T'atteindre
13 - I feel like I'm Drowning - Two Feet
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I feel like I’m Drowning - Two Feet
- AIDAN -
Ça devient ingérable. Les répétitions s’enchaînent et c’est de pis en pis. Je ne vois pas comment les autres font pour ne pas remarquer que je suis agité. J’ai les pieds qui trépignent, je me jette à corps perdu dans les cours, passe de moins en moins de temps à mon appartement, et encore moins à celui de Zoey.
La situation va forcément finir par exploser entre nous. Elle n’a évidemment pas digéré de partir en vacances seule, et, même si on est encore en pause, je vois bien qu’elle brûle de jalousie dès qu’on danse nos duos avec Maya. Un mec normal l’aurait rassurée et aurait arrêté ses conneries. Mais le mec obsédé par sa passion n’en a pas envie. En réalité, tout ce dont j’ai envie, c’est de Maya. Je suis comme un dingue à l’idée qu’on va enfin danser un spectacle tous les deux. Nos noms sont côte à côte sur les affiches, ainsi que sur le panneau lumineux à l’entrée de la salle. Je me suis arrêté devant en arrivant. Je me suis revu gamin, devant mon ordinateur, fasciné par une danseuse, et maintenant je touche des doigts la fille de mes rêves.
Le rideau se lève dans quelques minutes. Après nos échauffements, Marco a réuni tout le monde dans les loges pour un dernier débriefing. Il effectue quelques rappels techniques à l’attention des danseurs de la compagnie et en profite pour nous apprendre une nouvelle :
– Il y a des journalistes qui viendront prendre une photo de la troupe à l’entracte. Ils voudront sûrement faire des portraits des deux têtes d’affiche. Ça ira pour toi, Maya ?
Nos followers savent depuis longtemps que Maya Peterson remontera sur scène dans la troupe de Marco Rojes, mais cette fois, la nouvelle fera le tour de la presse. En tant qu’ancienne coqueluche des médias, Maya va forcément attirer les commérages. Elle acquiesce, même si je ne la sens pas en totale confiance sur ce coup-là.
Je réagis au quart de tour quand tout le monde sort des loges en direction des coulisses. Je la suis de près dans le couloir, puis la freine d’une main posée sur son coude. Je me trouve bien con, quand elle m’interroge d’un regard surpris.
– Je voulais te dire… je… je suis heureux de partager cette affiche avec toi.
Son sourire me désarme, je la lâche avant de dire ou de faire une autre connerie.
– Moi aussi, Aidan… Je te dis « merde » pour ce soir, lance-t-elle sans s’attarder.
– Bonne chance !
Petite vengeance personnelle. Maya me sourit par-dessus son épaule.
– Tu n’as pas oublié.
– Je n’oublie jamais rien te concernant.
Il me semble qu’elle rougit, mais elle tourne la tête si rapidement que je peux me tromper.
Le spectacle est un vrai succès. À la fin de la soirée, nous récoltons une standing ovation. Quand les spectateurs quittent le théâtre, je n’ai qu’une envie : rejoindre Maya dans sa loge, l’asseoir sur sa coiffeuse, la déshabiller, m’agenouiller entre ses cuisses… Mais une silhouette inconnue se dresse sur mon passage, une femme, grande, svelte, dans une robe trop habillée, accompagnée d’une ado. Elle pose une question à Marco avant de se diriger dans le couloir et d’intercepter la star du spectacle, prête à aller se changer.
– Je savais bien que c’était ton nom que j’avais vu sur les flyers. Alors comme ça tu t’es remise à danser…
Je m’approche de Marco qui épie lui aussi la conversation.
– Je n’ai jamais arrêté, à vrai dire.
– Ah ! Oui… étrange, il me semblait que tu avais rompu tous tes contrats.
Le regard de Maya s’assombrit. On dirait qu’elle se retient de balancer une réponse cinglante. À cause de la présence de la petite, sans doute. Qui sont-elles, d’ailleurs ? Sa mère et sa sœur ?
– Je suppose que tu fais ça par passion, maintenant, se moque ouvertement la femme.
– J’ai toujours fait ça par passion, tu as juste oublié.
– Je n’ai pas oublié, Maya. Je n’ai jamais oublié que c’est grâce à moi que tu as pu vivre tout ça, que tu as pu entrer à la SMB et devenir la danseuse que tu es. Ni que quand la pression a été trop forte, tu as préféré tout arrêter. Ah ! Non, pardon… Tu as préféré lancer ta voiture dans un arbre pour pouvoir le faire.
Maya blêmit. Elle a vu qu’on était là, et qu’on entendait tout.
– Je ne sais pas pourquoi tu as pris la peine de venir me voir, mais j’aimerais que tu partes. Je suis parfaitement capable de gérer mon avenir pro.
