MM Play With Fire
Chapitre 31
Jared
Départ d’Athènes. Grèce.
Deux jours de bus pour y arriver. Un méga concert. Un Corey encore plus à l’aise qu’à Rome, encore plus brillant, plus magnétique. Une gaule pendant tout le concert pour moi, et des prétextes pour le toucher un maximum un peu moins discrets. Nous ne sommes pas arrivés à nous isoler. Trop de monde. Une seule loge pour tous. La misère.
Départ de Tirana. Albanie.
J’entame une nouvelle nuit dans le bus, loin de lui, parce qu’il a fini par me soumettre à sa volonté. Pour changer. Concert parfait. Beaucoup de monde attendait Stixx à notre arrivée, il a été acclamé, et je suis ravi, parce qu’il mérite beaucoup plus encore. Je le sais depuis le début. Il a ce truc, qui le met au-dessus de tous les autres, je ne saurais le définir, mais je le ressens tellement. Et ce n’est pas le mec amoureux qui le dit. C’est le chanteur. Le professionnel. Si je peux me nommer ainsi. Parce que par rapport à lui, je suis un novice. Un petit joueur. Les Metal Dolls en intégralité sont bien en dessous de son talent à lui. Si j’étais lui, je partirais en recherche d’un groupe plus pointu. Ben oui, il n’a même pas mis un concert pour s’aligner à notre scène, et en plus, il a déjà apporté des notes en plus, des petites modifications qui améliorent notre prestation sans nul doute. John et Todd en sont dingues et parlent déjà de le garder après le retour de Hugh pour devenir un groupe de cinq, à deux guitares. Mais c’est mal connaître Corey, il n’acceptera jamais. Surtout après qu’il a été éjecté de son ancien groupe pour, entre autres choses, avoir trop brillé. Et il ne voudra jamais faire un truc pareil à Hugh. C’est une évidence. En attendant, il est encore parti se réfugier dans ce putain d’autre bus, il est loin de moi, alors que nous quittons la capitale albanaise pour la prochaine date.
Départ de Sofia, Bulgarie.
Encore un concert de folie. Les Dolls explosent, nous avons joué à guichets fermés, et Marcus nous a annoncé que les futures dates étaient également plus que vendues. C’est sans doute grâce à la critique qui nous encense, depuis que nous sommes accompagnés du fameux Stixx, les revues les plus anciennes et les plus réputées aimant les groupes avec de vraies racines, et Stixx apporte ces racines. Ce petit supplément nostalgique. En plus de tout son talent. C’est mortel. Une véritable expérience. Tout serait parfait si nous pouvions nous rapprocher en dehors de la scène. Mais cette maudite promiscuité nous en empêche. Je l’ai coincé en coulisses, trente secondes. C’est le mieux que j’aie pu faire, et ça me tue. Les SMS, c’est bien, mais ça va cinq minutes. Et un baiser volé entre deux caisses, ce n’est pas suffisant. Mais nous n’avons pas de temps à nous, pas de place, pas d’hôtel de prévu pour le moment, juste le bus, les répètes et la scène. Seul moment de grâce dans ce quotidien qui commence à me peser. Et ça ne fait que quatre jours. Je suis au bout de ma vie.
Départ de Bucarest, Roumanie.
Nous repartons pour une nouvelle nuit, après avoir enflammé les Roumains. Toujours pas de Corey à côté de moi. Juste un Stixx sur scène. C’est le seul que je peux approcher. Je commence à bouillir intérieurement. Toute cette histoire me saoule. Il va falloir que je trouve un truc pour le faire fléchir, parce que je suis en état de décomposition avancé, ma bite va bientôt tomber au fond de mon caleçon, toute rabougrie et desséchée, enfin elle va tomber dans son caleçon, celui que j’ai fauché dans son sac cet après-midi.
Départ de Budapest, Hongrie.
Concert génial. Encore seul dans ce putain de car qui me sort par les yeux. Sauf que ce soir je le supporte. Nous n’avons que deux heures de route pour atteindre Vienne, et donc un hôtel au bout du chemin. Et qui dit hôtel dit intimité. Et qui dit intimité dit Corey. Donc grosse forme pour moi, tout va super bien.
