La bouche pleine

Elisabeth Massicoli · Chapitre 22 sur 57

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La bouche pleine

Dimanche 4 décembre - 12 h 22, dans le Uber en route vers mon appart’.

C’est pas l’envie qui manque. Je resterais bien avec lui pis son grand corps chaud un petit bout de la journée. Mais un détail m’en empêche : mes intestins s’énervent. Et j’irai certainement pas faire plus qu’un petit- pipi-‐ de- fille- cute dans la toilette adjacente à sa chambre aux murs en carton.

— Hum, c’est gentil, mais j’pense que j’vais retourner chez moi. J’suis un peu barbouillée d’hier. On pourrait déjeuner ensemble une autre fois ?

— Ben oui, pas de problème. Mais reste au moins pour un café ?

Mon transit en retenue ne survivra jamais à une dose de caféine.

— J’dirais pas non à un jus d’orange. J’ai la bouche sèche en ta’.

— Deux jus d’orange, coming up !

Il se lève, enfile son grand chandail de la veille, ouvre les rideaux pour laisser entrer un peu de la lumière du matin et sort de la chambre. Je l’entends verrouiller la porte de la salle de bain. Les bruits qui émanent des murs- papier- de- soie ne laissent aucune place à l’interprétation : lui, il a pas le rectum gêné pour une cenne. Ça m’écœure un peu, mais je l’entends se laver les mains. C’est déjà ça.

Il revient une dizaine de minutes plus tard.

— Bon, j’pensais avoir du jus, mais non. J’ai des clémentines, par exemple. Et de l’eau, pour les bouches pâteuses.

Il dépose les verres sur la table de chevet, me lance un fruit et s’installe dans le lit. On pèle nos agrumes les jambes entrelacées, au chaud sous sa couette lourde. Je lui montre comment je suis capable d’éplucher ma clémentine entièrement, pour laisser la pelure presque intacte. Il fait semblant d’être impressionné et suggère, pince- sans- rire, de mettre à jour mon CV pour y ajouter ma compétence extraordinaire. Je déteste habituellement les sleepovers, encore plus les matins d’après, mais là, je suis bien – même si pleine de gaz.

— Raconte- moi donc ta vie, pendant qu’on déjeune. À part être une experte de l’épluchage, elle fait quoi, la belle Camille ?

Je me dis que je peux bien me retenir une couple de minutes de plus.

 

Dimanche 4 décembre 12 h 22, dans le Uber en route vers mon appart’.