T'atteindre

ELLE SEVENO · Chapitre 50 sur 52

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T'atteindre

31 - Trampoline - Shaed

31

Trampoline - Shaed

 

- AIDAN : UN AN PLUS TARD -

Ce soir, j’ai quitté la salle tôt. J’ai une furieuse envie de rentrer et de retrouver Maya. On ne s’est pas vus depuis deux jours à cause d’un spectacle que sa sœur donnait à Chicago. Mais je sais que nous allons avoir l’appartement pour nous, elle a en effet laissé Mia à leur mère pour le week-end. D’un accord tacite et toujours un peu tordu, elles s’en partagent la garde. Ce qui plaît de moins en moins à Mia, qui se dit adulte à juste titre, puisqu’elle aura 16 ans la semaine prochaine. D’un autre côté, je me dis qu’elle se sait chanceuse. Maya la protège comme l’enfant qu’elle aurait dû être et leur mère ne l’a pas abandonnée, même si son éducation laisse encore à désirer.

L’appartement dans lequel nous habitons maintenant n’est pas loin du Lincoln Center. On a commencé à chercher quasiment un mois jour pour jour après avoir officialisé notre relation. C’est là que je me suis rendu compte que je n’attendais qu’elle pour m’engager. Je n’ai jamais eu envie de déménager avec Zoey. Avec Maya, c’était une évidence. Il nous fallait plus grand, un espace large et ouvert, une chambre en plus pour accueillir sa sœur, quelque chose en rez-de-chaussée pour le fauteuil de Gaby qui vient à la fois voir Maya danser et passer du temps avec Mia.

À peine la porte entrouverte, j’entends Trampoline résonner contre les murs. Maya écoute beaucoup ce morceau en ce moment. Marco lui a demandé de créer sa propre chorégraphie classique pour notre prochain spectacle.

Je jette mon sac à dos à l’entrée, retire ma veste, puis ma casquette. Notre chez-nous s’agence de la même façon que la salle de Marco. C’était une ancienne boutique sur deux étages. Le rez-de-chaussée n’a pas été modifié, on a juste repeint en blanc, collé des miroirs, vitrifié le plancher et le tour était joué : on avait notre salle de danse. On l’a agrémentée de quelques coussins au sol, d’un canapé défoncé mais confortable. À l’étage, en revanche, on a dû monter des cloisons, séparer un coin cuisine-repas de deux chambres et aménager une salle de bain et une cuisine.

On s’est tout de suite sentis bien, on s’est tout de suite projetés. On a eu envie de danser au milieu des cartons, c’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé avec nos amis venus nous aider à emménager. On a terminé la soirée assis sur les cartons non ouverts, à rire et à se chambrer autour de pizzas.

J’adore rentrer et trouver Maya traversée par la musique et l’inspiration. Son cerveau a rendu les armes, son corps parle à sa place.

La musique s’arrête, reprend sur le même titre. La poitrine de ma petite amie est nimbée d’une fine couche de sueur. Elle commence courbée en avant, les bras ballants, mais toniques ; en sixième position. Lorsque le chant débute, elle se déplie. Ses bras se projettent au-dessus de sa tête. Puis elle revient dans sa position initiale. Elle marque les accents sur les tics d’horloge, s’étend au sol, tend un bras, roule sur le dos, s’agenouille, se cambre. À chaque son, son mouvement. Ses bras la lancent pour se relever. Pas chassé, saut. Pas de bourré détourné, jambe tendue. Éventail, dégagé. Son torse se courbe en avant, en arrière, suit les notes traînantes de cette voix au timbre clair qui alterne les tonalités, susurre puis semble crier. Maya retransmet chaque émotion. Elle saute un tour complet, court vers le fond de la pièce, bondit encore, pointes tendues, retombe en grand écart, lance ses jambes par-dessus la tête, roule en arrière et se relève. J’ai encore le souffle coupé chaque fois que je la vois évoluer.

