T'atteindre

ELLE SEVENO · Chapitre 51 sur 52

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T'atteindre

32 - Pump up Kicks - Foster the People

32

Pump up Kicks - Foster the People

 

- MAYA -

Plus l’avion traverse le ciel, plus je me dis que c’était une mauvaise idée. Avoir des amis, OK. Renouer avec ma sœur, OK. Rembarrer ma génitrice, plus qu’OK. Mais rencontrer les parents d’Aidan ? Je ne sais vraiment pas comment réagir. Aidan me parle d’eux avec tellement d’adoration qu’ils ne peuvent être que super. C’est juste moi le problème.

En descendant de l’appareil, devant ma fébrilité manifeste, mon cher et tendre mari en profite pour se moquer de moi.

– Où est passé la grande Maya Peterson qui prend tout le monde de haut et n’a peur de rien ? demande-t-il avant de déposer un baiser sur ma tempe.

– Tu l’as détraquée ! marmonné-je, les yeux rivés sur la foule de proches venus récupérer les passagers.

Je jure que mon cœur va s’arrêter tant il bat fort dans ma poitrine ! Aidan s’en rend compte, nous immobilise, me fait face et m’inspecte avec inquiétude.

– T’as vraiment pas l’air bien. Respire, Maya ! Regarde-moi !

Est-ce que je fais une crise de panique ? Ce serait bien la première fois. Et ce serait une humiliation encore plus grande que des pleurs. Il me saisit le visage et m’oblige à me concentrer sur lui.

– Tu ne crains rien, ma chérie, je te promets. Mes parents vont t’aimer à la seconde où ils vont nous voir débarquer, parce que tu me rends heureux et que ça efface tous les doutes qu’ils pourraient avoir sur nous. J’en veux à ta mère de t’avoir tant fait souffrir.

– Je suis complètement nulle…

– Non. C’est elle qui l’est. C’est elle qui n’a pas assuré. Pas toi. Et je peux te certifier que mes parents vont réparer ses torts.

J’inspire une longue bouffée d’air.

– Je crois surtout que j’ai peur de te décevoir, lâché-je aussi vite qu’un pansement arraché d’un coup sec. Et si je suis trop froide avec eux, et que tu ne veuilles plus de moi ?

Son expression s’attendrit.

– C’est trop tard. J’ai déjà signé pour la vie !

Son baiser me ravage. Au milieu de cet aéroport, il m’embrasse comme il le fait toujours, avec passion.

Quand il me prend la main pour qu’on avance de nouveau, je sens son alliance entre mes doigts. Je le serre fort. J’ai besoin d’encore un peu de courage parce qu’il y a cet homme immense au bout de la zone de débarquement avec nos prénoms sur une pancarte. Je sais que le père d’Aidan est médecin, et il en a toute la carrure. Exactement ce que j’imaginais pour un chirurgien. À ses côtés, sa femme paraît minuscule. Elle est plus petite que moi et disparaît complètement entre les bras de son fils. En retrait, je les laisse s’enlacer à tour de rôle.

Quand leur embrassade se disloque et que vient mon tour, je me sens aussi empotée qu’une danseuse débutante. Je tangue d’un pied sur l’autre, ne sachant pas comment les gens normaux se comportent en pareille situation. La mère de mon mari met fin à toute tergiversation. Elle m’ouvre ses bras et si ce n’est pas aussi long et tendre qu’avec son fils, son accolade est tout de même chaleureuse. Le père me colle une bise avec un sourire.

– Maya. Nous sommes très honorés de te rencontrer.

– N’en fais pas trop, p’pa.

– Ce n’est pas n’importe qui !

J’arrive enfin à leur sourire. Aidan passe un bras dans mon dos.

– Votre fils n’est pas n’importe qui non plus, vous savez, déclaré-je, plus pour lancer une conversation que pour riposter. Vous pouvez être fier de lui.

Une lueur espiègle envahit le regard du chef de famille.

– C’est le cas, j’en suis très fier.

