La bouche pleine
Dimanche 11 décembre - 1 h 45, dans mon salon bien rangé.
J’agrippe mon manteau au vestiaire en quatrième vitesse et je sors dans le froid polaire en cherchant le pick- up de Pete, le cœur battant la chamade.
Poum-tshi-poum.
Dimanche 11 décembre
1 h 45, dans mon salon bien rangé.
— C’est beau chez vous, c’est… minimaliste.
— J’aime ça quand les affaires sont en ordre. J’suis une vierge, hen.
— Si j’laisse mon sac à dos dans l’entrée, vas- tu tilter ?
— J’vais faire une exception parce que c’est toi.
Il ouvre son sac et en sort deux grosses bières de micro.
— J’ai choisi celle- là pour toi, à cause de l’étiquette.
Collée sur le contenant en vitre froid, une image d’agrumes dans les teintes de rose et d’orange. Je trouve ça cute et le remercie. Il m’embrasse goulûment en retour.
Je mets de la musique de fond sur mon ordi et on s’installe sur mon sofa mou, les jambes qui se touchent. On trinque, on boit une gorgée et on dépose nos bouteilles sur ma table de salon. Il s’approche un peu plus et passe sa main dans mes cheveux, en me regardant dans le blanc des yeux. Je me raidis, parce que je sais pas comment réagir à un geste tendre, pas sexu. Il a l’air de trouver ça comique.
Je l’embrasse tout de suite, parce qu’au moins, ça, je sais comment ça marche, c’est quoi les codes. Il me rend la pareille avec fougue, les mains qui caressent mes cheveux, mon dos, mes seins par- dessus ma robe en coton. J’ai tellement envie de lui. Je quitte ses lèvres un bref instant pour commencer à retirer mon linge. Let’s get it on, enfin.
— Wô, wô. Minute.
— Hen ?
— On prend notre temps, on est pas pressés.
Je peux pas m’empêcher de soupirer. Il me regarde, un sourire en coin, visiblement amusé par ma libido que j’ai du mal à contenir. Le vlimeux.
— Viens.
Il prend ma main et m’entraîne vers mon lit. C’est bon signe. Il se couche sur le dos et m’empoigne, pour que je sois sur lui, à califourchon. Il m’embrasse intensément et je peux voir dans ses yeux à quel point il a envie de moi, lui aussi. Je m’y remets de plus belle : je l’embrasse dans le cou, en tentant de défaire sa braguette.
Il m’arrête et sourit, le regard cuisant.
— Laisse- moi faire.
Il se relève, me couche fermement sur le dos, remonte ma robe, retire mes bas collants. Ma culotte en coton noir (pas celle que j’aurais choisie, avoir su) est déjà trempée. Il me l’enlève tranquillement, en m’embrassant sur chaque coin d’épiderme qu’il découvre : mon pubis, le pli de mes cuisses, mes grandes lèvres. Je meurs. Après ce qui me semble une éternité, il pose sa bouche chaude sur mon clitoris. Je gémis. Il sait exactement ce qu’il fait. C’est juste assez doux, juste assez fort, juste assez toute. Et il aime ça, ça paraît. Il enfonce un doigt en moi, puis deux. Encore. Un troisième. J’adore ça, mais j’ai peur qu’il se tanne, qu’il pogne une crampe au cou. J’amorce un mouvement pour qu’on passe à autre chose, pour que ce soit à son tour de profiter.
— Non. J’ai pas fini.
La tête entre mes cuisses et les lèvres luisantes, il est sérieux. Dominant. J’ose pas m’obstiner. Il me pénètre avec ses doigts, vite et fort, en continuant de me lécher délicieusement. J’essaie de faire le vide, de me concentrer sur ma respiration, sur ses grognements de satisfaction. C’est tellement l’fun que j’en oublie de penser à si je goûte correct, si je sens bon, si je suis rasée comme du monde. J’arrive près de l’orgasme, mais non, voyons, impossible. Un gars m’a jamais fait venir en me mangeant, encore moins à son premier essai. Je pense à ce qui s’en vient, à comment j’ai hâte qu’il me pénètre enfin, entièrement. Je sens la vague monter en moi, et, soudain, prise de court, j’explose. Un spasme me parcourt le corps au complet, je me contracte autour de ses doigts, mes cuisses se resserrent sur son visage. Mes jambes tremblent.
Je prends un moment pour savourer, pour reprendre mes esprits, alors qu’il se couche à côté de moi, la tête sur l’oreiller, près de la mienne.
— Dude.
— Oui ?
— Tu vas- tu t’enfler la tête si j’te dis que c’est la première fois que j’viens de cette façon- là ?
— Mmmmhm. Oui.
— Okay. Ben j’te l’dis pareil. T’as du talent.
— J’ai pas de mérite. J’pourrais faire ça pendant des heures. En plus, t’as vraiment une belle chatte, pour vrai.
Je m’esclaffe.
— Une chatte ? Really ?
— Ben quoi ! Comment tu veux que j’appelle ça ? Une vulve ?
— Ouin, j’avoue que ç’a pas le même effet. Une noune ?
— Vous avez vraiment une belle fente, mademoiselle.
On rit et il m’embrasse.
— Tu goûtes moi.
— Tu goûtes bon.
Il met ses doigts dans sa bouche, comme s’il finissait un snack. Ça m’excite tellement que j’en ai des frissons dans le clitoris, encore au garde-‐ à- vous. Je lèche à mon tour ses doigts, un à un, en le regardant droit dans ses grands yeux, qui s’allument de nouveau.
— Esti que t’es hot.
— Right back at you.