T'atteindre
10 - Cono - Puri
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Cono - Puri
- AIDAN -
On n’aurait jamais dû danser ensemble hier soir… Le cours est une torture.
Une centaine d’élèves est réunie dans ce gymnase et nous regarde danser. Je ne suis pas un mec timide, j’ai donné des représentations devant beaucoup plus de monde que ça, mais jamais avec une telle obsession pour ma partenaire.
Dès le début, je sais que ma chute va être longue. Une agonie sans fin. Aucun moyen de dissimuler mon trouble. Zoey n’assiste pas à ce cours et je remercie je ne sais qui qu’il en soit ainsi, mais des dizaines de téléphones sont braqués sur nous, ça va forcément se voir que je ne la quitte pas des yeux et que les pas que j’improvise ne sont là que pour la toucher.
Il règne une chaleur atroce dans ce gymnase surchauffé. Maya ne porte pas son éternel jogging, mais un caleçon bien trop court et moulant accompagné d’un débardeur trop décolleté. Ses cheveux courts frôlent sans cesse sa nuque transpirante. Elle danse sur la ligne devant moi, décalée un peu vers la gauche sauf que son cul, ses cuisses, et chaque morceau de peau à découvert restent dans mon champ de vision et se gravent dans mes rétines. Je serre les dents à m’en fissurer l’émail, m’efforçant de rester concentré, sauf que mon nez se trouve bientôt trop près de son cou, son dos collé à mon torse, sa main sur mon bras, ses lèvres… Est-ce qu’on danse toujours ? La musique s’arrête. Maya sursaute en même temps que moi. Comme si ma présence la brûlait, elle récupère sa main à toute vitesse, reconstitue son masque de prof et se tourne vers le public pour les remercier. Puis elle se dirige vers les miroirs où on va leur apprendre les pas. Je la suis sans voir où je vais. Je sais juste qu’en suivant ses pas, je suis dans la bonne direction.
Durant quatre jours, pas après pas, Maya et moi formons un prof à deux voix. On s’entend bien. Je parle moins qu’elle, elle a les bons mots. Je complète quand elle reprend sa respiration. On est synchro. On est doués. On est fait pour ça. Pour être ensemble… Je suis essoufflé en le comprenant.
Après l’effort, quand tous les élèves ont quitté notre salle, nous retournons dans les vestiaires réservés aux professeurs. Nos camarades nous ont donné rendez-vous dans un bar à quelques kilomètres de là pour fêter la fin de ce stage qui a fait carton plein. Je suis donc seul avec Maya. Le silence est pesant au moment où nous récupérons nos affaires.
– C’était une sacrée expérience, commenté-je pour l’alléger.
– J’ai hâte de recommencer, pas toi ?
Avec toi, tous les jours !
Le vestiaire est typique des gymnases. Un grand espace où trônent des bancs, de longs casiers au-dessus. Les douches se situent au fond de la pièce, Maya leur lance un rapide coup d’œil avant d’ouvrir son sac.
– Tu veux prendre ta douche en premier ?
Je comprends qu’elle me donne la possibilité de me sentir à l’aise après mon comportement d’ado en proie à ses hormones.
– Vas-y si tu veux !
Elle hésite une seconde puis hoche la tête. Après avoir récupéré ses affaires, elle s’en va vers les douches. Mon cœur se met à battre frénétiquement en la voyant retirer son tee-shirt sur le chemin. Elle a une brassière en dessous et un simple shorty de coton sous son caleçon. Malgré moi, j’admire sa silhouette sportive.
Je m’effondre sur mon banc en entendant l’eau se mettre à couler. Je retire ma casquette d’un geste rageur, me prends la tête dans les mains, j’essaie de penser à autre chose, de respirer fort pour masquer le bruit de l’eau qui coule sur son corps nu. Seulement, notre danse collés serrés se rappelle à moi. Je serre mes cheveux comme si je pouvais en arracher des poignées. Qu’est-ce que je fais ?