La musique reprend, Maya en fait de même. Elle m’a vu, pourtant. Je baisse la main sur mon alliance. Maya Baker. Qui aurait pu croire que le gosse de 12 ans que j’étais épouserait cette fille que tout le monde s’arrachait ?

La musique s’adoucit. Je m’avance dans la pièce, m’arrête au milieu. Maya me sourit avant de venir en déboulé près de moi.

– Tu es belle.

Son sourire se fait plus éclatant. Ses mains se posent sur mon ventre, glissent au moment où elle me tourne autour avec sa grâce de danseuse classique. Tout son corps se colle au mien, mon bras entoure sa taille, ses cuisses s’écartent, sa bouche se dépose sous ma mâchoire.

– Tu veux quoi ?

Il y a une seconde, elle n’était pas essoufflée, maintenant, si. Après deux ans de relation, de nuits entières à s’épuiser l’un contre l’autre, notre désir ne s’est altéré en rien. M’avouer qu’elle m’aimait l’a aussi libérée sur ce point. À l’instant, son corps sensuel me tente. La pointe de sa langue trace un sillon du haut de mon cou jusqu’à ma clavicule. Ses mains soulèvent le bas de mon tee-shirt.

– Qu’est-ce que tu fais ?

– Je retire ton tee-shirt.

Je lève les bras, pas du tout résistant.

– Ce n’est pas ce que je te demande, ricané-je, torse nu.

– Mia n’est pas là…

– Et ?

J’ai envie qu’elle le dise.

– Et tu m’as manqué.

– Mais encore ?

Je baisse la tête vers ses lèvres, Maya chuchote contre elle.

– J’ai envie de toi.

– Maya… grondé-je impatient.

– Je t’aime.

À la seconde où les mots franchissent ses lèvres, je fonds sur elle, envahissant sa bouche, savourant chacune de ses plaintes divines. À force d’entraînement, nos corps se connaissent par cœur, ils s’emboîtent comme deux moitiés d’âme. Une main sous ses fesses, je la porte d’un bras, Maya accrochée à mon cou, qui dévore mes lèvres, ma langue, mordille ma mâchoire. On tombe sur le premier pouf qu’on trouve dans un coin reculé, les rideaux sont tirés sur la rue, mais ça ne m’aurait de toute façon pas arrêté. Entre ses cuisses, je me perds complètement. Je deviens fou, il faut que je goûte chaque centimètre de sa peau, de sa cicatrice, que je me gorge de ses baisers. À un moment, son débardeur et sa brassière disparaissent. Est-ce elle qui les a enlevés ? Je n’en sais rien. Je ne défais que les boutons de mon pantalon, l’abaisse comme je peux, lui ôte son legging et son boxer, et je m’enfonce en elle. Elle pousse un cri de plaisir, resserre les cuisses, les ouvre, ses chairs se compriment sur moi. Je perds le peu de raison qu’il me restait. C’est tout le temps trop bon. Ce n’est jamais pareil. Comme la musique : parfois rythmée, parfois lente, parfois forte, parfois douce.

Lorsque son corps se relâche sous l’orgasme, j’attrape un plaid qui traîne non loin et la recouvre. J’embrasse son épaule, Maya caresse d’un doigt le creux entre mes pecs. Sa tête repose sur mon bras, nos yeux s’échangent des sentiments depuis longtemps partagés et qui ne s’érodent pas. Pas besoin de plus de mots pour comprendre qu’on ne bougera pas d’ici avant la tombée de la nuit, quand on aura soudain faim. Mon torse se couvre de frissons sous ses doigts. Je lui prends la main et son alliance tinte contre la mienne, je la lui embrasse du bout des lèvres.

– Tu sais, ce que tu m’as demandé, le mois dernier… murmure-t-elle.

Je la regarde sans comprendre.

– Au sujet de tes parents.

– Ah ! Oui… du fait que tu n’as toujours pas eu le courage de traverser le pays ?

