T'atteindre
28 - Pouch - bbno$, Y2K
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Pouch - bbno$, Y2K
- AIDAN -
Je ne bois jamais autant. En soirée, sauf exception, je sais me contrôler. Je me limite à quelques bières, un whisky de temps en temps. Je ne descends jamais une demi-bouteille. Encore moins seul, assis dans mon appartement.
Les deux scènes d’hier se rejouent en boucle dans mon crâne. Est-ce que j’ai bien fait ? Maya m’a clairement dit que je ne devais pas intervenir dans sa vie, mais elle est venue jusque chez moi pour me dire qu’elle m’aimait… La main accrochée à la poignée, j’ai tremblé comme un fou lorsqu’elle est partie. Marco et Elliott ont voulu me réconforter, mais j’ai claqué la porte devant eux et ouvert la première bouteille d’alcool fort que j’ai trouvée.
Ce matin, mon corps n’a pas quitté sa place. Je suis toujours à terre, contre le canapé, le whisky entre mes jambes. Au moins, je n’ai pas bu la bouteille entière…
J’essaie de comprendre pourquoi j’ai agi comme ça. J’ai attendu ces mots de la part de Maya pendant si longtemps, pourquoi l’ai-je repoussée ?
– Qu’est-ce que tu as fait ?
Je relève la tête en entendant la voix de mon meilleur pote dans mon entrée. La tête rentrée dans les épaules, je n’affiche pas le portrait d’un type sûr de son choix. C’est plutôt le foutu contraire, à mon avis. Je fais mine de rien, l’accueille avec un sourire en me relevant comme je peux.
– OK… T’as pas l’air bien, mec.
Elliott avance dans mon salon et vient me soutenir alors que je tangue sur place, Marco est sur ses talons. J’ai mal au crâne, envie d’aller me coucher et de me réveiller dans un milliard d’années, quand je serai certain que mon cœur n’aura plus de problème avec ma décision rationnelle.
– Vous êtes des potes en carton ! grommelé-je en me massant les tempes. Vous auriez dû m’arrêter !
– Tu voulais qu’on fasse quoi ? balance Elliott en me forçant à m’asseoir sur le canapé. Tu nous as demandé de dégager et tu nous as fermé la porte à la gueule. T’es assez grand pour savoir ce que tu fais !
Mon meilleur ami a un grand sourire là où Marco reste sérieux. Pas sûr que l’image de sa star bourrée le ravisse. Tous les deux s’installent sur le canapé en face du mien, jambes écartées, mains liées, comme deux frères venus réconforter le petit dernier.
– Je crois surtout que t’avais besoin de boire, fait remarquer Marco de façon trop perspicace.
Je lui lance un regard noir. Ce n’est pas le moment !
– Qu’est-ce que voulait Maya ? ajoute-t-il innocemment.
– Rien.
Après un trop long moment, je poursuis.
– Foutre le bordel dans mon crâne.
J’ajoute ça juste parce que ça m’allège d’un poids.
– Maya n’est pas du genre à foutre la merde, contredit Marco.
– Qu’est-ce que t’en sais ?
Il soupire.
– Elle aurait attaqué depuis son arrivée dans le crew, non ? Elle a plutôt été respectueuse. C’est toi qui es allé la chercher, finalement…
– C’était plus fort que vous, renchérit Elliot. Normal que vous ayez succombé.
– Mais je n’aurais jamais dû ! C’est trop compliqué d’être avec elle, vous comprenez.
Je me lève si vite qu’un haut-le-cœur me tétanise une seconde. Je le cache à mes potes. Un verre d’eau devrait me calmer l’estomac.
– Si c’était aussi clair dans ta tête, tu aurais réussi à dormir, non ? Et tu serais prêt pour ton cours qui commence dans… Ah ! Non, qui a déjà commencé.