Je me relève, excité, les oreilles bourdonnantes, le cœur sur le point d’exploser. Ma tête me hurle de m’arrêter mais mon corps n’en a rien à foutre. Je me déshabille, fais un pas, puis un autre. Elle est en train de se laver les cheveux lorsque la plante de mes pieds se pose sur le sol rugueux et humide des douches. Elle penche la tête en arrière. Je reste au milieu du bac, ma serviette en main, hypnotisé par ce corps souple, sa grâce. J’ai envie d’elle. À tel point que je fais n’importe quoi. Elle se retourne vers moi. Ses mains se suspendent sur son crâne. Ses yeux s’ouvrent en grand, d’abord focalisés sur mon visage, puis mon torse, mes hanches, et enfin mon érection. Rien ne sert de me cacher.
– Aidan…
Je n’approche pas. Je prends place sous un jet en face d’elle, dos au mur pour ne pas la quitter du regard. L’eau coule sur moi, j’attrape son gel douche posé sur le sol, je m’en verse une noix dans la main, commence à me savonner, sans jamais tourner la tête. Je joue à un jeu dangereux. N’importe qui considérerait que je suis déjà en train de tromper ma copine, mais j’ai mis mon cerveau sur off. Il ne faut pas que je la touche. C’est tout ce que je parviens à me dire. Sinon je ne pourrai plus faire marche arrière.
À aucun moment nous n’échangeons un mot. Mais nous ne nous détournons pas. Maya continue de se laver dans toute sa nudité parfaite. Ses mains dansent sur son corps. Je ne sais pas si elle le fait exprès, mais ses mouvements m’attirent, mon souffle se raccourcit. Tout mon sang est concentré au sud. Ses doigts descendent sur son ventre, remontent.
Je glisse ma main pleine de mousse sur mes pecs, mes abdos, mes cuisses, cognant ma queue au passage. Maya la regarde, je l’entends retenir sa respiration. Ma main semble prendre vie d’elle-même en descendant toujours plus. En m’empoignant d’un geste ferme. Avant. Arrière. Putain, c’est trop bon. Je ferme les yeux une seconde pour savourer. Maya n’a pas hurlé, ne m’a pas traité de pervers, elle ne s’est pas enfuie en courant. Au contraire, ses doigts glissent aussi sur son corps. Ses cuisses s’écartent. Sa main se pose sur son entrejambe. Ses doigts disparaissent dans sa fente. Je manque de jouir à cette simple vision. Maya en train de se masturber. Maya dont le corps se tend vers l’arrière. Maya qui gémit, se caresse les seins. Maya est en roue libre. Ses yeux cherchent les miens puis les fuient.
J’avance. Je ne sais même pas si elle le voit depuis là où elle semble avoir décollé. Son souffle devient gémissement, sa bouche s’ouvre pour que l’eau s’y déverse. A-t-elle besoin d’une diversion afin de ne pas prendre conscience que je ne suis plus qu’à un pas ?
Ma cuisse s’insère entre les siennes. Elle a un sursaut, puis se resserre autour de moi. Elle cherche la délivrance. Je jouis à ses pieds pendant qu’elle cogne sa tête sur le mur. C’est tellement érotique. Je n’ai jamais fait ça avec qui que ce soit. Je n’ai jamais éprouvé cette tempête dans mon cœur. Je suis perdu. Je suis infidèle. Je suis un foutu salaud.
– Je suis désolé.
À qui je m’adresse ? Maya doit comprendre ce qu’il se passe dans ma tête. Sa main se pose sur un de mes pectoraux, elle me repousse.
– Tu devrais aller t’habiller…
– Désolé.
J’arrive à me donner un coup de pied mental. Il commence à faire froid. Aucun de nous n’est sec et ça fait bien longtemps que l’eau s’est arrêtée. Maya se couvre la poitrine, elle n’affiche aucune expression.
– Ce n’est pas grave, dit-elle après avoir haussé les épaules.
Comme si elle pouvait être indifférente dans un moment pareil… N’éprouve-t-elle donc rien ? Moi je suis dans un état lamentable. J’ai l’impression d’avoir balancé mon cœur au sol puis de l’avoir piétiné. Ou que Maya le piétine au moment où elle quitte les douches sans me regarder. Si elle ment bien, ce n’est pas le cas de sa peau qui frissonne encore.
Je la suis des yeux jusqu’au banc où elle se sèche et se rhabille avant de quitter les vestiaires précipitamment. Ressent-elle quelque chose ?
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