La bouche pleine

Elisabeth Massicoli · Chapitre 28 sur 57

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La bouche pleine

Mercredi 7 décembre - 10 h 12, dans le cubicule de Julianne.

Il me ressert du vin par- dessus sa pile de dossiers. J’ai l’impression qu’il voit des atouts en moi que je suis pas certaine de posséder. J’ai à peu près pas parlé du rant notre entretien : comment est- ce qu’il peut être certain que je fasse la job ? Je sais pas si c’est le vin cher qui passe de travers, mais j’ai une drôle de boule dans l’estomac.

— C’est vraiment une belle offre, je, euh…

— Écoute, j’sais que c’est pas une décision qui se prend sur un dix cennes. Penses- y, pis redonne- moi des nouvelles dans une couple de jours, okay ?

— Ça marche.

Je finis ma coupe à grosses lampées pendant qu’il me parle du chalet qu’il est en train de se faire construire à Mont- Tremblant. C’est là qu’on va faire le party de Noël, l’année prochaine ! Puis, il m’embrasse sur les deux joues et je quitte les lieux, la tête qui tourne un peu.

— J’attends de tes nouvelles, Camille ! On ferait un beau team, fie- toi sur moi.

 

Mercredi 7 décembre

10 h 12, dans le cubicule de Julianne.

 

— Du vin ? Mon dieu, un bouquet de roses pis des chandelles, tant qu’à faire !

Les fesses accotées sur le bureau de Ju, encombré d’un million de dossiers, de vieux cafés et de différentes teintes de vernis à ongles, je lui raconte mon entrevue peu conventionnelle de la veille.

— J’veux dire, il était pas méchant… Mais j’pense pas que c’est la job pour moi.

— Surtout que tu travaillerais deux fois plus fort, pour, genre, même pas dix mille piasses de plus par année…