Pause à Györd, une petite heure depuis notre départ. Car en panne. L’autre, celui de Corey est trop loin devant nous, et surtout chargé à couler avec le matos, donc selon Marcus, aucune utilité qu’il revienne sur ses pas. Ben, putain, je ne sais pas ce qu'il lui faut, je peux lui en trouver dix mille, moi, des « utilités » : Corey, les yeux de Corey, les mains de Corey, les baisers de Corey, la bite de Corey… Donc pour résumer, hôtel à Vienne pour Corey, et hôtel à Györd pour moi, le temps de la réparation du bus. On ne serait pas dans cette merde si Monsieur Kingstone ne jouait pas sa tête de con en nous séparant dans les véhicules. Mais bon, quand on se croit super malin, voilà le résultat ! Bien joué Einstein ! En tout cas j’ai un lit, une douche, je peux au moins me branler. C’est déjà ça. Sauf que même ça, il le fait mieux que moi. C’est affligeant de se rendre compte que ce mec brille autant par sa présence dans ma vie que par son absence. Des cures de désintox anti Corey ça existe quelque part ? Il ne mérite pas la masturbation affolée que je suis en train de m’administrer. Mais je la fais quand même.
Départ de Vienne, Autriche.
Je monte pour la énième fois dans le car. Pas le même que celui de Monsieur Stixx. Parce que quand je suis monté dans celui du staff en sortant du concert, Marcus m’a regardé comme un extraterrestre et m’a demandé « pourquoi ? ». Et je n’ai pas su donner de réponse. Alors je suis redescendu, en croisant par la fenêtre le regard amusé de Corey. Ouais, c’est ça, rigole, tête de nœud !
Nous arrivons à Prague… Corey est déjà en mode manager des roadies, comme tous les jours. Il est toujours aux commandes des installations, même s’il délègue plus à Lee. Je le soupçonne de se gaver de boulot pour éviter de tourner en rond, comme moi, en attendant une fenêtre, aussi infime soit-elle, pour nous retrouver. Je suis comme un lion affamé dans sa cage, je le scrute, ne le perds jamais de vue, et attends le bon moment. Qui n’est venu qu’à de très rares occasions, beaucoup trop rares pour moi.
Pourtant, l’occasion se présente. OUI ! Une méga opportunité ! Les loges sont vraiment petites dans la salle de Prague. Alors, bon prince, Marcus nous offre le resto. Toute l’équipe, Staff et musiciens, s’y retrouve avant le concert. Tous sauf Corey. Il est resté à la salle, parce qu’il ne mange toujours pas. C’est un fait établi dans le groupe et ça ne surprend plus personne. Il mange seulement quand je lui injecte des chips dans la bouche de force. Chose qui ne s’est produite qu’une seule fois. Mais à cet instant, qu’il mange ou pas, je m’en fous. Je me dépêche d’avaler mon steak, commande un sandwich pour lui et prétexte l’excuse de lui apporter pour m’éclipser. Sans même le prévenir. Je sais, en tout cas j’espère, qu’il m’attend et que j’ai bien compris le message clair que son absence signifie.
J’entre dans les coulisses, je l’appelle, mais pas de réponse. Je le cherche sur scène, introuvable. Je me rends dans la loge. Il n’a pas fermé la porte. J’ai donc tout le loisir de l’observer, de dos, un pied sur une chaise, il fait ses lacets, ses écouteurs sur les oreilles, battant la mesure avec sa tête. Je me rue vers lui, pousse ma queue déjà au garde à vous entre ses fesses d’un mouvement de bassin furieux, recouvre son dos de mon torse, et attrape ses mains pour y glisser mes doigts. J’avoue, je suis un peu brutal. Mais pas autant que sa réaction. Il se met à crier, envoie sa tête en arrière, en plein dans mon pif, m’assène un coup de coude dans le bide alors que je lâche ses mains, et je m’écarte de justesse de son talon propulsé droit dans mes couilles.
Pendant qu’il tire sur ses écouteurs, je recule, pétrifié par ce rejet si radical et la violence remplie de haine dont il vient de faire preuve envers moi. Et je ne parle pas de mon nez qui me fait un mal de chien ! La main sur le pif, je le regarde, alors qu’il reste immobile, incrédule, perdu en face de moi. Il s’est passé quoi, là ? Ce rejet me cloue sur place. Et il ne bouge toujours pas, le torse animé par une respiration rapide, les traits tirés par je ne sais quelle expression qui me fait froid dans le dos, les poings encore serrés. Et moi, je sens mon monde s’écrouler. J’en ai presque les larmes aux yeux. Peut-être est-ce cette douleur dans ma paroi nasale qui joue sur mes glandes lacrymales. Oui, ça doit être ça.
Nous restons encore quelques secondes face à face, durant lesquelles j’ai le temps d’envisager tout et n’importe quoi, la conclusion étant toujours la même, il me rejette, sans que je ne sache pourquoi. Mais à un moment, il se reprend, tend une main tremblante vers moi.
