Frangines

Adèle Bréau · Chapitre 30 sur 46

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Frangines

Louise

 

Ça ne sent pas bon, cette histoire, songe Louise qui redoute que le fragile équilibre qui s’est installé dans la famille depuis la naissance de Clarisse vacille. Pourtant, elle se souvient mal de cette période. Finalement, avant l’âge adulte, Mathilde n’a jamais vraiment été là pour elle. Quand elle était enfant, cette grande fille très belle et distante faisait peu attention à elle, obnubilée qu’elle était, déjà, par sa propre personne et ses chaussons de danse. Puis elle était partie en pension à Paris, pour ne revenir que les week-ends, pendant lesquels elles partageaient des repas mais guère plus. Mathilde baragouinait des secrets à Violette en anglais, pendant que Louise pleurnichait d’être ainsi mise à l’écart, le nez dans ses poissons panés tandis que ses aînées riaient sous cape. Bien sûr, il y avait les étés. Là, tout était différent. Mathilde s’ouvrait à elles, qui jouaient les gentilles vassales de cette reine lumineuse, avec un bonheur naïf et sincère. C’est à La Garrigue que Louise avait véritablement appris à connaître et aimer sa grande sœur. Ou plutôt, son autre grande sœur. Car longtemps, lorsqu’on l’interrogeait, elle oubliait l’existence de Mathilde.

Et puis il y avait eu cet été particulier où elle avait surpris Violette et Laurent, qu’elle considérait comme leur cousin. La première fois qu’elle les avait vus s’embrasser, planqués derrière le muret de la piscine si calme et si bleue dans laquelle elle faisait ses longueurs depuis un temps qui lui paraissait infini, elle avait été tellement perturbée qu’elle avait failli tomber à la renverse. Déjà qu’elle n’aimait pas beaucoup associer ses sœurs à une quelconque sexualité, alors avec Laurent… Et puis, elle l’aimait bien, Laurent. Plus que ça, même. C’est vrai qu’il était soudain devenu très beau. À Saint-Rémy, elle profitait toujours des courses des uns et des autres pour se glisser dans la voiture. Avec un peu de chance, on passerait devant le café des Variétés, et alors elle l’apercevait au comptoir, avec sa longue mèche brune et ce sourire craquant. Ça lui faisait des picotements partout.

Mais bon, elle avait vite compris qu’elle était trop jeune, qu’il ne la regarderait jamais. Pas comme elle l’aurait voulu. Et puis il y avait eu Annie. Laurent était le dernier garçon que Louise avait vraiment désiré. Aujourd’hui, quand elle le regarde, ça la fait bien rire. Rien chez cet homme, certes séduisant mais un peu vieux jeu, ne suscite en elle la moindre ardeur. À l’époque, elle avait été un peu peinée mais finalement contente que son choix se porte sur Violette. Un choix audacieux et intelligent, s’était-elle dit. Elle avait rapidement été heureuse pour eux. Tout l’été, elle les avait accompagnés dès qu’elle le pouvait, s’incrustant le plus souvent alors qu’ils auraient probablement préféré se retrouver seuls. Mais elle se sentait bien, avec eux, comme avec des parents de substitution. Elle se souvient du bien-être qui l’envahissait lorsqu’elle posait sa tête sur les genoux de Violette, le nez vers le ciel, les yeux fermés, tandis qu’ils faisaient tous les trois la sieste à l’ombre des abricotiers ou que le jeune homme grattait quelques airs du Top 50 sur sa guitare. Et puis l’été s’était achevé. Louise se souvient des larmes de la dernière nuit des vacances, dans la chambre aux lits superposés. Elle l’avait entendue malgré les efforts de sa sœur pour rester discrète. À l’époque, Violette faisait la fière. Elle n’avait jamais voulu reconnaître qu’elle était amoureuse de Laurent. Probablement qu’elle n’assumait pas tout à fait ce rapprochement avec le petit garçon dont les photos encombraient le salon de La Garrigue. D’ailleurs, ni lui ni elle n’avaient parlé de leur relation devant Yves et Jeanne. Quand Laurent venait déjeuner, ils faisaient comme si de rien n’était. Mais Louise les surprenait souvent dans les recoins du mas, collés l’un à l’autre, le souffle court, se volant des baisers entre deux plats. Il n’y avait guère qu’Yves qui, trop heureux de renouer avec ce fils de substitution, n’avait semble-t-il rien vu de ce batifolage qui se déroulait sous son toit. Il serait bien temps, s’était dit Louise, pressée pourtant de découvrir son père heureux d’accueillir tout à fait Laurent dans la famille s’il épousait Violette. Louise s’était imaginée en demoiselle d’honneur, en meringue blanche au côté de Mathilde qui, pour une fois, aurait tenu avec elle le second rôle de la belle fête familiale qui se serait inévitablement déroulée à La Garrigue. Peut-être qu’il y aurait un vin d’honneur au café dans l’après-midi. Avec tout le village. Pour sûr, ça ferait une belle fête.

