Frangines
Violette
— Je ne vous avais pas dit que c’était une mauvaise idée ?
— Si, Milou, tu l’avais dit.
Jeanne les a prévenues par texto : elle est coincée à la gare avec les enfants pour une sombre histoire de siège-auto. Comme d’habitude, Mathilde a trouvé le moyen de faire perdre du temps à tout le monde, d’angoisser leur mère et de faire d’un minuscule incident une tragédie régionale. Louise ne serait pas étonnée si le 20 heures s’ouvrait sur la dramatique mésaventure de cette mère de famille parisienne abandonnée par les siens, seule avec ses deux enfants en bas âge au milieu du maquis. La soirée est immanquablement foutue. Mathilde va débarquer dans les plus mauvaises dispositions, exaspérée par ces aléas qui ont bouleversé son planning, et rejettera évidemment la faute sur ses sœurs.
— Comme si elle ne pouvait pas prendre Paul sur ses genoux pour vingt kilomètres, ajoute Violette qui lit dans les pensées de sa sœur.
— Oui, on a toujours fait ça avec Clarisse.
— Et souviens-toi, quand on était petites, et que les parents rabattaient la banquette arrière pour nous faire des lits, et qu’on voyageait de nuit pour venir ici. On n’en est pas mortes.
— Qu’est-ce qu’elle est chiante !
— Un euro.
— Quoi ? Elle a augmenté la tirelire à vacheries. On n’était pas à cinquante centimes ?
— L’inflation, ma bonne dame. Bientôt, on pourra partir toutes les trois aux Baléares avec tout ce qu’on balance.
— Heureusement que personne ne calcule la répartition de cette tirelire. Bon, je les mettrai en passant tout à l’heure.
Depuis leur plus jeune âge, Yves avait mis en place ce système d’impôt sur la médisance sororale. L’IMS. Il avait déposé une grosse tirelire en forme de cigale sur la cheminée du salon, dans laquelle les coupables devaient insérer une pièce dès lors que deux d’entre elles étaient prises en train de médire de la troisième. À chaque fin de vacances, elles partageaient équitablement le butin et il les emmenait toutes les trois dans la petite boutique de souvenirs et de savons de Saint-Rémy qui vendait aussi beaucoup de bonbons. Cette belle réconciliation sucrée réjouissait leur père qui plongeait allègrement et équitablement la main dans les sachets bourrés de rouleaux de réglisse, de caramels au sucre blanc et de roudoudous. À chaque pièce jetée dans la tirelire, la cigale émettait un chant assez proche du réel, leur rappelant à tous que la bienveillance était de mise.
— C’était dingue quand on arrivait le matin, tu te souviens ?
— Pas beaucoup. J’étais trop petite.
— Je me souviens d’une fois où Mathilde et toi dormiez à poing fermé. Moi, je faisais semblant parce que je voulais faire durer ces moments que j’adorais, repousser celui où j’ouvrirais les yeux et déclencherais le compte à rebours des vacances. Et puis aussi parce que j’avais la flemme d’aider papa et maman à décharger. Quand je ne les ai plus entendus, et que les allers-retours ont cessé, j’ai ouvert les yeux. Ils avaient laissé la porte du coffre ouverte pour laisser l’air entrer. Il y avait cette odeur incroyable qui venait me chatouiller les narines. Et le bruit du vent dans les herbes sèches. J’étais tellement heureuse, entre vous deux, je me sentais protégée. Et alors je les ai vus, tous les deux, nus comme des vers, qui gloussaient comme des gamins de peur de se faire surprendre par nous. Ils galopaient, encore tout blancs de l’hiver, vers la piscine qu’on avait pour la première année. Ils ont plongé en riant et se sont embrassés dans l’eau. Ils étaient si jeunes. Et à ce moment-là, je les trouvais si vieux. Ils s’aimaient, pas vrai ?
— Pour se supporter aussi longtemps, j’imagine que oui.
— J’ai peur de ne jamais y arriver.
— Arriver à quoi ?
— À rester si longtemps avec quelqu’un, à faire les concessions nécessaires, à accepter ses défauts au quotidien.
— Tu l’as fait, pourtant, ose Louise.
— C’est peut-être pour ça, alors, murmure Violette.
— Tous les hommes ne sont pas comme Michel.
— Je sais. Mais ça a été si dur. Si long, de me réapproprier ma vie, de nous construire notre petit cocon avec Clarisse. De ne plus avoir peur lorsque quelqu’un hausse le ton. Je ne suis pas sûre d’être prête à accueillir à nouveau quelqu’un chez moi.
— Personne ne t’y oblige. Jérôme t’a demandé de vivre avec lui, c’est ça ?
