T'atteindre
12 - Bury a Friend - Billie Eilish
12
Bury a Friend - Billie Eilish
- MAYA -
– Qu’est-ce que vous avez tous les deux ?
Je me décale d’Aidan, fautive. Plus rien n’est pareil avec lui, je le sens dans sa façon de me toucher. Depuis qu’on est revenus du camp, notre alchimie sur scène ne fonctionne plus. J’ai l’impression d’être redevenue une Maya emplie de rage ou d’un truc du genre.
– Le filage est demain, je pensais que vous vous entendiez bien et que le camp vous avait rapprochés ! C’est quoi cette distance ? Vous êtes censés être amoureux, et là, personne n’y croit.
Il y a beaucoup trop de non-dits entre nous. Tout ne se réglera pas d’ici à demain. Peut-être même pas avant la première, à ce rythme.
– Je ne sais pas ce qui vous tracasse, mais vous allez arranger ça ! Ce soir ! Je vous laisse une heure !
Et comme si c’était possible, il crie encore plus fort l’instant d’après.
– Tout le monde dehors !
Non ! Je ne peux pas me retrouver seule avec Aidan !
Je les regarde tous suivre le metteur en scène. Zoey ne peut pas la jouer femme jalouse, ce soir ? Ça m’arrangerait. Elle m’éviterait surtout de reluquer son mec un peu trop et de vouloir recommencer l’épisode de la douche, en le touchant cette fois-ci. Quinze jours que j’y pense. Il aurait dû partir en vacances ! J’aurais peut-être pu oublier à quel point j’ai eu envie de lui. À la place, depuis qu’on a repris les répèt, je dois me refréner, supporter ses contacts devenus froids en me maudissant d’avoir cédé. C’est Zoey, sa petite amie, pas moi. Maintenant qu’elle est revenue de son voyage, et que leur break doit avoir cessé, Aidan est encore plus distant envers moi. Et ça me ronge. J’étais venue pour danser avec lui, pas avec une pâle copie un peu amorphe.
– Je suis désolé… lance-t-il soudain pendant que je lui tourne le dos. Pour ce qui s’est passé dans les vestiaires. C’est à cause de ça que tu es perturbée…
– Je n’ai pas l’impression que je suis la seule à être perturbée. Ne t’en fais pas, ça passera. Ça passe toujours. Ne te donne pas trop d’importance, Aidan.
Ce n’est pas ce que je voulais dire.
– C’était juste du sexe. On était excités à cause de la danse. Ce genre de chose arrive à tout le monde…
Gros blanc.
– Et ça t’arrive souvent ? Avec d’autres mecs ?
Restant sur ma ligne de conduite, je hausse les épaules et lui fais face. Je n’oublie pas qu’il est pris. Je ne devrais pas le vouloir à ce point. Il sera comme les autres. Il profitera de quelques instants avec moi avant d’en demander plus, puis de me quitter quand il sera insatisfait.
– Ça n’avait aucune importance pour toi ? demande-t-il d’un ton devenu dur.
Je ne réponds pas plus à cette question qu’à la première.
– Voilà pourquoi je sais que toute cette histoire est une connerie. Quand est-ce que t’arrêtes de mentir ?
– Je ne mens p…
Aidan me coupe en insérant son genou entre mes cuisses comme il l’a fait dans les vestiaires.
– Danse. Et redis-le-moi…
Je ne peux pas.
– Tu es pris.
Tu n’es pas à moi. Mes mots agissent comme un électrochoc. Il recule, l’air coupable.
Il relance la musique et nous reprenons l’entraînement, mais le résultat est encore pire. La tension nous maintient à distance. Aidan n’ose plus poser ses mains sur moi et je ne rêve que d’une chose : rentrer chez moi. Je vais finir par faire une bêtise, sinon. Mais je n’avais pas prévu qu’il ne me laisse pas l’occasion de partir une fois l’heure écoulée. Je n’ai pas le temps de récupérer mon sac en bas de la scène ni de le voir arriver qu’il se colle contre mon dos. Mon désir explose lorsque je sens ses mains sur mes hanches, et son érection qui frotte contre mon legging. Je me cambre en arrière.
– Maya… s’étouffe-t-il presque.
Son souffle à mon oreille fait courir des frissons du creux de ma nuque jusqu’à mes orteils. Les battements de mon cœur deviennent fous. Il me fait perdre mon raisonnement logique.
– Tu es d’accord, Maya ?
Ma main mue par sa propre volonté lui donne sa réponse. Je la lève vers l’arrière, vers sa nuque, l’empoigne. Je la descends ensuite sur ses fesses, les incitant à ne pas s’écarter, à se frotter à moi quand je m’arque un peu plus. J’arrive à passer les doigts dans son short, puis dans son boxer. Aidan grogne en les interceptant. Il plaque mes bras sur le mur, à hauteur de tête. Sa voix gronde, autoritaire.
– Ne me touche pas. Laisse-moi faire.
Mes reins s’offrent à lui. Il s’agite derrière moi sans me toucher, puis ses mains dégagent mon legging de mes fesses qu’il caresse en retenant son souffle. Je sens sa peau contre la mienne, son short a disparu, il l’a sûrement laissé tomber sur ses chevilles. C’est le déclic, nos mouvements se synchronisent. Aidan remue en de longs va-et-vient. Sa bouche posée sur mon épaule, ses pectoraux derrière ma nuque, ses gémissements se font de plus en plus forts.
– Touche-toi, Maya.
J’obéis. Mon cerveau n’a plus la force de lutter. Tout ce qu’il veut, c’est connaître le plaisir qu’il est sûr d’atteindre dans les bras d’Aidan. Même s’il est pris. Même si je ne ternis pas ma réputation de garce sur ce coup-là. Je l’aurai mérité. J’aurai mérité mille insultes pour ce moment.
– Je veux que tu jouisses. Putain, je n’arrête pas de repenser à tes doigts dans cette douche.
Ses mots sont un pur aphrodisiaque. Mon clitoris est gonflé, mes lèvres humides. Il ne me faut qu’une minute avant de me tenir au bord de l’orgasme. Aidan s’en aperçoit.
– Putain, Maya.
Il répète mon prénom au moment de jouir. Je retiens mon souffle quand c’est mon tour, bloquant ma respiration, basculant la tête contre son épaule, ouvrant la bouche dans un cri silencieux. Une nouvelle fois, la sensation est décuplée, démultipliée. Elle me laisse sur le carreau, avec l’impression d’avoir trois cœurs tambourinant dans ma poitrine. Aidan s’écarte enfin. Et je respire de nouveau.
– Merde…
Quoi ? Je jette un œil par-dessus mon épaule pour le voir essuyer sa main à l’intérieur de son tee-shirt.
– J’ai l’air d’un puceau.
Premier sourire de la soirée. Peut-être même de ces quinze derniers jours. Il trouve sa serviette, remonte mon pantalon sur mes hanches et se rhabille. Je n’ai pas le temps de dire quoi que ce soit que Marco est de retour.
– Ça y est, vous avez réglé votre problème ?
Non, je crois qu’on a empiré les choses.
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