Après l’été, Louise était repartie à Tours avec les parents, la mort dans l’âme. Elle avait redouté les longs mois pendant lesquels elle se retrouverait seule avec eux, pour la première fois. Cette année-là, Violette quittait la maison à son tour et allait habiter chez Mathilde dans les premiers temps, avant de trouver un petit boulot et de pouvoir s’installer seule. Début septembre, elle avait fini d’entreposer ses derniers cartons dans le garage, et laissé à Louise sa chambre encore décorée des posters qui avaient longtemps fait rêver la benjamine mais dont l’héritage ne la consolait guère. Et puis, plus tard, il y avait eu ce soir où elle avait surpris les parents dans le salon, prostrés devant une lettre ; Jeanne était en larmes. On lui avait demandé de retourner dans sa chambre. Une chape de silence s’était abattue sur la maison. Au bout de quelques semaines, Jeanne et Yves avaient expliqué à Louise que Mathilde était partie faire le tour du monde. Ils avaient pris un air détendu, comme si tout ça était normal – qu’elle ait disparu sans lui dire au revoir, qu’on ne puisse pas la joindre, lui écrire ou lui téléphoner, ou même aller la voir pour Noël ou les vacances scolaires. Son absence avait duré sept ans.

Jérôme a rejoint Violette au bord de la piscine. Louise les observe, côte à côte sur leurs transats. Ils ont l’air serein. Ils ressemblent à un de ces couples des années 1950 qui posaient sur les photos de cette époque. Est-ce dû aux formes généreuses de Violette, qu’on aurait davantage imaginée évoluant au temps des pin-up, des décolletés affriolants et des lunettes à l’américaine ? Ou alors au charme suranné de Jérôme, avec sa chemisette et sa calvitie précoce ? Mathilde, elle, s’est planquée. Tant mieux, pense Louise. Il ne manquerait plus qu’elle vienne parader autour de Laurent. Oh, elle a changé, c’est sûr. La Mathilde qui a réapparu un beau jour, son couple bien propre en bandoulière, n’a plus grand-chose à voir avec la séductrice pathologique d’autrefois – d’autant que la maternité est venue parachever cette mue. Mais Louise reste convaincue qu’il est préférable que ses deux sœurs ne se retrouvent pas au même moment près de celui qui a fait exploser leur famille. Surtout depuis que Mathilde est venue tout à l’heure confirmer les rares confidences que Violette a bien voulu lui faire – jusqu’à cet instant, Louise avait toujours douté, conservé au fond d’elle l’espoir d’un malentendu. Comment Mathilde avait-elle pu faire quelque chose d’aussi ignoble ? Trahir une autre femme, c’est déjà assez abject, une amie proche, n’en parlons pas, mais alors une sœur… Mathilde avait tous les hommes à ses pieds ! Pourquoi avait-elle justement séduit celui-ci, auquel elle n’avait jusque-là jamais fait attention ?

Louise s’approche de Jeanne et Laurent qui sont en grande conversation devant la porte-fenêtre qui donne sur le salon.