La voiture vient de surgir en haut de la colline. À regret, les deux sœurs se lèvent alors de leurs serviettes de bain, de l’endroit où elles passeront l’essentiel de leur temps à venir, au bord de la vieille piscine de pierre aux minuscules carreaux bleu ciel qui n’ont plus leur éclat d’antan. Mais les frangines Carpentier, comme on les appelait au village et dans les discothèques des étés 1990, s’en fichent pas mal, du moment qu’elles peuvent s’y rafraîchir, faire des longueurs, y regarder jouer les enfants et bronzer des heures entières en se racontant leur vie ou celle des autres. En apercevant Mathilde qui sort de l’Audi, hirsute et furibarde, Louise et Violette se sentent gagnées par une bouffée de tendresse et leurs griefs passés s’envolent en même temps que la joie des retrouvailles gonfle dans leur poitrine. En maillot de bain, pieds nus sur les brindilles sèches et pointues qui jonchent le jardin, elles courent pourtant vers leur aînée pour former un « câlin-sœurs » vivifiant. Pour cette accolade familiale toute particulière inventée il y a des années, chacune entortille ses bras sur ceux de ses voisines de ronde. Puis elles posent leurs têtes les unes contre les autres au centre du cercle en se serrant aussi fort que possible jusqu’à avoir mal et à étouffer avant d’éclater de rire.
Que c’est bon, pense Louise, de les avoir là avec elle, sur ses terres, pour davantage que quelques heures grappillées ici et là à Noël, pour un déjeuner rapide ou un enterrement. Enfin, elles vont pouvoir profiter les unes des autres, comme quand elles étaient petites. La vie d’adulte a des obligations que Louise ne comprend guère. À quoi sert d’avancer tant bien que mal dans l’existence, de travailler comme une forcenée si ce n’est pas pour vivre tout ça avec sa famille ? Quand pourront-elles à nouveau partager leurs joies et leurs chagrins comme avant ? Si ça n’avait tenu qu’à elle, Louise aurait aimé qu’elles vivent toutes les trois à La Garrigue, qui aurait été agrandie. Alors, chaque journée aurait été portée par la certitude de se retrouver le soir, comme quand elle rentrait de l’école et qu’elle savait que Mathilde et Violette étaient là. Ça n’avait pas duré longtemps, la faute à leur satanée différence d’âge, qui l’avait laissée trop tôt seule avec les parents. Elles ont beau être trois sœurs, Louise a souvent l’impression d’être fille unique.
— Faites gaffe, j’ai des poux, chuchote Mathilde, dont les cheveux se mélangent copieusement à ceux de Louise et Violette.
Avec un cri horrifié, elles se séparent aussi vite qu’elles se sont jetées les unes sur les autres.
— Je déconne. Non mais franchement, vous m’imaginez avec des poux ?
— Ça arrive à des gens très bien, réplique Violette, que Mathilde regarde alors avec méfiance.
— Dis donc, tu comptes organiser des soirées de gala à La Garrigue ou tu enchaînes direct sur trois semaines au Festival de Cannes ? les interrompt Louise, qui extirpe péniblement du coffre l’énorme valise de sa sœur.
— Pourquoi tu dis ça ?
— Pour rien. Alors, les enfants, on n’embrasse pas sa tata ?
— Je croyais que tu détestais qu’on t’appelle comme ça ?
— Rabat-joie. Oh, mais qu’il est mignon ! Coucou, Paul. Je suis tata Milou.
— La classe…
— Oui, c’est pas comme ça que tu vas trouver un mec.
— Qui a dit que je cherchais un mec ?
— Ah non ? Ça non plus on n’a pas le droit d’en parler ?
— Voilà, tu as tout compris.
Seules au monde, les trois sœurs n’en finissent plus de bavarder. Mathilde tient par la main un petit Paul intimidé par cette maison qu’il ne connaît pas vraiment. Pia, elle, a déjà rejoint Clarisse dans le dortoir des enfants. Derrière elles, Jeanne décharge tranquillement son matériel sans que quiconque s’y intéresse, ce qui l’arrange bien. Le brouhaha des conversations sans queue ni tête de ses filles la rassure. Les cigales se sont tues, laissant place au court silence de fin de journée qui précède les crissements nocturnes des grillons. La maison est au complet, on sera serré, il y aura des cris et des maillots qui traînent, des magazines trempés et des serviettes mouillées abandonnées un peu partout, des insomnies et des chambres qui débordent de bazar, bref, tout l’ordre des choses sera bouleversé… Mais n’est-ce par pour ça qu’Yves et elle avaient voulu ces quatre murs aujourd’hui si pleins de souvenirs ?
On est le 4 août et les vacances vont pouvoir vraiment commencer.
*
— Tu ne lui reparles toujours pas ? s’enquiert Violette.
— Tu plaisantes, j’espère ? Après ce qu’il a fait ? réplique Louise.