Pour lui prouver qu’il a tort, je pars dans ma chambre changer de tee-shirt, lisse mes cheveux vers l’arrière et enfile ma casquette avant de récupérer ma gourde et ma serviette.
– J’ai fait le bon choix. Je vais parfaitement bien, assené-je en revenant face à eux.
Marre d’être le type accro à une fille !
– Tu devrais prendre une douche, marmonne Elliott pendant que Marco ricane.
– Et dis-moi, ton choix… c’est ta tête qui l’a fait ? tente encore le chorégraphe, ou alors c’est ton cœur ?
– Ta gueule, Marco ! Ta gueule !
Je lâche tout ce que je tiens et me rue vers lui, un doigt menaçant pointé sur sa poitrine. Ma tête ? Mon cœur ? Il y a longtemps que les deux sont d’accord ! Il le faut !
– Aidan, tu devrais te calmer, m’avertit Elliott en se levant et en venant près de moi. Tu ne donnes pas vraiment l’impression d’avoir bien fait, là.
– Normal, quand on laisse partir la femme de sa vie, rétorque Marco.
Je vois rouge. En deux autres enjambées, je suis contre lui et lui saisis le col.
– La femme de ma vie m’aurait dit depuis longtemps qu’elle m’aime ! craché-je en le relâchant brusquement.
Elliott finit par balancer ce qui me ronge :
– T’es encore plus amoureux qu’avant, c’est ça ?
Un vague d’épuisement me plombe soudain.
– Tu lui as dit ?
Je secoue la tête.
– Et elle ?
– Elle est venue me dire qu’elle m’aimait…
– Elle ne te l’avait jamais dit avant ? s’étonne encore mon meilleur pote.
Non…
– Elle est en retard, alors, commente Elliott, allant dans mon sens.
Mais c’est sans compter sur Marco :
– Ou alors elle ne savait pas comment le dire…
– Marco… le préviens-je.
– Tu la connaissais, Aidan, argumente-t-il. Tu savais comment elle est. Maya n’est pas foutu de dire ce qu’il faut quand il faut. Il me semblait qu’elle était en train de changer avec toi.
Je ne veux pas entendre ça, alors je deviens mauvais :
– Si elle te plaît tant, t’as qu’à te la faire.
– Alors celle-là je ne m’y attendais pas !
Elliott rigole avec lui. Ils se lancent un clin d’œil avant que mon associé se focalise sur moi.
– Est-ce que c’est un sujet sensible à ce point ?
Je n’arrive pas répondre. Maya, c’est le sujet de toute ma vie…
Comme pour jouer les médiateurs entre ses amis, Elliott me force à me tourner vers lui.
– Aidan, t’es sûr de toi ? Et en tant que meilleur pote, tout ce que je veux c’est que tu sois heureux, avec ou sans elle. Mais si t’as un doute, je veux dire… Maya, c’est la moitié de ta vie. Tu l’as vénérée, adulée, adorée. Tu as réussi à la rencontrer, à danser avec elle, enfin ! Tu es tombé amoureux d’elle et, d’après ce que tu nous racontes, elle aussi. Alors je te pose la question : tu es sûr de vouloir laisser les choses comme elles sont ?
– Maya ne reviendra pas dans la troupe si tu ne vas pas la chercher, renchérit Marco.
Je repense à mes mots d’hier soir, au regard attristé de Maya. Je suis allé trop loin. Je lui ai fait de la peine.
« Je vais partir ». Pourquoi cette simple phrase a-t-elle mis tout mon monde en suspens et a-t-elle comprimé mon cœur ? Je n’arrive pas à me défaire de cette sensation. Non, j’ai choisi !
J’inspire. Expire. Me relève. Ouvre la porte. J’ai un cours à donner. Je vais reprendre ma vie où je l’ai laissée.
Arrivé en bas de l’escalier, mes pieds ne franchissent pas le seuil de ma salle de classe. Je regarde vers la porte extérieure. Qu’est-ce que je fais ?
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