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6 - Alive - Lil Jon feat. Offset & 2 Chainz
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Alive - Lil Jon feat. Offset &
2 Chainz
Marco est prévisible. Je ne suis même pas étonné de le voir en train de fumer, adossé contre sa caisse, le jour où je quitte le campus. Il faut dire qu’il veut me mettre le grappin dessus depuis mon arrivée à la SMB. Surtout depuis ma visite, le lendemain, dans son studio, pour danser tout autre chose que du classique. Les mecs qui aiment pratiquer les deux sont rares, il a tout de suite été séduit. Pas parce qu’il cherchait un danseur classique, mais pour ce que le classique m’apporte quand je danse dans d’autres styles. Lorsqu’il veut quelque chose, Marco se donne tous les moyens pour l’obtenir.
– Aidan ! s’exclame-t-il. Quelle surprise de te voir !
– Efface cet air arrogant de ton visage et ferme-la !
Je ne lui demande même pas pourquoi il se trouve là, je le sais très bien. Je me laisse encore le temps de réfléchir au fait d’intégrer sa troupe, en revanche, je n’ai pas pu refuser son invitation à habiter chez lui, avant de trouver mieux. Cependant, j’aurais pu y aller par mes propres moyens, je n’avais pas besoin d’un chauffeur.
J’ouvre le coffre de sa voiture pour y fourrer mon sac de fringues, puis je le pousse d’un coup d’épaule pour pouvoir m’asseoir sur le siège passager. J’ai bien capté son petit sourire satisfait qu’il tente de me dissimuler en revenant derrière le volant. Marco est un passionné, un mec libre et qui aime qu’on le soit aussi.
– Ils ont enfin ouvert les yeux sur le fait que tu gâches ton talent chez eux ?
– Ouais. Ils m’ont même supplié de ne pas partir trop vite. Juste pour pouvoir mater mon déhanché une dernière fois.
Son rire est communicatif. En deux secondes, je me sens d’une humeur moins maussade en repensant aux brefs adieux que j’ai eus avec Evan. Je ne sais pas quand on pourra se revoir. C’est un de mes potes, cependant la routine d’un danseur est lourde et exigeante. Je passerai après.
– Qu’est-ce que tu comptes faire, maintenant ? s’intéresse Marco.
Ma réponse fuse :
– Abandonner le classique, d’abord.
– Alléluia !
Je ris de le voir adresser une prière au plafond de sa caisse.
– Depuis le temps que j’attends ça, ajoute-t-il avec soulagement.
– Tu vois, il n’y a pas que des cons dans cette école. Ils m’ont libéré du temps pour toi !
– Je devrais remercier cette Octavia machin chose.
– Je suis sûr qu’elle pourrait être ton type, le taquiné-je.
– Ah ouais ?
– Le genre grande blonde au tempérament froid, qu’il faut réchauffer.
– Et je sais comment faire ça mieux que personne !
Je connais sa méthode pour ça : une salsa collé serré. C’est avec ses pas et son assurance sur la piste qu’il parvient à faire craquer ceux qui lui tapent dans l’œil. Mec ou nana, je crois que Marco les fascine autant. Ce mec met à mal tous les clichés que j’ai pu avoir sur les danseurs classiques versus street.
– Et ensuite ? Tu as des projets ?
– Il faut que je me trouve un appart.
– Tu peux rester chez moi tant que tu veux.
– Je sais, mais il est temps que je m’assume.
– Et que tu viennes danser dans ma compagnie, complète-t-il.
Il ne perd pas le nord !
Je lui jette un coup d’œil amusé. Je le laisse parler, de toute façon il ne s’arrêtera pas tant qu’il n’aura pas déballé ses arguments.
– Imagine : quelle merveilleuse revanche d’apparaître sur scène, à Broadway, sur tous les réseaux, dans le Times, à la télé. Ils n’auront pas d’autre choix que de te mater. Ils s’en mordront les doigts.
L’idée est plus que tentante. Mais il a tort sur un point : je me fous que mes anciens directeurs artistiques sachent que j’ai réussi, c’est à Maya que je pense. Les rôles seraient inversés si ça marchait.
– Enfin… Si tu te présentes à l’audition de mon spectacle.
– Tu ne m’as pas déjà préparé un contrat ? Je suis déçu !
– Ne crois pas que tout soit facile. Je te veux, certes, mais j’ai besoin de te voir motivé.
– Je le suis. Quoi qu’il arrive, je n’abandonnerai pas la danse.
