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22 - Push back - Ne-Yo, Bebe Rexha & Stefflon Don
22
Push back - Ne-Yo, Bebe Rexha &
Stefflon Don
- MAYA -
Je ne suis pas nerveuse en me dirigeant vers la salle de classe. Je garde de bons souvenirs de mes cours d’expression corporelle, et on ne demande pas aux premières années autant de travail qu’aux sixièmes. De plus, le professeur Levallois saura me donner quelques conseils utiles.
L’absence d’Aidan sonne finalement comme une opportunité. Chacun de notre côté, nous voyons nos familles : lui maintient des liens étroits et affectueux avec ses proches, moi je cherche à les créer. Si on m’avait dit deux ans en arrière que je me retrouverais là, à devoir jouer les profs afin d’approcher ma sœur, je ne l’aurais pas cru.
J’attends sagement à l’entrée de la salle que le cours se termine. Lorsque les premiers élèves sortent dans une cohue qui contraste avec le sérieux dont ils font preuve pendant les leçons, je m’avance à l’intérieur. Je fais mine de ne pas voir Mia. Comme si je n’étais pas là pour toi, petite sœur…
– Maya ?
Son visage affiche un air surpris avant de redevenir neutre. Je connais ce moyen de défense !
– Qu’est-ce que tu viens faire là ?
– Octavia m’a demandé d’aider monsieur Levallois avant le spectacle.
Elle est sceptique, mais elle est obligée d’envisager l’idée lorsque je m’approche du professeur pour échanger avec lui. Du coin de l’œil, je la garde en ligne de mire. Les derniers danseurs sortent sans me prêter attention, déjà plongés dans des discussions animées. Pas un seul n’adresse la parole à Mia. Je me revois, adolescente, lancer des regards envieux – dans mes moments de faiblesse – à mes camarades, puis cacher mes émotions derrière un mur intérieur. « Pas besoin d’amis quand on touche à son rêve », répétait ma génitrice. Je me fermais en me promettant que personne ne m’atteindrait. Mia ne sait pas aussi bien cacher ses émotions que moi.
Je n’écoute que d’une oreille mon interlocuteur. Il devra assurer les cours du professeur absent, répéter le spectacle et me donne carte blanche sur les cours moins avancés qui n’y participent pas encore. Je me fiche un peu de ses recommandations. J’ai déjà des idées en tête et cela ne ressemblera pas au style académique. J’ai donné.
Au moment où il prend congé, prétextant des répétitions à l’auditorium, Mia danse d’un pied sur l’autre. Je feins toujours l’indifférence et attends qu’elle lance la conversation.
– Donc, tu vas nous donner des cours ?
– Je m’occuperai d’un ou deux groupes jusqu’aux vacances de janvier, oui.
Pendant un moment, je crois qu’elle va s’intéresser davantage, mais non.
– À demain, alors.
Je la laisse partir. Elle trouverait ça louche que je la retienne. On verra demain.
Les jours suivants, mes tentatives d’approche se soldent par des échecs. Mia a peut-être senti l’entourloupe. En tout cas, elle ne s’attarde pas à la fin des cours. Je croise même notre mère après l’un d’eux. Mia lui a-t-elle dit que j’étais là ? Quoi qu’il en soit, ma génitrice ne profite pas de cette occasion pour me reparler de mon avenir. J’ai 23 ans, des pieds encore potables pour la danse classique, mais elle semble avoir tiré un trait sur mes capacités. Mia est ma remplaçante.
Lorsque les yeux de notre mère tombent sur moi, j’ai l’impression d’être une étrangère venue pervertir sa fille. Elle l’entraîne d’une main ferme et d’un ton sans appel. Je ne la revois plus après ça. Elle a dû mettre sa fille en garde, parce que Mia m’évite scrupuleusement.
Au bout de dix jours, je me dis que l’idée d’Octavia était vraiment mauvaise. Puis ma chance revient, sans prévenir. Lors d’un cours comme un autre, Mia s’installe au sol pour se déchausser lorsque je la vois regarder les autres avec envie. Elle efface bien sûr toute trace de cette émotion en apercevant mon regard posé sur elle.
– Tu n’as pas envie d’aller leur parler du cours ? De savoir ce qu’ils en ont pensé ? lui demandé-je le plus doucement possible.
Je me fais l’effet d’un dresseur face à un bébé ours.
– Pour quoi faire ?
– Parler technique. De la manière dont vous pourriez vous améliorer.
– Tu le faisais, toi ?
– Non.
– Alors pourquoi perdre mon temps ?
– Est-ce que tu me prends pour exemple ? Pas sûre que ta mère apprécie…
– Je suis mon propre destin, réplique Mia fermement avant de s’élancer vers la sortie.
Je dissimule un sourire. Peste ! Digne héritière de sa sœur.
Après cet épisode, je décide de me montrer plus agressive. En plus des cours, je fais en sorte de croiser Mia pas loin de sa chambre sur le campus. Elle est toujours seule, et c’est facile de me planter pile dans son champ de vision et de l’alpaguer. Je sens que je l’agace. Quitte à choisir, je préfère ça à l’ignorance.