— Qu’est-ce que vous faites ?

— Louise ! Mais qu’est-ce que tu as changé !

Laurent arbore un immense sourire qui semble sincère. Pour autant, Louise n’a aucune intention de se montrer aimable.

— Ne fais pas genre tu ne m’as jamais vue à Saint-Rémy.

Laurent fronce les sourcils, replace sa mèche avec la main gauche. Il ne porte pas d’alliance. En revanche, une légère marque de bronzage ou d’érosion s’est formée autour de son annulaire, preuve qu’il l’a été un bon bout de temps, et que l’affaire s’est soldée il y a peu. Louise a l’œil, pour ça. L’habitude avec les malades qui se confient à elle, racontent leur vie conjugale, les accrocs et les petits arrangements avec la fidélité.

— Ah non, je t’assure ! Tu vis ici ?

— Évidemment.

— Désolé, je ne savais pas. Je viens de revenir dans la région.

— Une séparation, j’imagine ?

— Oui, euh… Comment es-tu au courant ? Vous avez déjà eu le temps de parler de moi ? s’enquiert-il avec un petit sourire gêné en direction de Jeanne.

— Ne prends pas tes désirs pour une réalité. Non, disons que ta vie est souvent liée aux conséquences de tes comportements amoureux…

— Louise !

— Laisse, Jeanne, ce n’est pas grave. Enfin, ça fait longtemps, tout ça.

— Et alors ? Il y a prescription ?

— Louise, ça suffit ! Laurent vient gentiment m’aider…

— Oh, et puis j’en ai marre ! Faites comme vous voulez. Moi, je vais aller monter.

— Par cette chaleur ? Et le dîner de ce soir ? Raphaël ne va pas tarder. C’est pas vrai ! Trois jours qu’elles sont ensemble et c’est déjà le drame. Tu as eu bien de la chance d’être enfant unique, tiens. Comment vont tes parents ?

— Bien. Enfin, d’après ce qu’ils disent. Les parents ne racontent jamais vraiment leurs soucis à leurs enfants.

— Ah bon, tu crois ? Tu as peut-être raison. On craint de vous embêter, vous avez des vies si intenses et pleines de projets. Nous, c’est derrière nous, tout ça. Et puis nous avons beaucoup de temps. Trop, peut-être.

— J’ai appris pour Yves et toi.

— Oui…

— Ça n’a pas été trop dur ?

— Si, très dur. Heureusement que Louise était là. Elle n’a pas un caractère facile, je sais. Mais si tu savais combien elle m’a aidée.

— La petite dernière, c’est toujours la plus proche, non ?

— Peut-être bien… En tout cas, c’est celle qui clôt le chapitre de la maternité. Et puis, c’est celle qui est restée sans les autres. Mais je ne voudrais pas l’étouffer.

— Tu ne devrais pas t’inquiéter, elle a l’air solide. Bon, et toi ? Tu as réussi à tourner la page ? Il n’y a personne qui te plaît ici ? Les veufs bronzés et les divorcés dynamiques, ce n’est pas ce qui manque, dans la région.

Jeanne rougit, et replace une nouvelle fois une mèche invisible qui se serait fait la malle. Ses cheveux, plus clairsemés que dans le souvenir de Laurent, forment une masse compacte, probablement fixée à la laque, que même le mistral ne saurait déranger.

— Enfin, tu n’y penses pas ! C’est fini, pour moi.

— Pourquoi ? C’est idiot. Au contraire, il faut prendre tout ça comme une chance de connaître plusieurs amours. Pourquoi Yves y aurait droit et pas toi ? Tu es encore très séduisante, Jeanne, je t’assure.

— Arrête, tu as toujours été un flatteur.

— Pas du tout. Enfin si, je crois que tu n’as pas tort, plaisante-t-il avant de reprendre un ton sérieux. Mais dans ton cas, je le pense vraiment. Fonce, peut-être que tes plus belles années sont à venir.

— Il est fou, celui-là.

