La bouche pleine
Vendredi 9 décembre - 18 h 45, dans mon lit, en train d’écouter Netflix.
Je sais pas si c’est moi qui capote, mais on dirait qu’elle est frue. Est- ce qu’elle sait que je lui mens ? C’est pas pour mal faire, en plus, c’est juste une nouvelle qui s’annonce pas de même, entre deux émojis. Mon départ va créer une petite tempête dans notre monde en symbiose. En tout cas, je pense.
Une vague d’angoisse me ramasse. J’ai- tu ben fait de conclure ce deal- là ? Je fais quoi si je suis pas bonne ? Si j’haïs ça ? Si Bernard regrette ? Si moi, je regrette ? D’un coup que mon amitié avec Ju survit pas à mon soixante heures semaine ? Le jeu en vaut- tu la chandelle ? J’ai- tu vendu mon âme pour vingt mille piasses de plus par année ? Ugh.
Je me rappelle vaguement les derniers moments de notre conversation, à Bernard et moi. J’espère que j’ai pas dit de niaiseries. Et, surtout, que je lui ai pas laissé penser que j’étais disponible pour autre chose qu’une job. Je sais pas si c’est mon cerveau de farouche, mais y m’semble qu’il était un peu intense pour un rendez- vous professionnel. Il est peut- être juste comme ça dans la vie : intense ? Ou il avait envie de virer une brosse sur le dos de la compagnie, simplement ?
J’accélère le pas avant d’avoir envie de me crisser devant un vélo de la piste cyclable pour stopper mes questionnements existentiels. Je me dis que les quelques centaines de mètres qui me séparent de mon appart’, parcourus en marche rapide, ça compte comme du sport. L’exercice, c’est bon pour les anxieux, ç’a l’air.
Avant de rentrer chez moi, j’arrête au dep’ du coin de la rue me chercher une grosse bouteille de kombucha à la menthe, un Kinder Surprise pis un paquet de fromage en crottes. Si ça, c’est pas un (deuxième) déjeuner de future championne des relations publiques, je sais pas ce que c’est.
Vendredi 9 décembre
18 h 45, dans mon lit,
en train d’écouter Netflix.
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