T'atteindre

ELLE SEVENO · Chapitre 26 sur 52

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T'atteindre

7 - Bang Bang - Jessie J, Ariana Grande, Nicki Minaj

7

 

Bang Bang - Jessie J, Ariana Grande,

Nicki Minaj

 

- MAYA -

Aidan est de mauvais poil. Tout le monde l’a compris. Et tout le monde a mis ça sur le compte de la soirée d’hier, de l’alcool. Tout le monde, sauf moi. Il n’a absolument pas la tête d’un type qui a une gueule de bois, et il a tout fait pour ne pas m’adresser la parole de toute la session d’échauffements.

Je m’installe sur la scène afin de m’étirer pendant qu’Elliott se moque de son pote. Je suis un peu courbatue. Sortir en pleine semaine m’a ajouté une fatigue supplémentaire. Mon dos est raide quand je me penche sur mes jambes tendues.

– Dure nuit, Maya ? rit Eduardo en me rejoignant.

– Il était à croquer le gars avec qui t’es partie, surenchérit Asia.

Je ne réponds pas, sinon j’en aurais pour la matinée. Je commence à cerner les deux personnages. Et les commérages, c’est toujours très peu pour moi. Je me contente de leur sourire timidement. J’aimerais bien être aussi à l’aise qu’eux, mais c’est plus fort que moi.

– Allez, quoi, partage un peu ! me poussent-ils, complices.

– On n’est pas là pour parler cul, intervient Aidan derrière eux. Finissez de vous échauffer, on commence la répétition dans dix minutes.

Je le regarde, interloquée. Depuis quand Aidan aboie-t-il sur ses danseurs ?

– Lui, c’est certain, il a pas tiré son coup, marmonne Eduardo.

J’observe discrètement Aidan : sourcils froncés, mâchoire contractée ; il se déplace nerveusement et grogne sur tout le monde. Effectivement, il n’a pas dû passer une bonne nuit ! J’ai un mini-sourire qu’il capte en se retournant dans ma direction. Mon expression ne doit pas lui plaire, car l’air qu’il affiche devient mauvais. Il rejoint Marco un peu plus haut dans la salle, près du régisseur. En cherchant une raison valable à sa mauvaise humeur, je m’arrête sur Zoey. Elle aussi a un regard noir. C’est quoi leur problème ? Peu importe. Je mets ce mélodrame de côté en terminant mon échauffement.

Aujourd’hui, on répète toute la première partie. On doit la jouer comme s’il s’agissait de la première. Côté costume, on garde nos fringues de ville. L’histoire est contemporaine. Une jeune fille qui quitte le classique pour se découvrir, ça n’a rien de bien original sur le fond, mais Marco mixe tous les styles et tous les rythmes. L’idée est de donner aux spectateurs l’envie de bouger.

Le rideau tombe. Je rejoins mon côté des coulisses. Je suis seule pour le moment. La première danse met en scène une foule de passants, avant l’arrivée de l’héroïne avec son petit ami strict, qui a autant besoin de se dérider qu’elle de profiter de la vie. C’est Elliott qui joue ce rôle.

– Tu es prête ? me demande Aidan en se postant à mes côtés.

Qu’est-ce qu’il fait là ? Son personnage – l’élément déclencheur qui donnera envie à ma danseuse classique de délaisser ses pointes – n’entre pas en action tout de suite.

– Oui.

– Tant mieux, parce que jusqu’à présent on aurait dit le contraire.

Il étire ses bras au-dessus de sa tête sans me regarder. Depuis quand me parle-t-il aussi froidement ?

– C’était bien hier soir ? embraye-t-il durement.

– J’ai passé une bonne soirée, oui.

– Tu m’étonnes. Si tu fais ça à chaque anniversaire, tu dois t’éclater.

Cette fois, mon visage se ferme. Là, il y a réellement un souci.

– Qu’est-ce que t’es en train d’insinuer ?