— C’est notre père, on ne peut pas complètement arrêter de le voir.
— Et pourquoi pas ?
— Parce qu’un jour on le regrettera. Parce que la vie est courte et qu’il pourrait mourir d’une crise cardiaque ou faire un AVC, crac, comme ça, du jour au lendemain, sans qu’on ait pu le serrer dans nos bras une dernière fois, ou savoir comment il va.
— Ça arrive tout le temps, tu sais ? Souviens-toi du beau-père de Raph, intervient Mathilde, qui débarque sans prévenir dans cette conversation feutrée.
— Il buvait comme un trou, non ?
— Ça n’a rien à voir. Et Sharon Stone, elle a bien fait un AVC à quarante-trois ans. Je ne pense pas qu’elle boive, avec la peau qu’elle a. Enfin bref, moi je dis que ce ne sont pas nos affaires.
— Tu l’as appelé, n’est-ce pas ? demande Louise à Violette.
— Oui… Oh et puis, je ne vois pas pourquoi je m’excuserais. On n’est pas obligées de toutes réagir de la même façon.
— Tu fais comme tu veux mais pour ma part, il est hors de question que je le voie, conclut Louise, butée.
— Tu ne l’as jamais croisé ? Vous vivez dans la même ville.
— Non, il suffit de faire attention. En revanche, j’ai vu sa poufiasse un jour à la pharmacie, j’ai tourné les talons direct. Je pense qu’elle ne m’a pas vue.
— Elle n’est pas si terrible, commente Mathilde.
— Ah c’est sûr, toi tu ne veux jamais te mettre mal avec qui que ce soit. Tu l’as même invitée à ton mariage !
— Oh, mais c’était il y a douze ans ! Comment je pouvais savoir ?
— Calmez-vous, s’interpose Violette.
— En tout cas, moi, une femme qui sépare un couple de plus de quarante ans du jour au lendemain, j’appelle ça une poufiasse. En plus, elle a un teckel, ajoute Louise.
— Je ne vois pas le rapport. Tu n’as jamais aimé les petits chiens, c’est un fait. Mais ça ne fait pas d’elle un être abject pour autant.
— Si ! Ils sont ridicules, papa et elle, avec leur cabot. Et excuse-moi de préférer les êtres humains. Et les chevaux.
— Ah, tu vois, que tu les as vus.
— Une fois, à une terrasse. Papa avait le clebs sur les genoux. Il lui faisait des papouilles comme si c’était un enfant, c’était répugnant. Il avait une chemise hawaïenne, en plus. Non mais tu te rends compte ?
— Oui, je ne sais pas si on pourra lui pardonner un jour.
— Arrête, cette histoire ne me fait pas rire du tout.
— Ça va les filles, tout se passe bien ? Vous n’avez pas trop chaud ?
Jeanne a passé la tête dans l’entrebâillement de la porte-fenêtre. Elle porte une longue chemise de nuit blanche et a détaché ses cheveux. Un instant, Louise et Violette ont l’impression d’avoir de nouveau huit ans. Les a-t-elle entendues ? Par réflexe, elles reprennent chacune une position plus sage sur leurs lits simples trop courts qui datent d’un temps où Ikea n’existait pas. Un temps où les sommiers grinçaient et où la notion de confort scandinave était encore inconnue. Violette a retiré ses lentilles et chaussé ses épaisses lunettes de vue, qu’elle ne porte qu’en présence de son très proche entourage ou en cas d’absolue nécessité. Elles ont fini de déballer leurs affaires, s’octroyant une place équitablement calculée dans la petite commode peinte par leur père à l’époque où il bricolait à l’ombre de l’auvent pendant que ses femmes se doraient au soleil. Les tiroirs ne pouvant pas contenir tout ce qu’elles ont apporté, la chambre ressemble déjà à un champ de bataille, avec les gros sacs éventrés, les robes de Violette, pendues un peu partout, les jeans de Louise qui jonchent les tomettes ocre, des produits de toilette disposés çà et là, jusqu’aux tables de nuit qui débordent de crèmes, de portables qui chargent et de piles de livres achetés pour l’été. Comme toujours, elles auront trop chaud, bien sûr, malgré la porte-fenêtre laissée ouverte avec son rideau de perles qui tintinnabulera sous le vent pendant la nuit. Elles se feront piquer par des dizaines de moustiques, aussi. Et devront aller faire pipi dans le jardin parce que pour se rendre aux toilettes et même à la salle de bains, elles sont obligées de passer par la chambre des enfants qu’elles craignent de réveiller.
— Super ! répondent-elles pourtant en chœur.
— Ah, maman, je t’ai apporté tes petits bols à pistache, regarde.
Violette tend à sa mère trois petits bols peints en jaune et vert, sur lesquels elle a écrit « La Garrigue ».
