T'atteindre
16 - You & Me - Disclosure, Eliza Doolittle, Flume
16
You & Me - Disclosure, Eliza
Doolittle, Flume
- MAYA -
Il y a longtemps que je n’ai pas ressenti un tel trac. Je l’ai connu, tout au début, lors de ma première émission de télévision, ou de mon premier clip. J’étais une gamine avec des étoiles plein les yeux, prête à vivre son rêve. Puis l’intensité de la peur a fini par diminuer, l’excitation s’est faite moins forte. Plus les attentes de ma mère polluaient mon état d’esprit, moins je ressentais de plaisir. Si j’en suis arrivée là, chez Marco, loin du classique, c’est à cause d’elle. Elle a encore réussi à me faire beaucoup de mal la dernière fois que je l’ai vue. Je me rends compte que, même après tout ce temps, elle seule a le pouvoir de me blesser. Et quand je pense à Aidan, au fait de m’abandonner à lui, je me dis qu’il me causera la même peine un jour. Alors que je me suis promis que ce ne serait plus jamais le cas. Donc j’ai le trac. De le revoir, d’essayer de le tenir éloigné, de succomber. Je m’accroche de toutes mes forces à la bretelle de mon sac à dos, en espérant que ça pourra m’aider à résister en le voyant. Il ne se trouve pas dans la salle. En fait, je suis la première arrivée. Je me fige sur le seuil de la salle en entendant sa voix dans le bureau à côté.
– Alors comme ça tu as largué Zoey ?
– Comment tu le sais ?
– Elle est venue me dire qu’elle partait quelque temps voir sa famille. Elle en avait besoin. Qu’est-ce qui s’est passé ? Tu m’as assuré que vous étiez bien ensemble.
– On l’était. Jusqu’à ce que tu fasses venir Maya.
– Tu l’as voulue autant que moi.
– Je ne savais pas… On va encore avoir cette conversation ?
– Donc, tu la quittes pour Maya ?
Silence. Les battements frénétiques de mon cœur sont la seule musique que j’entends.
– Tu es sûr de ce que tu fais ?
– Non. Mais je ne peux pas rester avec Zoey en ayant envie d’une autre fille.
Je ne peux pas lui en vouloir de douter.
– J’espère que tu ne te plantes pas. Je sais combien elle est importante dans ta vie.
Qui ? Zoey ? Je ne comprends plus rien.
– C’est ce que j’ai toujours voulu.
Ce qu’il a toujours voulu ? Que veut-il dire ? Je me pose la question si intensément que je n’ai toujours pas bougé de ma place. Forcément, lorsqu’il sort du bureau, Aidan tombe sur moi qui écoute aux portes.
– Maya !
Marco, qui arrive derrière Aidan, me sonde d’un œil et jauge la situation avant de retourner se planquer dans son antre.
– Le cours commence dans dix minutes, nous rappelle-t-il.
C’est vrai, les élèves ne vont pas tarder. Ce serait mal avisé qu’il tombe sur Aidan et moi en plein… en plein quoi ?
– Tu as tout entendu ?
À quoi bon mentir ? Je fais un signe du menton sans plus le regarder et m’engouffre dans la salle de danse.
– Tu as rompu avec Zoey…
– Tu penses que j’aurais dû rester avec elle ?
En relevant la tête, je me rends compte qu’il est vraiment tout proche de moi, sa bouche au-dessus de mon oreille. Il affiche un sourire de vainqueur face à une chose qu’il convoite intensément et qu’il sait gagnée d’avance. Est-ce que le fait d’être libre lui a retiré toutes ses réticences ?
– J’aurais dû rester avec elle alors que je ne pense qu’à toi ?
– Tu ne penses qu’à moi ?
– Je te l’ai dit… Et depuis ce qui s’est passé dans les coulisses, c’est encore plus fort.
Ses mots ont à peine le temps de percuter ce qu’il reste de mon cœur que ses lèvres sont déjà sur les miennes. Hésitantes la première seconde, décidées celle d’après. Je sens mon cœur retirer son armure, se disloquer dans ma poitrine, s’agenouiller à ses pieds. Il va me faire du mal. Mais Aidan s’ouvre à moi et je me dis que moi aussi je pourrais lui en faire. Est-ce normal d’avoir autant envie de l’embrasser ?
– C’est dingue ce que ça me fait de te toucher.
Il affermit sa prise sur mes hanches, appuie sur mon bassin. Je comprends que son corps est dans le même état que le mien : frémissant, excité, complètement ivre.
– Je ne vais jamais pouvoir danser avec une gaule pareille.
– Ça ne te gêne pas, d’habitude !
Il se marre. Je viens d’admettre que je l’ai déjà senti en érection contre moi. Je ne lui dis pas que toutes les fois où il n’a pas pu se contrôler, mon corps ne réclamait que d’être soulagé lui aussi. Aidan lève les yeux par-dessus mon épaule et semble trouver quelque chose.
– Viens.
Il m’attire à sa suite. La porte du placard. Il se croit au lycée ?
– T’es fou… Le cours commence dans cinq minutes.
– Et personne n’est arrivé.
Je ne proteste pas plus. Quand la porte se referme sur nous, je n’en ai de toute façon plus aucune envie. Comme dans les coulisses, mes jambes s’écartent pour lui, ses mains cherchent le contact direct avec ma peau, mes seins. Sa langue vient les agacer pour me faire dérailler.
– Oh ! Bordel, j’ai déjà envie de jouir.
Il dit ça, mais c’est sa main qui descend dans mon legging, entre mes cuisses, sous mon boxer. Ses doigts qui glissent dans les plis chauds et déjà humides de mon intimité. Qui frottent, tournent, s’enfoncent. Il faut moins de trois minutes pour que je me sente prête à défaillir. J’écrase ma bouche sur son épaule et mords le tissu de son tee-shirt pour étouffer mon cri.
– Aidan !
– Merde…
Oui, merde. Les mains d’Aidan quittent mon corps alors que j’ai envie de bien davantage. Mais Elliott appelle son pote, et son ton est bien trop amusé pour qu’il nous laisse nous en tirer en toute discrétion.
– Marco et lui s’entendent trop bien, rouspète Aidan.
Je caresse son entrejambe gonflé.
– On dirait que tu vas devoir danser avec, finalement !
Il m’attrape la main et l’écarte de lui.
– Fais pas ça, Maya, putain.
À mon tour de rire.
Je me détourne, au prix d’un effort quasi insurmontable, et ouvre la porte sur un Elliott amusé. À l’entrée, je vois les élèves arriver, Marco derrière eux, les poings sur les hanches, faussement agacé de notre comportement d’adolescents.
Quand Aidan sort à son tour, quelques sifflets moqueurs résonnent dans la salle. Je m’en moque. Ce n’est pas mon style de rougir de mes choix. Et Aidan en est devenu un.
Il va me faire du mal. Je le sais au plus profond de moi. Tout comme je sais que je ne pourrai pas lui dire que j’aime sa présence à mes côtés, que j’attends chaque jour de pouvoir danser avec lui, que pour la première fois mon cœur est essoufflé après l’effort. Je suis nulle pour ces mots-là. Je ne sais pas les utiliser. J’en serai sûrement incapable toute ma vie. En revanche, je peux tenter de lui montrer tout ça.
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