T'atteindre

ELLE SEVENO · Chapitre 21 sur 52

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T'atteindre

2 - 16 shots - Stefflon Don

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16 shots - Stefflon Don

 

- MAYA -

Je tourne la tête pour assouplir mes cervicales, puis je passe à mes bras et mes épaules. Enroulé. Déroulé. Dégagé. Grand écart. La séance va bientôt commencer. Pas besoin de regarder l’heure, j’ai le ventre qui s’amuse à jouer les horloges : dès que le cours d’Aidan est sur le point de débuter, mon estomac bat la mesure.

Je prends une inspiration plus profonde en le contemplant saluer tout le monde. Il fait un check à ses danseurs, les uns après les autres. Jusqu’à moi. Sa main est toujours hésitante à ce moment-là. Son regard se lève juste une seconde. Et, chaque fois, quand nos yeux se jaugent, ses doigts se referment un peu plus sur les miens. Déjà une semaine que ça dure.

Je scrute l’entrée de la salle. Zoey n’est pas sur ses talons. Elle arrive souvent en retard, mais ensuite elle ne le lâche plus d’une semelle. Je fais taire la chieuse jalouse trop heureuse de ne pas la voir en pestant intérieurement contre moi-même.

Je crois avoir réussi à trouver ma place. Bien sûr, je ne suis pas aussi enjouée qu’Asia, et je ne charme pas en un coup d’œil comme Eduardo, mais je salue tout le monde, j’écoute les conversations avec intérêt, et, parfois, j’y prends part. Je crois même qu’ils comprennent les moments où j’ai besoin d’évoluer seule. Ce n’est pas contre eux, je me sens plus à l’aise ainsi. C’est d’ailleurs un peu à l’écart des autres que je danse ce matin. Je veux vraiment intégrer cette nouvelle chorégraphie de Marco, et pour ça je ne dois me concentrer que sur mes pas.

– Salut !

La voix qui m’interpelle lors d’une pause est aiguë, fluette. Je découvre une gamine dans un fauteuil roulant.

– Tu sais que tu peux danser avec un groupe… me dit-elle.

– Je sais, oui.

– Alors pourquoi tu ne le fais pas ? Est-ce que tu as honte ?

– Honte de ?

– De ne pas être au niveau !

Quelle morveuse !

– Non, je n’ai pas honte !

– J’ai l’impression de t’avoir déjà vue quelque part…

– Peut-être.

– Moi c’est Gabriella. Et toi ?

– Maya.

Je la jauge un peu plus. Le contraste entre son apparence et son attitude est saisissant. Elle a tout de la poupée exotique. D’origine mexicaine, si je ne me trompe pas ; de longs cheveux bruns ondulés autour d’un visage doux. Elle ne doit pas avoir plus de 15 ans. Ses jambes sont fines, ses bras puissants. Elle me toise comme si elle n’arrivait pas à me cerner.

– Maya. Aidan. Je veux vous voir tous les deux sur la prochaine. Seuls.

Quoi ? Je sursaute malgré moi.

– Apparemment, tu ne devrais pas avoir honte si mon grand frère te fait danser avec Aidan ! J’ai hâte de voir ça.

C’est limite si elle ne me met pas la main aux fesses pour me pousser.

Tout le monde a l’air d’approuver l’idée. Aidan est déjà en place. En me postant à sa droite, j’aperçois la silhouette de Zoey sur le seuil de la porte. Elle s’y arrête quand elle nous voit tous les deux, prêts à danser.

On pourrait croire qu’on dévisage nos reflets respectifs dans le miroir, mais c’est lui que je scrute. Ses yeux croisent les miens également. Je remarque ses lèvres entrouvertes et sa poitrine qui se soulève à vive allure. Il a pourtant eu le temps de se reposer avant notre duo… Est-ce l’impatience qui le met dans cet état ? La même que je ressens ?

La musique démarre. Nous enchaînons les pas appris pendant le cours de Marco. Des pas écartés, rapides. Nos bras donnent des impulsions, nos bassins ondulent. Nous commençons de manière désaxée : moi sur la ligne avant, lui en arrière, à ma gauche. Puis la choré nous oblige à tourner. Rebonds sur les pieds, coups de coude, jambes pliées, fermées, tendues. Je me retrouve devant lui. Un de ses bras remonte de mes hanches à mon cou, sans me toucher pour autant. Il décale son torse, le ramène contre mon dos. Le contact de sa peau sur la mienne me projette des années en arrière. Notre symbiose est toujours aussi parfaite. Cela ne m’a jamais semblé si… évident.

En s’arrêtant face à moi, Aidan détourne aussitôt la tête. Sa mâchoire et ses poings se serrent.

– Une autre ! ordonne Marco.

Aidan reporte son attention sur mon visage, les yeux brillants. J’ai le droit à un sourire de sa part pour la première fois. Celui-ci reste discret, mais il attire le mien, hésitant.

Marco lance un nouveau morceau. Je reconnais les premières notes tout de suite. Aidan se fige, ses lèvres retombent. Il jette un coup d’œil à son ami, on dirait qu’il veut le massacrer. Pourquoi ? À cause de ce son, qui nous a fait transpirer quand on avait 16 ans ? Se rappelle-t-il cette heure où nous nous sommes détendus sur tout un tas musiques grâce à des battles, des portés classiques pas du tout adaptés au rythme, des imitations de nos profs plus hilarantes les unes que les autres ? Parce que moi, oui. Ça a été l’un des rares moments où je me suis détendue à la SMB. Où j’ai été moi-même. Où j’ai dansé jusqu’à en avoir des courbatures le lendemain, chose presque impossible avec mon entraînement de l’époque. Aidan ne bouge pas, attendant peut-être que ce soit moi qui lui montre que je n’ai rien oublié. Les danseurs commencent à hocher la tête en rythme. Le style ne ressemble pas à du hip-hop, mais on peut danser dessus si on le fait à toute vitesse, si on rebondit. Je décide de me lancer et de répondre à mes propres désirs. C’est pour ça que je suis venue ici, après tout : pour être moi-même. Et je le suis en dansant avec Aidan. Il ne lui faut qu’une seconde pour me faire face et jouer son rôle d’adversaire, de partenaire, d’ami, d’amant. Peu importe. Ce sont les spectateurs qui interprètent. Je souris beaucoup trop pour y prêter attention. Mon rythme cardiaque accélère, mes cuisses chauffent, mes fesses frôlent son corps, provoquant des décharges électriques dans le mien. Comme cette fois-là, nos peaux se recouvrent de transpiration et nos yeux s’accrochent.

Dès que la musique se termine, Zoey disparaît dans le couloir en faisant claquer la porte derrière elle. Aidan lui court après. Dans une troupe, il n’y a pas de place à la jalousie. Sur scène, on joue un rôle. Point. Mais est-ce vraiment mon cas avec Aidan ? J’ai toujours ressenti quelque chose de spécial pour lui. La même chose que ce que me provoque le hip-hop : de l’euphorie, du plaisir… de la liberté.

– Tiens, lance Elliott en me tendant une bouteille d’eau. C’était génial !

Il me félicite avec une bourrade sur l’épaule avant de rejoindre Marco. Les autres se montrent pleins d’enthousiasme. Et puis Gabriella roule jusqu’à moi, plus intriguée que tout à l’heure.

– Toi, c’est sûr que ce serait du gâchis que tu finisses dans un fauteuil.

Mon cœur se pince en avisant sa mine sombre. Ça veut dire quoi, ça ?

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