T'atteindre
19 - Hurt people - Two Feet, Madison Love
19
Hurt people - Two Feet, Madison
Love
- MAYA -
J’aimerais lui dire que, quand il me touche, ma peau s’embrase ; que chacune de ses attentions me remplit de tendresse ; qu’il m’apporte ce que j’ai toujours rêvé d’avoir, mais que je suis terrorisée à l’idée de mal interpréter ses gestes. J’aimerais être capable de lui ouvrir mon cœur, mais je connais trop la douleur qu’il peut en résulter. L’attitude de ma mère m’a trop marquée. Je me demande souvent si ce n’était pas ce qu’elle voulait en définitive : m’abîmer. De cette façon, elle s’assurait que je n’aie que la danse, qu’elle. À quel prix ai-je réussi à lui échapper ?
Mes doigts frottent la peau râpeuse sous ma mâchoire. Je ne veux plus me sentir aussi mal que cette fois-là… Avec Aidan, j’ai peur que mes sentiments ne dépassent tout le reste.
– On sort, ce soir ?
Maintenant que nos six semaines de représentations sont passées, nos dates écoulées, le rythme de nos cours a repris et, avec lui, les envies de sorties, de décompresser.
Chaque fois qu’un des membres du groupe invite Aidan à sortir, celui-ci me cherche des yeux avant de répondre. Il a refusé bon nombre d’invitations à cause de moi, alors que je ne lui demande rien. Il n’y a qu’Elliott qui semble avoir une influence assez grande pour qu’il me quitte. On dirait qu’il prend sur lui, qu’il sait qu’il en fait trop et continue pourtant d’en profiter comme si j’étais sur le point de m’envoler. Peut-être que c’est vrai, peut-être vais-je tout faire foirer parce que j’ai peur de tomber…
Je redoute qu’on devienne un couple star et que nos relations soient faussées par le business qui se mettra fatalement en place autour de nous. Je n’arrive pas à m’ôter ça de la tête. Je crains de voir disparaître les sourires d’Aidan, ses yeux qui s’illuminent, son regard admiratif, aimant et protecteur. Et bizarrement, le succès du spectacle de Marco ne m’aide pas. Je vois bien que notre couple passionne.
– Ça te dit ?
Aidan s’est approché de moi avec un sourire qui s’estompe en voyant que je ne réponds pas. Tout le monde a l’air d’attendre ma réponse. Comment lui refuser ? Mon cœur se réveille comme la nature après un long hiver. Aidan creuse sa route de plus en plus chaque jour jusqu’à moi.
– Oui… bien sûr, soufflé-je d’une voix éraillée.
Il va forcément se lasser de moi. La danse ne le retiendra jamais. Elle ne sera pas suffisante si je ne parviens pas à m’ouvrir.
Eduardo, Asia et Cameron proposent de retourner dans cette boîte où nous nous sommes rendus à mon anniversaire. Tant de choses se sont produites depuis.
– Tu ne pars avec personne d’autre que moi ce soir, me chuchote Aidan alors qu’on arrive sur place.
Ce n’est pas une question. Je serre sa main venue s’entrelacer à la mienne. Je le laisse me guider sans jamais me lâcher, même quand il passe commande avec les autres. On fait le plein de bières au bar, et on trouve une banquette dans un coin. Le groupe semble avoir accepté notre relation. Aidan m’assied sur ses genoux et, là où j’aurais pu penser qu’il ne s’agissait que de m’exhiber, je comprends qu’en réalité il craint que je ne m’éloigne. Je prends la bière qu’il me tend, me détends contre lui lorsqu’il passe un bras sur ma taille et embrasse ma nuque.
Je commence à taper du pied sur le sol. La musique a toujours le même effet sur mon corps : il faut que je bouge. Que je vive.
– On va danser ? me propose-t-il.
Aidan comprend ce qui m’anime en permanence.
– Tu n’en as pas marre de le faire avec moi ? demandé-je toutefois aussi bien pour être rassurée que pour lui donner la possibilité de s’esquiver.
