La bouche pleine
Samedi 10 décembre - 18 h 30, à la table de cuisine, chez Julianne.
Sure, okay. À taleur !
Samedi 10 décembre
18 h 30, à la table de cuisine, chez Julianne.
— On ouvre- tu le blanc ou le rouge ?
— Le blanc, sinon j’vais m’endormir. J’ai monté une montagne, moi, aujourd’hui.
— Dude, c’est le mont Royal.
On trinque et on boit une gorgée en se regardant dans les yeux. Julianne s’allume une clope et ouvre la porte du jardin, juste un brin, pour faire sortir la boucane.
— Tu vas avoir des rides pis le cancer à force de fumer socialement.
— Laisse- moi donc vivre.
Je lui parle de ma date et de mes blue balls. Je lui demande si mon absence a été remarquée au bureau. René était pas super content que je manque encore une journée de job, mais il s’en est vite remis, semble- t- il.
— C’était la fête de Christine, pis il était vraiment fier d’avoir acheté des cupcakes véganes. J’pense qu’il l’a mentionné mille fois.
Je ris. Je sais que je vais devoir crever l’abcès bientôt, mais je sais pas comment.
— Ouin, faque Ju…
— Tu pars, hen ?
— J’pense que oui…
Un silence s’installe, le temps d’une demi- seconde qui me paraît très longue. Je prends une grande respiration.
— Oui. J’ai accepté l’offre. J’voulais juste pas te l’dire par message texte.
— Ouais, j’comprends…
Ses yeux s’embuent, mais elle reprend vite ses esprits. C’est pas son genre de s’émouvoir ben longtemps.