La bouche pleine
Samedi 26 novembre - 5 h 16, dans ma salle de bain, après avoir vomi mes moutarde-chou.
— Ju, j’t’aime pis toute, mais c’est trop weird. On fait pas ça, c’est niaiseux. Vas- y toi, chez Steve. J’m’en vais m’coucher moi, okay ?
Ses neurones imbibés de gin prennent trois secondes pour traiter cette nouvelle information.
— Mmmmmm, t’as raison. On va- tu se chercher des hot- dogs, à ’place ?
— Ouais, okay. Fuck Steve.
Elle répète un senti fuck Steve pendant que je hèle un taxi, alors même que notre plan- cul- no- more se rend compte qu’on est déjà loin derrière lui. Il fait demi- tour en titubant.
— Hey les filles ! Attendez, vous faites quoi ? Come on, esti, j’habite juste au coin de la rue ! Câlisse !
Il lève les bras au ciel, découragé. On doit lui avoir dit de fermer sa yeule, je sais pas, je m’en souviens pu’.
Samedi 26 novembre
5 h 16, dans ma salle de bain,
après avoir vomi mes moutarde- chou.
Note dans mon iPhone :
Bois pu’ jamais de tequila
esti de grosse épaisse,
tu vas finir par te faire tuer,
ou pire,
par pogner l’herpès.
Samedi 26 novembre
18 h 26, évachée dans mon lit.
J’ai à peu près pas bougé de la journée. J’ai les cheveux en bataille, le mascara étampé jusque dans le front. Je porte des culottes à l’élastique pété, pis un vieux t- shirt de camp de jour dont j’ai coupé les manches. La classe, quoi.