T'atteindre
14 - Had Some Drinks - Two Feet
14
Had Some Drinks - Two Feet
- AIDAN -
Le spectacle arrive bientôt à son point culminant. L’héroïne a délaissé la danse classique pour celle des rues. Fini le justaucorps, elle lui a préféré un caleçon large. Baskets aux pieds et tee-shirt tombant sur une épaule, elle s’épanouit au milieu des danseurs. Je suis censé clore cette scène avant l’entracte, en entrant en scène quand l’héroïne doit se mesurer à un choix : rejoindre le type des rues ou s’engager pour de bon auprès du gars de bonne famille qui l’attend chez elle. Je dois danser avec Maya, un duo sensuel. Je suis encore en coulisses pour le moment, et je n’arrive pas à défaire mon regard de ses mouvements. Marco avait raison, elle seule pouvait tenir ce rôle.
Zoey et les autres danseurs commencent à quitter la scène. Ma petite amie – ou celle qui l’a été – entre en coulisses. Je la vois me scruter avec attention, comme tous les soirs. Je sais qu’elle ne me quittera pas du regard lors de ma prestation. Est-ce qu’elle sent que ce soir tout est différent ?
C’est bientôt à moi. Je glisse sur les pieds et atterris derrière la danseuse solitaire. Elle ne s’arrête pas. Jamais. Maya n’a aucun moment de répit dans ce spectacle. D’abord à un bon mètre de distance, on se déplace ensemble dans tout l’espace. Puis, subtilement, on se rapproche. Nos mouvements gagnent en ondulation, alternent avec des saccades. Nos poitrines bondissent au même rythme. Nos bassins roulent. Nos hanches se cherchent. Dans le hip-hop, il n’est pas rare d’avoir des mouvements explicites. Le public adore. Les spectateurs s’enthousiasment de ce genre de démonstration.
Le but dans cette danse avec Maya est que mon personnage la séduise une dernière fois. C’est la dernière chance qu’elle me choisisse. Elle doit s’abandonner dans mes bras. Je dois la toucher, l’embrasser. Voilà pourquoi Zoey avait peur…
Ce soir, la fiction prend le pas sur la réalité. Chacun de mes souffles termine entre ses lèvres. Chaque pulsation de sa poitrine creuse la mienne. Chaque mouvement de son bassin l’amène à se frotter contre moi. Sous mes pecs, mon cœur ne sait plus comment battre sans perdre la cadence. Et entre mes jambes, c’est ma queue qui se croit dans un pieu avec elle. Maya la sent forcément. Ses yeux s’arrondissent. Il me semble même qu’elle s’appuie un peu plus, mais mon cerveau me joue peut-être un tour. Je ne sais pas comment j’arrive à continuer de danser. Je ne sais pas comment je donne le change. Comment le public peut-il croire que ce n’est qu’une danse alors que mon corps tout entier hurle que c’est bien plus que ça ? C’est du sexe, brut, sauvage et intense.
Maya fait quelques poses de classique – pas de valse, grand plié, pirouette en dedans – pour montrer que son héroïne hésite toujours, puis je prends le relai. Je m’adapte à son style, mon personnage lui prouve qu’il peut être à la hauteur de ses attentes et la combler sur tous les fronts. Je redeviens danseur classique. Le public est étonné, on entend un souffle d’admiration lorsque je commence à l’accompagner dans un ballet. Mais cela ne dure pas, car Maya, au même titre que le personnage qu’elle interprète, ne veut plus être cette fille associée au classique.
Au moment d’un porté, les cuisses de la danseuse se retrouvent de part et d’autre de mon bassin. Son aine se plaque contre ma queue.
– Oh ! Putain… soufflé-je à deux centimètres de sa bouche.
Je continue de danser. Ma main monte sur sa nuque, l’autre sur ses reins. Elle se cambre en arrière, touche le sol. Cette position est un enfer pour mon self control. J’ondule, plaqué entre ses cuisses, juste pour elle. J’ondule pour que le public ressente notre excitation. Puis ses jambes me quittent, elle rebascule debout, mais pour mieux revenir dans mes bras l’instant d’après. Je la rattrape d’une main ferme sur son cul, je ramène son bassin contre moi. Nos poitrines forment des vagues parallèles, quasiment collées l’une à l’autre. Nos bouches s’effleurent.
La fin de la musique approche et mes mains sont encore partout sur elle alors que je devrais me replacer, breaker avec elle, repartir dans un duo qui s’affronte et se cherche. Ce soir, j’improvise pour ne pas la lâcher. Pour l’atteindre. Et elle me suit. On finit sur un baiser. Destiné au public qui en redemande. Je suis obligé de m’en convaincre tandis que ma bouche se pose sur elle. Je ne devrais pas bouger, mais Maya se presse contre moi, ses lèvres s’entrouvrent. Je prends ça comme un feu vert. Ma langue s’aventure contre la sienne. Le réalisme doit être à son paroxysme.
La musique s’arrête doucement. Nous nous écartons. Je lis son expression effrayée et excitée. Elle garde la main sur sa poitrine. Ce n’est pas dans cette position que nous devions terminer au moment du tomber de rideau, mais on n’en a plus rien à foutre de l’extérieur. Je ne vois qu’elle, et elle ne voit que moi. Je ne sais même pas s’il y a encore des danseurs dans le coin, notre metteur en scène, ou d’autres mecs de l’équipe technique.
C’est l’entracte. En général, tout le monde se retrouve en loges, se félicite et s’encourage pour la suite. Les rebondissements à venir ne sont pas moins intenses que cette scène. Mais aujourd’hui, je n’ai pas envie de voir Zoey, ni Marco, ni Elliott. Je veux juste… continuer à l’embrasser. Je suis en train de l’atteindre… vraiment.