— C’est magnifique, ma chérie ! Très mignon. C’est ce que tu vends en boutique ?
Jeanne semble dubitative.
— Euh… non, pas ceux-là. Je les ai faits spécialement pour toi. Mais d’autres bols, d’autres objets. Bref, tu ne comprends pas. Heureusement, les gens aiment. On peut très bien en vivre, tu sais ?
Depuis près d’un an, Violette a décidé de changer de vie, ou plutôt de vie professionnelle. Les événements de l’été précédent lui ont fait prendre conscience de la brièveté de l’existence et, surtout, des choix qu’il faut prendre pour soi-même sans se laisser porter par ceux des autres, comme l’a fait Jeanne. Elle a suivi une formation de céramiste tout en continuant de travailler au cabinet. Le rythme a été dense, Clarisse a un peu souffert des absences de sa mère. Pourtant, lorsqu’elle a fini par dégoter un petit atelier qu’elle partage avec Olivia, une femme dynamique et gaie devenue son amie, l’horizon de Violette s’est peu à peu dégagé. Si elle ne peut pour l’instant complètement cesser son activité d’avocate, conservant quelques dossiers pour garder son niveau de vie, elle se consacre de plus en plus à sa nouvelle passion, dont elle espère vivre rapidement. Elle est bien sûr soutenue par Mathilde, trop heureuse de voir sa sœur si sérieuse rejoindre le rang des folles entrepreneuses, incomprises par le reste de la population dite « normale » – à commencer par Jeanne, très inquiète des décisions extravagantes prises par sa fille.
— Ne t’énerve pas, Violette. Je suis sûre que tu sais ce que tu fais. Tant mieux, tant mieux… Et merci, ce sera parfait pour l’apéritif. Bon, je vais me coucher. Demain, j’ai du boulot. Bonne nuit, mes chéries.
— Bonne nuit, maman.
Elles l’entendent ensuite pousser doucement la porte de la chambre de Mathilde, et chuchoter des paroles indistinctes. Violette se dit un instant qu’elles doivent parler de son nouveau travail, que Jeanne considère comme une lubie. Elle se dit que Mathilde doit éprouver un certain plaisir à occuper cette place de fille bien installée qui rassure sa mère sur la condition de sa cadette. C’est de bonne guerre, après tout, songe Violette. Elle qui a longtemps été « la fille qui ne travaille pas ». Celle qu’on n’interroge jamais, hormis à propos des enfants.
Violette et Louise se calent dans leur lit, et prennent chacune un livre. Parce que, chez les Carpentier, c’est ainsi depuis toujours ; ce moment doux où l’on se plonge dans des romans qui passent ensuite de main en main, qu’on commente aux repas, et qui pour certains sont le témoin d’une année particulière, liée à tout jamais à une couverture flétrie par les ans. Dans le salon encombré de La Garrigue, devant la jolie cheminée de pierre surmontée de moult bibelots, il y a un gros canapé de cuir qui a traversé leurs vies, et un sol en coco qui pique les pieds, et dont l’odeur est devenue celle de la maison dans leur mémoire olfactive. Quand ils se retrouvaient tous l’hiver en Provence pour fêter Noël, c’est sur celui-ci que les trois sœurs ouvraient leurs cadeaux au matin, et se pelotonnaient lorsqu’il faisait trop froid pour profiter du jardin. Tout autour du centre névralgique de la maison, les murs sont recouverts d’étagères qu’Yves a installées à mesure que la maison se remplissait de livres.
Aujourd’hui, toute la pièce en est couverte. Il y a les livres d’enfants, les Martine, les bandes dessinées, tous les Tintin, les Astérix, les Johan et Pirlouit, ceux que les filles ont lus adolescentes, et puis les autres, qu’elles ont apportés année après année et laissés là. Cette bibliothèque est leur mémoire familiale dans laquelle elles préfèrent souvent piocher pendant les nuits sans sommeil, plongeant le nez dans les pages jaunies, parmi lesquelles elles trouvent parfois un trésor, le numéro de téléphone d’un ancien petit ami, ou l’acte de propriété de l’une d’elles – « ce livre appartient à Mathilde Carpentier. Août 1989 » –, un papier de Malabar bi-goût planqué.
Louise a éteint sa lumière. Violette ne l’a pas entendue lui dire bonsoir. Elle repose son livre sur sa table de nuit, éteint à son tour et hume avec bonheur l’odeur du soir qui monte du jardin. Puis elle chuchote comme pour elle-même :
— Je sais que ça ne te plaît pas mais j’irai le voir. Oui, j’irai le voir.
Seul le silence lui répond, et les bruits métalliques provenant de la chambre des enfants, qui cherchent leur place sur ces lits en fer auxquels ils ne sont pas encore habitués.
Puis Louise se retourne dans le noir et souffle de sa voix endormie :
— Je sais.
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