– Très bien, abdique celle que je pense être sa mère d’un ton qui veut dire le contraire. Si tu as besoin d’un agent, tu as toujours mon numéro de téléphone. Est-ce que tu as besoin d’argent ? Je n’ai plus accès à tes comptes, alors…
– Je n’ai plus besoin de ton fric. Tu peux le garder. Et tu peux éviter de m’appeler aussi. Je ne répondrai plus.
– Dans ce cas, bonne chance pour la suite. Viens, Mia.
La femme et la gamine s’en vont. Maya disparaît dans sa loge. Marco soupire avant de me donner une tape dans le dos et de quitter le navire à son tour. Je le regarde marcher vers Gabriella et Elliott qui l’attendent plus loin. Ce dernier m’adresse un salut de la main. Je lui ai dit un peu plus tôt de ne pas m’attendre.
Je m’engage de nouveau dans le couloir, encore plus pressé de voir Maya et de savoir si ça va, quand Zoey débarque dans le sens inverse, approchant de moi dans une attitude peu confiante.
– Tu rentres avec moi ?
Honnêtement, je n’en ai pas envie.
– Pas ce soir, refusé-je doucement.
Malgré moi, mes yeux se posent derrière elle, vers la porte qui s’est fermée sur une autre danseuse.
– Encore elle…
– Me prends pas la tête maintenant.
Zoey s’énerve, et je la comprends :
– Tu sais, Aidan, à un moment donné, il faudra qu’on ait une vraie discussion toi et moi. Parce que break ou pas, je refuse de te partager.
Je soupire quand elle me dépasse et qu’elle sort en trombe des coulisses. Je n’ai pas envie de me prendre la tête avec Zoey, et je n’ai pas non plus envie de le faire avec Maya. Certain que c’est ce qu’il se produira si je la dérange maintenant, je pars donc me changer.
Il me faut quelques minutes pour savourer une solitude apaisante puis, une fois prêt, je me dirige vers la sortie. En passant devant la salle de spectacle ouverte, je la vois. Elle est seule, immobile sur un fauteuil. Je devrais la laisser en paix, mais ses yeux perdus dans le vide m’en dissuadent.
– Qu’est-ce que tu fais encore là ? demandé-je le plus doucement possible en avançant dans la rangée principale.
– Je suis venue m’installer là où elle était, et je n’ai pas réussi à quitter ma place. J’étais étrangement bien, là.
Pour confirmer ses dires, elle repose la tête sur le dossier du fauteuil. Je ne lui demande pas son avis avant de m’asseoir à ses côtés, tourné, comme elle, vers la scène.
– Pardon, mais ta mère a l’air d’être une vraie salope.
Elle rit.
– C’est la description que beaucoup en font. Malheureusement, je n’ai jamais réussi à l’insulter… Même dans ma tête.
Elle reste pensive une minute.
– Je crois qu’une part de moi attend toujours de lui plaire, d’atteindre le but dont elle a rêvé toute sa vie pour moi et qu’elle arrête de m’en demander toujours plus, qu’elle se contente d’être fière de moi.
– Ça n’a pas l’air d’être le genre.
– Non…
– Est-ce que cette part de toi prend le pas sur le reste ?
Sa tête bifurque vers moi.
– Tu cherches à savoir mine de rien si je compte quitter la troupe pour lui faire plaisir ?
Je hausse les épaules comme je l’ai vue si souvent le faire.
– Est-ce que ce n’est pas la logique des choses ? Tu es destinée à être danseuse étoile. On n’est qu’une passade dans ta vie.
Elle me regarde longuement, et j’entrevois une profonde réflexion dans son regard.
– Je me demande vraiment ce que tu penses de moi.
– Tu veux savoir ce que je pense ?
Elle répond d’un signe de tête. J’attrape sa main, joue avec ses doigts, cherche son regard attristé.
– Je pense que tu es la danseuse la plus sensationnelle de toute une génération. Je pense que tu es faite pour danser avec moi. Et je pense surtout que j’ai tout le temps envie de danser avec toi. Ta mère est idiote si elle ne voit pas que tu as déjà réuss…
Mes mots se perdent sous ses lèvres. Je reste comme un con alors qu’elle m’offre un simple baiser, d’une pression aussi légère qu’une caresse. Mes neurones grillent, mon corps tombe en panne, seul mon cœur tient le coup. Je me redresse et passe une main sur sa nuque. C’est notre premier baiser et tout est comme je l’avais toujours imaginé. Ses lèvres sont douces, tendres et chaudes. Elle dégage un parfum de jasmin. Pour la première fois, elle fait le premier pas vers moi. Sa langue m’incite au silence, ses mains croisent les miennes, on s’empêche de fuir l’un et l’autre. Je ne devrais pas… Je ne devrais pas trouver ça aussi bon, je devrais me tirer, pas dévorer. Mais cette pensée se perd quand elle s’écarte, et que je brûle d’envie de reprendre ses lèvres et de ne plus m’en décoller. Son souffle court m’en empêche. Ainsi que ses mots…
– Merci Aidan.
… puis son départ.
Je me retiens de lui courir après.
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