La bouche pleine
Lundi 12 décembre - 18 h 02, dans le bureau de Dre Gauvin.
Je décide de faire une sieste, en attendant. Y a rien comme le sommeil pour me faire temporairement oublier mes problèmes. Avant de me coucher, je fais rentrer Tourtière qui miaule encore sur mon balcon. Viens te coller, gros dégueu, ça pourra pas me faire de tort.
Lundi 12 décembre
18 h 02, dans le bureau de Dre Gauvin.
— En gros, j’suis la pire amie, j’me suis fait crisser dehors, j’ai accepté une job que j’pense haïr pis la seule affaire qui va ben, ou à peu près, dans mon existence, c’est qu’y a un grand barbu qui me trouve à son goût. Ben, j’pense.
— …
— Là, vous allez me dire que j’chiale la bouche pleine. Que c’est pas si pire. Que rien est figé dans le temps. C’est vrai, j’imagine. Pis j’le sais que j’me suis mise dans cette marde- là par moi- même. Ça, j’suis bonne, là-‐ dedans…
— …
— Mais, crisse, m’semble que j’essaye. J’avoue, là, j’aurais pu être plus présente pour Julianne. J’pourrais être plus présente pour ben du monde. Ma mère, entre autres. Je l’appelle tout le temps pour chigner, pis, moi, je l’écoute pas full. Mais, c’est comme… m’intéresser à la couleur de ses armoires de salle de bain, c’est tough, ces temps- ci.
— …
— J’sais juste pas quoi faire de plus. J’suis toujours en mode panique, en mode réaction. J’ai l’impression de pas avoir deux secondes de repos, même si j’fais juste ça, chiller dans le bain pis dormir. Pis boire. Ce qui est peut- être pas la meilleure façon de relaxer, là, j’en conviens.
— …
— Pis là, Pete me fait du bien pis ça me fout la chienne. J’ai peur de tout gâcher. J’essaye tellement de PAS être dans ma tête quand j’suis avec lui que ça finit par être la seule affaire à laquelle je pense. Sois là, sois là, sois là. J’dois avoir l’air d’une crisse de freak. J’ai l’impression de me regarder de l’extérieur être en train de pas savoir quoi faire de mes dix doigts.