Je le regarde par-dessus mon épaule. Ses yeux sérieux plongent dans les miens.
– Jamais.
Il ne prévient personne et nous emmène sur la piste. On retrouve notre complicité habituelle sur l’électro qui résonne, nos corps s’imbriquent en symbiose. Son torse posé sur mon dos, sa main sur mon ventre à même la peau, ce n’est pas la température de la boîte qui me donne chaud, c’est lui. Je penche la tête sur le côté, m’offre à son souffle de plus en plus court. Je fourre ma main dans ses cheveux, j’en profite, il ne porte aucune casquette, ce soir.
Le tempo change, les couples se forment. Une musique lente envahit la piste, alanguit les corps. C’est le moment des jeux de séduction. Aidan me maintient contre lui d’une main ferme, la même qui assure nos portés cours après cours. Nous dansons lentement, nos corps ondoyant l’un sur l’autre comme une vague face à la houle. Il me retourne, place mes bras sur sa nuque, les siens se posent autour de ma taille. Une de ses cuisses se loge entre mes jambes. Il dirige notre slow et j’ai subitement l’impression de poser nue sous son regard. Ses bras croisés négligemment dans mon dos m’enferment contre son buste fort. Je ne voudrais le quitter pour rien au monde.
– Tu te rappelles la première fois qu’on est venus ici ?
J’acquiesce.
– J’ai cru devenir fou, ce soir-là, m’avoue-t-il. Lui pouvait te toucher quand moi je ne pouvais pas. Lui pouvait te draguer, t’embrasser…
Traversé par un éclat de colère aussi soudain qu’inapproprié, il empoigne une de mes fesses. Je serre les dents pour ne pas gémir. Aidan s’adoucit, baisse la tête vers moi.
– Je n’ai pas dormi de la nuit en imaginant ce que tu faisais avec ce type… Ça a été le début de ma perte.
De la mienne aussi.
– Tu regrettes ?
– C’est dans mes bras que tu te trouves aujourd’hui, alors non.
Je lui souris tendrement.
– Est-ce que tu regrettes tout ce qui s’est passé, toi ?
– Non.
Aidan reprend son souffle, et collée à lui, je le laisse nous guider sur la musique. On ne bouge presque pas, comme isolés du monde, le front de l’un posé contre celui de l’autre. Autour de son cou, mes mains jouent avec les quelques cheveux sur sa nuque. Mon cavalier me contemple avec intensité. Je pourrais en rougir si je n’étais pas si déterminée à ne pas le faire. La session slow dure encore quelques chansons. Pendant tout ce temps, mon regard et celui d’Aidan n’ont de cesse de se rencontrer, de s’accrocher, de chercher des réponses dans les yeux de l’autre.
– Tu… Ça te dirait qu’on fasse un peu plus de choses ensemble ? Je veux dire autre que sortir en boîte ou danser…
Tout ce qu’il veut.
– J’aimerais t’emmener voir un film.
– Je ne suis pas beaucoup allée au cinéma. Ma tante m’y emmenait de temps en temps, avant mes 11 ans.
– Tu n’y es pas retournée depuis ?
– Non. Pour ma mère, c’était une perte de temps.
– Je t’emmènerai. Tu n’auras qu’à me dire quel film te fait envie.
J’en serai ravie. Et pour le lui montrer, plutôt que de lui dire, je pose ma tête sur son épaule. Aidan me serre un peu plus avant de me relâcher.
– Je retourne chez mes parents pour les vacances de fin d’année.
Je me fige.
– Je vais jamais tenir sans te voir pendant quinze jours, Maya.
C’est vrai qu’il paraît souffrir, se retenir. Ses yeux se ferment une longue seconde puis s’ouvrent. Il prend une inspiration.
– Je sais que c’est rapide, mais j’aimerais que tu viennes avec moi…
Chez ses parents ? Dans sa famille ? Impossible.
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