La bouche pleine

Elisabeth Massicoli · Chapitre 20 sur 57

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La bouche pleine

Dimanche 4 décembre - 0 h 45, dans la salle de bain de Pete.

Les fêtards à l’intérieur s’agitent soudainement. Une fille aux cheveux courts dont je connais pas le prénom passe sa tête dans l’embrasure de la porte du jardin.

— Hey, Pete ! On s’en va à la Taverna. Viens- tu ?

— Euh, laissez- moi deux minutes. J’arrive.

Il tire une dernière fois sur ce qui reste du bat, et l’écrase dans une plante morte gelée.

— Ah, vous sortez ?

— J’sais pas trop. Feel- tu pour venir faire un tour ?

— Mmm. Pas vraiment. J’ai comme mon quota de la Taverna pour un p’tit bout…

— D’abord, ça te tente- tu de venir voir ma collection de vinyles de Cél’ ? J’habite à dix minutes à pied.

Score.

On donne quelques becs sur les joues des invités, occupés à diviser les Uber pour que tout le monde se rende sain et sauf au bar, et on part vers son condo, rue Saint- Vallier, les joues rougies par le froid et les quelques verres qu’on a dans le corps.

Je reçois un message texte de Julianne, à qui j’ai presque pas dit bye.

J’te l’avais dit que c’était une

bonne idée que tu passes.

Have fun ! xx

 

Dimanche 4 décembre

0 h 45, dans la salle de bain de Pete.

 

Devant le miroir de la pharmacie, je retouche mon eye- liner, qui a coulé sous mes yeux à cause du vent glacial, ébouriffe mes cheveux pour leur donner du volume, me brosse les dents avec mon doigt et un pois de pâte à dents, et emprunte un coin de la vieille serviette rose derrière la porte pour me faire une petite toilette intime. Je m’excuse en pensées à la prochaine personne qui l’utilisera : faut ce qu’y faut pour se sentir fraîche.

Je sors de la salle de bain, et Pete m’attend sur le canapé du salon avec deux bières et un autre joint au bec. Il avait raison, sa collection de vinyles et de CDs est impressionnante et son appart’ est décoré avec goût. On s’obstine en riant sur l’ambiance musicale, et on finit par choisir la compilation On ne change pas, qu’il dépose dans un lecteur sorti tout droit des années 90. Je me dis qu’un disque est plus pratique qu’un vinyle : on aura pas besoin de se lever pour le changer de bord, pendant qu’on sera occupés à se manger la face.

— T’as pas de coloc ?

— Non, j’habite tout seul, comme un grand.

— T’as pas chaud, avec ta tuque ?

— T’en poses des questions, toi.

Il sourit et enlève son bonnet un peu à contrecœur. Je remarque un pas pire début de calvitie, et je me sens mal. Pour lui montrer que c’est pas quelques cheveux en moins qui vont refroidir mes ardeurs, et pour combler le silence qui vient de s’installer entre nous, je m’approche de lui en le regardant dans les yeux, pose ma main sur sa nuque et le tire vers moi.

— T’es belle.

Il m’embrasse à pleine bouche pendant que Céline chante qu’une petite fille maigre marche à Charlemagne, inquiète.

Je le renverse sur le sofa et m’installe sur lui à califourchon, en continuant de l’embrasser. Il sent bon – un mélange de déo de gars, de pot et de sueur – et j’ai envie de le lécher à grandeur. Ses mains agrippent mon cul, et j’espère secrètement que j’ai pas affaire à un autre obsédé. Je lui mordille un lobe d’oreille, passe ma langue dans son cou. Il me repousse doucement pour retirer son t- shirt et dévoile un torse mince, mais musclé, avec juste ce qu’y faut de poils.

J’enlève aussi mon chandail – j’ai mis une brassière en dentelles, après tout. Il prend mes seins dans ses mains et les regarde comme un assoiffé dans le désert. Il dévoile mes mamelons, qu’il s’empresse de mettre dans sa bouche. Je frissonne. Je le recouche fermement sur les coussins moelleux. Je suis en contrôle, et il aime ça : c’est clairement écrit dans ses grands yeux. Je fais descendre mes lèvres le long de son ventre, ce qui le fait gémir. Mes mains s’affairent à ouvrir sa braguette. Je descends ses boxers, tranquillement, en frôlant chaque nouveau bout de peau que je découvre du bout de ma langue. Puis…

Rien.

Il est mou comme de la guenille.

Fuck.

J’essaie de ne rien laisser paraître de ma déception, et je me mets au travail avec l’application d’une première de classe qui veut une étoile dorée sur son devoir. Mes mains semblent lui faire de l’effet et j’ai une lueur d’espoir. Il a les yeux fermés, l’air concentré. Je continue de le branler et j’utilise ma langue à bon escient. Team work. Il échappe un grognement, c’est bon signe. Comme il est pas complètement bandé, je le prends au complet dans ma bouche, et je le suce fort en y mettant tout mon talent et en le regardant dans les yeux. Ses mains agrippent mes cheveux. Après quelques minutes, je perds patience, et on est toujours pas plus près d’une érection qui a du bon sens. Je m’arrête.

— Euh… Est- ce qu’y a quelque chose que t’aimerais que j’fasse ?

— J’suis désolé, Camille. J’ai fumé beaucoup, j’pense que ça marchera pas, ce soir.

— Oh, j’comprends. C’est pas grave.

Sans proposer de me rendre la pareille, il enchaîne.

— Veux- tu rester dormir ?

— J’sais pas trop…

— Mon lit est vraiment confo, j’te jure.

Il me tasse un peu pour remettre ses boxers, puis me couche sur lui et m’enlace. J’ai la tête lourde à cause du joint et de l’alcool et ça me tente pas de ressortir dans le froid. J’accepte.