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PARTIE III - Maya & Aidan
PARTIE III
Maya & Aidan
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Party people - Nelly, Fergie
- AIDAN -
Master est Maya. Je suis à deux doigts de devenir dingue. Comment ai-je fait pour passer à côté ? Combien de fois ai-je maté ses vidéos sans m’en rendre compte ? Au moins autant que celles de Maya. J’ai du mal à encaisser la nouvelle. Maya. Elle. Toujours elle. Une partie enfouie en moi est heureuse, bien trop heureuse de la revoir, de savoir qu’elle est vivante, qu’elle danse encore. Je pensais avoir fait le deuil, l’avoir oubliée. Mais non.
Master est Maya. Ce type m’a envoyé les mêmes putains de frissons. Il m’a fasciné, attiré. Je ne me suis jamais posé plus de questions parce que je me disais que c’était un gars. Il y a deux semaines, j’ai bien vu que ce n’était pas le cas en découvrant le bandeau serré autour de sa poitrine, mais je me demande si mon cerveau n’a pas fait exprès de se blinder pour se mettre à l’abri d’une nouvelle obsession.
Master m’a rendu fou au même titre que Maya, et à aucun moment je n’ai fait le rapprochement. Quand est-ce que je suis devenu aussi con, sérieux ?
Je me suis à nouveau plongé dans toutes ses vidéos ce matin, celles de Master, et j’ai le cœur qui va exploser. Maya est là, elle est revenue… Et même si son corps est abîmé, je la trouve plus belle que jamais. Comment je vais faire ? J’ai une petite amie, je suis censé avoir tourné la page.
– Tu regardes quoi ?
Je ferme l’ordinateur juste avant que Zoey débarque dans le salon.
– Rien… Enfin, d’anciennes vidéos.
Si je commence à lui mentir, je me sentirai comme un enfoiré. Zoey s’installe en tailleur sur le canapé, avec un bol de céréales posé entre ses jambes. On n’habite pas encore ensemble, mais elle dort quelques soirs par semaine dans mon appartement. Je sais qu’elle espère plus d’engagement de ma part depuis quelque temps, et je croyais être prêt. Jusqu’à hier.
– Des vidéos de qui ? demande-t-elle la bouche pleine.
– MasterMax.
Je me racle la gorge. Je ne lui en ai jamais parlé. Ni de lui ni de Maya. Ni de mon passé à la SMB. Zoey n’aime pas les danseurs classiques. Pour elle, ils se la pètent et prennent les gens de haut. C’est clair qu’elle n’aurait pas aimé Maya à l’époque. Mais tous ne sont pas comme ça. Maya non plus, en définitive, quand on creuse un peu. Zoey a parfois des idées trop arrêtées et elle a du mal à se défaire de ses a priori. C’est sûrement l’un de ses plus gros défauts.
– Je peux voir ?
– Regarde, si tu veux. Je dois descendre à la salle. Mon cours commence dans dix minutes.
Ma remarque contient un rappel à l’ordre. Zoey est une de nos élèves, elle devrait déjà être en bas en train de s’échauffer, mais la ponctualité et elle, ça fait deux. Pourquoi je me mets à me focaliser sur ses défauts, aujourd’hui ?
Je me grogne dessus intérieurement et me lève.
– Quand est-ce qu’on se prend des vacances ? s’enquiert-elle sans s’inquiéter plus que ça d’être en retard. Le crew c’est bien, mais j’ai envie de passer du temps avec toi seul à seule.
– Bientôt.
J’enfile un sweat, mes baskets, plaque ma casquette sur mes cheveux, saisis ma gourde et ma serviette posées à l’entrée.
– Tu dis toujours bientôt. Comme pour visiter des apparts… Et tu n’as jamais le temps.
– C’est comme ça quand on monte un show, expliqué-je sans me retourner.
– Vous montez des shows sans arrêt.
Je soupire et finis par lui faire face.
– T’as envie de te disputer, ce matin ?
– Bien sûr que non ! C’est juste que… parfois, j’aimerais que tu prennes notre histoire plus au sérieux. Qu’on se projette dans l’avenir.
– Il y aura toujours de la danse dans mon avenir.
– Et moi, non ? s’indigne-t-elle.
