La bouche pleine
Vendredi 2 décembre - 9 h 37, dans mon lit (encore en bonne compagnie).
Courriel envoyé :
Allô René !
Je suis désolée, je ne pourrai pas rentrer au bureau, ce matin. Je pense que je commence une gastro, et je n’ai pas envie de contaminer tout le monde.
Je vais prendre la journée à mes frais, mais je reste joignable par courriel et sur mon cellulaire, si jamais besoin il y a.
Merci et à lundi !
Camille
Traduction :
Allô René !
J’ai bu trop de bières hier, parce que j’avais vraiment envie de fourrer avec un inconnu, mais que j’suis pas capable de me déshabiller devant quelqu’un que j’connais pas avant de voir croche.
D’ailleurs, l’inconnu est encore dans mon lit, et j’compte bien le baiser de nouveau ce matin, s’il est pas trop pressé.
J’serai donc pas là aujourd’hui et, pour être bien honnête, j’m’en câlisse un peu.
Merci et à lundi,
Camille
Vendredi 2 décembre
9 h 37, dans mon lit
(encore en bonne compagnie).
Je me réveille pour une deuxième fois, pas reposée du tout. Je dors toujours mal quand quelqu’un est dans mon lit : j’ai peur de ronfler, de baver, de péter, d’être trop collée. Lui, ça semble pas trop le déranger. Il dort encore comme un loir, et je prends le temps de l’observer. Il a l’air moins niaiseux quand il est endormi. Je remar que qu’il a un bouton sur le bord d’une lèvre. L’angoisse me prend aux tripes. Fuck, j’espère que c’est pas un feu sauvage !
Il doit sentir mon inspection labiale parce qu’il ouvre les yeux. Il s’étire, bâille bruyamment et me demande si j’ai bien dormi.
— Oui, oui. Comme un bébé.
Il empoigne son cellulaire, regarde l’heure, répond à quelques messages, un sourire en coin.
— Bon, faudrait pas que j’tarde. Mais avant…
Il me retourne pour que je lui fasse dos, et m’embrasse dans le cou. Son haleine sent le matin. Ses mains se baladent sous le gros t- shirt que j’ai enfilé la veille, avant de m’endormir. Je gémis un peu pour l’encourager dans son projet. Il descend mes bobettes jusqu’à mes genoux, et je le sens dur contre mon cul – qu’il tente d’ailleurs encore de pénétrer d’un doigt.
— Euh, non. Pas ce matin.
Il s’arrête.
— Pourquoi ? T’aimais ça, hier ?
— Oui, mais là, c’est le matin, j’sais pas, ça m’tente pas…
— Mmmmhm okay.
— Tsé, c’est pas toutes les filles qui tripent là- dessus. Tu devrais peut- être demander, avant, si c’est vraiment ton truc.
— De quoi, mon truc ?
— Ben… le sexe anal ?
— C’est pas mon truc.
Il se décolle, frustré ou insulté, je sais pas.
— Euh, okay. Si tu le dis.
— C’est quoi, tu voulais pas, hier ?
— Nonon, c’est pas ça que j’ai dit. C’est juste qu’y a la question du consentement, là- dedans, pis…
— Ah, okay ! J’suis un violeur, ast’heure ?
— Hen ? Non, c’est pas ç…