– Je sais, Aidan. Tu es comme moi. Tu vis pour ça.
Je vis pour ça, c’est vrai. Il a suffi d’une vidéo quand j’étais ado, d’une obsession, pour faire de moi ce que je suis aujourd’hui. À 21 ans, je ne veux rien faire d’autre. Si Marco est si insistant avec moi, c’est qu’il l’a compris.
Mes parents aussi, depuis le temps. Surpris et parfois contrariés tout au début, ils sont maintenant les premiers à m’encourager. Je ne les ai toujours pas avertis de mon renvoi. Deux semaines que je recule l’échéance. Je ne vois pas comment leur annoncer sans les décevoir. Peut-être que si je suis dans la troupe de Marco, ça passera mieux…
– Tu feras un tour au théâtre, demain ?
J’entends à quel point il est redevenu sérieux.
– Ouais. Je vais venir voir.
Ma réponse le satisfait, il se tait le reste du trajet, en balançant le haut du corps au rythme de la musique qui sort de son poste et en continuant de fumer. Il me propose une cigarette que j’accepte. Je ne fume pas en temps normal – c’est mauvais pour la respiration –, mais je me laisse volontiers corrompre en soirée ou quand j’ai besoin de décompresser.
Marco se gare en bas de son immeuble. Je reconnais son studio de danse qui occupe le rez-de-chaussée et le premier étage. Son appartement se cache au dernier, juste au-dessus. Nous sortons de la voiture comme un seul homme. Il me rejoint à l’arrière quand je récupère mes affaires et referme le coffre.
– Aidan, je veux que tu y penses sérieusement. Tu as du talent, et tu fais partie de ceux qui vivent leur danse. C’est ce genre de danseur que je veux. Je ne te cours pas après depuis toutes ces années pour me la jouer, même si ça a un côté amusant. C’est toi que je veux dans le rôle principal.
Je n’ai pas forcément de doutes sur mes capacités – sinon je ne l’aurais pas si mauvaise d’avoir été viré –, mais je ne me balance pas le matin dans la glace que je suis un génie. Entendre un pro me faire un tel compliment me laisse sur le cul. Je me demande si je le mérite.
– Tu n’as pas déjà quelqu’un pour ça ?
– J’ai un mec pas mal.
– Va falloir que je prouve que je suis meilleur, si je comprends bien.
Il me sourit, aussi joueur que moi.
– Je veux les meilleurs. Je travaille sur ce show depuis près de cinq ans.
– Si longtemps ?
Nous marchons vers la porte où brille son enseigne, « Rojes Company », directement liée à son nom.
Marco me précède dans les escaliers étroits qui débouchent sur son immense salle de danse. Le bâtiment lui appartient, un héritage de famille. Des ancêtres mexicains plutôt fortunés venus conquérir l’Amérique avec leur déhanché, de ce que je sais. Il donne sur un toit qu’il partage avec des locataires des immeubles voisins.
Il m’emmène au deuxième tout en continuant de parler :
– Je compte emmener la troupe en tournée, cette fois.
– Dans tout le pays ?
– Oui. À chaque nouveau spectacle, nous avons plus de succès. Les fans réclament de nous voir sans être obligés de bouger jusqu’à New York. C’est pour ça que je travaille depuis si longtemps sur ce projet. Pour satisfaire le public. J’embauche des professeurs qualifiés qui assureront les cours que je ne pourrai pas donner pendant ce temps-là. Mais il me manque toujours mon rôle principal…
– Combien de temps durerait cette tournée ?
– Un an. Peut-être un peu moins. Ça passera si vite que tu seras revenu ici sans avoir vu les jours défiler.
Un an loin de New York. Cela me ferait sûrement du bien de ne plus être prostré dans mon obsession.
– Je croyais que je devais passer une audition ?
– Tu la passeras, mais je ne vois personne d’autre que toi.
Il m’ouvre la chambre d’amis. J’avance dans la pièce en réfléchissant.
– Tu auras de quoi mettre un petit pactole de côté. Quand tu reviendras ici, tu pourras penser à ton avenir.
Effectivement ! Je me tourne vers lui avec le sourire.
– OK, va pour un an. Après, ce sera à moi de faire mes preuves tout seul.
– Je n’attends que ça, Aidan…
Je le regarde, mon sac en suspens au-dessus du lit pendant qu’il conclut :
– Que tu deviennes quelqu’un qu’on n’oublie pas.
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