— On en reparle dans quelque temps. De toute façon, maintenant que je suis revenu, je ne te lâche plus.

— Tu restes ? Je pensais que tu ne venais que pour l’été ?

— Je n’ai pas fait de plans, mais je n’ai nulle part où aller pour le moment. Ma femme garde la maison, qui était une baraque de famille à Biarritz. Je n’ai aucune attache hormis ici. Alors autant que je bosse dans ma région.

— Mais quelle joie ! Et vos… enfants, comment vous allez faire ?

Laurent s’assombrit imperceptiblement.

— Nous n’avons pas eu d’enfants.

— Oh, pardon. Comme tu disais « ma femme », je pensais… Non pas que ce soit une obligation, bien sûr. Je sais que plein de couples aujourd’hui ont des modèles différents des nôtres à l’époque. Mais… quel âge as-tu exactement ?

— Bientôt quarante. On n’a pas réussi à en avoir. On est passé par tous les traitements possibles et imaginables. Je pense que c’est venu à bout de notre couple. Ou bien peut-être que ça se serait terminé quoi qu’il arrive. On ne le saura jamais. Et puis, les enfants ne sont pas là pour aider les gens à rester ensemble, sinon ce serait trop triste.

— Trop triste, oui…, murmure Jeanne. Tu penses qu’Yves est parti parce que les filles n’étaient plus là ? Qu’il est resté avec moi toutes ces années parce qu’il ne voyait en moi que la mère ?

— Non, bien sûr que non. Je parlais de mon cas personnel. Et puis… les filles étaient parties depuis longtemps. Et, si j’ai bien compris, Louise n’est pas vraiment partie.

— Oui, je ne sais pas… Ça donne à réfléchir, en tout cas.

— Bon, mais cette maison, alors, on en fait quoi ?

Le visage de Jeanne s’illumine à nouveau, tandis que Laurent tourne une nouvelle fois la tête, mine de rien, vers la piscine. Violette vient de se lever de son transat et offre aux doux rayons de la fin d’après-midi ses courbes laiteuses.

— On change tout ! Nouvelle vie ! Laurent ?

— Oui ! Nouvelle vie, bien sûr. Quel est ton budget ?

— Oh, pas grand-chose, comme tu peux l’imaginer. Mais j’ai économisé un peu d’argent que je destinais à Yves sur une assurance vie. Je pense qu’il est temps de taper dedans, n’est-ce pas ?

— Sage décision, commente Laurent avec un sourire.

— Oui, j’ai beaucoup hésité en pensant aux enfants et à mes petits-enfants, mais ils auront déjà La Garrigue. Et, plus elle sera belle, plus elle leur donnera envie de se réunir ici, même quand je ne serai plus là.

— Jeanne…

— Dans très longtemps ! En attendant, j’ai envie de vivre dans un nouveau décor, plus moderne, plus pratique, et plus à mon goût. Je me rends compte que, pendant des années, je me suis laissée porter par Yves pour tout ce qui concernait l’immobilier, le gros œuvre. Moi, ma partie, c’était la famille, les courses, les goûters, les colonies, la logistique quotidienne. Ma génération a vraiment loupé un wagon. Et dire qu’on a fait 1968 ! Toutes ces belles intentions féministes, on ne peut pas dire qu’on ait réussi à se les appliquer. Ah ça, pour pouvoir bosser, on a bossé. Mais ça s’est juste ajouté au reste. Du coup, on a trimé deux fois plus pour trois fois rien. Et pour se faire larguer à plus de soixante balais, tu parles d’une gourde !

— Mais tu vas te rattraper. On va faire de cette maison un véritable petit cocon.

— Je veux des volets bleus ! J’ai toujours voulu des volets bleus, et je me fiche qu’on soit en Provence, et que ça ne plaise pas aux filles. Et puis, j’aimerais retirer cet horrible revêtement coco au sol, que j’ai toujours détesté. Ça pique les pieds, ça sent mauvais et ça retient la poussière. Je veux du parquet partout. Et une cuisine américaine.