– Est-ce que tu vas me coller au train tous les soirs jusqu’à chez moi ?
Son air n’est plus tout à fait revêche.
– Tu fais quoi vendredi prochain ?
Mia s’arrête en pleine ascension de l’escalier qui mène à sa chambre.
– Pourquoi ?
– J’ai prévu de sortir avec des amis, j’aurais aimé que tu viennes.
– Où ?
– C’est un vrai interrogatoire…
– Je n’ai pas l’habitude de suivre des inconnus.
Je ne lui montre pas, mais sa remarque me fiche un coup à l’estomac. Je peux toutefois la comprendre. Quinze jours avec quelqu’un ne sont pas suffisants pour rendre intimes.
– Je t’emmène à un spectacle. J’aimerais que tu rencontres une de mes amies. Elle a 15 ans.
J’ai l’intime conviction que les caractères à la noix de Mia et de Gabriella se marieront parfaitement. Je ne lui dis pas, évidemment.
– Tu as des amies de 15 ans, toi ?
Je croise les bras sur ma poitrine.
– Une, oui. Et je ne crois pas que tu sois bien placée pour me lancer la moindre remarque à ce sujet.
Je la pointe du doigt. Ce soir, ses camarades sont partis sans se retourner après le cours. Aucun ne lui a dit au revoir avant le week-end.
– Je suis passée par là, Mia. Je suis la mieux placée pour savoir ce qui se trame dans ta tête. Et aussi bizarre que ça puisse te paraître après toutes ces années, je veux être là pour toi. Je ne veux pas que tu finisses comme… moi.
Mes mains désignent cette cicatrice que j’ai cherché à avoir. Personne ne devrait être poussé à se faire du mal.
J’essaie de jouer sur la corde sensible, mais si Mia est aussi bornée et distante que je le suis, ça ne risque pas de fonctionner. Peut-être qu’en tentant une autre approche.
– Si tu viens, je ferai une vidéo avec toi.
– Je ne veux pas que tu me proposes de danser avec moi à cause d’un chantage. Je veux que tu le fasses parce que tu en as envie ! s’écrie-t-elle, blessée.
Ah oui ? Sa réplique me surprend au moins autant qu’elle. Mia se rend vite compte qu’elle en a trop dit et se détourne en la jouant indifférente. Je n’ai pas l’habitude des effusions de sentiments, mais je me rapproche tout de même d’elle.
– Que tu le croies ou non, j’en ai très envie. Tu es une danseuse talentueuse. Je suis sûre qu’on assurerait.
Ses yeux s’illuminent soudain. Elle est jolie quand elle ne boude pas : les traits de son visage s’adoucissent et redeviennent ceux d’une adolescente qui a l’avenir devant elle.
– Vraiment ?
– Alors tu viens ?
– On va où ?
– Dans un endroit où tu auras besoin d’une jolie tenue.
Je garde la surprise sur le reste.
– Ce qu’on fait, c’est qu’on monte dans ta chambre ce soir et tu me montres ta garde-robe.
– La plupart de mes affaires sont chez maman.
– Si on ne trouve rien, on n’aura qu’à se programmer un aprèm shopping.
– Tu ferais ça ?
– C’est un truc que je n’ai jamais fait. Je suis sûre que ça doit être amusant. Et je peux demander à Gabriella de venir.
– Gabriella ?
– Mon amie, tu sais. Celle dont je viens te parler.
– OK.
– Dans ce cas, on monte.
La chambre est comme je me le rappelle : spacieuse, avec un lit unique. Ma mère préfère payer plus cher pour une chambre simple. Deux grandes fenêtres baignent la pièce dans une lumière vivifiante. Elle a vue sur les bâtiments de la SMB et les arbres de son campus. On s’y sent bien.
Après avoir posé son sac sur le sol, Mia s’éloigne directement vers la porte de son mini-dressing intégré. Je fais le tour du propriétaire, jusqu’à sa station mp3. J’appuie sur Play. Ce n’est pas du tout le style de musique que je pensais entendre.
– Tu aimes le hip-hop ?
Pour la première fois, ma sœur se met à rougir.
– Depuis quand ?
Elle ne répond pas.
– Mia…
Pourquoi elle ne veut pas parler ?
– Est-ce que c’est à cause de moi ?
Je n’ai vraiment pas de succès.
– Tu peux répondre, tu sais, clamé-je. Je ne vais pas te juger ou…
– Oui. Je t’ai regardée sur les vidéos de Marco. Et j’ai été rechercher celles de Master.
– Et ça te plaît ?
– Je ne sais pas.
Elle ne sait pas, pourtant elle a l’air d’hésiter.
– Tu voudrais essayer ?
Vu ses grands yeux pétillants, je ne peux pas me tromper : elle en a envie.
– Je connais une salle, ici même, sur le campus. Prends un jogging, on trouvera ta tenue un autre jour.
Elle m’adresse son premier vrai sourire depuis que nous nous sommes retrouvées. J’aime bien cette petite, en fin de compte. Je ne laisserai pas ma génitrice la bouffer elle aussi. Je m’en fais le serment.
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