– Jared, ça va ?
Il a l’air franchement désolé, voir dépité, et je perçois une nouvelle expression en lui, l’angoisse et la culpabilité. Je secoue la tête.
– Putain, mais pourquoi t’as fait ça ? J’aurais très bien compris par le biais d’une discussion, pas besoin de me démonter la gueule ! Je sais même pas si je vais pouvoir monter sur scène à cause de tes conneries !
Il s’approche de moi doucement, hésitant, comme si j’allais le mordre.
– Non, tu n’y es pas du tout. Je ne t’ai pas rejeté, Jared.
– Ben c’est bien imité pourtant !
– Je suis désolé, je t’en supplie pardonne-moi.
Il est arrivé à ma hauteur et soulève ma main qui protège mon nez, pour évaluer les dégâts.
– Tu ne saignes pas, je pense que la douleur est juste superficielle.
– Superficielle ? Tu veux que je te montre comment elle pue du cul la douleur superficielle ? Du con !
Je le repousse. Il revient à la charge, ses yeux sont suppliants cette fois.
– Je suis désolé, Jared ! J’ai cru que…
– T’as cru que quoi, putain ?!
– Que ce n’était pas toi !
– Et qui d’autre cela pouvait être, bordel de merde ? T’en as combien des mecs sur cette tournée, Corey ?
Il est blême et tremble toujours autant. Je comprends tout à coup. Non, il ne pensait évidemment pas que c’était moi ou une autre personne qu’il connaît. Je plisse les yeux.
– Tu as cru que j’étais qui, Corey ?
Il se retourne et repose son pied sur la chaise. Je m’avance vers lui.
– Corey ?
Il termine son laçage et se redresse face à moi, les yeux humides.
– Je suis désolé, Jared. Je ne voulais pas te faire de mal, je le jure.
J’attrape sa nuque et le force à se plaquer contre moi.
– Je te crois. Mais je veux que tu m’expliques. À qui pensais-tu avoir affaire ?
Il hausse les épaules sans répondre alors que je le berce. Ses doigts s’accrochent à mon T-shirt.
– Corey ?
Il soupire.
– Je… je ne sais même pas à qui je pensais. Personne en particulier. Ou peut-être tout le monde. Ou n’importe qui. Le nom de la personne importe peu en définitive.
Je ne réponds pas. Il reprend en se détachant de moi pour aller s’asseoir dans le canapé.
– Je… je ne supporte pas d’avoir quelqu’un dans le dos. Et une queue, encore moins.
Il m’adresse un sourire triste avant de se prendre la tête entre les mains.
– Je ne peux pas. Quand ça arrive, je ne me contrôle plus. Pardon, Jared, je ne voulais pas te blesser, j’aurais dû me douter que c’était toi, je t’attendais en plus et…
Je m’installe à côté de lui et le prends une nouvelle fois dans mes bras. Sa souffrance me brise le cœur. Mon instinct protecteur reprend du service. Je lui caresse les cheveux affectueusement.
– C’est bon, ne t’en fais pas pour moi. C’est pour toi que je m’inquiète. Tu ne supportes plus depuis… ton frère ?
Il hoche la tête avec hésitation. Je le presse plus fort contre mon torse.
– Est-ce que tu es allé en parler ? À un psy ou autre ?
– Non. Qu’auraient-ils pu faire de toute manière ? C’est fait, c’est fait… J’arrive à vivre avec, simplement, il y a ce truc. Jamais personne ne doit me toucher dans le dos.
Je me remémore les fois où, pourtant, moi, je l’ai attrapé alors que j’étais dans son dos.
– Mais à Atlanta, quand tu t’es engueulé avec Marcus… et aussi…
Il me coupe.
– Cette fois-là, tu m’as parlé. Et, je ne sais pas pourquoi, ta voix m’a apaisé. Et après le concert quand tu m’as entraîné dans le bus, ou le jour où vous m’avez escorté, à Nashville, j’ai pris sur moi. Parce que j’avais conscience que c’était toi. Et en concert, c’est différent. J’ai ma guitare, et je me sens Stixx, donc je n’ai pas cette crainte débile… Mais pas là. Je te demande une nouvelle fois pardon. J’aurais dû te prévenir…
Je secoue la tête. Je ne sens déjà plus mon nez. Ce qui m’importe, le seul point important, c’est lui. Et aussi les conséquences de tout ça, dans son intimité.
– Mais du coup… pour… enfin… Je veux dire…
Il retient un petit rire.