— Ouh là, pas si vite ! Je note.

— Il faudrait redonner un coup de frais à la piscine, aussi. Tu as vu ? Il y a des éraflures partout. On dirait qu’on l’a creusée au siècle dernier. Et puis, il faudrait installer du teck autour, pour qu’on puisse s’y reposer tous ensemble, et pas les uns derrière les autres sur deux transats en plein cagnard. Ah, et ajouter une pergola, pour pouvoir bouquiner à l’ombre. Quant à ma chambre, je veux me débarrasser de ce vieux lit qui nous venait des parents d’Yves. J’en veux un avec une tête de lit, en osier ! Un papier peint fleuri, des plantes vertes, une jolie couette, une bibliothèque.

— Attends… On mélange tout, là. Il y a les travaux d’un côté, la déco de l’autre. Je ne suis pas sûr d’être la bonne personne pour la seconde partie mais je connais une jeune femme très bien qui pourra t’aider. Et pour le reste, idéalement il me faudrait des plans. Je suis davantage dans l’exécution. Peut-être est-ce que ton… gendre pourrait nous aider ?

— Qui ça, Raphaël ?

— Je ne sais pas. Le… mari de Violette ?

— Ah, Jérôme ! Mais ça n’est pas son mari. C’est son… comment dites-vous aujourd’hui ? Son compagnon, son « mec ». C’est la première fois qu’on le voit.

— Vraiment ?

— Eh bien… oui. D’ailleurs, je suis très impolie. Je ne te presse pas, mais le pauvre vient d’arriver, et il faudrait que j’aille lui faire la conversation. Et que je prépare le dîner de ce soir. Le mari de Mathilde doit lui aussi arriver de Paris. Et il est très exigeant. Il travaille dans l’immobilier. Il est très riche. Très maniaque aussi. Bon, je l’adore. Il nous l’a rendue. Il l’a tellement équilibrée. Bon, enfin. Je vais devoir y aller. Tu as assez d’éléments ?

— Je vais faire le tri dans tout ça, faire un budget. Si j’ai les plans par ton… Jérôme, ça te fera une économie, évidemment. Tu veux passer au café après-demain ? J’aurai certainement avancé.

— Au café ? Non, je ne préfère pas. Voyons-nous plutôt sur la place. Merci pour tout, Laurent. Je suis enchantée par ce projet. Comme tu le vois, Clarisse et moi, on a déjà commencé la peinture mais je doute qu’on arrive à terminer toutes seules. Du moins dans un délai ou une qualité acceptables.

— Ça me fait plaisir, Jeanne. Je vous dois au moins ça.

— Vous ?

— Eh bien. À toi, déjà, qui t’es occupée de moi pendant toutes ces années, tous ces étés qui ont enchanté mon enfance. Et puis aux filles… Je… je suis désolé, vraiment. Pour ce qui est arrivé.

— C’est du passé, l’interrompt Jeanne.

— On peut en parler, si tu veux.

— Certainement pas. On a eu assez de problèmes comme ça. Aujourd’hui, tout le monde est casé, tout est pour le mieux. Et toi, alors ? Tu as une petite amie ?

— Personne.

— Ah mais les femmes seules, ce n’est pas ce qui manque dans la région. On va peut-être pouvoir chercher l’âme sœur ensemble ?

— Et pourquoi pas ?

— Chiche.

Tout en parlant gaiement, Jeanne se dirige vers le parking. Malgré la joie des retrouvailles, et le plaisir de converser avec celui qu’elle a l’impression d’avoir quitté la veille, elle a envie qu’il parte. Arrivé devant sa voiture, Laurent traîne des pieds, il tarde à grimper dedans.

— Tu diras au revoir aux autres de ma part ? Ce n’est pas très poli de partir comme ça…

— Penses-tu ! Personne ne fera attention à ça. Au revoir, Laurent.

— Au revoir, Jeanne.

Et elle le regarde démarrer dans sa jolie voiture qui projette un nuage de poussière sur l’affreuse guimbarde de ce pauvre Jérôme.

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