– Rien. Je voulais savoir si coucher avec un inconnu est un truc que tu réserves pour ton anniversaire ou si c’est plutôt commun dans ta vie.

– À ton avis ?

Ai-je vraiment envie d’entendre sa réponse ? Il me donne l’impression d’être un gamin en train de faire un caprice ! Et c’est moi qu’on traite de fille pourrie gâtée ?

Il se penche en avant et continue de s’étirer comme si on n’était pas en train d’avoir une conversation surréaliste.

– Je ne te connais pas, Maya. Je ne sais pas comment t’aimes te comporter avec les mecs…

Je commence à bouillir intérieurement.

– Je suis célibataire, je fais ce que je veux de ma vie.

– Je pensais que t’étais une meuf froide. Apparemment, c’est pas toujours le cas.

Je ne sais pas ce qui lui prend, mais son comportement me met hors de moi. Je n’ai pas à me justifier auprès de qui que ce soit.

– Non, ce n’est pas toujours le cas…

Je crois que je viens de lancer une grenade dans un champ de mines.

– Tu m’étonnes… Et ils font quoi ces types pour attirer ton attention ? Ils se frottent à ton cul dans une boîte pourrie ?

– Ce n’est pas ce que tu fais aussi ? Cela change-t-il vraiment quelque chose que ça soit dans une boîte ou sur une scène ?

Je l’ai mouché, le visage d’Aidan se contracte. Je ne l’ai encore jamais vu en colère, mais on dirait que la bête est réveillée. Il agit comme un taureau prêt à bondir sur un pantin en train de gesticuler. Moi, en l’occurrence. Avec sa carrure, j’avoue que j’ai un moment d’appréhension avant qu’une petite voix vienne murmurer un truc dans un coin de ma tête. Ça ne se peut pas…

– Est-ce que… tu es jaloux ?

Les mots m’ont échappé. Alors que je m’attendais à un rire sarcastique en retour, ou à une réplique cinglante, je n’obtiens qu’un lourd silence. Puis son regard dévie, il expulse de l’air, et j’écarquille les yeux.

– Tu vis avec quelqu’un, ou presque ! m’exclamé-je.

– Je sais.

– Ta petite amie est tout le temps avec toi. Elle danse avec toi.

– Je sais, répète-t-il comme s’il y avait déjà pensé des centaines de fois.

– On ne se connaît pas, Aidan.

– Je ne dirais pas ça.

Il relève la tête pour m’affronter.

– Se côtoyer depuis quelques semaines ne fait pas de nous des personnes proches…

Il est sur le point de rétorquer quelque chose puis se ravise.

– Tu oublies les fois où on a dansé ensemble, souffle-t-il finalement tout bas.

– Je ne les ai pas oubliées, Aidan.

Pourquoi crois-tu que je suis là ?

– Ce n’est pas pour autant que ça te donne un quelconque droit de propriété sur moi.

– Je n’y peux rien, avoue-t-il malgré lui.

Il jette un regard mal à l’aise côté jardin. Vers Zoey, sûrement, et ses obligations de copain parfait. Aidan est à moi. Cette pensée est aussi fugace qu’intense. Je décide d’attaquer plutôt que de la laisser s’épanouir et me perturber.

– Ton attitude est ridicule… Toi et moi nous ne sommes pas ensemble !

– Parce que tu ne laisses voir aucune émotion !

– Ça veut dire quoi ? Que je devrais te les montrer à toi ? Que… que tu ne serais plus avec elle si c’était le cas ?

Il panique, secoue la tête avant de se ruer hors des coulisses.

– Ça ne veut rien dire, laisse tomber ! balance-t-il par-dessus son épaule en traversant la scène.

Soudain, Elliott débarque, le regard vissé à l’endroit où son meilleur pote a disparu.

– Ce n’était peut-être pas une bonne idée, en définitive… marmonne-t-il.

De quoi parle-t-il ?

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