On ne s’attarde pas plus. Le dîner attend chez eux, et ils veulent qu’on se repose durant notre séjour qu’ils souhaitent agréable. Je sais qu’Aidan a prévu plusieurs sorties en ville, quelques-unes dans la baie. Une sorte de pèlerinage aux endroits qui l’ont vu grandir.

Ses parents sourient tout le long du trajet. Et ils parlent beaucoup. Ce qui n’est pas pour me déplaire, cela m’évite de dire des choses inappropriées. J’ai peur de ne pas correspondre à leurs attentes. Aidan est leur fils unique, il est parti loin d’eux en partie à cause de moi, et en ce qui concerne les petits-enfants, même si nous en avons parlé entre nous une fois pour confirmer que je ne me voyais pas mère avant une bonne dizaine d’années, voire même pas du tout, je pense qu’ils seraient meurtris de ne pas en avoir. Non, il est manifeste que je ne corresponds pas à la belle-fille parfaite.

– Aidan nous a parlé un peu de votre parcours, lance son père sur la route. Il y a de quoi être impressionné. Vous avez rencontré de nombreux chanteurs et présentateurs !

– Oui, c’est vrai. C’était très impressionnant pour une fille de mon âge. Mais je n’ai gardé aucun contact.

– Ah ! Pourquoi ? Ils sont snobs ?

– Non, ris-je doucement. Mais en définitive, les danseurs sont plutôt transparents. Ils n’attirent pas autant les tabloïds parce qu’ils ne vendent rien à leur image.

– Pourtant, Marco a développé un business autour de votre troupe. À voir le nombre de personnes qui vous suivent, c’est que vous devez vendre.

– Oui, un peu. Ça commence à se démocratiser.

– Je me souviens encore de votre premier clip, s’extasie la mère d’Aidan.

– J’ai adoré faire ce clip.

– Cela s’est ressenti. N’est-ce pas, Aidan ?

Je comprends qu’elle taquine son fils. La tête tournée vers lui, je discerne un coin de sa lèvre se redresser dans un sourire moqueur.

– Vous savez que lorsqu’il nous a parlé de danse classique, nous avons cru qu’il nous faisait une blague.

– Ce n’était pas courant ! confirme le conducteur.

– Mais ça se voyait dans ses yeux qu’il était déterminé. Quand il a présenté ses premières danses en fin d’année, nous avons tout de suite su qu’il était fait pour devenir danseur.

– M’man.

Les parents d’Aidan échangent un rire complice. Je me penche à l’oreille de mon cher mari.

– Est-ce que tu rougis ?

Il ne répond rien, trop gêné. C’est assez drôle de constater qu’il peut redevenir timide. D’après ce qu’il m’a raconté, il était plutôt téméraire au collège, mais il devait faire profil bas une fois rentré chez lui. Je m’en amuse au creux de son cou avant qu’il ne passe un bras autour de moi.

– En tout cas, je peux vous rassurer… commence le père toujours souriant dans le rétroviseur, nous avons parfaitement compris où était sa place. C’était une évidence.

Je lui rends son sourire. Aidan me serre la main et lie nos doigts. Je n’avais pas à craindre ces présentations, il avait raison.

La semaine s’est déroulée dans la même ambiance. Les parents d’Aidan sont des gens aimants, compréhensifs et bienveillants. À aucun moment je ne me suis pas sentie bien accueillie. Même lorsque Aidan est sorti faire une course avec son père, l’atmosphère est restée conviviale avec sa mère. Elle m’a posé des questions sur mon parcours, m’a demandé comment se passait les études de ma sœur. Aidan lui a vraiment tout raconté. Quand on en est venues à évoquer ma mère, elle a écouté sans jugement, m’a pris la main juste une seconde et d’une pression a effacé tous les préjugés que je pouvais nourrir sur les relations parents-enfants.

Ce matin, Aidan a de nouveau disparu avec son père. Un message sur notre table de chevet me conseillait de me balader un peu avant son retour, je suis donc descendue jusqu’à la baie. Je retrace le parcours de la veille. Cette ville change de New York et de son effervescence. Ici, on peut se promener sur le port puis au bord de l’eau. Je ne croise presque personne. J’ai mis mes écouteurs, et comme souvent, j’oublie les regards extérieurs. J’entame des pas de danse sur le sable.

