La bouche pleine

Elisabeth Massicoli · Chapitre 14 sur 57

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La bouche pleine

Jeudi 1er décembre - 19 h 19, à la brasserie au coin de ma rue.

— Deal.

Pressée, je coupe court à la conversation et je file vers la sortie.

 

Jeudi 1er décembre

19 h 19, à la brasserie au coin de ma rue.

 

Il est déjà en retard de vingt minutes, ça augure mal. Je suis sur le point de régler la bière sûre à la framboise que je me suis enfilée à grosses gorgées pour faire descendre mon rythme cardiaque quand je le vois entrer, avec sa petite barbe pas faite, ses épaules de quart- arrière, les joues rouges et un casque de vélo en main.

Il est beau.

En tabarouette.

Je lui pardonne sa ponctualité défaillante et m’étampe un sourire dans la face.

Après les présentations d’usage et quelques minutes de conversation un peu maladroite avec une nouvelle bière entre les mains, je me rends compte que les avis sur GuyAdviser© étaient plutôt justes : il est gentil, mais niais. Et il a une mâchoire carrée à faire pâlir Superman d’envie. Parfait pour un one- night- stand, finalement.

Parle, parle, jase, jase. J’aurais pu être pro au hockey, mais j’me suis fait mal au genou. J’suis pas vraiment ça, la politique. Connais- tu la terrasse Bonsecours ? Deux heures passent. Je suis soûle, et j’ai de plus en plus de misère à faire semblant de m’intéresser à la moto sport qu’il compte s’acheter, le printemps prochain.

Aux toilettes, je texte Julianne.

Oh man. Si beau, mais si con.

Arrête, tu juges toujours les gens

trop vite ! Il est sûrement nerveux.

Ça fait deux heures qu’on parle, et il a au moins dit trois si j’aurais.

Laisse donc une chance

au coureur.

En tout cas, il m’semble pas assez intelligent pour être un tueur en série. C’est déjà ça.

Tu vois ! T’arrives à trouver

du positif, quand tu t’y mets.

Je sors de la salle de bain, bien déterminée à mettre mes préjugés grammaticaux de côté. Pour pas perdre ma motivation, je l’invite prestement à venir boire un dernier verre chez moi. Il accepte et règle. On affronte les quelque trois cents mètres qui nous séparent de mon lit presque en silence. Il marche en tenant le guidon de son fixie, qu’il attache fermement à la clôture devant mon appartement, pendant que je texte Julianne que le beau nono est sur le point d’entrer chez moi. Je prends pas de chance : better safe than sorry.

À peine le pied dans le portique, il me plaque au mur et m’embrasse. On est décidément sur la même longueur d’onde : la bière de sofa, ce sera pour une autre fois. Il frenche avec juste ce qu’y faut de langue pour me faire ramollir les genoux et mouiller mes bobettes. Il est grand et je me sens petite. J’aime ça.

Il se déshabille et enlève mes vêtements comme un pro, en continuant de m’embrasser. C’est manifestement pas son premier rodéo. Pendant que je suis toujours accotée sur le mur du hall d’entrée, il glisse ses doigts en moi, je gémis. Damn, t’es tellement mouillée. Il s’agenouille devant moi et pose sa bouche chaude sur mon sexe. J’espère que je goûte bon, j’ai pas eu le temps d’aller me rafraîchir dans la salle de bain. Il appuie trop fort avec sa langue sur mon clitoris, et m’envoie des décharges électriques jusque dans la colonne vertébrale. Je lui empoigne la (sacrée) mâchoire et tire son visage vers le mien pour l’embrasser et, surtout, pour qu’il arrête son cunni 220 volts sans que j’aie à froisser son ego. Je lui glisse à l’oreille que j’ai envie de lui là, tout de suite, maintenant. Il m’agrippe par la nuque, dominant, et m’entraîne jusque dans mon lit, fait et propre en prévision de ce qui est en train de se passer. Il m’embrasse encore plus intensément – la bouche, le cou, les seins – en se masturbant. Je prends la relève, crache dans ma paume et commence à le branler en prenant le temps d’analyser ce avec quoi je travaille : gros, large, pas très long, circoncis, rasé, mais pas de très près. Il a aussi des abdos d’enfer, ce qui me rend soudainement self-‐ conscious.