas. Comment peux-tu parler de respect quand tu baises tout ce qui bouge ?

– Je respecte Mélanie. Je n’ai aucune attache avec celles que je baise. La seule qui a mon cœur c’est elle. Pas ces groupies. Elles, elles sont… bref, c’est compliqué. Disons que ce que je fais en tournée, ou ailleurs, est loin de s’apparenter à une quelconque affection. Il n’y a aucune profondeur. Tu vois ?

Oh, putain, oui je vois. Même super bien !

– C’est très clair, en effet.

J’ai les boules. Je ne suis, en définitive, qu’une groupie de plus dans ses filets. C’est limpide. Je suis tombé vraiment très très bas. Je ne demande pas à briller, mais là, quand même, une groupie ? Une pétasse qui bande pour la superstar ? Merde !

Ah, ben ça, c’était le risque ! Tu serais resté Stixx, tu n’en serais pas là ! Il va falloir que tu te décides, soit tu restes dans l’anonymat et tu en acceptes les conséquences, soit tu redeviens Stixx, et tu reprends les rênes !

Ou, troisième solution, je rentre à San Diego et j’oublie tout ça !

La fuite, toujours la fuite, c’est tellement plus simple !

Pas de la fuite, mais de la protection, de la clairvoyance…

Mouais !

– Corey ?

Je suis dans un beau bordel intérieurement parce que, même si je méprise ce mec d’un certain côté, d’un autre, il m’attire. Je n’arrive pas à le cerner, j’ai l’impression qu’il n’est pas ce qu’il montre, que je comprends les choses de travers.

– Corey ?

J’ai l’impression qu’il me cherche, qu’il est sincère, qu’il n’est en définitive pas le mec sans profondeur que je m’attendais à trouver en le fréquentant, mais en même temps, il montre tout et son contraire.

– Corey ?

Et moi, dans tout ça, je me tords l’esprit dans tous les sens, je ne sais plus s’il joue ou pas, s’il est digne et fiable, si je peux lui donner la clé de mes sentiments, ou plutôt la planquer bien profond, je ne comprends pas ce qu’il recherche. Mais dans un cas comme dans un autre, je sais que tout ça n’augure rien de bon. Je vais souffrir. Je souffre déjà d’ailleurs. Parce qu’il est magnétique. Il chante divinement, sa voix et son accent m’obsèdent. Son physique, je n’en parle même pas. Et je suis enchaîné à lui par tellement de choses. Et je n’ai même pas vu les entraves s’enrouler autour de moi. Ma volonté s’avère souvent inébranlable, mais pas là. Elle me fait faux bond. En partie. Parce que justement, il ne joue pas avec les mêmes cartes. Nous jouons à un jeu dont je ne connais pas les règles. Et encore moins les feintes. Je suis perdu au milieu de tout ça. Mon sud et mon nord m’ont déserté, à un moment je suis résolu à laisser tout ce qu’il fait naître en moi au bord de la route, parce que je me sens capable de le gérer comme s’il était une personne lambda, et l’instant d’après, j’en veux au destin de me l’avoir collé entre les pattes sans m’avoir demandé mon avis parce que quoi qu’il fasse ou dise, cela me touchera d’une manière ou d’une autre.

– COREY !

Je me tourne vers lui alors qu’il stationne la voiture dans une petite rue.

– OUI ! QUOI ?

Il se gratte la tête puis frappe le volant d’une main.

– Pose-moi les questions, bordel de merde ! Je ne sais pas à quoi je dois répondre, comment veux-tu que je m’explique si je ne sais pas à quel propos je dois le faire ?

Il se penche vers moi. Je reste immobile, tourné face à lui. Son visage s’approche doucement et s’arrête à quelques centimètres de moi. Son regard m’examine profondément puis se pose sur mes lèvres. Je retiens mes frissons. Son souffle chaud s’affole légèrement. Il déglutit et ses mains se posent sur mes joues. Je reste aussi stoïque que je le peux.

– Corey, pose-moi tes questions. S’il te plaît. Aide-moi. Aide-nous.

Sa voix se casse sur ses derniers mots. Mon cœur s’emballe. Mais que puis-je lui demander ? Rien. Je ne veux pas m’engouffrer encore plus dans le filet réservé aux groupies, aux coups d’un soir, aux noms qu’il oublie dès la porte fermée, aux cœurs brisés par la rock star. Non. Il est déjà beaucoup plus qu’il ne le devrait pour moi, je ne lui en donnerai pas plus. Son regard m’implore de lui ouvrir le chemin. Mais quel chemin ? Celui de sa petite victoire personnelle ? A-t-il conscience que son succès fera ma perte ? Nous ne nous battons pas pour le même drapeau. Je ne l’aiderai certainement pas à m’anéantir.

– Tu veux une question ?

Il soupire de soulagement en fermant les yeux.

– Oui.

– OK. On est arrivés au studio ?

Il recule sur son siège en grognant.

– Oui ! Oui putain, on est arrivés au studio ! Tu ne peux pas t’intéresser à autre chose, bordel ?

– Je ne vois pas de quoi tu parles. Allons bosser !

Je sors de la voiture et claque la porte de la voiture. J’espère que ma question a comblé convenablement son attente. Il passe devant moi et se dirige vers une petite porte au coin d’un immeuble en me lançant un « connard » qui me convient. C’est bon, nous sommes d’accord, nous pouvons commencer à bosser, sans être pollués par des problèmes secondaires.

 

10 Tears in Heaven, Eric Clapton, crédits : Eric Patrick Clapton / Will Jennings.

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