Après un temps à danser les yeux fermés, retraçant chaque pas de cette choré demandée par Marco, mes paupières s’ouvrent en pleine pirouette. C’est là que je remarque la silhouette qui me fixe, les mains dans les poches, une casquette basse sur les yeux. Je retire mes oreillettes.

– Ne te dérange pas pour moi.

J’aime quand il me regarde avec autant d’admiration. On dirait que chacun de mes enchaînements accélère son cœur jusqu’à lui ôter le souffle.

– Cette choré te va à merveille.

– Je veux qu’elle soit parfaite.

Aidan lève les yeux au ciel.

– Comme si ça pouvait ne pas l’être !

Il me rejoint, tourne sa visière sur sa nuque, m’enlace par la taille et me vole un baiser fougueux. J’en oublie ma danse et mes contrariétés sur la complexité de ma chorégraphie. J’en oublie les petites mamies qui se baladaient un peu plus loin. J’en oublie tous les moments où j’ai hésité à venir.

Aidan me relâche avec un sourire arrogant.

– Tu m’as manqué, chuchote-t-il à cinq centimètres de ma bouche. J’adore mes parents, mais il va falloir qu’on rentre, notre routine me manque.

– Tu as de la chance de les avoir dans ta vie.

– Je sais.

– Et cette ville est très jolie.

Avec un petit sourire en coin, il s’écarte d’un pas, me prend la main et s’assied sur le sable. Il m’attire à lui, me fait grimper à califourchon sur ses cuisses.

– Je suis désolée d’avoir mis autant de temps à venir ici, lui avoué-je, sincère.

Il passe une main sur mon crâne et défait le nœud qui maintenait mes cheveux. Je lui ôte sa casquette et la balance au sol pour me venger.

– L’important, ce n’est pas d’avancer vite, mais de le faire ensemble. On ira à ton rythme pour tout. Je ne suis pas pressé tant que je suis avec toi et que je suis certain que tu veux de moi. Et regarde, j’ai déjà réussi à avoir ta main.

Comme souvent, il noue ses doigts aux miens et serre nos alliances l’une contre l’autre.

– Tu danseras avec moi… pour toujours ? le questionné-je.

– Tu as encore besoin que je te rassure là-dessus ?

Je secoue la tête. Parfois encore, j’ai cette peur tenace qu’il m’abandonne, même après s’être autant battu pour moi.

– Pas sûr toutefois qu’on soit assez rapides pour le hip-hop, ou assez souples pour le classique dans quarante ans.

Il rigole gentiment avant de m’embrasser d’un baiser chaste. Le vent soulève mes cheveux, il est obligé de les dégager.

– Peut-être qu’on pourra essayer les danses de salon, à ce moment-là…

– C’est un truc qui te branche ?

Je hausse les épaules, dans une attitude qu’il connaît si bien. J’ai encore du mal à m’en défaire.

– J’avoue que te sentir danser la rumba contre moi est un truc qui me branche bien.

Il sème de plus en plus de baisers sur ma peau qui se couvre de frissons.

– On a dit qu’on ferait ça plus tard. Je serai vieille.

– Même vieille et ridée, j’aurai encore envie de toi. Encore envie de danser avec toi. Je ne serai jamais rassasié. Tu ne te souviens pas ? C’est même toi qui me l’as dit : la vie est trop courte pour ne pas profiter chaque instant de sa passion… Et je suis passionné par toi depuis que je suis gosse. S’il y a bien un truc qui ne changera jamais, c’est bien celu…

– Je t’aime, le coupé-je, le cœur débordant tout à coup d’amour.

Je ne le dis pas souvent, mais j’adore quand j’arrive à le surprendre par ces simples petits mots. Il ne termine pas sa phrase. Ses lèvres sur les miennes le font à sa place.

– Je t’aime, murmure-t-il avant de m’embrasser de nouveau.

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