– J’ai jamais dit ça !
Les minutes avant le début du cours s’égrènent.
– Tu sais bien que la danse c’est important pour moi. Je pourrais pas tout quitter comme ça, même si je le voulais.
Zoey n’est pas du genre à insister lourdement. Elle ne se prend pas la tête pour un rien, elle râle, mais elle sait écouter en retour. Là, par exemple, elle accepte mes arguments. On en reparlera à un autre moment, calmement, quand je n’aurai pas un cours à assurer et que je ne serai pas aussi pressé de voir Maya.
C’est le premier jour, il est normal que je sois excité, c’est une danseuse exceptionnelle. Mais mon état va passer avec le temps, j’en suis certain.
Je retourne me pencher par-dessus le dossier du canapé.
– Sois pas trop en retard.
Un rapide baiser plus tard, je dévale les marches.
Danser avec mes potes est vraiment le moment que je préfère. On le fait chaque soir, avant de clore la session en observant chaque danseur. Les élèves adorent nous regarder, et nous on se lâche tout en cherchant à envoyer l’enchaînement parfait. Marco se place devant, Elliott à ma droite. Nos mouvements sont synchronisés, on se connaît par cœur. Chacun a ses mimiques, que les autres n’hésitent pas à imiter lorsqu’ils se retrouvent face à lui. Notre petit jeu déclenche les rires.
Quand on finit, les sifflements et les applaudissements fusent. Puis, par petits groupes, nos élèves reproduisent la choré du jour, et nous, on note les progrès.
Je pensais que Maya galérerait pour s’intégrer, mais Asia, Cameron et Eduardo l’ont vite adoptée. Peut-être parce qu’elle a tout de suite apaisé leur méfiance. À la manière dont elle les a salués ce matin, ils ont compris que son assurance habituelle s’était fait la malle. J’ai failli me marrer lorsque Asia, notre petite boule d’énergie, l’a attirée vers le reste de la troupe. Maya a fini par sourire, déposer ses affaires et ne pas quitter le cercle. Elle n’a pas cherché à se mettre à l’écart, comme à la SMB. Ici, il n’y a aucune concurrence. On se respecte les uns les autres. Même les plus anciens, qui suscitent l’admiration des nouveaux, sont disponibles pour eux, et contents de les voir réussir. On se félicite dès qu’on peut, on s’encourage, on se chamaille. Je suis heureux que Maya puisse arriver dans un groupe soudé et bienveillant comme celui-là. Mais pour ma santé mentale, c’est carrément une autre histoire. J’ai toujours dit à Zoey que je n’aimais pas mélanger ma vie pro et ma vie perso. C’est pour cette raison qu’on ne s’embrasse pas à la salle. Seulement, je me rends compte que c’était un mensonge. Parce que j’ai autant envie de danser avec Maya que de l’embrasser devant tout le monde. Surtout quand elle commence à remuer sur la première ligne.
Elle est très différente de celle qu’elle était à l’école. Aucune retenue. Aucun complexe. Elle a retiré son sweat après les premiers échauffements, sa cicatrice passe entre ses seins derrière sa brassière, et elle se fout complètement de l’afficher. Tout le monde admire son style. L’agitation monte crescendo. Maya est adoptée par la troupe.
– Maya, tu danses la prochaine avec nous, assène Marco.
Je capte un regard blessé de Zoey, qui en rêve depuis des mois. Peut-être que si elle se montrait ponctuelle, il serait plus clément. Non, en réalité, cela n’a rien à voir avec ses horaires d’arrivée en cours. C’est une question de talent.
Notre leader se place devant avec la nouvelle arrivée. Elliott derrière lui, et moi derrière elle. Pendant deux minutes, je sens que tout ce qui m’a amené ici me revient en pleine gueule. Mes yeux s’arrêtent plusieurs fois sur les hanches et le cul de la danseuse, dont les mouvements m’hypnotisent. Elle est sexy. Elle danse comme si c’était sa dernière bouffée d’oxygène. Je ne peux pas m’empêcher de la mater, mal caché par la visière de ma casquette. Je croise son regard à plusieurs reprises dans la glace, et je n’arrive pas à m’en décrocher. Merde, je suis encore plus atteint qu’avant !
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