– Je t’écoute ?
Il lève des yeux pleins d’amusement vers moi. Il ne va pas m’aider l’enfoiré, alors qu’il sait très bien ce que je veux lui demander. Je caresse sa joue, me perdant dans l’admiration de son visage.
– Oublie. Je me fous de ce genre de détail. Je le découvrirai au moment venu…
Je ne lui laisse pas le temps de répondre et prends sa bouche d’assaut. Il attrape mes épaules et plante ses doigts dans mes muscles avec détresse. Puis sa main remonte le long de ma nuque alors que j’avance sur lui, l’obligeant à s’allonger sur l’assise du canapé derrière lui. Il remonte une cuisse sur ma hanche et colle son sexe au mien. Sa langue fouille ma bouche avidement, ses doigts se perdent dans mes cheveux. J’envoie un coup de bassin contre lui. Putain, ça fait du bien.
– Corey… J’ai envie de toi…
Il halète.
– Nous faisons une halte à Berlin la semaine prochaine…
Ses doigts glissent sous mon jean et appuient sur mes fesses. Je me laisse faire. Le rythme de va-et-vient qu’il m’applique contre lui est grisant. Je halète.
– C’est trop loin… J’ai envie tout de suite.
Nos queues frottent l’une contre l’autre à travers nos jeans. Je suis une telle cocotte-minute que je ne sais même pas si je vais me retenir de jouir là, maintenant. Surtout s’il continue de bouger contre moi.
– Il va falloir, pourtant.
Ses doigts se plantent dans mes fesses et accélèrent le rythme de notre étreinte. Il m’embrasse à nouveau. Putain ! J’ai la tête dans tous les sens, mes bras qui me maintiennent au-dessus de lui sans l’écraser commencent à vaciller, notre baiser devient fiévreux, je suis dur comme du bois, mon jean est trop petit et me compresse. C’est désagréable, et en même temps délicieux, cette tentation qui ne demande qu’à exploser mais que tout retient. J’ai envie de dépasser les contraintes extérieures.
Ses mains s’agitent sur mes fesses en urgence, nous intensifions les frottements entre nous, ses yeux tournent vers le ciel, flous et ombrageux, son souffle se fait court entre nos lèvres. Ce qui me stimule davantage alors que je n’en ai vraiment pas besoin. Mais savoir que c’est moi qui le mets dans cet état… C’est plus fort que toute stimulation physique. Je suis à deux doigts d’exploser dans mon futal. Lui, m’a devancé. Il rompt notre baiser, dans un état second, repose la tête sur le canapé. Mon nom s’échappe de ses lèvres entrouvertes.
– Nicolas.
Un chuchotement. Un murmure. Un appel d’une voix douce et chaude, trahissant son abandon total au plaisir que j’ai fait naître en lui. Un spasme violent le parcourt, son ventre se soulève d’extase pendant que ses doigts s’enfoncent brutalement dans la peau de mes fesses. Il est magnifique. Touchant, troublant, fragile, fort, beau, ensorcelant, et offert… Je n’ai pas besoin de plus. Ma bite lâche prise et éclate en feu d’artifice dans mon caleçon mais surtout dans mon ventre, mes muscles, mon âme.
– Oh, putain, Corey !
Mon cerveau ne répond plus et quitte mon enveloppe corporelle pour aller flotter dans l’extase de mon orgasme. Je m’étale sur lui, la tête enfouie contre son cou, alors que plusieurs secousses finissent de me vider de mon plaisir. Il m’entoure de ses bras, toujours pantelant, et embrasse ma tignasse. Nous restons là un petit moment qui reconstruit mon cœur, détruit morceau par morceau depuis une semaine loin de lui et de ses bras. Il lui suffit de me donner sa tendresse pour tout reconstruire. Recoller les dégâts de l’éloignement mélangé à la proximité…
Il rit doucement.
– Bon, je crois que je vais reprendre une douche… Et changer de fringues.
J’embrasse son cou.
– Je la prends avec toi.
– Jared !
Je secoue la tête en l’enfouissant encore plus dans ce creux entre la clavicule et l’oreille, ma cachette préférée, celle qui m’accueille toujours, qui sent bon, cette peau douce et râpeuse en même temps, parce qu’il a adopté la barbe de trois jours pour moi depuis que je lui ai demandé de le faire à Aix.
– J’en ai marre Corey. Je ne supporte plus cette situation.
Il caresse mon dos.
– C’est très dur pour moi aussi.
– Alors changeons de plan… Tu dis que tu fais ça pour moi, mais au bout de l’histoire, personne n’y trouve son compte.