Derrière le rideau fermé, nos yeux ne se quittent pas. Maya amorce le premier mouvement. On repart en coulisses. Je reste sur ses talons, le ventre grouillant d’une envie irrépressible de passer la main dans ses cheveux et d’écraser ma bouche sur la sienne. Entre les rideaux noirs, elle boit à sa bouteille et me regarde par-dessus le goulot. Elle se lèche les lèvres puis me tend l’eau. Je m’apprête à l’attraper quand mon cerveau dérape. Ce sont peut-être ses doigts que je sens contre les miens sur le plastique, ses yeux qui n’arrêtent pas de descendre sur ma bouche ou sa poitrine qui trahit son attente. Quoi qu’il en soit, je jette la bouteille ouverte par terre, comble le dernier mètre qui nous sépare. Puis mon genou s’immisce entre ses cuisses, comme j’aime le faire depuis que ce jeu entre nous a commencé. Mon bras s’enroule autour de sa taille. Une de mes paumes se plaque contre ses fesses, ma bouche s’abat sur la sienne. Maya voulait parler, mais je la fais taire, d’un baiser ravageur. Ma langue prend possession de la sienne avec fougue. J’en viendrais presque à la mordre si elle ne me répondait pas avec autant d’abandon.
Ses paumes tentent de m’écarter sans grande conviction.
– Aidan, tu as… me rappelle-t-elle en cherchant mes yeux et ma raison.
– Je sais… je sais, putain.
– On ne devrait pas…
– Je sais.
Mais ma main est déjà dans son pantalon, suivant la courbe de son corps jusque sous sa cuisse. Sa jambe se soulève. Mes doigts décalent sa culotte, s’aventurent sur son entrejambe déjà humide.
– Oh ! Mon Dieu, Aidan.
Je ne pourrai jamais revenir en arrière après ça. Je ne pourrai jamais en aimer une autre après ça.
Maya m’aide à baisser mon costume. À la va-vite, poussés par l’urgence d’être découverts, l’excitation à son paroxysme depuis des semaines, nous ne prenons pas la peine d’enlever complètement nos vêtements. Son pantalon est à peine baissé, le mien aussi. J’arrive à repousser sa culotte je ne sais comment. Il faut que je sois en elle.
– Je n’ai pas de…
De toute évidence, elle se moque que nous nous protégions, car ses jambes s’ouvrent autour de mon bassin. Je m’enfonce en elle contre un mur, derrière un rideau. Voilà le point culminant de notre danse. On s’est chauffés en direct. Nos corps ont enregistré tous les pas, le rythme… la proximité. Et maintenant, je la possède. Maya est à moi.
C’est fort, brusque. Mes à-coups la plaquent sur le mur. Ma bouche l’empêche de respirer. J’ai sa langue sur la mienne, ses lèvres sous mes dents. Je la lèche, l’embrasse, lui prends tout son air. Mon cœur va exploser. Mon corps entier est si excité. Je tremble de la tenir entre mes bras pendant qu’elle se perd aussi intensément. Je vais trop vite. Je vais trop loin. Mais c’est tellement bon. Je ferme les yeux, enfouis mon nez dans ses cheveux. Ils me collent à la peau. Son épiderme, constellé de sueur, glisse sous ma paume quand je resserre ma prise sur ses cuisses.
– Maya… C’est…
J’ai besoin qu’elle ressente la même chose, qu’elle ait besoin de marquer son territoire. Je suis à deux doigts de jouir quand ses ongles me rentrent dans la chair de mes fesses et qu’elle me pousse à m’enfoncer plus loin encore, quitte à lui faire mal. Elle susurre mon prénom au creux de mon oreille, me dit qu’elle est prête à jouir.
Lui faire l’amour, c’est comme la regarder danser, Maya ne cache pas ce qu’elle ressent. Elle ne maîtrise rien. Et ça me tue de me dire que des mecs aient pu la voir de cette façon.
– Dis-moi que t’as jamais ressenti ça !
– Jamais, souffle-t-elle avant de m’embrasser.
– Jamais.
J’ai besoin de le répéter.
Je ralentis l’allure, accélère de nouveau. On entend encore le murmure des spectateurs se levant pour aller se rafraîchir, mais tout ce qui a de l’importance à mes oreilles, ce sont ses halètements, le bruit de mon corps quand il rencontre le sien aller après retour. Nos langues qui se cherchent et s’enroulent en des baisers de plus en plus longs.
– Merde, Maya c’est trop…
Trop intense, trop passionné, trop bon. Trop tout.
– Trop… Aidan.
La façon dont elle prononce mon prénom m’alerte, elle va jouir. Je me retire avant de le faire aussi, excité à mort par son corps tendu, son entrejambe ruisselant. Je prends ma queue en main, la frotte sur son clitoris. Une fois, deux fois, il n’en faut pas plus à Maya pour décoller. Pas plus pour que je lâche prise. C’est la troisième fois que je me branle sur elle. Ça va devenir une habitude.
– Je vais commencer à croire que tu aimes jouir à mes pieds.
Elle tente l’humour. Je lui souris faiblement, mais je sens bien qu’elle reprend la maîtrise de son corps. Elle s’éloigne, se réajuste, guette autour de nous. Ses yeux perdent leur lueur désinhibée.
– Je ne sais pas ce qui me prend avec toi, murmure-t-elle quand je me rhabille à mon tour après avoir effacé nos traces. Je ne suis pas ce genre de filles.
Que répondre ?
– Je ne suis pas non plus ce genre de mecs.
Mais avec elle, si. Mille fois.
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