Je me moque gentiment et ma moitié le comprend parfaitement. J’ai abandonné depuis longtemps l’idée que ma femme ait une relation normale avec n’importe quel parent. Je ne lui force pas la main. La dernière fois, j’ai cru que c’était gagné, puis elle s’est pris la tête avec sa mère au sujet de Mia et s’est retranchée de nouveau derrière un faible « non », dont elle n’a pas voulu démordre. Je suis donc surpris que ce soit elle qui en reparle. Les deux dernières fois, je suis retourné à Bellevue seul. Mes parents m’ont même menacé de voyager dans le sens inverse avec moi pour la rencontrer. Je leur ai tout raconté de la vie de ma danseuse et, seulement alors, ils ont compris.

– Ils vont t’en vouloir… commencé-je d’un air mystérieux, tu as réussi à me passer la bague au doigt sans les avoir invités.

Elle frémit dans mes bras. Je me marre.

– Tu as peur, hein ?

– Ils vont me détester !

Elle se planque derrière ses mains. Je les lui retire aussitôt.

– Non, la rassuré-je, parce que le but n’est pas de la braquer, j’ai déjà tellement parlé de toi qu’ils te connaissent avant même de t’avoir rencontrée. Ma mère est folle de toi, elle serait capable de t’adopter. Crois-moi, elle va t’adorer. Enfin… Elle t’adorera si tu acceptes de m’épouser de nouveau devant eux. Si on leur dit qu’on s’est mariés en secret, ils ne nous pardonneront jamais !

– T’épouser de nouveau ?

– Oui.

Je suis très sérieux. Ça me plairait d’organiser une vraie fête – un petit truc, je connais Maya – avec nos potes et ma famille.

– Pour que j’accepte, il faudrait que tu me le demandes, me charrie-t-elle, pensant que je ne le ferai pas.

– Tu oublies que je l’ai déjà fait ! Devant toute une foule de spectateurs.

En plein final de spectacle, dans une petite salle où il n’y avait ni caméra ni journaliste. Tout le monde se souvient encore de notre baiser.

– Mais si tu y tiens, rien ne me ferait plus plaisir que de te dire que tu es la personne la plus merveilleuse que j’aie rencontrée.

Son souffle se coupe. Ses yeux s’agrandissent, elle ne s’y attendait pas.

– Dès que je t’aie vue à l’écran, j’ai su. Si j’ai entrepris tout ce chemin, si la vie t’a remise sur ma route, ce n’était pas sans raison. J’étais destiné à regarder ce clip, destiné à tout plaquer pour te rencontrer, destiné à passer ma vie à tes côtés. Parce que rien ne sera jamais plus fort que l’amour que j’éprouve pour toi. Toutes ces fois où j’ai été distant avec toi, c’était à cause de cette intensité. J’ai eu tort de me battre contre elle, finalement ça a toujours été et ce sera toujours toi. Alors oui, je veux t’épouser, une fois de plus, cent fois, même. Je veux pouvoir te dire et te redire tous ces mots dès que tu me le demanderas, car je sais à quel point tu as manqué d’amour. Mais je suis là, et tu n’en manqueras plus jamais.

Maya n’avait jamais pleuré avant ce fameux jour, il y a près de deux ans. Elle me l’a dit quand on s’est mariés et qu’Elliott cherchait à tout prix à lui tirer une larme de joie. Pour elle, son cœur n’est pas normal. Pour moi, il fallait juste du temps pour qu’il cicatrise. En avisant la brillance plus soutenue de ses yeux, je me dis que j’avais raison.

Je dépose un nouveau baiser sur nos mains liées.

– Maya Baker. Tu as changé ma vie et tu continueras de la bouleverser chaque fois que tu m’accepteras à tes côtés comme partenaire, ami, amant, mari, meilleur ami et j’en passe… Est-ce que tu veux m’épouser une deuxième fois ?

Son amour me répond.

– Oui.

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