– Jared, c’est encore le plus raisonnable et…
– Je me fiche de ton raisonnable ! J’ai besoin d’être avec toi, j’ai besoin de toi, sinon quel est l’intérêt ? Je suis avec une personne que je vois tous les jours mais je ne peux ni la baiser, ni la toucher, ni trop lui parler…
Il plisse les yeux.
– C’est ça que tu veux, Jared ? Me baiser ? Il n’y a que ça qui importe ?
Je me redresse.
– Tu as écouté ce que j’ai dit ?
– J’ai bloqué au passage « baiser » !
– Et alors ? Oui, pour moi c’est important ! Et donc ?
– Génial ! Eh bien, je te propose de reprendre les bonnes vieilles habitudes ! Il y a des dizaines de nanas derrière ces portes qui n’attendent que ça ! Se faire baiser par le grand Jared !
– Mais non, tu ne comprends pas.
Il me repousse et se lève du canapé en continuant sa diatribe violente.
– Oh si, j’ai bien compris et depuis longtemps ! Mon pauvre, c’est toi qui n’as réellement rien compris à la vie et aux rapports humains c’est affligeant ! Comme si le sexe était ce qui nous apportait l’absolution ! Comme si tu n’existais que selon la valeur de l’orgasme que tu donnes à ces nanas ! C’est ridicule !
Je me lève à mon tour et attrape son bras alors qu’il fouille dans son sac en sortant de nouvelles fringues.
– Tout le monde ne peut pas se targuer d’une confiance en soi exacerbée comme toi, Corey ! Moi, je n’ai pas cette confiance ! J’y peux rien, c’est comme ça. Si personne ne me regarde, je n’existe pas !
Il hausse les épaules.
– N’importe quoi. Genre, moi, j’ai confiance en moi ! Je suis à deux doigts de me pisser dessus là, tellement c’est drôle ! Non, en fait ce n’est pas drôle, c’est même loin de l’être ! Pourquoi tu n’as pas confiance en toi, tu veux un scoop ?
– Vas-y gros malin ?
– Parce que tu attends que les autres te disent qui tu es. Alors que tu as une putain de personnalité qui crève les yeux, tu ne t’es même pas arrêté trente secondes pour te regarder. Non, tu es tellement obnubilé par les apparences que tu ne penses même pas à te voir, toi !
Il soupire et se rapproche de moi.
– Les gens auxquels tu donnes tant d’importance, les fans, celles que tu baises, ou pas d’ailleurs, et même ton groupe, Marcus, ils n’aperçoivent que l’image que tu leur offres. Mais moi, Nicolas, moi, je te vois, toi !
Je baisse les yeux. Il reprend.
– Alors je te pose la question : a-t-on réellement besoin de baiser comme tu dis ? Est-ce que tu préfères en rester à ce niveau avec moi ? Me laisser au même niveau que tout ce monde qui t’entoure et ne t’apporte que du faux et de la futilité ?
Il se retourne et extirpe un jean de son sac. Je suis hors de moi, refusant d’entendre que ce qu’il me dit est la meilleure leçon qu’on puisse m’apporter. Et aussi la plus belle preuve d’amour que l’on m’ait donnée. Non, sous le coup de l’emportement, je préfère rester sur des considérations bassement matérielles et superficielles. C’est moins perturbant et m’évite la remise en question que je sais nécessaire au fond de moi, mais que je ne veux pas affronter.
– Au moins, ils m’apportent quelque chose ! réponds-je. Et toi, que proposes-tu ? Parce que pour le moment, il n’y a rien !
Il répond calmement, sans me regarder.
– C’est bien dommage que tu le ressentes comme ça. Je te propose tout simplement le vrai. La seule chose qui m’intéresse, moi. Le reste, tu peux le garder pour les autres, je m’en fous. Je ne suis pas amoureux de Jared. Mais de Nicolas. Enfin, si Nicolas existe vraiment. Ce dont je doute après ce que je viens d’entendre. Jared a tué Nicolas, il semblerait. Sur ce, tu m’excuses, mais j’ai une douche à prendre.
Des bruits de portes se font entendre dans les coulisses, puis des voix, des pas, et la loge est envahie par le groupe et Marcus. La vie reprend son cours, la parenthèse se referme bien malgré moi, alors que je ne désire qu’une seule chose, aller le rejoindre et plonger dans ses bras. Mais encore une fois, c’est impossible. Je crois que je suis à deux doigts de péter un câble. Vraiment, à deux touts petits doigts de rien du tout…
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